‹ L'EcclésiasteChapitre 103 sur 120 · XI. 1 Lance ton pain sur la face des eaux · texte numérisé non relu

XI. 1 Lance ton pain sur la face des eaux

car après beaucoup de jours tu le (re-)trouveras.

choisi cette lecture malgré le i, alors que le sens est celui de l'indicatif et que le verbe parallèle ""pSli est en effet laissé à ce mode. Kôn. (III, 191 a) émet l'idée que la forme jussive exprimerait ici le potentiel, mais il reconnaît que la leçon est peu sûre. Il paraît préférable de lire ^'1a'| avec Driv. {H. T. 174, note 4), Driv.-Kitt. et Bart., tout en admettant le sens du potentiel. — Il est singulier que 12" indéterminé soit en parallélisme avec Sip.l; d'autre part, G (AC) a Tr,v çwvrjv oou, suivi par Sh C20PV vocem tiiam. Ce pronom est une addition explicative assez naturelle et qui ne prouve pas que G ait eu sous les yeux un original hébreu différent du nôtre. Il est même possible que la forme primitive de G ait été celle de G (N 68) ty]v 'jwvtj'v (cf. Jér. i'ocem) ou peut-être aùv Tr,v cpiovr^v dont G (Bn"^'^ 254) aou ttjv çpfjjvT]v, suivi par Sh G, serait une corruption (cf. Me X.). Mais "CT devient aussi Xôyov cto-j (sans art.) dans GSh et dans CP (ces deux derniers mettent en outre le substantif au plur.), tandis que Jér. V et T restent avec M. Néanmoins il ne semble pas que le pronom soit primitif. La seconde partie du v. énonce une sorte de principe général, comme la traduction adoptée l'indique.

Au sujet du contenu de ce v., Del. rappelle le proverbe cité par le Midrach : Sm'22 D''J'N « les murs ont des oreilles » ; cf. Juvii>.\L, Sat. IX, 95 ss. Aristophane {Les Oiseaux, 601) : OùBsl; oTSsv tûv 6r)aaupbv tôv £[j.àv TÙ.ri'j sï ti; ap' opvt; et {ibid. 49 s.) : 'H zopcLvT) ij.ot -iXxi dtvio zi '■^piX^i, est tout aussi proche de la seconde partie du v. On voit que la formule : « un petit oiseau me Ta dit )> (usitée aussi en pays de langue anglaise, d'après Bart.), n'est pas nouvelle. Il est assez piquant qu'un livre qui ne se prive pas de critiquer les rois et les puissants, d'une façon générale et impersonnelle, il est vrai, recommande la plus extrême circonspection sur ce chapitre. Sur les destinataires de cet avertissement et sur son importance pour les sages, voir ïlnirod. p. 168.

XI, 1. vhià au pi. est « laisser aller, envoyer », et aussi « lancer, jeter » (I Sam. XX, 20). Ce conseil énigmatique a été diversement compris. V. der Palm et Bauer l'interprètent ; « semer dans les endroits humides, à côté de l'eau, pour obtenir une belle récolte ». Mais iJ3~S" ne veut pas dire « à côté »; anS est « le pain » et non pas « le grain », malgré Is. xxviii, 28; \xx, 23; Ps. civ, 14, où le contexte détermine mieux qu'ici la pensée; et enfin « semer » n'est jamais exprimé par DnS nSu7 (cf. v. 6). Il n'y a donc pas lieu non plus de trop presser la comparaison de notre texte avec la formule grecque a;:£(p£iv rôvtov ou h noviw. Griltz porte la fantaisie à son comble, et une fantaisie peu décente, en entendant tout .\i, 1-6 de la procréation. Geier, Michaelis, Dôd. Del. Ren. Bick. Me N. Haupt songent au commerce maritime : « confier ses biens à la mer et attendre avec patience le lointain retour des bâtiments pour percevoir le bénéfice ». Mais nnS n'a pas naturellement le sens de « fortune, avoir », et le texte parle seulement de retrouver son pain, non d'en tirer en outre bénéfice. Enfin le Midrach, le Targum, Grég. Thaum. Jér. Olymp, Knob. Ew. Herz. Elst. Ginsb. Zôckl. Wright, Now. Gietni.

LECCLÉSIASTE, XI, 2. 443

- Fais d'un avoir sept et même huit (parts), car tu ne sais quel

Wild. Sieg. Zapl. Bart., avec la masse des com., voient dans ce v. une exhortation à la libéralité et à l'aumône. Le mot « pain » favorise si l'on veut l'idée de bienfaisance. Mais outre que « jeter son pain sur la face des eaux » est une expression assez singulière pour dire « faire l'aumône », celte interprétation a l'inconvénient de détacher ce v. de son contexte (2-'», 6). lequel est cependant assez homogène, et a une tout autre portée.

Il faut en revenir, pour le fond, à cette idée que « lancer son pain sur leau », de même que aTcefpsiv jï6vtov, désigne un travail stérile. Ilitz. : « abandonner toute espérance, tout désir de succès est un bon moyen pour voir ses espérances se réaliser », est vraiment excessif. Motais : « donnez de l'étendue à vos opérations, mémo en risquant quelque chose », touche le véritable sens : l'entreprise la plus hasardeuse peut devenir profitable. A ce point de vue, la première partie du v. s'explique d'elle-même : jeter son pain à l'eau est un bon moyen de le perdre. La seconde a dû être inspirée par le phénomène connu de la mer qui, après un temps, rejette sur le rivage les épaves qu'elle avait d'abord englouties. Le pain dont on usait en Orient était mince et plat, assez semblable à une galette. Une fois desséché, il se dissolvait mal et devait surnager un certain temps dans l'eau, ce qui donnait quelque vraisemblance au proverbe. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire que celui-ci soit basé sur la stricte réalité (cf. x, 20).

Les vv. 1, i s'accordent à recommander l'esprit d'entreprise et même une certaine audace : « Il n'est pas bon de vouloir agir toujours à coup sûr; il faut au contraire savoir courir quelque risque ». Comment ne pas voir dans ces paroles hardies un correctif aux théories déprimantes de Qoh. et en particulier une réponse aux craintes excessives exprimées dans x, 8-9? L'auteur semble dire : « Bien loin de nous laisser décourager par la possibilité d'un échec, ne négligeons même pas ce qui paraît d'avance efîbrt stérile et infructueux. 11 arrive des choses si surprenantes : la mer rend ce qu'on lui donne; la vie aussi, peut-être... ». Les vv. 1, 4 ne peuvent donc être de Qoh. Leur forme métrique et leur tendance franchement optimiste les désignent comme l'œuvre du sage qui a déjà, dans x, 10-11, 15, rectifié x, 8-9 (on a dit déjà qu'à l'origine xi, 1 devait suivre immédiatement x, 15). Qoh. qui a été pour son compte un travailleur acharné (ii, en particulier v. 24; vni, 16) et qui a même formellement recommandé le travail aux autres (ix, 10; cf. ii, 24 et parall.), ne nous eût pas exhortés à l'activité sur ce ton et par ces motifs : ses doctrines sur la stérilité des efforts humains (m, 1-14; ix, 11-12; x, 8-9. 14 b; XI, 5) le lui interdisaient. D'ailleurs il est à remarquer que les vv. 1, 4 ne recommandent pas directement le travail, mais la confiance, que Qoh. n'a pas (i, 3; ii, 11, etc.) et qu'il s'est elforcé d'ébranler chez son lecteur.

2. Ici encore les interprètes se partagent entre l'aumône et les entreprises commerciales. pSn "jnj peut être interprété en conformité avec Jos. xiv, 4 « donner une part à quelqu'un ». On obtient ainsi un précepte de bienfaisance : « donne une part (de tes biens?) à sept et à huit ». Mais dans ce cas, au lieu de « sur la terre », on s'attendrait plutôt à lire à la fin du v. « sur toi ». Car si malheur tombe sur le pays, les obligés du riche ne seront pas

444 l'ecclésiaste, xi, 3.

malheur peut arriver sur la terre : ^ quand les nuées sont pleines, elles déversent la pluie sur la terre, et si un arbre tombe au nord ou au midi, à la place où Tarbre tombe, là il reste.

;î. Lire Nln") ; M KinV

plus épargnés que lui, ni par conséquent à même, comme on parait le supposer, de lui venir en aide à leur tour. D'ailleurs l'exhortation à l'aumône n'a aucun rapport, ni avec le contexte, ni d'une façon générale avec le contenu du livre. D'autre part, on peut entendre par pSn l'avoir que quelqu'un possède, et en donnant à ^ "rriJ le sens qu'il a dans Gen. xvii, 20 : « je ferai d'Israël une grande nation », arriver à traduire : « fais d'un avoir sept ou huit (parts) ». Peut-être, dans cette hypothèse, l'auteur eût-il écrit plus naturellement "îpSn « ton avoir », comme il a été dit au v. 1 « ton pain ». Mais le sens de « participer, prendre part à » indiqué dubitativement par GB pour pSn "|nj se base moins sur l'usage connu de la langue que sur la pensée présumée de l'auteur. Cette pensée est, en tout cas, qu'il convient de diviser ses risques le plus possible, suivant le procédé de Jacob (Gen. xxxii, 9); la seconde partie du v. est en parfaite harmonie avec cette interprétation : si une partie de l'avoir se perd, les autres seront sauvées, ou bien : si une entreprise échoue, les autres réussiront. — On constate dans « sept et même huit » l'emploi du procédé littéraire qui consiste à désigner successivement deux nombres, dont le second est plus élevé que le premier d'une unité seulement, afin d'exprimer une pluralité indéterminée; cf. Jér. xxxvi, 23; Prov. XXX, 15, 18, 21, 29; Eccli. xxv, 7; xxvi, 5, etc. (GK 134 s). Ici sept est donné comme un maximum dans l'espèce, et qu'on dépasse encore en ajoutant une unité. — La place occupée par nvi « ce qui peut arriver de mal » est un exemple de phénomène contraire à l'anticipation grammaticale, une sorte de déplacement régressif (Kôx. III, 414 q). Cette construction explique d'ailleurs que le verbe soit au masculin (cf. GK 145 o).

Haupt retranche Y*iNn~Sy n!?1 et Zapl. seulement yiNiTSl?- Si l'on pouvait démontrer que les mots « sur la terre » sont une dittographie empruntée au v. suivant, le v. 2 présenterait deux stiques parfaitement mesurés, de même que les vv. précédents. Mais les vv. 2-3 sont étroitement liés pour le sens et d'une même venue, et comme 3 n'est pas métrique, toute correction du v. 2 en vue de lui imposer la mesure mérite le reproche d'arbitraire.

3. 2V est masc. d'après Albrecht (ZATW, 1895, p. 323; cf. Is. xix, 1), mais fém. d'après Kon. (III, 248 /, note 2; cf. I R. xviu, 44), comme en néohébreu (RosENBERG, ZATW. 1908, p. 146), On ne peut rien conclure ici de la forme masc. du verbe (cf. GK 145 o). — D^3 est rattaché par la ponctuation massorétique au verbe précédent, et cette construction est maintenue par Hitz. Del. Wright, Bick. Wild. Me N. Bart. Au contraire, Jér. Knob. Mot. Sieg. Haupt, Zapl. font de ce substantif le complément de 1p''Ti. Les deux interprétations sont recevables. Les massorètes ne sont pas toujours irréprochables : dans ce même v., Vathnah est mal placé (cf. Del. et Wickes) et devrait être adjoint à Ipiiv — DIpC est un ace. de lieu (Kon. III. 330 k). —

LECCLÉSIASTE. Xî. 4. 445

^ Qui observe le vent ne sèmera point,

et qui prend garde aux nuages ne moissonnera pas.

SlD^y? est bien traduit dans G oy zeuettai Sh P Jér. V; mais B a ou kaTai, sans doute par une mauvaise lecture de nscaïai. — Nin'' serait pour ini « il sera », de mn, le »s constituant une addition purement orthographique (GK 23 i; KoN. I, p. 597 s.)- Mais le jussif n'a que faire ici, et il faut ou bien supposer que l'auteur a écrit Nil' pour mn"i (cf. Dan. ii, 41, 42; iv, 24), ou corrriger en Nin (qui de fait se trouve dans 4 mss. K. de R.), avec Gratz, Bick. (p. 17), Sieg. GK 75 s; cf. Driv. (//. T. p. xrv) et Driv.-Kitt. Le fait que l'imparfait est employé dans la proposition principale de la sentence précédente est une indication favorable à Nini; G a èarat et de même Sh CP Jér. V. Del. fait observer que dans la langue classique les verbes de ce v. auraient été mis au parf. ; cf. Driv. (//. T. 12). Haupt retranche pour le rythme pDïZ DNT et r"n; Zapl. yyn seulement.

On entend ordinairement ce v. de l'impuissance de l'homme en face de la nature. Mais Me N. et Bart. font observer que si l'homme ne peut arrêter la pluie, il peut du moins relever l'arbre tombé. D'où ils concluent que yy doit être traduit par « bois » et que la sentence fait allusion aux pratiques de la rhabdomancie. A ce point de vue on pourrait ajouter avec beaucoup plus de raison qu'en Palestine la pluie est plus souvent un bienfait qu'un désagrément. Néanmoins on ne peut douter que ce v. ne motive le conseil donné dans le précédent et n'en développe la dernière proposition : « tu ne sais quel malheur peut arriver ». L'auteur veut dire qu'il est des maux inévitables et irréparables. Quand l'heure du mal est arrivée, rien ne peut le conjurer : « quand le nuage est plein, il crève » (Reuss). Et quand le mal est fait, rien ne peut le guérir : quand l'arbre est tombé du côté où il penchait ou bien du côté où l'orage l'a poussé, il ne se relève pas. Conclusion : puisque le malheur est une nécessité inéluctable, prenons au moins la précaution de diviser les risques (v. 2). L'interprétation de Me N. Bart. n'est pas soutenable. L'arbre renversé, de lui-même reste où il a été jeté; bien plus, déraciné, cassé par la tempête ou tombé de vétusté, son sort est irrémédiable, même si l'homme juge à propos d'intervenir.

Les vv. 2-3 n'ont ni la forme métrique ni la hardiesse optimiste de 1, 4, 6 a. Ils sont davantage dans le ton de Qoh. Même, l'accord qu'ils présentent avec X, li b; xi, 5 pourrait les lui faire attribuer, le contenu de ix, 10 a démontrant au besoin que notre auteur était capable d'exhorter à l'action. Cependant, le V. 2, en raison du conseil qu'il donne, et bien qu'il émette une pensée différente, semble plutôt se rattacher au v. 1, qui est du hakham ainsi qu'on l'a expliqué. Quant au v. 3, il paraît bien continuer le v. 2 et n'avoir pas une autre origine. Il faudrait peut-être raisonner autrement si le V. 2 était métrique : le v. 3, bloc prosaïque isolé au milieu de sentences sapienlielles versifiées, aurait quelques chances de plus d'appartenir à Qohéleth. Mais le v. 2 est en prose aussi. L'un et l'autre sont donc probablement d'un même auteur. Ils auront été suggérés par le v. 1 à quelque sage, plus enclin à la prudence et moins entreprenant que l'auteur de 1, 4, 6 a.

4. Le semeur a besoin du calme de l'air, le vent, à un certain degré du

446 l'ecclésiaste. xi. 5.

' De même que tu ne sais pas quelle est la route du souffle (de vie) 'vers' les os dans le sein de la mère, de même ne connais-tu pas l'œuvre de Dieu qui fait toutes choses.

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