ANALYSE DU LIVRE
justice 'v. 7), néanmoins la royauté est une institution utile (v. 8).
Le quatrième développement (v, 9-vr) mentionne aussi un certain nombre de faits typiques, mais tous relatifs à l'usage des richesses, et desquels il résulte que celles-ci ne font pas le bonheur. La grande fortune ne rend pas l'homme heureux (v. 9) : le riche voit ses biens dévorés par de nombreux parasites v. 10). et il ne goûte même pas le repos du sommeil (v. 11). D'autres fois il lui arrive de perdre son avoir au moment où il en avait le plus besoin, et de se trouver ainsi frustré de tout le fruit de son labeur (vv. 12-16). Le mieux pour l'homme est donc de jouir au cours de son travail du bien-être que Dieu lui accorde, et d'oublier ainsi la misère de son existence vv. 17-19). Un autre malheur est celui du riche qui meurt sans avoir pu jouir de ses biens ^vi, 1-2) : eûtil vécu longtemps, sa destinée est pire que celle de l'avorton (vv. 3-5). Que sert d'avoir beaucoup vécu, si l'on n'a pas joui, puisque la mort est la même pour tous i v. 6 ; le v. 7 intercale une sentence sur l'insatiabilité des désirs humains) et puisque le sage n'a en définitive aucun avantage sur l'insensé (v. 8) ? Mieux vaut jouir des biens présents que se consumer en désirs impuissants et vains (v. 9). Ce qui arrive est déterminé d'avance, et toute contestation de la part de l'homme avec un plus puissant que lui ne serait que dépense de paroles inutiles (vv. 10-11) : ces paroles ne nous apprendront pas ce qu'il est bon pour nous de faire au cours de notre vie, l'issue des événements nous restant toujours cachée (v. 12). — Un troisième groupe de sentences (vu, 1-12) recommande le sérieux de la vie vv. 1-7), la patience et le calme (vv. 8-9) et enfin la sagesse (vv. 10-12).
Qohéleth atteint le point central de son œuvre dans les chapitres vu, 13-ix, 10 (sauf les sentences signalées ci-dessous), consacrés à démontrer que la vertu même n'assure pas le bonheur. Ce thème est développé à trois reprises.
1. L'homme ne peut rien changer à ce que Dieu l'ail (v. 13). Il ne peut non plus savoir si ce qui lui arrivera sera bonheur ou malheur (v. 14) : le bonheur n'est pas assuré à la justice, ni le malheur à la méchanceté (v. 15). Ce n'est pas une raison de pousser la justice à l'extrême, ni de s'abandonner à la méchanceté : les deux pourraient être funestes (vv. 16-17). — Les vv. 18-22 introduisent une série de sentences (quatrième groupe) : L'homme qui craint Dieu s'applique avec soin à éviter les deux excès qui viennent d'être signalés (v. 18 ; la sagesse est plus avantageuse que la force (v. 19) ; tout homme pèche (v. 20) ; ne sois pas trop sévère pour tes subordonnés si tu apprends qu'ils t'ont critiqué (v. 21), tu as commis plus d'une fois pareille faute (v. 22). — La sagesse est inaccessible à l'homme (v. 23) : il ne saurait découvrir la loi suivant laquelle les événements se déroulent v. 24). Mais Qohéleth a du moins reconnu que la méchanceté et limmoralilé sont une folie
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(v. 25\ et que la femme est une séductrice qui fait le malheur de l'homme (vv. 26 a et 27-28) ; le v. 26 b note que pareille mésaventure n'arrive qu'au pécheur, et le v. 29 ajoute que Dieu a fait l'homme droit et que la perversion de celui-ci n'est imputable qu'à lui-même. — Quelques sentences intercalées (cinquième groupe) font l'éloge du sage (viii, 1-2 , et conseillent la soumission au roi (vv. 3-4). Les réflexions suivantes affirment l'existence de la rétribution morale. L'homme de bien n'aura pas à souffrir (v. 5«); il y aura un jugement (vv. ob-Qa)\ et l'homme est menacé par un mal (v. Qb) dont la prévision, dans ses modalités au moins, lui échappe (v. 7), et qu'il ne saurait empêcher : rien ne sauve de la mort (v. 8).
2. Qohéleth a vu des méchants heureux jusqu'à la fin, et des bons malheureux (vv, 9-10). Les vv. 11-13 affirment cependant que le bonheur ici-bas est pour ceux qui craignent Dieu, et que le méchant ne vivi'a pas de longs jours. Qohéleth estime que l'absence de rétribution en ce monde est un mal (v. 14), et de cette absence il conclut qu'il n'y a rien de mieux pour l'homme que de jouir du bien-être pendant sa vie, au cours de son travail (v. 15j.
3. Qohéleth a observé et les efforts de l'homme (v. 16) et l'action de Dieu dans le monde, mais sans pouvoir discerner le but et les procédés de celle-ci (v. 17). En effet, le succès des efforts de l'homme dépend de Dieu (ix, 1); mais le sort des bons ne diffère pas de celui des méchants (v. 2), C'est là un grand mal, et d'où il résulte que les hommes sont encouragés à mal faire en leur vie; puis vient la mort (v. 3). Or, si le vivant peut toujours espérer voir des jours meilleurs, les morts, eux, n'auront plus jamais aucune part aux joies de la vie (vv. 4-6). Conclusion : jouir sans retard des biens que Dieu nous accorde ici-bas, et exercer notre activité, avant que vienne la mort qui finit tout (w. 7-10).
Un sixième et dernier développement (ix, 11-16; x, 5-9, 14i;xi, 5), dont la fin se trouve noyée dans un flot de sentences, met en lumière l'impuissance du talent et de l'effort à assurer le succès. Le talent n'est pas une garantie de réussite, car tout dépend des circonstances et tous sont sujets aux accidents (vv. 11-12). Exemple d'un acte remarquable de sagesse (vv. 13-15 a] qui ne valut à son auteur ni la récompense, ni la considération qu'il méritait (vv. 15^-16). — ici, un sixième groupe de sentences fait l'éloge de la sagesse et la critique de la folie (ix, 17-x, 3j, et recommande le calme en présence d'un prince qui s'irrite (v. 4). — Qohéleth a vu le souverain conférer les plus hautes dignités à des insensés, et laisser de grands personnages dans des situations inférieures (vv. 5-7). D'autre part, toute entreprise ménage à son auteur des accidents (vv. 8-9): ce qui arrivera n'est-il pas toujours l'inconnu (v. Ikb; XI, 5)? — Un septième et dernier groupe de sentences se greffe sur les précédentes paroles de Qohéleth. Les accidents sont souvent imputables
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au manque de sagesse et de prévoyance de l'homme (x, 10-11). Éloge du sage et critique de l'insensé vv. 12-14 «, 15). Critique d'un roi sans autorité et de princes qui se livrent à la débauche (v. IG) ; éloge d'un roi bien né et de princes qui savent rester sobres (v. 17). Critique de la paresse et de l'intempérance (vv. 18-19). Conseils de circonspection dans la critique des autorités (v. 20). Conseils d'activité entreprenante (xi, 1, 4, 6 a) et prudente (vv. 2-3, 6 b).
Ce qui suit (xi, 7-xii, 8 , jusqu'à l'épilogue, peut être considéré comme la conclusion du livre. Puisque, malgré tout, il est ici-bas des agréments pour l'homme (v. 7), qu'il en profite tout le long de son existence (v. 8a ô), car la vie ne lui apportera pas le vrai bonheur (v. 8 c). Que le jeune homme se hâte de cueillir les joies qui lui sont offertes, mais sans oublier que Dieu le jugera (v. 9) ; qu'il évite la peine et la souffrance, car la jeunesse le décevra (v. 10). Qu'il se souvienne de son créateur (xii, la) avant que viennent les années qui n'offrent plus de plaisirs (v. 1 è), avant que vienne la décrépitude (vv. 2-5) et la mort (vv. 6-7). La vie entière n'est qu'une immense déception (v. 81.
L'épilogue fait l'éloge de Qohéleth, qui a écrit une œuvre d'enseignement populaire en style sentencieux (vv. 9-10), l'éloge aussi des paroles des sages (v. 11), et nous invite, en fait de livres, à en rester là (v. 12). Les deux derniers versets (vv. 13-14) résument le livre tout entier dans un seul avis : craindre Dieu et observer ses commandements, en raison du jugement qu'il exercera sur toutes les actions humaines.