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LANGUE DE L ECCLESIAS TE

à la désignation de la personne. Ce serait une conséquence de Tusure de la langue et une preuve de plus de la date tardive de rEcclésiaste (1).

On trouve dans lEcclésiaste Tinfinitif absolu (viii, 9; ix, 11 , et même linfinitif construit précédé de S (ix, 1['?]), employés, au lieu du mode défini, en harmonie de temps et de personne avec le verbe de la proposition précédente. On y constate une tendance à confondre les formes des verbes X"* et nS : ainsi les participes xyia (vu, 26), Nï'i (x. 5), N'^oin (il, 2(3; VIII, 12; ix, 2, 18), au contraire de Nirin 'vu, 26 3), prennent la vocalisation des n"^. Inversement, x:u''' (vm, 1) suit l'analogie des xS. Même confusion entre la forme TJ et la forme r: dans '\^1 (ix, 1[?]); cf. x\~'' dans ix, 3). Dans quelques-uns de ces cas néanmoins, il faudrait être sûr que la tradition massorétique nous a bien transmis la vocalisation de l'auteur, de quoi il est permis de douter. Enfin, dans VIII, 1; VI, 10, kethib;x, 3. kethib, le n de l'article n'a pas subi la syncope. Or, toutes ces particularités et exceptions se rencontrent surtout dans les plus récents livres de la Bible hébraïque (2).

;;, 2. Aramaïsmes.

Kautzsch 3) énumère une trentaine de mots de l'Ecclésiaste qu'il considère comme des aramaïsmes. En voici la liste avec lindication des versets de l'Ecclésiaste et des livres bibliques où on les rencontre : ^•^N (vi, 6; Esth. VIT, 4), yc^i (x, 8), y!21 (m, 1; Esth. ix, 27, 31; Néh. ii, 0; B. S. XLiii, 7; araméen de Dan. et d'Esdr.), Qinn (x, 17; I R. xxi, 8, 11; Is. XXXIV, 12[?]; Jér. xxvii, 20; xxxix, 6; Néh. ii, 16; iv, 8, 13; v, 7; VI, 17; VII, 5; xiii, 17), "iiNS (xi, 6; Is. lxv, 25; Esdr. ii, 64; m, 9; vi, 20; Néh. vu. 66), 113 (i, ÎÔ; ii, 12, 16; m, 15; iv, 2; vi, 10; ix, 6, 7), "■IL'Z (x, 10; XI, 6; Esth. viii, 5; B. S. xiii, 4), "jii^irs (ii, 21; iv, 4; v, 10), n:na (ii, 8; v, 7; 1 R. xx, 14, 15, 17, 19; Ez. xix, 8; Lam. i, 1; Esth. 29 fois; Dan. viii, 2; xi, 24; Esdr. ii, 1; Néh. i, 3; vu, 6; xi, 3; araméen de Dan. et d'Esdr.), yin (x, 20; Dan. i, 4, 17; II Chr. i, 10, 11, 12), ipy2 (x, 18; Job, xxiv. 24; Ps. cvi, 43; cf. B. S. xii, 4\ d^D3J (v, 18; vi, 2; Jos. xxii,8; II Chr. i, 11, 12: B. S. v, 8; araméen d'Esdr. vi, 8; vu, 26), î^iD (m, 11; vu, 2; xii, 13; Joël, ii,20; II Chr. xx, 16: B. S. xi, 27; araméen de Dan.), i:d (x, 9), (□n)ni7 (ix, 1), •j^:^' fi, 13; ii, 23, 26; m, 10; V, 2, 13 ; IV, 8 ; viii, 16] et tm"^ au sens de « s'occuper » (i, 13 ; m, 10 ; v, 19

(1) Voir KÔN. III, 18 et GK 135 b.

(2) Voir GK 113 ;, 114 p, 75 nn, 35 n; KÔN. I, p. 331.

(3) Die Animaismen im AUen Testament, Halle, 1902, p. 93 ss.

46 iMnoDucTiox.

B.S. xLii, 8 in marg.), lurs (viii, 1), np (ix, 18 ; Zach. xiv, 3 : Job, xxxviii, 23; Ps. Lv, 22; lxyiii, 31[?]; lxxviii, 9; cxliv, r, 7^^'J^ ii, 14; ii, 11, 17, 26; IV, 4, 6; vi, 9), p^yi (i, 17; ii, 22; iv, 16: araméen de Dan.), ("i;:^x) Stt?(2) (viii, 17; Jon, i, 7, 12), nsttj au/j/. iv, 2; viii, 15; Ps. lxiii, 4: cxviij 1; cxlv, 4; cxlvii, 12; B. S. xliv, 1; à Yhithp. dans Ps. cvi, 47; I Chr. XVI, 35), plïr (xii, 4, 5; Prov. vu, 8; Caut. m, 2, uSu au ^a^ (ii, 19; Yiii, 9; Esth. ix, ibis; Néli. v, 15; araméen de Dan.) et à \hiph. (v, 18; VI, 2; Ps. cxix, 133, ^^Su; (vu, 19;viii,8; x, 5; Gen. xlii, 6; cf. Ez. XVI, 30; B. S. IX, 13; araméen de Dan. et d'Esdr.), ^irSïiJ (viii, 4,8; B. S. IV, 7; araméen de Dan. . ]pn au qal (i, 15). au pi. (vu, 13; xii, 9; B. S. XLVii, 9); à Vhoph. dans l'araméen de Dan.). =]pn (iv, 12: Job. xiv, 20; xv, 24; araméen de Dan.; cf. B. S. vi, 14), ï^ipn (vi, 10; aram. de Dan. et d'Esdr.:. Kautzsch considère encore comme des aramaïsmes probables Sn2 au niph. (viii, 3; Prov. xxviii, 22). au pi. suivi de S et d'un infinitif (v, 1; VII, 9; Esth. ii, 9), Sus (xn, 3), "(db (viii, 10; Esth. iv, 16; B. S. XIII, 7), d:3 (ii, 8, 26; m, 5; Is. xxviii, 20; Ez. xxii, 21; xxxix, 28; Ps. XXXIII, 7; CXLVII, 2; Esth. iv, 16; Néh. xii, 44; I Chr. xxii, 2j. Il faut sans doute y ajouter encore y^i au sens d' « ester en jugement » (vi, 10), ."12"' au sens de « bon, convenable » (m, 11: v, 17: B. S. xiv, 16; XXXII, 5); pD*2 (iv, 13; ix, 15^/5;, 16; B. S. iv, 3; xxx, 14). iû: au sens de <( s'occuper de » (ii, 3; B. S. m, 24), irz'j au sens de « s'élever à une dignité » (iv, 15; Dan. viii, 22, 23; xi, 2-4. 7, 20-21, etc.: Esdr. ii, 63; B. S. xLvii, 1, 12). La vocalisation de l'état construit Sin (i, 2; paraît être . aussi araméenne.

Si Ion admet avec Kautzsch (p. 99 s.j que parmi les livres particulièrement contaminés par l'araméen, le Psautier présente 48 mots empruntés à cette langue, les Proverbes 17, Job 32, le Cantique 10, Esther 15, Daniel 13, Esdras 9, Néhémie 11, les Chroniques 21, on devra reconnaître que, de tous, lEcclésiaste est relativement, et eu égard à son peu d'étendue, le plus chargé d'aramaïsmes.

S 3- Termes et usages néohébreux.

On trouve dans l'Ecclésiaste, comme dans la Michna, \n au lieu de

lis (iv, 10; x, 16), ya yin (n, 25), liion (i, 15), liri^n (vu, 25, 27; ix, 10; B. S. VI, 22: ix, 15; xlii, 3), n.S'Sa au sens de « femme enceinte » (xi, 5) et ysn au sens d' « objet, chose, affaire » (m, 1, 17; v, 7; viii, 6 . T\y[V (iv, 2) et ]iîr (iv, 3) sont à rapprocher de ^ns; [Nedarim, xi, 10; ladaïm, iv, 4). ht, féminin de n? et équivalent de i7(^/'//i;>j, iv,6; loina,

ni, 3 , est probablement néohébreu, de même que xi~...n" devenu plus tard in" [Kelim, v. 10; se reporter au com. de ii. 2 et i, 10}. u'Tin, au sens de « ce qui », appartient aussi à la langue de la Miclma et est imité de l'araméen (voir le com. de i, 9).

Le relatif u, identique à l'assyrien sa, apparenté de quelque façon au phénicien CN (quelquefois w»;, mais sans rapport étymologique avec TÙ7N, a longtemps été considéré comme une particularité dialectale du nord de la Palestine. Bergstriisser (1 , qui le tient pour un vulgarisme, a démontré qu'il n'apparaît antérieurement à l'exil que dans des textes peu sûrs. Dans plusieurs écrits exiliens ou postexiliens, il n'existe qu'à l'état sporadique et à litre d'exception : c'est ainsi qu'on le rencontre deux fois dans Jonas (i, 7, 12), une fois dans Job xix.29) et dans Esdras (viii, 20) et deux fois dans le premier livre des Chroniques (v, 20; xxvii, 27). Dans les Lamentations, il est employé concurremment avec 1U/\x. 11 prédomine largement dans les Ps. cxx-cxxiv, cxxix, cxxxiii, cxxxv-cxxxvii, cxLiv. cxLvi. et exclusivement dans le Cantique (sauf le titre). Au contraire, Ben Sira ne le présente que dans quelques passages fort douteux; mais on sait que cet écrivain s'applique à imiter l'ancienne langue. Enfin, dans la Michna, x: a complètement supplanté Ti\s*. Quels que soient les motifs de l'absence de u ou de sa rareté dans un grand nombre de livres, l'influence de l'araméen t", i, avec lequel il avait plus d'analogie, ne doit pas être étrangère à ses progrès, et le fait que l'Ecclésiaste se sert aussi bien d'un relatif que de lautre (û a 67 u; contre 89 iu'n) suffit à dater sa langue (2).

On sait toute l'importance en hébreu du procédé qui consiste à employer dans le récit historique l'imparfait précédé du waw consécutif : celui-ci a supplanté et presque banni le parfait avec le waw simple. Ce procédé est d'emploi constant dans les anciens livres. Il reste encore prédominant dans les Rois, Jérémie, Ezéchiel, les Chroniques, Esdras, Néhémie, Esther et Daniel (3); Ben Sira l'observe exactement. Seul. l'Ecclésiaste prend le contre-pied de l'usage séculaire de la langue et va à rencontre des habitudes syntaxiques de tous les écrivains hébreux : il n'a recours que trois fois à l'imparfait consécutif (i, 17; iv, 1, 7), Partout ailleurs où on s'attendait à le voir, le parfait avec waw simple l'a remplacé (cf. en particulier ix, 14, 16; xii, 3, 4; d'autres parfaits peuvent s'expliquer comme fréquentatifs, par exemple i, 13; ii, 5, 0, 11,

(1) ZATIV, 1909, p, 40 ss.

(2) Cf. KôNiG, II, p. 322-325: III, 5i; Bergstrasser, loc. cit. ; Albrecht, ZATH', 1911, p. 205 ss.

(3) L'imparfait consécutif ne se trouve que deux fois dans le Cantique (vi, 9). Mais il n'avait pas lieu d'être dans ce livre, et on n'y rencontre pas plus souvent le parfait avec waw simple (ii, 3, 10).

48 IXTRODUCTIOX.

13, 15, etc.: voir GK 112 pp, note 2). Ce fait est un des plus symptomatiques parmi ceux qui ont été signalés jusqu'à présent, et si l'on se souvient que le néohébreu, comme d'ailleurs Taraméen (1), ignore l'imparfait consécutif, et emploie le parfait comme temps historique, on devra reconnaître que TEcclésiaste présente déjà un des traits les plus caractéristiques qui distinguent l'hébreu de la INIichna de celui de la Bible (2).

Le fait de remplacer un mode défini par le participe, précédé et plus souvent suivi du pronom (i, 4-8; ii, 14, 19, 22; m, 20; iv, 5, 17; v, 7, 9; VI, 2, 12; vu, 26; viii, 7, 12-14, 16; ix, 5, 16, 17; x, 19; xi, 5, 6; xii, 5), est en harmonie avec le développement que cette construction a reçu en araméen (3) et en néohébreu (4). Néanmoins, sauf peut-être pour VII, 26 et VIII, 12, l'emploi du procédé ne paraît pas beaucoup plus avancé dans l'Ecclésiaste que dans le reste de la Bible hébraïque.

Enfin, les mots hapax sont relativement nombreux dans notre livre (5), et il n'est pas vraisemblable que tous aient déjà appartenu à l'ancienne langue. On y trouve aussi employées des formes verbales nouvelles; et des termes anciens, noms ou verbes, y sont reçus dans un sens différent de leur acception primitive. Ce sont là autant de signes certains d'une évolution du langage.

La conclusion que l'Ecclésiaste appartient à la dernière période de la langue hébraïque paraît donc indiscutable. L'hypothèse d'une retouche du texte, supposé plus ancien, en vue de lui prêter une teinte moderne (6), est absolument gratuite et invraisemblable. Aucun motif plausible n'en peut être imaginé. Le but de l'opération ne pouvait être de donner plus de crédit au livre; ce n'en était pas le moyen, tout au contraire. Etait-ce de le rendre plus intelligible? Le cas serait unique. Tout ce qu'on en peut dire, c'est que les lecteurs capables encore de comprendre l'Ecclésiaste, tel qu'il est écrit, n'eussent été aucunement embarrassés en présence de la langue classique : l'exemple de Ben Sira, qui s'efforce assez tardivement à copier celle-ci, en est une bonne preuve. D'ailleurs, la langue de l'Ecclésiaste est bien celle de l'époque que tous les autres indices attribuent à la composition du livre, et cette circonstance nous dispense d'une plus longue discussion.

(1) Et toule.s les langues sémitiques, sauf le moabite.

(2) Voir Driveu, //. T. 133; GK 112 /)/>; Kautzsch, Grammalik des bibl. Aram., Leipzig, 1884, Z 71-

(3) Kautzsch, Gramm. des bibl. Aram. '^ 76, 2 d, e.

(4) Stuack und Siegfried, Lehrbuch der neuhebr. Spraclie, Karlsruhe, 1884, ;;, 96 b, c.

(5) Voir l'index des mots hébreux à la fin du volume.

(6) L'hypothèse est énoncée comme une possibilité, mais non pas soutenue, par Kaulen (Einleitung, p. 323).

LANGUE DE L ECCLESIASTE.

:' 4. Grécismes.

La langue de lEcclésiaste présente-t-elle des traces dintluenco grecque? Zirkel, le premier (1), a étudié le problème, et affirmé la présence de nombreux grécismes dans le livre. Vivement combattu par Chr. Schmidt (p. 278-292), il ne trouva que beaucoup plus tard des adeptes en la personne de Hitzig et de Griitz (p. 179 ss.). La question a été reprise en 1874 par Tyler (p. 88 s.), qui s'est en même temps préoccupé de l'influence de la philosophie grecque sur Qohéleth. Ses affirmations relatives aux grécismes de l'Ecclésiaste ont été approuvées dans une mesure variable par Plumptrc (p. 32), Kleinert (2 . A. Palm o), E. Pfleiderer (4), Wildeboer (p. 114), Siegfried (p. 20 s. i, Haupt (p. v), Condamin ( 5i. Barton (p. 33 et 138, mais pour une seule expression). La théorie a été jugée favorablement par Kuenen (p. 191 s.) et Kônig (6). Elle est au contraire repoussée par Renan (p. 63), Nowack (p. 196), Cheyne (p. 260, 264), P. Menzel f7 , von Scholz (p. xv-xvi), A. B. Davidson (8\ Me Neile (p. 39-43) et Zapletal p. 64-60. Il n'est pas douteux que le chanoine Zirkel, dans l'enthousiasme que lui causa sa découverte (p. xv), n'ait dépassé les bornes et vu des grécismes là où il n'était pas raisonnable d'en soupçonner. Ses successeurs, même quand ils ont adopté sa thèse, se sont montrés plus réservés. 11 suffira d'examiner ici les expressions les plus suspectes de grécité.

UG'w'n nnn (i, 3, etc.) serait une traduction de ûz>' -fiXi'oj Griitz, Plumptre, Kuenen, Palm, Siegfried, Wildeboer;. La locution est de fait inconnue au reste de l'Ancien Testament, mais elle était employée en phénicien. Voir le commentaire de i, 3.

Tn (i, 13; II, 3: vu, 25) s'expliquerait par ffxsTtTeaOai (Zirkel, Griitz, Kleinert, Palm, Kuenen, Wildeboer). L'ancien hébreu employait "nn au sens d' « explorer, examiner » (Xombr. xiii, 2, 16, 17 . L'usage du même terme pour exprimer l'observation et la recherche quasi scientifique est

(1) P. 46-56 et li9 ss. Les critiques, Kiciihorn en particulier, avaient déjà remarqué que Qohéleth s'était servi de mots étrangers, et van der Palm avait attiré l'attention sur le grec.

(2) Siml im Bâche Koheleth ausserhehrâische Einflâsse anziierUennen ? dans Tli. St. iind Kr. 1883, p. 76'i.

(3) Qohéleth and die nacharistolelLsche Philosophie. Mannheim, 1885.

(4) Die Philosophie des Heraklit von Ephesus, Berlin, 1886, p. 276 s. (h) RB. 1900, p. 364.

(6) Fini., p. 433.

(7) Der griechische Einfluss auf Piediger] und Weisheit Salomos, Halle, 1889, p. 21-30.

(8) Dans EB, II, 1162, art. Ecclesiastes.

certainement nouveau. Mais ce qui est surprenant, c'est moins l'emploi da mot que du procédé intellectuel qu'il suppose. Dès lors qu'un Juif parlant hébreu pratiquait la méthode d'observation et d'induction (cf. VII, 27), l'emploi métaphorique de nn lui devenait naturel et s'imposait presque. La question est donc plutôt de savoir si la pensée de Qohéleth a été fécondée par le contact d'une philosophie étrangère.

mSSn (i, 17; II, 12; VII, 25; x, 13), suivant une hypothèse de Tyler et de Palm à laquelle Siegfried se montre favorable, traduirait la (xavia des stoïciens. Siegfried insiste beaucoup sur le fait que mSSn n'est employé que par l'Ecclésiaste, et était peu intelligible aux anciens traducteurs fvoir le com. de i, 17). Mais la racine verbale était bien connue en hébreu (I Sam. xxi, 14; Is. xliv, 25; Jér. xxv. 16; xlvi, 9, etc.) et même en syriaque, et les mots hapax sont si fréquents dans l'Ecclésiaste qu'on ne peut conclure ici à une influence du grec.

D~"!E (il, 5) serait copié sur 7rapaÔ£iao;(Zirkelj. Le mot se rencontre aussi dans Gant, iv, 13 et Néh. ii, 8, qui sont moins susj)ects d'hellénisme. 11 dérive du persan (voir le com. de ii, 5), et l'hébreu ne l'a pas reçu par l'intermédiaire du grec.

Le singulier "Ti dans ii, 7 serait, dit Tyler, un résultat de l'influence grecque. Mais l'hébreu n'a pas attendu le contact de cette langue pour se permettre de pareilles libertés.

mpîZ (il, 14; III, 19; ix, 2, 3) serait en rapport avec cufjicioprî. si l'on en croit Plumptre et Palm (cf. Siegfried, p. 21), qui citent, d'après Hérodote (I, 32), la parole de Solon à Crésus : ttSv Ictti àvOpcoTro; ffufxcpopï^. Mais cuacpoçTj dans ce texte signifie « hasard, accident ». tandis que mpî2 dans l'Ecclésiaste a le sens de « sort, destinée ». Dans ix, 2-3, ce mot désigne, en effet, d'une façon générale, tous les événements heureux ou malheureux de l'existence, et même dans ii, 14 et m, 19, où l'acception est défavorable, il ne se rapproche pas plus de auacoop-o que dans I Sam. VI, 9; Ruth, II, 3 (« hasard ») et 1 Sam. xx, 26 (« accident »), qui n'ont point subi l'influence grecque.

in"' TN (il, 15) rendrait Iti [^.îXXov (Zirkel). Mais ~^< signifie « en ce cas » et donc ne correspond pas à Iti.

HE"' (lu, 11; cf. V, 17) prend le sens de « bon » à l'imitation de xaXdç (Zirkel, Tyler, Palm, Pfleidererj- Le néohébreu donne à nsi le même sens. Au cas oîi le grec aurait influé sur l'évolution de la signification du mot, il ne serait pas prouvé que cette influence s'est exercée directement sur la personne de Qohéleth.

dlVJ (m, 11) aurait le sens de aùôv d'après l^alm. Le lecteur est prié de se reporter au Commentaire pour l'élude de ce mot.

2113 miî^y n'a pas, dans m, 12, un sens moral, et par conséquent est calqué sur su TrpâTxsiv (Zirkel, Tyler, Kleinert, Palm. Konig, Wiideboer, Siegfried). Les deux expressions sont, en effet, synonymes, et la locu-

LANGUE DE LECCLESIASTE. 51

tion hébraïque n"a pas son sens habituel qui, même dans l'Ecclésiaste, est a faire le bien ». Cependant la présence de nî/T niyy dans II Sam. XII, 18, pour dire « se faire du mal » ou <i faire un malheur », dispense de recourir à un grécisme.

''JUrn iSm (IV, 15) serait osÛTspo; tou ^olgiXsok d'après Zirkel. Mais on démontrera dans le Commentaire que "Z'Si' est déplacé et doit être reporté au V. 10 du même chapitre.

=]D3 nnx (v, 9) traduirait cpiXapyupoç (Zirkel). Dans ce cas, nnaiy ins (Prov. XXI, 17), n^2n 2nx (Prov. xxix, 3) seraient mieux encore des grécismes : cpiXïi'ôovoç, cpiXoao^o; (Me Neile).

nD") ")u;x 2Tc (v, 17) copierait xaXov xàyaOdv (Griitz, Pfleiderer, Kuenen. Siegfried, Wildeboer; Plumptre hésite), La présence du relatif suffirait à prouver qu'il n'en est rien. La construction est d'ailleurs embarrassée. Voir le Commentaire.

D'après Zirkel, r\2j"0 aurait, dans v, 19, le sens de « récompenser », comme il a ailleurs celui de « répondre », à l'imitation de àueiêeaôat qui a les deux significations. Mais comment les lecteurs hébreux de Qohéleth auraient-ils deviné ce sens de « récompenser » que njy n'avait pas dans leur langue? En réalité, n^vu dérive d'une racine différente. Voir le Commentaire.

XÛ^2 ~S~ (vi, 9) serait imité de ôptxri T9i<; (j/u^^i; (Marc Aurèle, m, 16) au dire de Zirkel (cf. aussi Palm, p. 18). Mais, outre que l'Ecclésiaste aurait la priorité sur Marc Aurèle, ~S~ a un sens analogue dans Ez. xi, 21 ; Job, XXXI, 7 (Me Neile).

UV)::'^^ (vi, 12) est expliqué par Zirkel, Gràtz et Barton comme une locution inspirée de tcoieïv '/j^ô^oy. De fait, nia'' nU7y, ttoisiv ypo'vov (1) et facere dies (2), sont parallèles. Il ne s'ensuit pas que l'hébreu ait emprunté au grec. L'hébreu disait déjà « faire la Pâque » (Ex. xii, 48, etc.), « faire le sabbat » (Ex. xxxi, 16, etc.). "27, qui, en araméen, équivaut souvent à l'hébreu nÙ?!;, se construit volontiers en syriaque avec un nom de temps, au sens de « passer un jour, une année ». Le verbe « faire » a la même signification en copte, et il l'a reçue de l'ancien égyptien, lequel ne l'a pas empruntée au grec. La nécessité de recourir à un grécisme ne s'impose pas davantage pour l'hébreu. D'ailleurs, la locution employée par Qohéleth eût-elle été intelligible pour ses lecteurs, si niyir n'avait pas eu, dans l'usage, le sens qu'il lui prête? On en peut douter (3).

(1) Platon, Le Philébe, p. 5o D; Démosthéne, p. 398, 18.

(2) GicÉRON, Ad Atticum, v, 20; Sénèque, Ep. 66, 4.

(3) Il est précisément assez piquant de voir Tyler écarter ici le grécisme et traduire : « Qui sait ce qui est bon pour 1 homme dans la vie, durant le nombre des jours de sa vaine vie, de sorte qu'il puisse les rendre semblables à l'ombre... », c'est-à-dire « atteindre une grande longévité, ses jours étant allongés comme l'ombre au coucher du soleil ». Zapletal adopte la même interprétation : « Pourra-t-il

52 INTItODLCTlOX.

u.''2\l*ri "NI ne serait pas hébreu, mais grec, daprcs Palm. Il faudrait donc aussi attribuer à l'influence grecque Ps. lviii, 9 et même Job, m. 10 et Ps. XLix, 20, qui disent également « voir le soleil, voir la lumière » ?

"21^ DT! (vu, 14), quoi qu'en disent Zirkel, Kleinert, Palm et Siegfried, s'explique sans aucun recours à £jr,u.£pîa, comme le contraste tout indiqué de n'Jl U'i.

ninrTia (vu, 24), d'après Kleinert. traduit ih tî laxîv, « l'essence des choses ». Mais dans i, 9; ui, 15; vi, 10 l'expression signifie simplement « ce qui existe, ce qui arrive ». Dans vu, 24 elle correspond à « l'œuvre de Dieu » et à « ce qui se fait sous le soleil » de viii, 17 : il s'agit donc moins des événements en eux-mêmes que de la loi qui les gouverne, du plan que Dieu réalise dans le monde. Mais le parallélisme de viii, 17 montre que tô tî Ictîv n'a rien à voir ici.

mx dans VII, 28 est opposé à nCN et donc employé au sens de r^N : sous l'influence de l'usage correspondant de àvôpojTroç opposé à yuvï-j, concluent immédiatement Zirkel, Griitz et Palm. Mais la Genèse emploie de même □TN en opposition à nXL'x (n, 22, 23, 25; m, 8, 12, 17, 20, 21). A-t-elle donc aussi subi l'influence du grec?

Dans (viii, 11) ne dérive pas de (pOÉytxa, comme le pensait Zirkel. ni de £7TtTaY|/a comme le propose Palm. C'est un mot d'origine persane. Voir le Commentaire.

Au dire de Griitz et de Palm, « lance ton pain sur la face des eaux » (xi, 1) n'est pas hébreu, mais s'explique par le grec cTceipeiv e-ç xô uôwp, ffTTsîoeiv TTovTov (cf. Theognis, 106). En quoi la formule n'est-elle pas hébraïque? En tout cas elle n'équivaut pas à la locution grecque, car dans XI, 1 il n'est aucunement question de semer. Amos (vi, 12, où l'on doit lire w *lpl2) est plus près du grec : lui a-t-il donc emprunté?

D'après Palm, nsS'2 (xi, 5) au sens de « femme enceinte » s'inspirerait du grec 7:Xr,pouv xà OrjXÉa (Aristote, H. A. v, 5; vi, 20, 21, 22). Le Commentaire indiquera un usage pareil du mot en néohébreu, ce qui dispense de recourir au grec.

Tyler et Palm comparent S-n, de xii, 13, à xb xa9dXou d'Aristole {Top. I, 10, etc.) et traduisent « la loi universelle ». Il s'ensuivrait que "'^d n~~i; DTNH devrait être interprété « ceci est la loi universelle pour l'homme », à moins qu'on ne recoure avec Zirkel à un autre grécisme : xooxo TTavxôi; àvOpo'iTrou /pî^aa). La locution hébraïque est obscure, mais elle ne correspond exactement ni à lune ni à l'autre exj)ression grecque.

Siegfried (p. 21) fait encore observer qu'on ne rencontre pas dans l'Ancien Testament d'énumération du genre do m, 1-7; ix, 2, 11. mais

les allonger (ses jours) comme l'ombre » (cf. viii, 13). Espérons que l'expression aura été plus claire pour les lecteurs juifs de Qoliélelh, (jui ne savaient pas le grec, que pour les liébraïsants, tous quelipie peu hellénistes.

LAXGUJi l)E LECCLÉSIASTE. 53

qu'on en trouve chez les écrivains grecs de basse époque (cf. Philox, De mercede meretr. 3, 4; éd. Mangey, II, 267 s.). Zapletal le renvoie à Job, III, 3 ss. ; XXIX, 2; xxxviii, 4. Mais est-ce vraiment là un procédé qu'un auteur juif soit incapable de découvrir et qu'il ne puisse employer sans l'avoir emprunté?

Les cas vraiment spécieux, parmi tous ceux qui viennent d'être signalés, se réduisent à x:uvir\ nnn (i, 3), •\^7\ (i, 13), hd"' (m, 11), lyo nirï (m, 12) et □>*2'' rrc^ (vi, 12). Kuenen fait observer avec justesse que « les grécismes de FEcclésiaste ne peuvent être évidents et incontestables, puisque l'auteur a dû, sous peine d'être inintelligible, employer les mots au sens de ses lecteurs et s'abstenir des tournures qui leur auraient été étrangères ». Et le savant critique conclut que, du moment que l'auteur a vécu dans la période grecque, les chances sont pour que les expressions suspectes d'hellénisme soient de réels grécismes (p. 191 s.). Mais les locutions ou acceptions nouvelles ont été, pour la plupart, nous le savons, incorporées aussi soit au phénicien, soit au néohébreu, soit à un dialecte araméen, et le fait que Qohéleth a dû être intelligible à ses lecteurs ne tendrait-il pas à prouver que, dès son époque, elles étaient reçues dans l'hébreu tardif? Dès lors, si grécismes il y avait, ne faudrait-il pas dire que le grec a influé non pas directement, ou non pas seulement, sur le style de Qohéleth, mais, de son temps et déjà peut-être avant lui, sur la langue de tous, au moins dans le milieu spécial et intellectuel où il vivait ? Qohéleth serait moins l'initiateur d'un mouvement que le témoin d'un fait accompli, ou du moins en train de s'accomplir. INIais y a-t-il des grécismes dans sa langue? Le grec aurait-il influé quelque peu sur révolution de l'hébreu? On en peut toujours douter. Outre que l'araméen n'est pas un facteur assez connu pour qu'on puisse dans tous les cas exclure avec certitude l'hypothèse de son intervention, aucun grécisme n'a été relevé dans Ben Sira qui est plus récent que l'Ecclésiaste, qui a voyagé, et qui paraît au fait de quelques usages grecs (1). Les trois ou quatre mots grecs contenus dans Daniel (m, 5) ne peuvent être invoqués en raison de leur date, et d'ailleurs l'introduction dans une langue de termes techniques étrangers, pour lesquels on n'avait point d'équivalents (et c'est le cas pour Daniel), se réalise beaucoup plus facilement que la modification, dans un sens étranger aussi, des expressions natives et usuelles de la langue.

(1) Cf. Ryssel, Th. St. und Kr. 1901, p. 293, qui répond à Kônig, Die Originalilâl des neulich entdeckten hebraischen Sirachtexte, Freiburg im Breisgau, 1899, p. 74. Les grécismes que Wildeboer {Die Sprûche. Freiburg i. B., 1897, dans Marti, Kurzer Hand-Commentar) a cru découvrir dans les Proverbes sont plus que douteux. Voir cependant les expressions de Prov. xxi, 17 et xxix, 3 relatées ci-dessus, p. .51, et que Wildeboer d'ailleurs ne mentionne pas.

54 INTRODVCTION.

"i, 5. Latinismes.

Nous n'avons plus affaire ici qu'avec Griitz (p. 188 s.). Cet exégète aventureux découvre dans mtr (ii, 8) le mot latin sedes qui serait passé dans le grec sous la forme asoa, uzBolç, et de là dans Thébreu. Les mil*" -1^2 Qi'ûi'^r de VII, 19 ne seraient d'autres personnages que les décurions des colonies et des municipes romains. Enfin hnSc (xi, 5) copierait le latin plena. Ces hypothèses, basées sur de simples rencontres de mots, ou sur moins encore, n'ont aucune vraisemblance.

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