Le sage a des yeux dans sa tête
Et le fou marche dans la nuit.
15. Or bientôt je vis qu'une même fin est réservée à tous les deux. Alors je pensai en moimême : c< Si la destinée qui m'attend est la même que celle du fou, que me sert alors d'avoir travaillé sans relâche à augmenter
ma sagesse ? » Et je dis en mon cœur : « En-
16. core une vanité. » Il n'y a pas plus de souvenir éternel pour le sage que pour le fou. Dans ce qui sera le passé des jours à venir, tout sera oublié. Comment se fait-il que le sage et le fou meurent de la même manière?...
Ces réflexions me firent prendre la vie 17.
en haine ; j'eus de l'aversion pour tout ce qui se passe sous le soleil, voyant que tout est vanité et pâture de vent. Et je pris en dégoût i^les travaux auxquels je m'étais livré sous le soleil, songeant qu'il faudrait en laisser le fruit à l'homme qui me succédera. Or 19.
cet homme, qui sait s'il sera sage ou fou ?
Et c'est cet homme-là qui sera le maître de tout ce que j'ai gagné par les travaux que j'ai menés à fin avec tant de labeur et de sagesse sous le soleil ! Encore une fois, vanité I 20.
Je me pris donc à n'avoir que du dégoût au cœur pour tous les travaux auxquels je m'étais livré sous le soleil. Voilà un homme 21. dont la vie laborieuse a été un chef-d'œuvre de sagesse, de savoir et de bonne fortune, eh bien, il laisse tout ce qu'il a gagné, sa juste part, à quelqu'un qui n'y a été pour
22. rien. Quelle vanité ! quel abus ! Car enfin que revient-il ainsi à cet homme-là de toutes les peines et de tous les soucis qu'il
23. s'est donnés sous le soleil? Ses jours ont été pleins d'ennui; l'inquiétude a été son état habituel ; même la nuit son esprit ne dor-
24. mait pas. vanité 1 Ne vaut-il donc pas mieux pour l'homme, manger, boire, goûter à son aise le plaisir conquis au prix de son travail ? J'arrivai même à penser que ce genre de bonheur nous vient de la main de