ANALYSE DU LIVRE
attentive qu'il a faite de lu société humaine. Elle reviendra comme un refrain, et sous des formes peu varices, à travers tout le livre.
Les vv. 4-11 présentent une considération préalable qui paraît servir d'entrée en matière. Les générations humaines sont condamnées à un perpétuel recommencement ; chacune d'elles ne fait que répéter la vie et l'œuvre de sa devancière :v. 4). Comme les éléments reprennent régulièrement le même effort pour produire le même résultat, lequel nest jamais stable (vv. 5-8 a), ainsi les hommes se livrent indéfiniment aux mêmes actes, sans jamais se lasser ni se rassasier (v, Sb\ Le présent n'est qu'une monotone reproduction du passé, et il en sera de même de l'avenir (v. 9). Si parfois nous croyons qu'il arrive quelque chose de nouveau, nous nous méprenons (v. 10) : c'est seulement que nous ne savons pas ce qui s'est passé chez les anciens, tout comme la postérité ellemême sera ignorée de ceux qui viendront après elle (v. 11).
Qohéleth établit la vérité du jugement qu'il a porté sur la vie dans une série de développements. Dans le premier (i, 12-ii), il met son expérience personnelle, ou les faits qu'il a observés, sur le compte de Salomon, avec lequel il s'identifie pour un instant. Ce roi passait pour avoir été le plus riche et le plus sage des hommes : personne n'était plus qualifié pour nous dire si la sagesse, et les plaisirs que la richesse procure, peuvent rendre la vie heureuse. Or Qohéleth-Salomon nous apprend que l'acquisition de la sagesse coûte beaucoup de peines (vv. 12-13), et qu'elle nous révèle d'abord la vanité de tous les efforts humains : ils ne peuvent ni corriger ce qui est défectueux, ni créer ce qui manque (v. 14). Ainsi la plus haute sagesse (vv. 16-17 a) n'apporte que déception et chagrin (vv. Ilb-Ï8). D'autre part, les plaisirs que la richesse procure sont vains et trompeurs (ii, 1-2). Qohéleth-Salomon en a tenté l'expérience, dans le dessein de découvrir en quoi consiste le bonheur de l'homme (v. 3 . 11 raconte cette expérience, que la richesse favorisa (vv. 4-10), mais dont le résultat a été négatif (v. 11). La raison essentielle de ce double échec et de la sagesse et des plaisirs, c'est que le sage, malgré quelques avantages transitoires (vv. 12-14 a), meurt bientôt tout comme l'insensé (vv. 14Ô-17), et l'homme qui s'est procuré par son habileté et son travail beaucoup de richesses et d'éléments de jouissance se voit, à la mort, frustré de tous ses biens au profit de son héritier, lequel n'y a pris aucune peine (vv. 18-23). Conclusion : ce que l'homme a de mieux à faire, c'est de jouir au jour le jour, si Dieu le lui permet, du bien-être qu'il peut se procurer par son travail (vv. 24- 25). Le V. 26 ajoute que Dieu réserve cet avantage au juste et en prive le pécheur.
Un second développement (m) démontre la vanité radicale des efforts de l'homme en en révélant les causes, et conclut à la parité de la destinée humaine et de la destinée animale. Les événements qui intéressent
l'homme se déroulent dans un ordre irrévocablement déterminé par Dieu, et dans lequel on discerne seulement une sorte d'alternance des contraires et de retour périodique (vv. 1-8). Dès lors, les efforts de l'homme en vue de s'assurer un avantage quelconque peuvent toujours être inefficaces (vv. 9-10) ; car, bien que les faits que Dieu réalise s'adaptent toujours parfaitement aux circonstances, au point qu'ils paraissent en résulter, néanmoins Ihommc ne peut découvrir le dessein que Dieu poursuit dans le monde, ni par conséquent savoir quels événements il amènera (v. 11). Le mieux qu'il ait à faire est donc de jouir du bien-être que son travail lui procure et que Dieu lui accorde (vv. 12-13). Il ne saurait modifier le cours des événements tel que Dieu le dispose; Dieu réduit l'homme à cette impuissance pour s'en faire craindre; l'avenir, comme déjà le présent, continuera à répéter le passé au gré de Dieu (vv. 14-15). L'auteur mentionne ici (v. 16) l'injustice et la tyrannie des gouvernants, sans doute à cause que, par cette façon d'agir essentiellement opposée à sa fonction, l'autorité humaine, aussi bien que l'autorité divine, quoique tout autrement, empêche le succès légitime des efforts de l'homme. Le v. 17 affirme à ce propos l'intervention d'un jugement divin qui traitera les bons et les méchants selon leurs mérites. Qohéleth termine en constatant que Dieu impose à l'homme une destinée qui n'est pas meilleure que celle de l'animal (v. 18) : l'un meurt tout comme l'autre (vv. 19-21). Conclusion pratique : jouir du résultat immédiat de son travail, car l'homme ne sait ce qui peut lui arriver dans la suite (v. 22).
Le développement suivant (iv, 1-v, 8) se trouve interrompu par deux groupes de sentences (iv, 9-12 et iv, 17-v, 6). 11 est en outre moins homogène que les précédents. Qohéleth énumère un certain nombre de faits qu'il a pu observer, et desquels il résulte à son sens que la vie est mauvaise. Les faibles sont opprimés (iv, 1-3); l'homme, stimulé par une émulation jalouse, se tue de travail au lieu de savoir se reposer (vv. 4 et 6 : le v. 5 est une sentence intercalée), ou bien il est seul au monde et pourquoi travaille-t-il et se prive-t-il (iv, 7-8)? — Ici sont insérées quelques sentences (premier groupe), évidemment suggérées par le cas précédent, sur les inconvénients de la vie solitaire et les avantages de la vie à deux (vv. 9-12). — Un dernier l'ait montre la vanité des espérances fondées sur un changement de règne (vv. 13-lG). — Suit un groupe de sentences (le second) formulant des conseils, tous relatifs au culte : ne pas agir de façon inconsidérée et précipitée dans les sacrifices (v. 17), la prière (v, 1-2), les vœux; accomplir ceux-ci sans retard (vv. 3-5) et surtout craindre Dieu (v. 6). — Une dernière réflexion, fort obscure, semble se rattacher, par-dessus les sentences qui précèdent, au cas relaté dans iv, 13-16 : l'autorité royale est nécessairement impuissante à faire régner partout l'ordre et la