‹ L'Ecclésiaste: avec une étude sur l'âge et le caractère du livreChapitre 26 sur 40 · Dieu. Si l'on mange, si l'on boit, n'est-ce · texte numérisé non relu

Dieu. Si l'on mange, si l'on boit, n'est-ce

26. pas grâce à lui? Il donne à celui qui lui plaît sagesse, intelligence et joie ; à celui qui encourt sa disgrâce il assigne la besogne d'amasser, d'entasser des richesses qu'il donne ensuite à celui qui lui plaît. Donc, encore une fois : Vanilé ! pâture de vent !

L»EGCLÉSIASTE. 107

[Tout est bon ou mauvais selon les moments. Impossibilité de réformer le monde

tel que Dieu Ta fait.]

Il y a temps pour tout, et chaque chose m, i. sous le ciel a son heure :

Temps de naître et temps de mourir, 2.

Temps de tuer, temps de guérir,

Temps de planter, temps de détruire, ^•

Temps de bâtir, temps d'arracher.

Temps de gémir, temps de danser, ^«

Temps de pleurer et temps de rire .

Temps d'assembler les blocs, temps de les disperser, S»

Temps d'aimer les baisers et temps de les maudire, Temps de poursuivre un rêve ou de se l'interdire. Temps d'aimer un objet, temps de le repousser.

Temps où Ton coud, où Ton déchire, 7.

Temps où l'on parle, où l'on se tait, Temps où l'on hait, où l'on soupire, 8.

Temps de la guerre, et temps de paix.

Que reste-t-il donc à Thomme, des peines 9.

qu'il a prises? J'ai vu toutes les occupa- lotions que Dieu a données aux fils d'Adam

11. pour qu'ils s'y abrutissent. Il a fait toute chose bonne à son heure ; le monde, il le déroule devant les hommes, mais de façon que, d'un bout à l'autre, ils ne puissent rien comprendre à ses desseins.

12. Donc, conclus-je alors, il n'y a qu'une seule chose bonne pour l'homme, c'est de se réjouir et de goûter le bonheur pendant qu'il

13. vit. Oui, quand un homme mange, boit, jouit du bien-être acquis par son travail, cela

14. est un don de Dieu. Je vis clairement que tout ce que Dieu a fait restera éternellement tel qu'il l'a fait. Rien n'y peut être ajouté ; on n'en saurait rien retrancher. Tout cela,

lo. Dieu l'a fait pour qu'on le craigne. Le passé a existé dans un passé antérieur ; l'avenir a déjà été; Dieu recherche, pour le faire êlre encore, ce qui semblait avoir fui pour jamais.

[Nouvelles observations. L'injustice règne ici-bas. L'homme finit comme

ranimai.]

J'ai vu une autre chose sous le soleil : m, 16, c'est le méchant assis au lieu où se rendent les jugements, et l'iniquité trônant sur le siège de justice. « Dieu, me suis-je dit d'à- 17. bord, jugera le juste et le méchant ; car il a fixé un temps à toute chose. » Mais bientôt 18. j'ai reconnu que les enfants d'Adam ne sont pas aussi privilégiés de Dieu qu'ils le paraissent et qu'ils n'ont en réalité aucune supériorité sur l'animal. Car la destinée des i9. enfants d'Adam et celle des animaux sont une seule et même chose. La mort des uns, c'est la mort des autres; il n'y a qu'un même souffle en tout ; la supériorité de l'homme sur l'animal n'existe pas ; tout est vanilé.

ilO L'ECCLÉSIASTE.

20. Tout va vers un même lieu. Tout est venu de la poussière, et tout retourne à la pous-

21. sière. Qui sait si, tandis que le souffle des enfants d'Adam monte en haut, le souffle de l'animal descend en bas, vers la terre ?

Je me confirmai donc dans cette pensée qu'il n'y a pour l'homme qu'une seule chose vraiment bonne, c'est de jouir lui-même du fruit de ses œuvres ; c'est là son vrai lot : en eflfet, après sa mort, qui le ramènera pour voir comment les choses se passeront ?

[Autre observation. L'oppression partout triomphante. La vie et l'activité

conçues comme un mal.]

^>*- Et je me remis à observer, et je vis les actes d'oppression qui se passent sous le soleil. Partout des opprimés baignés de larmes,

et personne pour les consoler ! des gens suppliant qu'on les tire des mains de ceux qui les oppriment, et personne pour les délivrer !

Alors je félicitai les morts, et je préférai 2. le sort de ceux qui ont disparu avant nous au sort des vivants dont l'existence s'est prolongée jusqu'à présent. Plus heureux que 3. les uns et que les autres me parurent ceux qui n'ont jamais existé, puisqu'ils n'ont pas vu les choses qui se passent sous le soleil.

Je compris que tout effort, tout succès se 4résume en jalousie, en désir de surpasser son semblable. Encore une vanité, une pâture de vent !

L'insensé se croise les mains 5,

Et vit de sa propre substance.

Mieux vaut une poignée de bonheur 6.

calme que les deux mains pleines de labeur et de vains soucis.

112 L'ECCLÉSUSTE.

[Inutilité de la Tie pour l'homme solitaire.]

IV, 7. Autre vanité que j'ai vue sous le soleil :

8. un homme seul, qui n'a personne pour lui succéder *, ni fils ni frère, et il travaille tout de même sans relâche, et son œil ne se rassasie pas de voir affluer chez lui les richesses. « Eh ! pour qui donc travaillé-je, se dit-il parfois, et privé-je mon âme de tout plaisir? » Encore une vanité, une triste chose !

9. Deux valent mieux qu'un ; car, quand d eux sont associés, leur travail a sa récom-

10. pense. Si l'un des deux tombe, l'autre le relève ; mais malheur à l'homme seul! S'il tombe, il n'a pas de second pour le relever.

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