DiGVya 40 mss. K. de R. et T; M Qlr^yys
moins, contrariant l'éparpillement régulier de la semence, et la moisson réclame un temps sec. Mais il ne faut pas attendre pour semer et pour moissonner, de n'avoir absolument pas à craindre le vent et la pluie. L'auteur ne parle pas seulement pour le cultivateur. Ses sentences présentent, sous la forme concrète et imagée d'un cas particulier, un principe très général. Les conditions idéales de l'action se réalisent rarement : qui attend, pour se mettre à l'œuvre, de pouvoir le faire à coup sûr, ne s'y mettra jamais et perdra tout pour n'avoir rien voulu laisser au hasard. « Qui ne risque rien, n'a rien ».
Sieg. croit pouvoir suspecter l'origine palestinienne de ce verset; il résulte, dit-il, de I Sam. xii, 17 que la pluie n'était pas à redouter, en Palestine, à l'époque de la moisson (cf. Jér. v, 24 et Prov. xxvi, 1). Ce texte prouve seulement qu'elle était assez rare à ce moment de l'année; mais elle pouvait se produire encore, surtout pendant la moisson des orges, qui précédait celle des blés et ne manquait pas d'importance. La première avait lieu dès la première quinzaine d'avril et la seconde en mai. Or en avril on compte encore en Palestine cinq jours et demi de pluie, et en mai, un jour et demi. Il est possible aussi que dans la Palestine d'autrefois, plus boisée et plus cultivée, les pluies aient été un peu plus fréquentes (cf. Baedeker, Palestine et Syrie, 1906, p. XLvni; VDB, art. Pluie). Le fait de la rareté de la pluie au temps de la moisson donne précisément à la sentence du sage sa vraie portée : « ne pas concevoir d'inquiétudes sans motif fondé, ni de craintes excessives ».
VI quater. impuissance de l'effort et du talent a assurer LE SUCCÈS (fin), XI, 5.
5. Le participe yn*! marque le fait acquis et constant; l'imparf. 'J1T\ annonce une possibilité qui d'ailleurs est niée. Le début du v. donne littéralement : « comme tu ignores quelle est la voie de l'esprit (ou du vent) à l'instar des os dans le sein de la mère, de même, etc. », dont on essaie de faire : « ... à l'instar (de ton ignorance) des os dans le sein de la mère » (cf. Del.). Or, le sens qu'on a en vue ne pourrait être obtenu que si le 3 devant Q^)2i*" pouvait être considéré comme l'équivalent de I^TND «... comme (tu ignores) les os, etc. »; mais 3 n'est pas une conjection (cf. GK 155 g). Il semble bien qu'on doive lire nlQïya avec 40 mss. K. de R. et T (Griitz, Ren. Driv.-Kitt. Zapl.), et par conséquent entendre riTl, non pas du vent (cf. Jean, m, 8), mais du souffle de vie venant animer l'embryon, comme faisaient déjà Jér. T. Le a peut indiquer le mouvement : cf. Gen. ii, 7; Deul. xv, 17, etc. — "nSq
LECCLÉSIASTE. XI. 6. 447
'' Dès le matin sème ta semence,
et jusqu'au soir ne laisse pas reposer ta main. Car tu ne sais pas ce qui réussira, ceci ou cela, ni si l'un et l'autre ne sont pas profitables à la fois.
au sens de « enceinte » est hapax en hébreu biblique, mais se trouve dans la Michna (/eianio</<, xvi, 1); cf. le grec zXrjpouv xà OrjX^a (Aristote, H. A. Y, 5; VI, 20, 21, 22) et le lutin plena (Oviok, Mctaniorp/t . XI, '.69; (.r. X, 265, etc.). Zapl. retranche ce mol.
Le texte de ce v. présente dans les divers témoins des variantes intéressantes. Au lieu de lUTND (M Jér. T), trois mss. K. de K. G Sh C 'A attestent "lUTNn. IJiN' (M 'ASP Jér. V) a donné dans G oix eartv, par la faute d'un scribe qui a lu eCTI aulieudeGCHI (cf. McN.). nizjya a pour lui M G (V) T; mais iy;ya a été lu par G Sh C P Jér. V. iy;x est 5ç dans G (V 253) Sh Jér. VT; mais 5ja, qui est gardé dans G G P, représente le grec primitif et correspond à TCoirJiiaTa. Enfin, au lieu de ài; ôarà (G Sh V), qui est conforme à M et T, seule awjxa, par haplographie deOCOCTA; cf. G ( V) ôç ôaxôë. P omet aussi oara, mais par une corruption de son propre texte et en gardant encore dans certains mss. une moitié défigurée du mot perdu : cf. Kam. (ZATW, 1904, p. 192 et 200).
Le rappel du mystère de la génération se rencontre ailleurs dans la Bible (Job, X, 8-11 ; Ps. cxxxix, 15-16). L'ignorance où est l'homme de l'œuvre que Dieu fait dans le monde, c'est-à-dire des desseins et des conduites de la Providence, et aussi la maîtrise absolue de Dieu sur les événements, sont des idées chères à Qoh. (ni, 11; vn, 13; viii, 17; ix, 12). Comme d'autre part ce v. peut faire suite à x, 14 b, il n'est pas nécessaire d'en faire une glose (Haupt), ni de l'attribuer au hasid (Sieg.). S'il n'était pas de Qoh., il conviendrait mieux au sage qui a inséré 2-3 qu'à tout autre ; mais ce sage aurait donc emprunté à l'auteur primitif, et à peu près textuellement, la seconde moitié de sa réflexion? Ce v. termine le sixième et dernier développement de Qohéletii (IX, 11-16: X, 5-9, 14 b; xi, 5).
Septième groupe de sentences {fin) :
3° Conseil d'activité entreprenante et prudente, xi, 6.
6. nyS peut signifier « jusqu'au soir » (Del. Wright, Bick. Wild. Sieg. Me N. Zapl. Bart. ; cf. Job, iv, 20) ou « vers le soir » (Zirk. Knob. Ew. Herz. Elst. Ginsb. Griitz, Haupt; cf. Gen. viii, 11; xlix, 27); G èv laTiépa (excepté le ms. X et quelques minusc.) Sh P ont lu ni"l. Si l'on adopte la seconde traduction, on verra naturellement dans la proposition « ne laisse pas reposer ta main » une allusion au geste du semeur, et on interprétera : « Sème le matin et sème encore le soir, car tu ne sais lequel des deux procédés réussira le mieux ». L'auteur supposerait, de la pai't du laboureur, une hésitation sur l'opportunité de semer le matin ou le soir, comme si l'ensemencement était plus efficace dans un cas que dans l'autre. Celte interprétation de 6 a est celle qu'impose 6 b, car les pronoms « ceci, cela » que contient la se-
448 l'ecclésiaste, xi, 6.
coude pai'tie du v. se réfèrent à deux actes très déterminés, lesquels ne peuvent être que l'ensemencement du matin et celui du soir. L'avis ainsi donné n'est pas loin de notre proverbe : « Deux sûretés valent mieux qu'une ». Il dénote plus de prudence avisée que de hardiesse, et s'inspire du même esprit que 2-3. Si au contraire on traduit : « et jusqu'au soir ne laisse pas reposer ta main >>, la formule ne désignera plus l'acte de semer, mais les différentes occupations qui doivent remplir la journée de l'homme des champs, et elle exprimera une exhortation au travail courageux. Or, cette traduction, et l'interprétation qu'elle entraîne, sont des plus naturelles si on considère le V. 6 a indépendamment de 6 é et si on le rapproche de 1, 4. Dans la Bible, le soir est régulièremeut indiqué comme le moment de la cessation du travail (Jug. XIX, 16; Ps. civ, 23) : 2"!jSl doit donc signifier « et jusqu'au soir », et non pas « et le soir encore ». Les vv. 1, 4 recommandaient déjà l'activité confiante, et dans 4 en particulier, auquel 6 a correspond évidemment, il n'est pas non plus uniquement question des semailles. Nous sommes donc en présence de deux séries de pensées, dont l'une (1, 4) exalte l'esprit d'entreprise, et l'autre (2-3, 6 b) respire seulement la prudence; et le v. 6 a change de sens, suivant qu'on le rattache à l'une ou à l'autre. Mais comment ne point voir qu'il se range de lui-même dans la première série, puisqu'il est métrique comme 1, 4, tandis que 2-3, 6 b sont en prose? Il est vraisemblable que 1, 4, 6 a existaient seuls à l'origine, et leur auteur avait écrit 21"St au sens de « et jusqu'au soir ». Un sage plus timide aura ajouté les vv. prosaïques et. par l'adjonction de 6 Z» en particulier, imposé à l'expression équivoque de 6 a le sens de « et le soir encore ». — Gratz et Ren., à la suite du Talmud (lebamoth, 62 b), pensent que dans le v. tout entier, il est question de la procréation; mais le contexte, dans 1 et 4 en particulier, ne suggère pas de pareils sous-entendus, il les exclut même.
Au lieu de ~~i, 68 mss. K. de R. ont le plur. ~\^1'^. "inx^ « à la fois, ensemble » est une expression tardive en hébreu (Is. lxv, 25; Esdr. ii, 64; m, 9; vi, 20; Néh, vu, 66; II Chron. v, 13), où elle tient la place de linl, fréquente en néohébreu, et analogue au judéo-araméen NlîlD; c'est un aramaïsme (cf. Driv. Introd. p. 240 et 475; Kautzsch, Arain. p. 39). G a ici IrX -h aÙTo qui traduit ailleurs (Is. lxvi, 17; Os. ii, 2; Am. i, 15; m, 3; Ps. iv, 9; xxxiv, 4, etc.) Tîn"". Me N. en conclut que la leçon préaqibienne portait ce mot. Mais la locution grecque ne rendrait-elle pas ici inN2? Le sens n'est pas : « si l'un et l'autre ne réussiront que grâce à leur réunion », mais : « s'ils réussiront aussi bien l'un que l'autre » ; NliiD en judéo-araméen en est venu à signifier « également, indifféremment )>.
La seconde partie du v. est trop longue pour le mètre. Haupt la considère comme une glose d'une autre mesure, 2 -f- 2, de laquelle il retranche encore .17 1x n"in; Zapl. enlève seulement r\')7\; Bick., qui dispose 6 « en vers, laisse G è à la prose.
CONCLUSIOX, XI, 7 -XI!. 8.
Le reste du livre, si on laisse de cùté l'épilogue, en résume les conclusions. Puisque, malgré tout, la vie a des agréments pour l'homme, xi, 7, qu'il en
l'ecclésiaste, XI, 7-8. 449
"^ Et (pourtant) la lumière est douce et il est agréable aux yeux de voir le soleil. ^ 'Môme si' l'homme vit de nombreuses années, qu'il jouisse pendant toutes, et qu'il songe que les jours de ténèbres seront nombreux. Tout ce qui arrive est vanité.