x'cn P; M NT2in
sensés les auditeurs auxquels l'orateur populaire s'adresse : les foules se composent-elles jamais de sages':' On comprend aussi que pour entraîner une masse d'hommes, un chef doive crier, gesticuler, s'irriter, et qu'il soit assez mal obéi. Au contraire, les maîtres de sagesse (car tandis que Qoh. dans 13-16 mentionnait « un homme sage » et relatait son intervention dans la vie publique, le hakliam a évidemment en vue « les sages » de profession i, les professeurs attitrés de sagesse enseignaient sans bruit devant un auditoire restreint et paisible, et ils étaient très écoutés de leurs disciples.
Tel paraît être le sens de ce verset. Il reste néanmoins des 'dilTicullés. On ne voit pas bien à quoi font allusion les cris d'un chef civil au milieu de ses administrés, et s'il s'agit d'un chef militaire, comme les vv. voisins (14 et 18 a). paraissent l'indiquer, y avait-il donc alors si peu de discipline dans les armées qu'il ne pût se faire écouter? Dans tous les cas la qualification d'insensés appliquée aux auditeurs semble peu justifiée. Ne pourrait-on, en s'inspirant de VII, 4, donner à SuJia le sens qu'il a dans Nomb. xxi, 27 et traduire : « Les paroles des sages proférées dans le calme sont mieux écoutées que les criailleries des chanteurs de chansons ia''Slt/*'iC en parallélisme avec D''03n," cf. G pour le plur.i parmi les insensés »'!* Il est vrai que cette interprétation n'est pas favorisée par le contexte (bien qu'il ne faille pas exiger trop de suite des idées dans un recueil de sentences) et qu'elle ne rend pas compte, aussi bien que la précédente, de l'opposition entre ''12'T et rp"".
Bick. ip. 14 et 83) retranche Di^'zr:. De même Haupt, qui considère d'ailleurs le V. entier comme une glose.
18. 31p est employé en hébreu biblique dans Zaeh. xiv, 3; Job, wxviii, 23; Ps. Lv, 22; Lxviii, 31 i"?); xxwiii, 9; cxliv, 1; B. S. xxxvii, 6, et ici, mais non dans II Sam. xvii, 11 icf. Dhorme, in loc); le même mot existe en araméen biblique, en judéo-araméen, en néohébreu et en syriaque. C'est certainement un arama'isme (IvAUTzscir, Aram. p. 77). — N"l2in est toujours vocalisé ainsi dans Qoh., sauf vu, 26, par analogie avec les verbes en n"S. On ne doit point traduire « celui qui pèche une fois » (V qui in uno peccaverit et Jér. au cours du com. in hebraeo legi potest : et qui peccat iinuni), ce qui supposerait nriK, mais « un seul pécheur » ; cf. Kon. II, p. 227, note 1. P a lu Ni:n « faute, péché », qui se trouve dans 9 mss. K.; de même Saadia \S\. Wolff, Zur Charakteristik cler Bibelexegese Saadia Afajjûmîs, dans ZATW, 1884, p. 243). « Faute )' s'oppose mieux à « sagesse >', et de cette leçon il résulte pour 18 b un sens qui s'harmonise avec celui de x. 1 ; cf. vu, 7 où l'on fait entendre que le sage n'est pas à l'abri des faux pas. Ncn est reçu par Dud. Spohn, Winckl. [Altor. Forscit. IV, p. 353), Bick. Zapl., et mentionné favorablement par Sieg. Bart. — r^y^T^ peut qualifier nslta (Kox. III, 318 e); cf. v, 16; vi, 11.
424 l'ecclésiaste, x, i.
X. 1 Des mouches mortes 'infectent la préparation' d'huile du
[parfumeur :
un peu de folie 'détruit la valeur' de 'beaucoup de' sagesse.
1. ]au; niirya î:u;\si^ GSh (cf. P); M ptir 5?i3i ^\sii. — si ip>
Haupt laisse à Qoh. la première prop. du v., mais en retranchant nnr:. Il ne faut pas vouloir établir un lien trop étroit entre ce v. et le précédent, identifier par exemple le « pécheur » de 18 avec le « chef » de 17. Les deux pensées ont ceci de commun qu'elles font l'éloge de la sagesse et des sages, et qu'elles ont été suggérées par l'anecdote qui précède ou plus exactement par la réflexion qui la termine (v. 16). Mais il ne faut sans doute pas en chercher davantage.
X, 1. nia est interprété « mortifères » dans G OavaTouaac Sh T et par Knob. Herz. Vaih. Del. Wright, Kôn. (III, 306 d), Sieg. Wild. (cf. Ps. vu, 14); « mortes » dans P S Jér. V et par Ew. Hitz. Elst. Hengst. Ginsb. Now. Me N. Bart. (cf. Ps. xviii, 5; cxvi, 3). Pour qu'une mouche gâte un parfum, il suffit qu'elle y meure, il n'est pas nécessaire qu'elle soit venimeuse. Comme d'autre part l'auteur veut dire qu'une cause infime peut amener la ruine d'un très grand bien, « quelques mouches mortes » conviennent mieux à sa pensée que « des mouches venimeuses », lesquelles peuvent être assez redoutables et méritent plus l'attention que le dédain. — Le premier verbe, 'ttr^^*2^ signifie « gâter, corrompre »; le second, yii'', « jaillir, répandre » et tous deux sont au sing., bien que le sujet soit au plur. Le second manque absolument dans S Jér. (mais Contra Pelag., lib. II, P. L. XXIII, 541 : demoliuntur atque corrumpunt) V et probablement dans T ; il est représenté par un substantif dans G Sh a/.euaafav « apprêt, préparation » et dans P G/.eyoç « vase ». La plupart des com. interprètent yi^i par « faire fermenter », que rien n'autorise, et expliquent que le verbe peut être au sing. avec un sujet au plur. (cf. i, 16; II, 17; Gen. xux, 22; Is. lix, 12; Jon. i, 20), peut-être en raison du sing. nia (KÔN. III, 349 g). Quelques-uns (parmi lesquels Bart.) le retranchent, soit comme une glose (Sieg. Me N.) ou une variante (Zapl.), soit comme une dittographie du verbe précédent (Driv.-Kitt.), et mettent 1u;lNn"i au plur. (Me N. Driv.-Kitt.) ou lliT au sing. (Sieg. Zapl.). Il n'est pas vraisemblable que l'accord du verbe avec le sujet n'ait pas été observé par l'auteur dans le cas présent. On n'obtiendrait d'ailleurs pas un sens satisfaisant ni en harm.onie avec le contexte en faisant de Uin'î le complément et de yovi le sujet du verbe (cf. Now.). Il est donc probable qu'on doit lire TLirlNaV Cette probabilité devient presque une certitude si l'on démontre que le 1 du plur. dans ce verbe est actuellement représenté par le i initial de yia"). Ce second verbe n'est certainement pas une glose, car il ne présente aucun sens et 1tt;''N*3i est très clair. Si glose il y avait, c'est le premier verbe qui serait la glose. Une dittographie peut être invoquée, car l'échange du xù et du î? est admissible. Mais la disparition du k dans le second mol n'est pas motivée, et surtout cette hypo-
l'ecclésiaste, X, 1. 425
thèse n'explique en aucune façon fes leçons de G Sh P qui sont cependant très sig-nificatives, puisqu'elles s'accordent avec M pour certifier la présence d'un terme embarrassant après 1U71N2V Le texte primitif devait être IC^Nl'' VDV! HXjTO. C'est ce que suppose G aaprtiouatv oxcuaafav ÈXafou. P axsuoç s'est inspirée de G mal lu ou mal compris. G a fort bien pu rendre ~i*"?2 par axîjx- CT''av : cf. Nomb. viii, 4, où le même mot est traduit par xaïajy.cjr;. Quant à l'original, rrii'yn a pu être suivi du nom de la matière comme dans Nomb. xxxi, 20, et si la locution paraît surchargée, on pourra se reporter à Ex. xxx, 25, qui en matière identique ne l'est pas moins : npll rt*i"**2 se lit dans ce texte et aussi dans B. S. xlix, 1. On voit très bien comment M dériverait de la leçon proposée : le "i initial de ^''2'' s'est formé du 1 final du verbe précédent; 2 et a s'échangent facilement ; le t caractéristique de l'hiph. aura été introduit après coup pour mettre >*i2'' à la même forme que U71N2'' ; le U? de ni^ïD aura disparu par haplographie devant VO'ji, le n final mater lectionis n'étant pas écrit à l'origine, npll « parfumeur, fabricant de parfums » (M S) devient npT « unguent, parfum » dans G Sh P Jér. VT qui peuvent aussi bien retenir la leçon primitive.
La seconde partie du v. est également diflicultueuse. 1pi « précieux, splendide )), suivi de :^ est interprété ici « plus pesant que, l'emportant sur » par Del. Wright, Now. Gietm. : « un peu de folie l'emporte sur la sagesse, sur la gloire ». Mais bien que « être lourd » soit le sens de la racine et reste en araméen le sens de l'adjectif, ip"! n'a pas cette signification en hébreu biblique ni même en néohébreu. L'image de la balance n'est donc pas suggérée par le texte. Knob. Heil. Elst. Ginsb. Rùet. BDB traduisent par « plus important », toujours en se reportant au sens de la racine et parfois en invoquant un aramaïsme. Mais ce sens n'est pas non plus établi, et la proposition obtenue « un peu de folie a plus d'importance que la sagesse, que la gloire » est si peu satisfaisante que la plupart du temps les com. tempèrent cette affirmation en insérant « souvent » ou « dans l'esprit des hommes », toutes réserves que le texte n'indique en aucune façon. Si l'on veut respecter la langue, il faut se résigner à traduire "ip'' par « précieux ». Mais la sentence qui en résulte : « un peu de folie est plus précieuse que la sagesse, que la gloire », représente une idée que le hakham n'a pu émettre. Que si l'on écrit avec Me N. a un peu de folie est plus estimée... », on détourne de nouveau l'adjectif de son sens réel pour lui faire exprimer une pensée douteuse. D'ailleurs toutes ces traductions, sauf celle de Del., donnent k 1 b une signification qui reste sans aucun rapport avec 1 a. La tentative de Hengst. Wild. : « un homme estimé à cause de sa sagesse, à cause de sa gloire, (est gâté) par un peu de folie », n'est pas plus heureuse.
D'autre part, les témoins du texte ne sont pas d'accord. G -i;a.'.ov ôX-yov (B 6 Xô^o;) aoçfa? j-èp ô6Çav àopoTjVT); jAsyctÀr,; suppose la leçon suivante, ditTérente de M : 21 mS^D ~l23a HD^n T2yD IpV Cette leçon a été corrigée sur M par Sh qui écrit HDDna et remplace 2T par "û^D- Les autres versions suivent M. Mais P Jér. V et 114 mss. K. de R. ajoutent le 1 copulatif devant ~123'2, et P intercale en outre 2T à la suite du même mot. Le fait que ce 1 manque dans M est significatif. On ne comprendrait pas qu'elle l'eût supprimé s'il avait
426 l'ecclésiaste, x, 2.
~he cœur du sage est à sa droite,
et le cœur de l'insensé, à sa gauche.
existé à l'origine chez elle. C'est un mot qu'il était naturel d'ajouter, mais non pas de retrancher. Sa présence dans P Jér. V et 144 mss. K. de R. n'est donc pas une preuve de son caractère primitif, et son absence dans M prouve au contraire qu'il ne figurait pas dans l'original hébreu. Il ne reste donc en somme, en face de M. qu'une leçon divergente de quelque importance, celle de G. Celle-ci est préférée par van der Palm, Zirk. Bart. Mais la pensée qu'on en peut tirer : « un peu de sagesse est plus précieuse que la gloire de beaucoup de folie », ou mieux encore, en faisant de "ip'i un substantif : « la gloire d'un peu de sagesse vaut mieux (avec ellipse de iTi2; cf. iv, 7) que la magnificence de beaucoup de folie > , n'a aucun rapport avec 1 a ; or 1 a n'est qu'une figure ou une comparaison, dont l'application reste à faire dans le second membre de la sentence.
Il faut donc en venir aux corrections de texte, dans lesquelles on lit généralement, au lieu de *ipi, le substantif "ip") (aramaïsme; cf. Kautzsch, Aram. p. 38), et au lieu de "123)2 le verbe "72N assez indiqué par le parallélisme de lC7lî<av Sieg. suivi par Zapl. propose ■i25?a mS^D 73Xa nCDIin ipi; Driv.-
Kitt. "lai ^3N^^ nvz^nn ipiï Le texte primitif était plutôt nn:n ni ipi
"151 12Nn. Après l'accident qui a rendu le verbe peu lisible, une haplographie du *! n'aura laissé subsister que la seconde lettre de y^, laquelle aura été facilement prise pour un Q. Ainsi seulement s'explique n^DriD dans M. Quant à G, il repose sur un essai de correction, par interversion de 31 et de "cyn, dans un texte qui avait déjà "13,312, mais gardait encore 31. L'existence de ce dernier mot est donc attestée plus ou moins directement par les deux recensions du texte. ~3K doit être lu à l'imparfait comme le verbe de 1 a ; cf. IX, 18 b.
Haupt retranche la première moitié du v. comme glose postérieure.
2. 31 désigne comme souvent l'intelligence, et l'on admet communément que le S exprime un mouvement, la droite marquant la bonne direction et la gauche, la mauvaise : « Le sage se dirige bien; l'insensé va de travers ». Sieg. entend seulement que sagesse et sottise impriment à l'homme des directions opposées (cf. Gen. xiii, 9; Is. xxx, 21). Mais la droite a certainement ici un sens favorable et la gauche un sens défavorable, yû'i en néohébreu, à VJiiph., est « faire une chose correctement » et S''N'12'il*n « mal faire une chose ». On peut seulement se demander si la construction indique bien un mouvement. Le S, dans des constructions analogues, exprime aussi bien le repos icf. I R. ii, 19; Ps. cix, 31; ex, 1), et si une direction, soit normale, soit anormale, est marquée par 'îlv:'' et SnCîT, on ne voit pas bien pourquoi ils sont suivis tou-s les deux du pronom suffixe : la gauche et la droite devraient plutôt dans ce cas être employées absolument comme dans Gen. xiii, 9; Neh. xn, 31, etc. Au fond, la pensée est analogue à celle de ii, 13-14 : la clairvoyance et l'habileté sont du côté du sage, la maladresse et l'incertitude, du côté du sot. La droite et la gauche expriment donc la valeur ou l'incapacité
LECCLÉSIASTE, X. .]-'!. 427
■^Et aussi quand l'insensé va dans le chemin, son sens est en défaut et tous" disent : « C'est un insensé! »
^ Si la colère du prince s'élève contre toi, ne quitte point ta place ; car le calme évite de grandes fautes.