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CHAPITRE IV

Grotius a. le premier, discerné l'âge tardif de la langue de lEcclésiaste, et comparé son vocabulaire à celui de Daniel, d'Esdras et des (Chroniques (1;. 11 ne rencontra d'abord que des contradictions: Huet (2) en particulier sest employé à le combattre. Mais du jour où Eichhorn, dans son Introduction 3), eut adopté et développé ses vues, les critiques se montrèrent de plus en plus disposés à les admettre, et personne aujourd'hui n'oserait les rejeter. Parmi les auteurs qui ont le plus contribué à mettre en lumière le véritable caractère de la langue de l'Ecclésiaste, on doit citer Gesenius 4), Umbreit (5), Knobel (p. 69-75), Bernstein (6), Grâtz (p. 185-200), Delitzsch surtout (p. 197-208), Wright (p. 488-500), et plus récemment Siegfried 'p. 13-20).

Un certain nombre de commentateurs de la fin du xviii^ siècle et du cours du xix^ ont néanmoins persisté à méconnaître la réalité, et parmi eux, van der Palm 7), J. E. Christian Schmidt i8;, Wangemann (p. 28 ss.\ Hahn ;9), Bôhl (10), Taylor Lewis (11), Bullock (12). Les

il) Voir ci-dessus, p. 30.

(2) Demonstralio cvangelica ad serenissimum Delphiniim, Pailsiis, 1679, Propositio IV, p. 247 ss.

(3) Einleitung in dus A. T., Leipzig, 1780-1783, III, p. 640 ss.

(4) Gcschickte der hebrûischen ^prache, Leipzig, 1815, p. 28 ss, 36 ss. (3) CohcleUi scepliciis de sunimo hono, GoUingae, 1820, p. 107 ss.

(6) Quaestioncs nonnullae hoheletanae, Wratislaviae, 1854, p. 43 ss.

(7) Ecclesiasfes philologice et cridce illustraliis, Lugduni Batavorum, 1784, p. 39.

(8) Salomo's Prediger oder Kohelelli's Leliren, Giessen, 1794, p. 254-269.

(9) Commenlar ûber das Predigerbuch Salomo's, Leipzig, 1860, p. 14 ss.

(10) De A ramais mi s libri ('.oltelelh disserlalio hislorica et philologica, Erlangae,

(11) Dans la traduction anglaise du comunnlaire de ZuCKLicn, New- York, 1870.

(12) Dans Si'Eaker's CommeiUary, IV : Commenhinj and crilical notes on Ecclesiusles, London, 1878, p. 619 ss.

LANGUE DE L ECCLESIASTE. 4Ô

catholiques ont été, dans l'ensemble, les plus longs à se laisser convaincre, et leur attitude s'explique, si l'on prend garde que l'âge tardif de la langue de TEcclésiaste fournit un excellent argument aux adversaires de l'origine salomonienne du livre. L. von Essen (1), Schafer (2), Motais (II, p. 289 ss.), Cornely (p. 172 ss.), Gietmann (p. 23-31) se sont tour à tour donné beaucoup de peine pour réfuter les assertions des critiques. Bien qu'ils n'y aient point réussi, leur thèse est cependant maintenue encore en 1809 par E. Philippe (3). 11 s'est trouvé pourtant dans l'Église, et presque dés la première heure, des esprits moins timorés, qui n'ont pas hésité à reconnaître le vrai caractère de la langue du livre, quelles que dussent être les conséquences de ce fait. Il faut nommer à l'origine Zirkel (p. 37-41) et Jahn(ll,§214], puis, dans les derniers temps, Kaulen (4), le P. Condamin (5), et le P. Zapletal (p. 62 ss.).

L'examen soit du vocabulaire, soit de la grammaire de l'Ecclésiaste, permet de conclure que sa langue est au dernier terme du développement de l'hébreu biblique. Le vocabulaire de l'Ecclésiaste est en effet caractérisé par la présence : 1" de mots hébreux tardifs, c'est-à-dire qui ne se rencontrent que dans les derniers livres de la Bible hébraïque ; 2° de mots d'importation araméenne ; 3° de mots néohébreux, inconnus au reste de la Bible, mais employés par la Michna. Quelques-uns de ses procédés grammaticaux (morphologie ou syntaxe) sont, de même, propres à Thébreu tardif, à l'araméen ou au néohébreu (6).

(1) Der Piediger Salomo's, Schaffhausen, 1856, p. 42 ss.

(2) Neue Untersackungen tiber dus linch Koheleth, Freiburg im Breisgau, 1870, p. 151 ss.

(3) Dans VDB, II, 1540 s. où on lit : « Rien ne s'oppose positivement à ce que la langue et le style soient de Salomon. II suffît, pour s'en convaincre, de lemaiquer : 1° que l'araméen est un dialecte très voisin de l'hébreu, qu'il a été parlé en Israël en tout temps, plus ou moins, qu'il a dû l'être notamment dans le royaume de Salomon, qui s'étendait jusqu'à Thapsa, III Reg. iv, 24; 2" qu'il y a des raisons de croire que, parlant en général à son peuple, aux Hébreux et aux non Hébreux, aux Araméens, il s'est servi de termes et de tours araméens; 3" qu'il a dû, en ce cas, choisir de préférence non pas l'hébreu classique et savant, mais l'hébreu vulgaire, moins pur nécessairement, dans lequel reviennent des mots et des formes non employés ailleurs. Ajoutons enfin que la critique a singulièrement exagéré le nombre de ces irrégularités linguistiques araméennes ».

(4) Dans Wetzer und Welte, Kirchenlexihon, 2' éd., Freiburg ira Breisgau, 1880, IV, p. 96, art. Ecclcsiastcs. Cf. du même auteur, Einleiliing in die heilige Schrift Allen und Neiien Testaments, 't'- éd., Freiburg im B., 1898, p. 323.

(5) RB, 1900, p. 359 ss.

(6) Le classement adopté n'est pas toujours exclusif. Un grand nombre de mois d'origine araméenne appartiennent en même temps à l'hébreu tardif, puisqu'on les lit dans des livres comme Esther, Esdras, Néhémie, les Chroniques, ou bien ont été incorporés par la suite au néohébreu, et pourraient, de ce chef, figurer dans deux listes. On ne les a pas répétés. La même observation s'applique aux particularités grammaticales. On a en outre écarté du tableau qui suit les éléments trop discu-

44 INTHODUCTION.

<|, 1. Mots et usages tardifs.

Rentrent dans cette catégorie : mS3N (xii, 11; cf. ni^DN Néh. xii, 25; IChr. xxvi, 15, 17),ni:rwn(vii, 29; cf. II Chr. xxvi, 15), nnS^ (xi, 0, 10; Ps. ex, 3), DUS (il, 5; Gant, iv, 13; Néh. ii, 8), Dans (viii, 11; Esth. I, 20; B. S. V, 11; viii, 9), ini"' employé comme adverbe (ii, 15; vu, 16; XII, 12, cf. 9; Esth. vi, 6; B. S. viii, 13;. "nSg pour désigner le prêtre (v, 5; cf. Mal. ii, 7), et très probablement h'J au sens de ''jiya (ii, 17; Esth. I, 19; m, 9, etc.; Néh. ii, 5, 7; I Chr. xiii, 2; Esdr. aram. v, 17; vu, 18, etc.), miT-Sy (m, 18; viii, 2; cf. vu, 14; Ps. ex, 4; Job, v, 8), Say au sens de « travail pénible » (i, 3, etc.) et de « fruit du travail » (n, 19; Ps. cv, 44). Les désinences nominales en ]i et en n^, pour l'expression des concepts abstraits, sont plus fréquentes dans la langue tardive ; or. on rencontre dans l'Ecclésiaste : pion (i, 15), p2Urn (vu, 25, etc.), pnni (i, 3, etc.), ]nt^3 (n, 2i,etc.), piS/n (i, 17, etc.), T^rcht (viii, 4, etc.), mSSn (i, 17, etc.), mS"' (xi, 9 etc.], mSDD (i, 17; ii, 3, etc.), nrjl (i, 14. etc.), nnnu (xi, 10), mSsr (x, 18).

La prédominance de la forme pronominale izx sur i;:n dans les écrits les plus récents de la Bible a été depuis longtemps mise en lumière (1). C'est ainsi que Ézéchiel, Malachie, Daniel, Néhémie, les Chroniques emploient régulièrement tiN et chacun d'eux n'a idjx qu'une seule fois. A cet égard, l'Ecclésiaste se classe parmi les derniers livres bibliques; car avec Aggée, Zacharie i-viii,les Lamentations, Esther et Esdras, il est de ceux qui n'emploient jamais la forme longue. Et cependant il use largement de ce pronom : il l'écrit 29 fois. Cet usage, dans un grand nombre de cas (i, IG; ii, 1, 11, 12, 13, 14, 15, 18, 20, 24; m, 17, 18; iv, 1, 4, 7; v, 17; vu, 25; viii, 15; ix, 16), consiste à adjoindre liix à la première personne du verbe, le pronom séparé suivant immédiatement la forme verbale, sans que l'auteur paraisse avoir aucune intention de mettre le sujet en relief : il commet donc un pléonasme, puisque la forme verbale contient déjà par elle-même la désignation de la personne. On observe le même procédé dans Cant. v, 5 et (mais ici le pronom précède le verbe dans Dan. viii, 2 b, 4 Z», 8: Dan. aram. v, 16. Cet usage peut être particulier à l'auteur, mais il s'explique assez naturellement par une sorte d'affaiblissement du sens des préformantes ou afformantes affectées

labiés. La cause défendue est assez bonno pour n'avoir [)as besoin d'arguments douteu.\. Le Commentaire complète d'ailleurs cet aperçu, et le lecteur devra y recourir pour trouver la justification de.'^ as.serlions émises ici.

(1) Cf. GiESEDUECHT dan> Z\T]l\ 1881, p. 251 ss. et K'oNiG, Einl. p. 1G8, 170 et

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