‹ L'EcclésiasteChapitre 113 sur 120 · niyii; M n^'^i · texte numérisé non relu

niyii; M n^'^i

tdj DV2 du V. 3, comme en témoigne la série de ses imparfaits; il forme plutôt une sorte de parenthèse. L'auteur du v. 6, qui par-dessus 3-5 reprend la construction du v. 2, paraît n'avoir plus le sens, qui se perdit en eflet après Qoh., du parfait consécutif. II est possible pourtant qu'il ait préféré l'imparfait, seulement pour se conformer au temps qui se lisait ensuite au v. 7 et qui avait déjà été employé dans 4 b-5. Quoi qu'il en soit, son style est plus simple que celui des vv. 3-4 et plus élevé que celui du v. 5. Ces considérations, toutes fondées qu'elles paraissent, n'aboutissent qu'à des conjectures fort incertaines.

7. La forme jussive 2'ÙJ'^^ n"a aucune raison d'être, comme il appert de l'emploi de la forme ordinaire dans la seconde partie du v. Il faut lire 2U7''1, conformément à 2Wr\ qui suit, l'écriture défective ayant occasionné une vocalisation incorrecte (Driv. [H. T. 174]; Driv.-Kitt. ; cf. GK 109 A). — De nombreux mss. écrivent Sx au lieu de S" devant yixn; cf. m, 20 in fine et Gen. m, 19. Les deux prép. ont une tendance à s'échanger (cf. BDB 41 a), mais les copistes ne sont pas étrangers à ces confusions. — '^l'j signifie « à l'instar de ce que »; cf. v, 14. "0; de G devient wç dans G (x) C.

Avec la forme prosaïque reparaît le style et la pensée de Qoh. Un observateur superficiel pensera que ce v. contient l'affirmation de la foi à la survivance de l'âme et à la rétribution future. Mais, ainsi entendue, cette phrase renverserait tout le livre en répondant victorieusement à son pessimisme, en annonçant le règne éternel de la justice méconnue en ce monde, la réalisation, par delà le tombeau, de la sanction morale ici-bas absente et des aspirations, jusqu'ici toujours déçues, de l'âme humaine vers le bonheur. Il est évident que si Qoh. avait connu l'immortalité bienheureuse, il n'aurait pas écrit son livre. D'autre part, il serait puéril de prétendre qu'il découvre, à la fin de ses réfiexions, et qu'il exprime, en une proposition, une vérité qui doit changer la face du monde religieux et déplacer le pôle de la vie humaine en transportant dans l'éternité les raisons de vivre. Si pareille révélation lui avait été accordée, il l'eût exprimée d'une façon autrement triomphante, et sa parole n'eût pas été suivie de son cri de douleur habituel : « vanité des vanités, tout est vanité » (v. 8) ; car s'il y a une vie éternelle après celle-ci, il n'est plus vrai que tout soit vain et que la vie ne mérite pas d'être vécue. L'auteur de la Sagesse, qui n'ignore plus l'immortalité réservée aux justes (ii, 22-iii, 9, etc.), parle sur un autre ton.

Quelle est donc la pensée de Qoh.? La rouah désigne ici comme dans m, 19 le principe impersonnel de vie communiqué par Dieu à l'homme. Notre texte est écrit dans l'esprit de Gen. ii, 7 et m, 19, et basé sur la même psychologie. Le corps a été formé de la poussière, et à la poussière il retournera; la vie a été donnée par une communication du soufïle de Dieu et quand ce souille sera

l'ecclésiaste, XII, 7. 471

retiré par son auteur, la vie disparaîtra. Le souille de vie (ncU3; cf. Gon. ii, 7) est ainsi à la fois le souille de Ihomme (I 11. xvii, 17; Is. xlii, 5; Job, xxvii, 3) et le souille de Dieu (Job, xxxiu, 4; xxxiv, 14). Mais mi s'échange avec HD^^J (Gen. II, 7 comparé à vu, 22; Is. xlii, 5; Job, xxxiii, 4; xxxiv, 14; Ps. cxxxv, 17), et la rouah aussi est appelée à la fois esprit de Dieu et esprit de l'homme ou même de tout être vivant (Job. xxvii, 3; \xxiii, 4; xxxiv, 14, 15; Ps. civ, 29-30; cf. Nomb. xvi, 22). Par conséquent ni"!, dans les textes de cet ordre, né peut désigner que le principe impersonnel de vie (cf. encore Ez. xxxvii, 5-10, 14). C'est bien ainsi que l'entend Qoh. dans m, 19 et xii, 7. Si l'on examine de près notre texte, on reconnaîtra qu'à certains égards l'auteur parle en somme de la rouah comme de la poussière qui a servi à former le corps humain : l'une et l'autre préexistaient et sont choses empruntées, la poussière était terre avant de devenir le corps de Ihomme, et, du souille de vie, il n'est pas dit que Dieu l'ait créé (et c'est le terme « créer » qui conviendrait si mi désignait l'âme individuelle; cf. xii, 1) mais seulement qu'ill'a « donné ». On ne s'étonnera donc point qu'un jour venant, tandis que la poussière retournera à la terre « selon ce qu'elle était » auparavant, le souille de vie revienne à Dieu qui l'avait donné, ou plus exactement, prêté. Il est à peine besoin de dire que ce principe impersonnel de vie ne doit pas être conçu comme une substance, mais comme une qualité ou une force. Parler ici d'émanation, de résorption et de panthéisme, serait un non-sens aussi bien que dans Gen. ii, 7; Job, xxvii, 3; xxxiii, 4; xxxiv, 14-15; Ps. civ, 29-30, eh-. Le « souille » est quelque chose de divin, en ce sens que Dieu seul peut le donner et le retirer. Il ne faut chercher dans nos textes ni un langage philosophique précis, ni même un système cohérent et défini de psychologie. En fin de compte, et bien que Qoh. partage sur ce point les idées de son temps (cf. IX, 10 et le com. de ni, 19 ss.), le présent v. laisse complètement de côté la question de la survivance. A plus forte raison ne touche-t-il pas à celle de l'immortalité bienheureuse. Herz. Elst. entendent néanmoins la seconde partie du V. de la survivance dans le cheol; Del. et Wright, de la survivance de l'âme consciente et personnelle avec la perspective du jugement de Dieu: Zirk. Ginsb. Mot. Bick. Gietm., de l'immortalité bienheureuse. Mais Knob. Grâtz, Now. Kuenen (p. 186), Wild. Sieg. Me N. Driv. [Introd. p. 478), Zapl. Bart. admettent Finterprélalion adoptée ci-dessus.

Luzzato, Noldeke, Kunig {Einl. p. 431) nient l'authenticité de 7 Z»; Sieg. l'attribue au hasid; Bick. (p. 7, 22, 111), Gheyne {Job and Solomon, p. 227 s.), Haupt qualifient de glose le v. tout entier. Mais rien ne s'oppose à ce que Qoh. l'ait écrit, du moment qu'il n'y est question que du souille de vie. On dira que d'après xii, 7 ce soufile retourne certainement à Dieu après la mort, tandis que m, 21 en doute. L'objection, sous cette forme, n'est pas rigoureusement exacte. Avant tout, m, 21 doute qu'il y ait une différence entre la direction prise après la mort par la rouah de l'homme et par la rouah de la bête. Il est vrai qu'il doute que celle de l'homme monte en haut, mais il doute aussi bien que celle de la bête descende en bas, et pour qu'il ait satisfaction, il est secondaire que le soulHe de vie de l'homme s'en aille d'un côté ou de l'autre, pourvu que celui de l'animal le suive; car du moment que tous les deux s'en vont au même lieu, il est prouvé que la vie de l'homme ne

472 l'ecclésiaste, xii. 8.

î^ Vanité des vanités ! disait le Qohéleth, tout est vanité.

diffère pas essentiellement de celle de l'animal, et c'est tout ce que Qoh., dans III, 21, voulait démontrer. En renvoyant à Dieu, en fin de compte (xii, 7), la rouah de l'homme, Qoh. reconnaît implicitement une certaine dignité à ce principe de vie ; mais en un temps, on n'hésitait pas davantage à faire remonter aussi au créateur la rouah de la bête après la mort de l'animal (Job, xxxiv, 14-15; Ps. civ, 29-30). Le v. 7 rompt avec la poésie de 2-6 (Bick. et Haupt ont reconnu son caractère prosaïque) et continue le v. 1, à la suite duquel il se présentait à l'origine. Il n'y a pas lieu d'insister sur ses deux imparfaits. Le second est tout naturel, du moment qu'il n'est point immédiatement précédé du ivaix', et il a pu être choisi de préférence au parfait en raison de .Tn et de njnj qui viennent ensuite; le premier s'explique par le fait qu'il devait primitivement suivre nS "Wa. IV-

Sur la pensée du v., cf. B. S. xl, 11. On n'a pas manqué de citer aussi Lucrèce {De rerum natura, II, 998 ss.) :

Cedit item rétro, de terra quod fuit ante

In terras, et quod missuin est ex aetheris cris

Id rursuin caeli rellatum templa receptant.

Mais voir l'Introd. p. 97.

8. Après nSnpn, 6 mss. K. de R et P insèrent DiSin San, qui doit être pris de I, 2. Il se pourrait cependant que ces mots fussent primitifs; Zapl. les retient. D'autre part 2 mss. de R. écrivent ici "p n"l)DN* comme M dans vu, 27.

Haupt et Bart. considèrent la parenthèse « dit le Qohéleth » comme une insertion de l'éditeur. Me N. attribue tout le v. au même personnage. Sieg. y voit l'œuvre d'un premier rédacteur (R^) qui est en même temps l'auteur de I, 1. Les textes où il est parlé de Qoh. à la troisième personne ont tous dû être insérés par le disciple qui a rédigé la majeure partie de l'épilogue : voir le com. de I, 2; vu, 27, et l'Introd. p. 159 s. Le v. 7 contient donc les derniers mots que Qoh. ait écrits, mais les paroles du v. 8 sont néanmoins de lui et pouvaient servir à la fois d'exergue et de conclusion à son livre : elles en résument nettement la pensée.

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