Pitra, Spicil. Solesm»y I, p. 16, 17 et suiv
3. Ut eam ad contemptum islius seculi provocarem et omne quod in mundo cerneret putaret esse pro nihilo. Prœf, inEccl. adPaulametEust.Opp.fU H, p.713-714, Martianay.
70 ÉTUDE SUR TECCLÉSIASTE.
L'exégèse grossière et puérile du moyen âge ne se soucia d'aucune des difficultés que le livre devait présenter à quiconque eût réfléchi. Grotius le premier avoua le scandale que lui causaient certains ' passages. Il aperçut très bien aussi que la Jangue élait postérieure à la captivité. Van der Palm, Umbreit, Knobel, Herzfeld, Luzzalto, Jahn, Augusti, de Wette, virent le scepticisme de l'auteur, mais ne se l'expliquèrent pas. Une idée très fausse, celle d'un dialogue oîi tour à tour un piétiste et un sadducéen exposaient des idées contraires, fit un moment fortune. M. Hitzig et M. Ewald ouvrirent la voie des explications historiques, mais méconnurent le caractère de libre pensée qui domine le livre, et le faussèrent tout à fait en prétendant y trouver un Iranscendentalisme prétentieux. Cohélet fut pour eux une sorte de théologien à la façon de Zurich ou de Gœttingue, procédant par pédantes circonvolutions. M. Ewald et M. Hitzig, cependant,
firent faire un véritable progrès à l'exégèse du livre, en montrant qu'il fallait pour l'expliquer descendre jusqu'à l'époque macédonienne. M. Zirkel reconnut aussi que le livre était encore plus moderne que les premiers critiques protestants, réputés hardis, ne l'avaient supposé. Le Cohélet est un ouvrage si profondément juif qu'il était réservé à des critiques juifs d'en saisir définitivement le caractère et le sens véritable. Moïse Mendelssohn, Samuel David Luzzatlo, le comprirent beaucoup mieux que ne l'avaient fait les théologiens protestants. Enfin il a été donné à M. Graitz d'accomplir, dans l'exégèse du livre qui nous occupe, le pas le plus considérable *. Une foule d'exégètes avaient signalé le caractère moderne de la langue du Cohélet; M. Graîtz a fort bien remarqué que ce n'est pas assez dire et que, pour trouver les vrais
i . Kohélet^ oder der salomonische Predtger, Leipzig et Heidelberg, 1K71.
analogues de ce style, c'est presque jusqu'à la Mischna qu'il faut descendre. Certes M. Graîtz a été beaucoup trop loin en prétendant préciser une foule de traits de la pensée de l'auteur dont la véritable nuance nous échappera toujours. Pour faire du livre un pamphlet politique contre le gouvernement d'Hérode, devenu vieux et impopulaire, il faut forcer une foule de détails et voir dans le livre autre chose que ce qui s'y trouve. Ce qui est bien plus choquant dans Touvraçe de M. Graetz, c'est l'explication des deux derniers chapitres. Si cette explication était admise, le Cohélet serait un mauvais livre, un livre de mauvais conseils. Or, voilà ce qu'il n est nullement. C'est un livre de scepticisme élégant; on peut le trouver hardi, libre même; jamais il n'est immoral ni obscène. L'auteur est un galant homme, non un professeur de libertinage, et c'est ce qu'il serait vraiment si la fin du livre renfermait les étranges sous-entendus admis par iM. Graetz.
L'iDtégrité du livre a donné lieu à d'intéressantes discussions. Jusqu'au verset 8 du chapitre XII, aucune suspicion grave n'a été élevée . Certes beaucoup de passages ne se présentent pas dans Tordre que nous voudrions, et M. Graetz, dans plusieurs endroits, a pu proposer des transpositions qui soulageraient certaines difficultés. Mais aucun de ces changements ne s'impose. A part les accidents qu'a subis tout livre ancien pour arriver jusqu'à nous, on peut admettre que le Cohélety si on le termine au verset 8 du chapitre XII, est resté à peu près intact.
Les paroles mises dans la bouche de Gohélet finissent au verset 8 du chapitre xii. Le livre se termine à dessein comme il a commencé, par l'exclamation : <c Vanité des vanités ! » Les versets 9 et 10, quoi qu'en dise M. Graetz, nous pa-
raissent cependant de Fauteur primitif. Cet épilogue complète bien la fiction qui fait la base du livre. Quel motif, d'ailleurs, eût amené à faire postérieurement une telle addition? Toute interpolation des livres sacrés se fait avec une intention dogmatique et d'après une tendance sectaire. Or les versets 9 et 10 sont les plus insignifiants du monde. On ne voit nullement quel eût été le but de Tinterpolateur.
Il n'en est pas de même des versets 1 1 et 12. Ces versets n'ont aucune relation directe avec l'ouvrage. Ils servent évidemment de clausule à une collection de livres *, et ils invitent le lecteur à regarder cette collection comme définitive, à n'y plus admettre les livres que l'on continuera de faire indéfiniment. M.Nahman Krochmal a très bien aperçu la vérité sur ce point *.
i. Méhemma, au pluriel, verset 12.
2. Dans le t. IX du journal hébreu Morénebouké hazzéman. Voir Grsetz, Kohélet, p. 47 et suiv.
Non seulement ces deux versets ne sont pas de Fauteur du Cohélet; mais ils n'ont jamais fait partie du livre. C'est une sorte de petit quatrain inscrit au feuillet de garde du volume des hagiographes, quand le Cohélet occupait les dernières pages de la collection. Celte hypothèse est si satisfaisante, qu'on peut la tenir pour un fait acquis. Les versets 13-14, quoiqu'ils soient d'un ton légèrement différent et plutôt en prose qu'en vers, paraissent avoir fait partie de la même finale. On peut, si l'on veut, les considérer comme un de ces résumés de toute la Bible en quelques mots, qui exerçaient la subtilité des rabbins *. On pourrait aussi être tenté de voir dans ces deux versets une addition faite au livre Cohélet pour sauver par une réflexion pieuse ce que le livre avait d'hétérodoxe. Mais il faudrait supposer qu'une telle addition se serait faite après que les versets 11 et 12 auraient été, par