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(2) Ibid., 521-524.
(3) Postillae perpetuae, sive praevia commentaria in unircrsa Biblia, Romae, 1471-1472.
tend scilicet verho et opère Dei{l). Dans ce commentaire, Luther reste fidèle à l'opinion traditionnelle de l'origine salomonienne du livre. Il Taurait niée dans ses Propos de table : « Salomon n'a pas écrit lui-même le livre de l'Ecclésiaste, mais il a été composé au temps des Machabées par Sirach. Ainsi il est comme un Talmud compilé d'après beaucoup de livres, peut-être de la bibliothèque du roi Ptolémée Evergète en Egypte » (2). Il est à craindre qu'il n'y ait ici quelque confusion entre l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique. Cependant, dans la préface à sa traduction allemande de rEcclésiasle, Luther embrasse une opinion moyenne, sorte d'intermédiaire entre les deux précédentes : le livre n'a pas été rédige par Salomon lui-même, mais les sentences qu'il avait prononcées de vive voix ont été recueillies et publiées plus tard par les savants (3).
En réalité, Luther n'était pas le premier à contester l'origine salomonienne du livre. Aben-Ezra (1092-1167) nous apprend dans son commentaire (sur vu, 3) qu'en raison de contradictions apparentes, « un commentateur a expliqué « Qohéleth » par « assemblée », et afiîrmé que le livre fut composé par les disciples de Salomon et qu'il contient les opinions divergentes de chacun d'eux » (4). Néanmoins, la vérité péniblement entrevue ne devait pas encore triompher. Plus d'un siècle se passera avant que Grotius (Hugo de Groot), protestant hollandais, affirme nettement que l'Ecclésiaste n'est pas l'œuvre de Salomon et, ce qui vaut mieux, indique des motifs critiques de sa négation : Ego tamen Salomonis esse non puto, sed scriptuin serins sub illius régis tanquani paenitentia ducti nomine. Argumentnm ejus rei habeo multa vocabula quae non alibi quam in Daniele, Esdra et Chaldaeis interpretibus reperias (5). Mal accueillie par les contemporains, l'opinion de Grotius attendra plus d'un siècle encore d'être reprise par Eichhorn (1780). Mais à partir de ce moment les nombreux commentateurs qui vers la fin du xviii* siècle et au cours du xix^ interpréteront l'Ecclésiaste, devront agiter la question de son origine salomonienne et même de son unité. On trouvera plus
(1) EcclesiasI es Salomonis cum annotatlonibus , Vitebergae, 1532.
(2) « So hal Salomo selbst das Buch, den Prediger, nicht geschrieben, sondern es ist zur Zeit der Maccabâei' von Sirach gemacht... Dazu so ist's -wie ein Talmud aus vielen Bùchern zusammengezogen, vielleicht aus der Liberey des Kônigs PtolemJius Euergetes in Aegyplen » {Tisclireden, p. 400-401 de l'édition Fôrstemann- BlNDSElL, Leipzig, 1844-1848).
(3) « Es ist aber das Buch freilich nicht durch den Ivonig Salomo selbst mit eigener Hand geschrieben odcr gestellet, sondern aus seinem Munde durch andere gehôret und vun den Gelehrten also zusammengefasst, wie sie denn selbst am Ende bekennen da sie sagen ; Dièse Worte sind Spiesse und Nagel, gestellet durch die Meister der Gemeinde, und von einem Hirten dargegeben... » (Vorrcde zur deiitschen UeOerselzung des Predigers Salomo, 1524).
(4) Cité par Ginsdurg, p. 56s.
(5) Annolaliones ad Cohelel, Paris, 1644, Praefatio; cf. ad vu, 26 et xii, 11.
HISTOIRE DE l'iNTERPRÉTATION. 31
loin l'exposé de leurs opinions sur la date et la composition du livre (1). En ce qui concerne l'objet général du livre, Luther s'écarte aussi des théories généralement reçues avant lui. Les Pères et à leur suite les commentateurs avaient vu dans Qohéleth un homme tout pénétré de la vanité des biens du monde, et dans son enseignement une leçon de détachement total : l'auteur inspiré voulait nous convaincre de l'insuffisance des joies terrestres, et nous exhorter à conquérir celles de l'éternité par la pratique en cette vie du service de Dieu. Le but du livre était hautement moral. Avec Luther il devient tout pratique. Le premier texte de lui qu'on a cité le dit en propres termes : Qohéleth veut nous apprendre à jouir des biens présents avec paix, joie et reconnaissance envers Dieu. Il prêche donc une sorte d'eudémonisme tranquille, religieux d'ailleurs, et bien différent de ce qu'on est convenu d'appeler épicurisme. Ici encore Luther avait eu un précurseur dans la personne de Jean Brenz, dont on peut lire plus loin les paroles. Cette conception nouvelle de l'Ecclésiaste ne fut point d'abord accueillie par le grand nombre des interprètes. L'exégèse catholiqueenparticulier maintint le point de vue antérieur. Ce fut notamment le cas des jésuites Lorin (2) et Pineda (3), tous deux, le second surtout, d'une prodigieuse érudition ; celui encore de Cornélius a Lapide (4), doué pourtant d'un meilleur sens critique que ses deux confrères. Grotius lui-même (5j ne prêtait pas à lEcclésiaste un autre dessein, et il expliquait encore la présence dans le livre des paroles qui lui semblaient peu orthodoxes, en les représentant comme l'expression d'opinions étrangères à lauteur : Ut intelUganius redactas in eum [Ecclesiasten) varias homimun qui sapientes apud suos quisque habebantiw opiniones, Trept tî); £ÙSaiu.ovta(;... Quare mirari non debemus si quaedani legimus hic non probanda ; omnes eni/n sententias cum suis arguinentis recitanti, ut Aristoteles facere solet priusquam quid definiat, necesse erat id accidere ; sed cum et initium et finis satis monslrent quod sit scriptoris propositum, ob eas causas [ut aiunt Hebraei) nierito in canoneni receptus est. Dom Calmet (6) écrit aussi : « Salomon veut prouver que tout ce qui est dans le monde n'est que vanité et qu'aflliction d'esprit, qu'il n'y a qu'une seule chose de solide et sur laquelle l'homme puisse faire quelque fonds, c'est sur la crainte de Dieu, sur l'observation de ses loix, sur l'attente de ses jugemens. » Même au xix"^ siècle, on retrouve cette conception chez quelques auteurs, parmi lesquels il
(1) Voir ci-dessous, p. 117 ss. 151 ss.
(2) Joannis Lorini avenioneiisis, socielatis Jesii, commenlaiii in Ecclesiasten, Lugduni, 1606.
(3) Commentarii in Ecclesiasten, Hispali, 1619.
(4) Commenlaria in Ecclesiasten. Aiitiierpiae, 1638.
(5) Loc. cit.
(6) Commentaire littéral sur les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, 3«éd., Paris, 1724-1726, V, p. 2. La première édition avait paru de 1707 à 1716.
suffira de citer Wangeinann(l). Néanmoins, les vues de Luther, reprises en 1612 par Jean Fischer (2), avaient gagné des adeptes nombreux, soit parmi les exégètes protestants, soit parmi les catholiques. On peut signaler chez les premiers Kleuker(3}, Pfannkuche (4) et Gaab(5). Parmiles seconds, le très original Père Hardouin S. J. formule ainsi le dessein du livre : « Que le meilleur, c'est-à-dire le plus tranquille, le plus innocent, le plus heureux en cette vie est de jouir soi-même avec sa famille dans ses ropas du bien qu'un travail légitime peut avoir acquis, et de reconnaître que de le pouvoir faire c'est un don de Dieu dont il faut par conséquent user avec actions de grâces ; qu'en cela enfin et en toutes autres choses il ne faut point oublier que nous serons tous cités au jugement de Dieu; c'est ce que l'Ecclésiaste inculque de temps en temps et à quoi tendent toutes ses maximes (6). » Pour Jahn (7) le but de l'Ecclésiaste est « d'apprendre aux hommes à modérer les efforts incessants auxquels ils se livrent pour accumuler les richesses, s'assurer les plaisirs, acquérir les honneurs, et en même temps leur apprendre à ne pas augmenter les peines de leur vie en se refusant la jouissance de plaisirs innocents quoique incertains et fugitifs ». Zirkel (S"" pense que l'Ecclésiaste veut nous enseigner « l'art d'être heureux ».
En réalité, la formule de Luther et des commentateurs qui ont adopté les mêmes vues (9), ne correspondait qu'imparfaitement au contenu du livre. Le point de vue qu'elle indiquait s'y trouvait en effet; mais celui de l'ancienne tradition ne s'y rencontrait pas moins. 11 est vrai que l'Ecclésiaste nous exhorte à mener une vie tranquille et joyeuse ; mais il l'est aussi qu'il proclame sans cesse la vanité de toutes choses, et fait entendre de temps à autre le rappel du jugement et de la crainte de Dieu. Or, l'affirmation de l'universelle vanité occupe une trop grande place dans le livre pour n'être qu'un élément secondaire de la pensée de TEcclésiaste et ne jouer que le rôle d'accessoire dans son œuvre. Elle doit en constituer au moins partiellement le but. On pouvait tout concilier dans
(1) Der Prediger Salomonis nach Inhalt iind Ziisnmmenhang praldisch ausgelegt, Berlin, 1856, p. 20.
(2) JoannisPiscATORis Commenlarioriim in omncs libros Veteris Testamenti tomas tertius, Herborn, 1646, p. 403.
(3) Salomonische Schriflen, erster Theil, Leipzig, 1777, p. 9 et 22.
(4) Excrcitationes In Ecclesiasten, Goltingae, 1794, p. 7-8.
(5) Beitrage zur Erklàrung des sogenannten Ilohenliedes, des Predigers und der Klagelieder, Tubingen, 1795, p. 48.
(6) Paraphrase de l'Ecclésiaste, avec le latin de la Vulgale à la marge, avec l'explication des mots Urim et Tliummim et avec des remarques, Paris, 1729, p. 12.
(7) Einleilung in die gôUlichen Biicher des Allen Bandes, Wien, 1793, II, J 214.
(8) P. 78-80 et 96-98.
(9) On ne veut pas dire qu'ils aient nécessairement emprunté ù Lullier. Elster (p. 23) admet que le P. Hardouin en particulier n'en dépend pas.
HISTOinE DE LINïERPItÉTATIOX. 33
une autre formule : « Le véritable bonheur n'existe pas; cueillons donc les quelques joies qui nous sont accordées en ce monde, mais sans oublier ce que nous devons à Dieu. » Le livre se trouvait ainsi contenir un enseignement théorique et des conclusions pratiques. Cette solution avait été indiquée assez confusément par Brenz {V : Lex enim docet quod hominuin quisque ad amplexandam colendamque justitiam prorsus est expers atque imbellis... Ad hanc rationem libellus iste accedit et docet omnium hominum vires, sapientiam, rationem atque consilia a genuino creaturaruni usa foede aberrare ac retrocedere, nimirum ne quisque sit qui glorietur se posse vel tantillum sibi relictus coram Deo siée ad Justitiam parandam, sive ad creaturas felici atquii prospéra exitu tractandas... Ad timorem et fiduciam in Deo recta nos erudit ac ducit, quibus, ceu indicibus quibusdam, adpium creaturaruni usum tandem pertingamus. Drusius (2) a formulé avec netteté la même doctrine : Agit hic liber de fine bonorum. Summa est : quidquid vanum est, id hominem beare non potest; quidquid sub lunae glob'o est, vanum est; ergo, etc. Suadet autem ut ab hac vanitate animum attollamus ad sublimia et interea rébus praesentibus tranquille utamur. Geier, qui l'a suivi, ainsi que Mercier, qui l'avait précédé, se rapprochent de la conception ancienne par l'importance qu'ils donnent à la crainte et au service de Dieu : Describit nobis in hoc libro Salomo summum bonum hominisve felicitatem partim privative, in quibus non sit, verbi gratia in sapientia nimiaac curiosa, in voluptatibus, divitiis, honoribus, etc., partim positive, in quo consistât, nimirum in jugi numinis supremi reverentia, rerumque terrenarum hilari ac tranquillo usu : hoc est utjuxta Christum prius solliciti simiis de regno Dei, posteaquereliquis terrenis bonis a Pâtre placato dein adjectis fruamur hilariter, de crastino non stulte soliciti, nimisque diffidenlesi?)]. Scopus huj'us libri et institutum est rerum humanarum, sludiorum et affectuum vanitatem ostendere... deinde nos ab ea subvehere ad rerum sublimium considerationem, ad timorem et judicium Domini ac observationem ejus mandatorum... Intérim etiam docet rébus praesentibus pacate et tranquille fruicum gratiarum actione sine anxietate et solicitudine, ut etiam Christus docuit [k). J. D. Michaelis (5) et G. L. Spohn ,6^ au xviii^ siècle, Rosenmiil-
(1) Ecclesiasles Salojnonis ciim commentariis juxta piis alqiie eniditis Joannis Brentii, Haganoae, 1528, p. 11^.
(2) Annotationes in Coheleih, Anistelaedami, 1635, p. 2.
(3) M. Geier, In Salomonis régis Israël Eccle.siasten Commenfarius, Lipsiae, 1647, p. 3.
(4) J. Mehceiu Commentarii in Jobumet Salomonis Proverbin, Ecclesiasicn, Canliciim C.anticorum, Lugduni Batavorum, 1573, p. 518.
(5) Poetischer Entwiirfder Gedanhendes Prediger-BuchsSalomons, Gôttingen, 1751.
(6) Der Predigcr Salomo ans dem flebriiischen aufs neiie ûberselzt and mil hrHischen Anmerkungen begleilet, Leipzig, 1785, p. xxxvi.
ïer (1), Knobel (p. 38 s.), Heiligstedt (2), Hàvernick-Keil (3) et Vaihinger (p. 63) dans la première partie du xix% ont adopté la manière de voir de Drusius, A partir de cette époque, on peut considérer comme reçue communément l'opinion d'après laquelle lEcclésiaste, après avoir constaté la vanité de la vie, conclut à la jouissance modérée, réglée d'ailleurs par la religion. Avec des nuances parfois considérables, dues surtout à l'influence plus ou moins grande qu'on accorde à la foi de l'Ecclésiaste sur sa conception de la vie et éventuellement sur ses espérances, cette idée du but et de la pensée essentielle du livre est celle qu'en ont donnée : Delitzsch [p. 191 ss.), Motais (p. 514 ss. 534 s.), Renan (p. 40 , Wright (p. 187 ss.), Nowack (p. 199 s.), Bickell (p. 28 ss. 53 s.), Cornely(4), Gietmann fp. 6 ss. , Kuenen (p. 167i, Wildeboer p. 119), Me Neile (p. 20), Driver (5), Barton (p. 49 s.).
Une interprétation historique du livre a été proposée par H. Ewald(6). L'Ecclésiaste, qui vivait un siècle environ avant Alexandre, aurait écrit dans le dessein de consoler ses frères accablés par le joug des Perses. Il leur recommande la patience et la circonspection, leur inculque la crainte de Dieu, mais aussi l'espoir du jugement futur qui redressera les injustices de cette vie; enfin il les exhorte à jouir joyeusement des biens terrestres, et avec reconnaissance envers Dieu, avant que viennent la vieillesse et la mort. Ewald a été suivi dans cette voie par Hitzig (p. 124), Elster p. 27 s.), Hengstenberg (p. 15-16) et Ginsburg (p. 15-27), mais avec des divergences sur l'époque de la composition du livre. Luimême a par la suite atténué sa première opinion, et interprété comme la plupart des exégètes la pensée maîtresse de l'Ecclésiaste (7).
Les opinions des commentateurs sur les autres points de la doctrine de l'Ecclésiaste seront exposées plus loin, lors de l'étude qu'on fera de
(1) SchoUa in V. T., part. LK, vol. II, Lipsiae, 1829-1830, p. 9 ss.
(2) Commentariiis in Ecclesiasten et Conlicum Canficonim, dans Mauueri Commentarius in \'. T., vol. II, sect. II, Lipsiae. 1848, p. xii s.
(3) H. A. Gh. Haveunick's Handbuch der historisch-kritischen Einteiliing in das A. T., III Theil ausgearbeitet von G. F. Keil, Erlangen, 1849, p. 446.
(4) In/roduclio specialis, Parisiis, 1887, II, p. 166. Le P. Gornely écrit : Consilium ejus est docendi qiiomodo Jiomo. ut ad eam fieatitadineni quac hac in terra obtincri potesf secure perveniat, vilam siiam debeat ordinare. Quam ob caiisam ostendit omnia liujus terme bona per se esse caduca et impcrfecta nec eorum immodrroto usu iinquam hominem felicem reddi; nihilominus ad imperfectam illani Itiijus vifae becititudinem earum nsum sapienteni et moderatum confcrre. dtimmodo honio illud seniper hcne teneat nuimo sempvrqiie inineutiir, de omnium illarum rerum usu Deo aliquando juslissimo ralionem esse reddendam ideoque virtutem piefatemque prcie^ primis esse sectnndam.
(5) Introduction, p. 471.
(6) Dus flofielicd Salomo's, Gôltingen, 18'26, p. 152 s.*.
(7) Dans /)ic poeliscfien Jiiicher des Altcn Bundcs erldart. Gottingen, 1837. p. 178 .ss. 183 ss.
HISTOIRE DE l'iNTEUPRÉTATION. 35
cette doctrine elle-même. Il suffira, pour terminer, de rappeler les noms des auteurs qui, dans les derniers temps, ont présenté l'Ecclésiaste aux lecteurs français. Le dernier commentaire un peu important écrit en français par un catholique est celui deA. Motais (1). Cet écrivain a dépensé une certaine somme d'érudition et de travail à défendre les opinions qu'il considérait comme traditionnelles, en particulier l'origine salomonienne du livre et la foi de lEcclésiasto à l'immortalité de l'âme et à la rétribution future. Pour ce motif, il se conforme à la Massore dans l'interprétation de m, 21. Aucun exégète catholique français ne s'est élevé contre lui, du moins un peu longuement, avant le P. Condamin, de la Compagnie de .lésus. Les articles de celui-ci dans la Revue biblique (2) sont bien ce qui a été écrit de plus sensé sur le sujet en notre langue et par une plume catholique. D'après le P. Condamin, l'Ecclésiaste aurait été composé vers l'an 200 et n'enseignerait pas les rétributions futures.
Chez les protestants, Edouard Reuss(3) adopte d'une manière générale les conclusions critiques. L'explication du texte est d'ailleurs assez brève, de même que l'introduction.
Renan, dans son étude sur l'Ecclésiaste (4), est loin d'avoir fait une œuvre de premier ordre. Son information est courte ; il se réfère surtout à Gratz (1871), et ignore totalement Delitzsch (1875), dont le commentaire pourtant fait époque et dès 1877 était édité en anglais. Sa traduction n'est pas toujours fidèle; devant certains passages obscurs ou difficiles, il ne résiste pas à la tentation d'inventer (5). Dans le portrait qu'il a tracé de Qohéleth, plusieurs traits de l'original sont exactement saisis. Mais d'autres sont de pure fantaisie et ce n'est point dans l'Ecclésiaste que le peintre en a trouvé le modèle (6). Qohéleth n'est pas un dilettante « au tempérament fin et voluptueux » (p. 40; cf. p. 90), ni son œuvre, « un livre de scepticisme élégant » (p. 72). Qohéleth est avant tout un pessimiste convaincu. Il n'a rien de « l'artiste » (p. 26) qui s'amuse à de «jolies phrases » (p. 40), et ce qu'il nous a laissé ne représente ni « une délicieuse fantaisie philosophique » (p. 24), ni un « badinage » (p. 27). Renan s'est mépris. Qohéleth est plus sérieux et plus grave,
(1) Salomon et l'Ecclésiaste, étude critique sur le texte, les doctrines, l'âge et l'auteur de ce livre, Paris, 187G. Il existe une édition abrégée sous le litvc LEcclésiasle, Paris, 1877. Ont été publiés depuis : Le livre de l'Ecclésiaste, par J, Boileau, Paris, 1892; et L'Ecclésiaste, par L.-Cl. Fillion, dans La sainte Bible commentée, IV, Paris, 1893.
(2) RB, 1899, p. 493 ss, et 1900, p. 30 ss. 354 ss.
(3) La Bible, traduction nouvelle avec introductions et commentaires, Ancien Testament, VP partie, Paris, 1878, p. 275-330.
(4) L'Ecclésiasle traduit de l'hébreu, avec une étude sur l'âge et le caractère du livre, Paris, 1882.
(5) Voir sa traduction de vi, 9-11 ; vu, 14, 25; vin, 10, etc.
(6) Wright (p. 129) traite ce portrait de caricature.