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suite d'un malentendu, incorporés au Cohélet. C'est là Hne hypothèse compliquée et même, vu Fâge moderne' du livre, presque inadmissible. Le lexle du Cohélet est, avec le texte du livre des Psaumes, la partie de Ja Bible où il y a le plus de fautes de copistes. Toutes les fautes, comme je l'ai déjà dit, proviennent des confusions auxquelles prête l'alphabet carré. La comparaison du texte massorétique avec les anciennes versions prouve que la supposition de pareilles fautes n'est pas le fait d'une critique aux abois. Cette comparaison fournit déjà le moyen de corriger plusieurs des altérations du texte hébreu. La paléographie fournit un instrument critique bien autrement efficace. Le progrès de Tépigraphie sémitique tirera enfin l'exégèse biblique de l'impasse où elle était engagée. La vieille école, qui s'obligeait à expliquer le texte tel qu'il est, même quand notoirement il est corrompu , paraîtra puérile. Mais Técole qui
substitue arbitrairement des leçons commodes à tout ce qui l'embarrasse ne sera pas moins condamnée. A défaut de la comparaison des manuscrits, gui, en ce qui touche la Bible, est inféconde ou épuisée, un seul moyen reste à la critique pour tâcher de retrouver le texte primitif de ces antiques livres, dont quelques-uns ont été fortement viciés par les copistes : c'est de se les figurer écrits dans l'alphabet où ils furent composés et où ils subirent leurs premières aventures. De la sorte on arrive à des conjectures plausibles, quelquefois certaines. Cette méthode, qui est la base de mon enseignement au Collège de France, m'a fourni plusieurs corrections, que j'ai réunies dans un appendice à la fin du volume, afin qu'on se rende bien compte des discordances partielles qui peuvent exister entre ma traduction et le texte reçu.
Le texte, du reste, nous aurait été conservé lettre pour lettre tel qu'il fut écrit par son au-
leur, que de grandes difficultés resteraient encore. Les idées de Tauteur sont d'un ordre assez simple et ne demandent, pour être comprises, aucun effort de métaphysique. Mais sa langue est singulièrement embarrassée. Il procède par petites retouches successives. Au lieu du grand style synthétique de Platon et d'Aristote, son hébreu est comme un entassement de pierres sèches, sans ciment. L'auteur est un esprit cultivé, qui ne trouve sous sa main qu'un idiome rebelle au but qu'il se propose . L'hébreu , aux viu*, vil* et vi* siècles avant Jésus-Christ, avait produit des chefs-d'œuvre que l'humanité devait adopter comme des inspirations divines ; mais cette littérature classique était très limitée. Elle n'avait rien qui pût s'appeler science ou philosophie. Admirable pour l'expression de la passion, l'hébreu n'a aucune souplesse pour le raisonnement. L'arabe, au xi* et au xii* siècle de notre ère, se trouva dans le même embarras. On le fit servir
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à l'expression d'idées pour lesquelles il n'avait pas été créé. De là une extrêmo gaucherie.
Sauf les moments où ils s'échappent dans le mysticisme, les philosophes arabes sont de mauvais écrivains. Les langues sémitiques ne se prêtent nullement à l'expression d'idées enchevêtrées. Elles recherchent le trait vif, l'étincelle ; . elles décomposent le raisonnement et en étalent les membres. Supposons Descartes pourvu d'un tel instrument ; où serait le Discours sur la méthode ? Que deviendrait en un tel idiome la phrase suivante de Spinoza?
L'expérieuce m'ayant appris à reconnaître que tous les événements de la vie commune sont choses vaines et futiles, que tous les objets de nos craintes n*ont rien en soi de bon ni de mauvais et ne prennent ce caractère qu'autant que l'âme en est touchée, j'ai pris enûn la résolution de rechercher s'il existe un bien véritable et capable de se cornmaniquer aux hommes, un bien qui puisse remplir seul Tftme toat entière, après qu'elle a rejeté tous les autres biens, un bien, en un mot, qui donne à l'âme, quand elle le trouve et le possède, l'éternel et suprême bonheur.
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Et ce beau cri de Tâme vertueuse de Kant ?
Devoir I mot grand et sublime, toi qui n'as rien d'agréable ni de flatteur, et qui commandes la soumission, sans pourtant employer pour ébranler la volonté des menaces propres à exciter naturellement Taversion et la terreur, mais en te bornant à proposer une loi qui d'elle-même s'introduit dans Tâme et la force au respect (sinon toujours à l'obéissance), et devant laquelle se taisent tous les penchants, quoiqu'ils travaillent sourdement contre elle, quelle origine est digne de toi? Où trouver la racine de la noble tige qui repousse fièrement toute alliance avec les penchants, cette racine où il faut placer la condition indispensable de la V aleur que les hommes peuvent se donner à eux-mêmes?
Cohélet, au fond, a compris tout cela et voudrait le dire. Il a Tes prit philosophique ; mais il n'a pas une langue philosophique à sa disposition. Ses efforts désespérés pour faire un raisonnement ressemblent aux tortures d'un grand musicien forcé d'exécuter une symphonie compliquée avec un orchestre tout à fait grossier.
Uue observation très juste, due à M. Joseph Derenbourg, jelte le plus grand jour sur la ma-
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nîère d'écrire de notre auteur et sur les règles qui président à la conduite de sa pensée. Un des traits caractéristiques de cette poésie morale de rinde et de la Perse avec laquelle le Cohélet a déjà tant d'analogies, c'est Thabitude d'insérer des vers dans le tissu de la prose, soit que ces vers consistent en citations de poèmes counus, soit qu'ils aient été composés par l'auteur lui-même. M. Ewald avait déjà remarqué les proverbes, presque sans connexion avec le texte, dont l'auteur sème sa déclamation , pour en rompre le cours trop monotone. M. Derenbourg* montre qu'en ceci Cohélet a devancé le genre dont Saadi présente^ le modèle achevé, et qui a ses origines dans la Perse sassanide et ultérieurement dans llnde. La teneur générale du style de l'Ecclésiaste, c'est la prose. Mais, par moments, le paralléUsme se fait sentir, et presque toujours, à ces moments-là, la suite des idées est