‹ L'Ecclésiaste: avec une étude sur l'âge et le caractère du livreChapitre 13 sur 40 · cd., IV, 17; V · texte numérisé non relu

cd., IV, 17; V

dont la folie allait gagner le monde et que notre auteur ou ses pareils devaient accueillir de tous leurs dédains.

S'il fallait s'arrêter à une date un peu précise, c'est vers ce temps, une centaine d'années avant la naissance de Jésus, que je placerais la composition du Cohélet. L'auteur fut peut-être quelque arrière- grand-père d'Anne ou de Caïphe, de ces prêtres aristocrates qui condamnèrent Jésus d'un cœur si léger. Il fut l'idéal de ce qu'on appelait un sadducéen, je veux dire de ces gens riches, sans fanatisme, sans croyance d'aucune sort^ en l'avenir, attachés au culte du temple qui faisait leur fortune, furieux contre les fanatiques et toujours enchantés quand on les mettait à mort. On a souvent cherché à prouver que la philosophie de l'auteur porte la trace d'une influence de la philosophie grecque. Rien n'est moins certain. Tout absolument s'explique dans le livre par le développe-

ÉTUDE SUR L'ECGLÉSIASTE. 63

ment logique de la pensée juive. L'auleur est très probablement postérieur à Épicure; il semble bien cependant qu'il n'avait pas reçu d'éducation hellénique. Son style est sémitique au premier chef. Dans toute sa langue, pas un mot grec, pas un hellénisme caractérisé *. D'un autre côté, il est loin de pousser aussi loin qu'Épicure la radicale négation de la Providence et le principe de Tinsouciance des dieux à Tégard des choses humaines. Sa physique ^ est assez saine ; mais elle résulte bien plutôt, comme celle de Thaïes et d'Heraclite, d'observations générales très justes^ que d'un travail vraiment scientifique à la façon d'Archimède ou de l'école d'Alexandrie.

Sa morale de juste milieu a sûrement des analogues en Grèce, à Cyrène surtout. Il côtoie sans cesse Théodore de Cyrène ^, sans s'arrô-

i. Aucun des exemples allégués par M. Graelz^ Kohélet^ p. i79 et suiv., ne me paraît décisif.

Page 1