CHAPITRE Y
LECCLÉSIASTE ET BEN SinA (1).
Les rapports qui existent entre certains textes de TEcclésiaste et de l'Ecclésiastique ont été mis en lumière par Tyler (p. 4 ss.), Plumptre fp. 56 ss.) et Wright (p. 41 ss.). Ces interprètes n'hésitaient pas à affirmer que Ben Sira avait connu l'Ecclésiaste et lavait utilisé. Siegfried lui même (p. 23) a admis que le noyau du livre avait pu se trouver entre les mains de Ben Sira. La découverte des fragments hébreux de l'Ecclésiastique a permis, dans un certain nombre de cas, une étude plus précise du problème. S. Schechter (2), Th. Nôldeke (3), V. Ryssel (4), Knabenbauer (5), Grotaert (6, Zapletal (p. 66) et Barton (p. 54 ss.) maintiennent et l'existence de rapports entre les deux auteurs et la priorité de l'Ecclésiaste. Une minorité composée de J. Halévy (7), E. Konig(8}, N. Peters Oi, reste au contraire persuadée (|ue l'Ecclésiaste est l'emprunteur. Quelques exégètes enfin, comme L Lévi (10) et
(1) Les chapitres iv-x ont été mis k la place qu'ils occupent pour servir de préparation au chapitre xi, dans lequel un essaie de fixer la date de composition de l'Ecclésiaste. Mais on n'a pu éviter, dans les chapitres v-ix, de toucher à plusieurs reprises au contenu doctrinal du livre. Le lecteur est prié d'entendre ces trop brèves allusions dans le sens indiqué au chapitre xiv, dans lequel la doctrine de Qohéleth est étudiée, et au besoin de parcourir ce dernier chapitre avant d'entreprendre la lecture des précédents.
(2) Schechter and Taylor, The Wisdom of Ben Sira, Portions of the book Ecclesiasticus from hebrew manuscripls, Cambridge, 1899, p. 13 ss. et 35.
(3) Bemerkungen zum hcbralschen Ben Sira. dans ZATVV, 1900, p. 90 ss.
(4) Die Spriiche Jésus', des Sohnes Sirachs, dans E. Kautzsch, Die Apoknjphcn and Pseudepigraphen des A. T., I, p. 322, et dans Th. St. und Kr. 1900-1902.
(5) Dans Stimmen aus Maria-Laach, 1902, p. 537.
(')) L'Ecclésiastique est-il antérieur à l'Ecclésiaste, dans RB, 1905, p. 67 ss. '") Etude sur la partie du texte hébreu de l'Ecclésiastique récemment déconcerte, Paris, 1897, p. 77 ss.
(8) Die Originalitat, etc.
(9) Ecclesiastes und Ecclesiasticus, dans fîZ, 1903, p. i7 ss., 129 ss.
(10) L'Ecclésiastique, II, Paris, 1901, p. 24.
J. Touzard (1), ne croient pas pouvoir allirmer que l'un des auteurs se soit servi de Tautre.
Si Ion écarte les analogies lointaines et douteuses qui ne peuvent fournir une base sérieuse de discussion, il reste un nombre relativement considérable de textes de l'Ecclésiastique sur lesquels l'attention doit s'arrêter. On peut les classer en trois groupes : 1. Plusieurs passages des fragments hébreux de Ben Sira présentent une ressemblance littérale frappante avec l'Ecclésiaste. 2. Dans d'autres endroits, où le grec seul est conservé, l'original devait se rapprocher singulièrement de l'hébreu de TEcclésiaste. Dans ces premiers groupes de textes, Temprunt, s il existait, serait textuel. 3. Dans un troisième, il y aurait seulement emprunt d'idées et de développements.
^.±. Ressemblances textuelles entre l'hébreu de Ben Sira et l'Ecclésiaste.
Dans B. S. iv, 20 : *i*2ur r-n 7\'J ''il « mon fils, observe le temps... ». tout le monde accorde que ""zn « bruit » et aussi « émotion intérieure » ne donne aucun sens satisfaisant. Peters y voit une glose; Lévi le retranche parce qu'il manque dans G et F; Ryssel (2) lit "j'Z^nTis ; Schechter corrige en '^^"T ny qui reproduirait une locution d'Eccl. III, 1. Nôldeke et Me Neile tiennent la correction pour probable. Serait-elle assurée, il n'y aurait pas lieu de conclure immédiatement à un emprunt, "r^^'l T\'j pouvait être une expression reçue, et d'autre part les deux mots, quoique juxtaposés, ne sont pas unis dans lEcclésiaste, comme ils le seraient dans Ben Sira.
□"^E""!: w'p2î2 1^^ 2 (B. S. v, 3! reproduit assez littéralement Eccl. III, 15 : ï^-^z-nx U'pz"! a*r"i~'î<n':, mais donne une autre idée : « Dieu venge les persécutés ». Il est à remarquer que les anciennes versions, sauf V, ont interprété l'Ecclésiaste dans le sens de B. S. (voir le Com.), et d'autre part la mention des persécutés n'est pas appelée par le contexte de B. S.; même elle manque dans G : ô y«P xûpioç Ixoixwv Exôixr^asi («l. Il se pourrait donc que B. S. ait subi une retouche provenant d'une réminiscence d'Eccl. m, 15 mal interprété (cf. B. S xiv, 10 c et Eccl. v, 17).
mi TjlN « lenteur (à répondre) », de B. S. v, 11, correspond dans une certaine mesure à n"! "tn « patient » d'Eccl. vu. 8.
■jil^nn Sn ~T2 '^;eSt Sn ''isS pTcvr Sn « ne fais pas le juste devant Dieu ni l'homme intelligent devant le roi »> (B, S. vn, 5( rappelle Eccl. VII, 16 : inv Djnnn Snt n2in pi-ï Mn Sn.
De B. S. VI. 5 : « que tes relations soient nombreuses, mais ton
(1) Xouvcaujr fragments hébreux de l Ecclésiastique, dans JiB, 1900. p. 57 s.
(2) Th. St. and Kr. 1900, p. 375.
l'eCCLÉSIASTE et liKX SI II A. 57
confident, un entre mille », les deux derniers mots =]Sn**2 inx rappellent Eccl. VII. 28 : inxy*2 î^Sn'z t-n d-n.
11:5 Ni'iy"! yj^x 2"> « le cœur de Ihomme change son visage » (B. S. XIII, 24) reproduit une expression d'Eccl. viii, 1 : iisn DfNn ncjn
n'a'jn .1*2 "S lax"' V2 ^z « car qui le dira : que fais-tu? » (B. S. xxxvi, 8) reproduit presque littéralement Eccl. vrii, 4 : niryn n?2 lS 1*2X1 V2". Mais on trouve la môme formule dans Job, ix, 12.
mj:*2 ^^rà 'J1T\ tch iv2n -n2*2 uin dn -s « mais (consulte) l'homme qui craint toujours, que tu sais observateur du précepte » (B. S. xxxvii. 12), rappelle, dans le second stique, Eccl. viii, 5 : 'jii ah mï:2 l'DVC
011*2 Sx □11*2*2 Itl'XI 2*ri yix Sx yix^ Sd « tout ce qui vient de la terre retourne à la terre, et ce qui vient d'en haut retourne en haut » (B. S. XL, 11) est bien près d'Eccl. xii, 7 : .iin*j3 yixn S;; iSîrn 2'Uii -:n: i*^*x DMSxn S.x iirn n-i.ii (cf. m, 20-21).
•n"i ns !23ni 1*2^""^ nzu ^'^ "^nii; h'j ir>*- 112 uzr\2 iu?ï::S a^n rii anii;i « tel sage est sage pour lui-même : le fruit de sa science est pour lui. Tel sage est sage pour son peuple : le fruit de sa science est pour eux » iB. S. xxxvn, 22-23) développe en termes voisins Eccl. xii, i) : Dî?n-nx n*^*--iaS ny ddh nSnp ^1^*k^* in".
Enfin SdiI xin ill ypi « et la conclusion est qu'il (Dieu) est tout » [B. S. xLiii, 27) ressemble assez à Eccl. xii, 13 : 'j'O'àz Sdh "«il =11D. 11 semble cependant qu'il ne faut tenir compte que des deux premiers mots, la pensée étant ensuite trop différente malgré la présence de Sdh dans les deux textes. 121 =]1D. que B. S. aura transformé en 12~ yp par recherche du mot ancien et classique, a des deux parts le sens de « conclusion » et est à sa place dans les deux textes. Ce devait être un terme reçu, employé dans les écoles et familier aux professeurs de sagesse. On ne doit pas sétonner de le rencontrer chez l'un et l'autre écrivain, et rien ne prouve qu'il y ait emprunt.
Il serait prématuré de porter un jugement définitif avant que d'avoir examiné les autres points de contact des deux livres. Les analogies relevées peuvent prendre une signification assez différente suivant le nombre et la nature des faits que révélera la suite de l'enquête. Jusqu'à présent, la plupart des ressemblances indiquées peuvent s'expliquer par la communauté de date et de milieu des deux livres. Cependant la coïncidence de B. S. xl. 11 avec Eccl. xii, 7 et m, 20-21, étant donné qu'elle ne constitue pas un fait isolé, est significative, en raison surtout de la seconde partie du verset (cf. cependant Job, xxxiv, 14- 15 et Ps. civ, 29-30). Au cas où il y aurait dépendance entre les deux auteurs, l'Ecclésiaste serait certainement l'original. La pensée est chez lui bien à sa place, dans un contexte qui l'appelle et lui convient.
58 INTItODUCTlON.
Elle fait essentiellement partie du système didëes de Qoliéleth. Surtout, elle exprime pour lui une réalité physique: il parle sans figures. Dans Ben Sira, nous sommes en présence de considérations générales sur les crimes des méchants et sur la ruine qui menace leurs œuvres, tandis que le juste est affermi et ne chancelle pas. Dans ce contexte, If V. 11 prend un sens moral et métaphorique, soit qu'il exprime la caducité des entreprises des méchants, par opposition à la prospérité des justes et à l'immortalité de leur mémoire, soit qu'il veuille noter le caractère vil et grossier des œuvres d'inspiration basse, et au contraire la noblesse des actions que des motifs élevés ont fait naître. De toute façon, sa phrase s'explique comme un emploi secondaire et dérivé, postérieur à l'usage de la formule au sens propre. On ne conçoit pas qu'ici Qohéleth ait imifé Ben Sira: mais celui-ci, pour l'expression de sa pensée, pourrait dépendre de celui-là.
;^; 2. Rapprochements textuels entre l'Ecclésiastique grec et l'Ecclésiaste.
L'Ecclésiastique (xvili, 6) : oOx eœtiv IXaiTM^ai oxjok Trpooôeivai xal oiix EffTtv iliyyiatjai xà OauiAocuta toïï xuptou (cf. XLil, 21 OÙ G traduit ï^DI; xS "^ïiSJ nS"! par les mêmes verbes qu'il emploie ici) reproduit à la fois la pensée et l'expression d'Eccl. m, 14 : 'j^.:h ]'^ii i:a^2l ''^iDlnS "|''N vh'j, et III, 11 : ï^iD iv] yJNir DtnSNn nxD'j i^j< nt'rzn-nx Di.sn ï<2:a''-NS. Le verset qui suit dans l'Ecclésiastique (xviii, 7) : oTav (juvT£>.éar) àv6pw-
■jro? to't£ àp/STai, xai orav TrauciqTat tot£ a7ropiri6r^(j£Tat, se rapproche, au moins
pour l'idée, d'Eccl. viii, 17 : « J'ai vu, au sujet de toute l'œuvre de Dieu, que l'homme ne peut trouver l'œuvre qui se fait sous le soleil, parce que l'homme se fatigue à chercher et ne trouve pas, et même si le sage pense connaître, il ne peut pas trouver. » Il y a là des rencontres de pensée et parfois d'expression assez frappantes. Pour le moment, on se contentera de faire observer que l'idée émise par Qohéleth fait corps avec son système philosophique; elle lui est essentielle. L'impuissance de l'homme, soit à connaître, soit à modifier l'œuvre de Dieu, est supposée dans tout m, 1-15 et exprimée soit dans viii, 10- 17; XI, 5, soit dans i, 15: vu, 13. Dans lEcclésiastiquo, les traits indiqués sont loin d'avoir la même importance. Quant à la formule « rien a ajouter ni à retrancher », elle n'est de l'invention d'aucun des deux auteurs (cf. Deut. iv, 2; xiii, li. Seule son application au même objet est remarquable. D'une façon générale, il est dillicile que Qohéleth ne soit pas ici l'inventeur des idées qu'il exprime.
L Hcclesiastique, I, 13 : tw tpoêou[ji.£vco tôv xûptov eu Eaxai £7r' la/KTOJv, est en par.illélisme avec EccL viii, 12 : □''nSNn iNliS 2112 ni-"'. La pensée na rien d'original; mais l'expression est presque identique.
Enfln 6 opûcowv ,8oôpov eIç «ùtov £[jLTr£(7£iTai (Eccli. xxvii, 26) traduit
littéralement S"E'' '2 yc*; "^En 'Eccl. x, 8;. Il est vrui que c'est là un proverbe, et que Ben Sira a aussi bien pu s'inspirer de Prov. xxvi, 27 :
^L^ ~i nn*w rrz.
); 3. Ressemblances didées entre l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique (1).
Eccl. I, 4 : Une génération s'en va, une génération vient, d la terre subsiste toujours.
Eccl. I, 18 : En beaucoup de sagesse il y a beaucoup de chagrin, et qui ajoute à sa science ajoute à sa douleur.
Eccl. II, 23 : Car toutes ses journées ne sont que douleurs et son occupation n'est que déplaisir; même pendant la nuit son cœur ne repose pas.
Eccl. m, 7 : Il y a un temps de se taire et un temps de parler.
Eccl. III, 11 : (Dieu) fait toute chose appropriée à son temps {M)V2 HEi).
B. S. XIV, 18 : Comme les feuilles qui poussent sur un arbre verdoyant,] dont l'une se flétrit et l'autre croît.
Ainsi des générations de chair et de sang : | l'une meurt et l'autre mûrit.
Eccli. XXI, 12 : Il y a une hal»ileté qui accroît l'amertume.
B. S. XL, 1-7 ne fait que paraphraser ce verset de l'Ecclésiaste.
B. S. XX, 5 : Tel se tait parce qu'il n'a rien à répondre, | et tel se tait parce qu'il considère le temps.
Le sage se tait jusqu'au temps, | et le sot n'observe pas le temps (cf. xxxii, 4).
B. S. xxxix, 33-34 : Les onivres de Dieu sont toutes bonnes (a''2Ta), | à tout besoin il pourvoit en son temps
Il n'y a pas à dire : Ceci est mauvais, pourquoi cela':* | Car toute chose en son temps est efficace.
Cf. 21 : Il n'y a pas à dire : Pourquoi ceci? I Car toute chose a été choisie pour son besoin.
Il n'y a pas à dire : Ceci est pire que cela. I Car toute chose en son temps est efficace.
La pensée exprimée par l'Ecclésiaste dans m, 11 n'est pas de celles qui lui appartiennent en propre ; il ne s'ensuit pas néanmoins qu'il l'ait empruntée à Ben Sira. 11 n'est pas sur non plus qu'on doive prêter à celui-ci, dans xxxix, 21 a, 34, une intention de correction à l'égard d'Eccl. I, 2-3, 14; ii, 11, ni voir dans 216 une allusion à Eccl. iv, 9 ss. Les pensées n'ont pas précisément le même objet.
(1) B. S. indique le texte hébreu (I. Lévi), Eccli. le texte grec (Swete) de l'Ecclésiastique.
IXTRODUCTIOX.
Eccl. III. 20 : Tous deux (l'honimc et l'animal) vont dans un même lieu, tous deux sont sortis de la poussière, et tous deux retournent à la poussière.
Eccli. wi. 28 : Et ils (les êtres vivantsl y retournent (à la terre, après leur morti.
XVII. 1 : Le Seigneur a formé l'homme de la terre, 1 et il le fait retourner à la terre (cf. Gen. m. 19: Job. xxxiv. iô).
B. S. XLi, 10 : Tout ce qui vient de rien retourne au rien, | ainsi l'impie A-enant du néant retourne au néant.
B. S. XLi. 10 a une portée morale : il n'y est plus question de tous les hommes, mais de l'impie seulement, et le verset suivant ajoute : « L'homme en son corps n'est que vanité (bzn , mais la renommée de piété n'est jamais détruite. » En faisant valoir ainsi l'immortalité de la mémoire du juste, et en restreignant la « vanité » au corps de l'homme, Ben Sira ne répondrait-il pas aux théories de Qohéleth sur l'universelle vanité et à ses plaintes sur l'absence de rétribution"?
Eccl. IV, 8 : Et pour qui travaillé-je et privè-je mon âme de bien-être (cf. II, 18-19, 21)?
Eccl. v, 1-2 : Xe te hâte point avec ta bouche, et que ton cœur ne se presse pas de proférer une parole devant Dieu, car Dieu est dans les cieux et toi sur la terre : pour ce motif, que tfs paroles soient peu nombreuses !
Car de la multitude des occupations naissent les songes, | et de la multitude des paroles, des propos d'insensé.
Eccl. V, 3-5 : Lorsque tu as fait un V(T'U à Dieu, ne tarde pas à l'accomplir ; car il n'y a pas de faveur pour les insensés. Ce que tu as voué, accomplis-le : mieux vaut pour toi ne pas vouer, que vouer et ne pas accomplir. Ne permets pas à ta bouche de rendre ta chair coupable, et ne dis pas devant le prêtre que ce fut une inadvertance : pourquoi Dieu s'irriterail-il au sujet de ta parole et détruirait-il les œuvres de tes mains?
B. S. XIV, 4 : Qui se prive entasse pour un autre, | et un étranger se rassasiera de ses biens.
B. S. VII, 14 : Ne bavarde pas dans l'assemblée des princes, | et ne répète pas une parole dans la prière.
Eccli. XVIII. 22-24 : Que rien ne t'arrête d'accomplir un vœu en temps voulu, I et n'attends pas jusqu'à la mort pour te libérer.
Avant de vouer prépare ton voiu, | et ne sois pas comme un homme qui tente le Seigneur.
Souviens-toi de la colère aux jours de la fin. | et au temps de la vengeance quand il détournera son visage.
Les deux développements contiennent les mêmes idées et dans le même ordre : accomplir sans retard le vœu qu'on a fait et ne pas vouer
L ECCLESIASTE ET 15EN SlItA.
(il
inconsidérément, le tout afin d'éviter le péché, de ne pas exciter la colère de Dieu, ni encourir son châtiment. Ce parallélisme des deux textes, sauf quelques traits propres à chaque auteur, est remarquable. 11 est vrai qu'un document antérieur (Deut. xxiii, 21-23) exprime à peu près les mêmes pensées, mais dans un ordre un peu différent. Bien qu'il s'agisse donc d'un thème traditionnel, une dépendance est assez vraisemblable. Peters attribue la priorité à Ben Sira, parce que TEcclésiaste est plus long et par conséquent développe, en les motivant, les aiïirmations de l'Ecclésiastique. En réalité, la composition de Ben Sira est comme d'ordinaire mieux agencée ; ses propositions sont en meilleur équilibre. INIais ses pensées ont aussi quelque chose de plus indéterminé et en somme, sauf peut-être 22b, de moins personnel. On sent l'écrivain et presque le rhéteur. La phrase est pleine de clichés, comme « tenter le Seigneur » (Ex. xvii, 2, etc.), « les jours de la fin » (Gen. xxvii, 2; II Chr. xxvi, 21, etc.), « le temps de la vengeance » (Jér. xlvi, 21; l, 27, 31, etc.), « le détournement du visage » (Deut. xxxi, 18; cf. Ex. m, 6; Deut. xxxi, 17, etc.). L'Ecclésiasle est plus personnel dans la forme, plus concret; il a plus de traits vécus (cf. ^ah). Sa phrase est moins arrondie, les membres moins également balancés. Mais il est plus décisif, plus pressant, plus ferme, en somme plus original. 11 ne développe pas Ben Sira.
Eccl. V, 11 b : L'abondance du riche ne lui permet pas de dormir.
Eccl. VI, 1-2 : Il est un mal que j'ai vu sous le soleil, et il est grand sur l'homme : un homme à qui Dieu a donné fortune et richesses et honneurs, et qui ne manque pour son Ame de rien de ce qu'il désire, et Dieu ne lui permet pas d'en manger, mais un étranger les mange. C'est là une vanité et un mal cruel (cf. 3-6).
Eccl. vu, 12 a : La protection (^jf) ■de la sagesse est comme la protection de l'arorent.
Eccl. vu, 20-22 : Car il n'y a pas d'homme juste sur la terre | qui fasse le bien et ne pèche pas.
B. S. \\\iv. 1 : L'insomnie du riche épuise sa chair | et ses soucis font fuir le sommeil.
B. S. XI, 16-17 : Tel s'enrichit en se privant, | et perd sa récompense.
Au temps où il dit : j'ai trouvé le repos I et maintenant je jouirai de mes biens,
Il ne sait pas quelle sera sa part : | il laissera (tout) à d'autres et mourra (cf. xxx, 14-20).
B. S. XIV, 26-27 : (Heureux l'homme) Qui s'abrite sous son ombre contre la chaleur, | et se réfugie dans sa demeure.
(Cf. B. S. XL, 25-27; mais voir aussi .lug. IX, 15; Is. xxx, 2, 3 sur l'emploi de '^ir.l
Eccli. XIX, 10, 13-16 : As-tu entendu une parole? Qu'elle meure avec toi : I sois sans inquiétude, elle ne te fera pas éclater.
INTRODCCTIOX,
Ne prête pas attention non plus à toutes les paroles que l'on dit, de peur que tu n'entendes dire que ton serviteur te maudit. Car ton cœur sait que c'est bien des fois aussi que tu as, toi aussi, maudit les autres.
Eccl. vu, 26 b : Celui qui est agréable à Dieu lui échappera (à la femme), mais un pécheur y sera pris.
Eccl. viii, 11-13 : Parce que la sentence concernant l'œuvre du mal ne s'exécute pas promptement, pour ce motif le cœur des fds de l'homme s'emplit en eux du désir de faire le mal, parce que le pécheur fait le mal cent fois et prolonge ses jours, bien que je sache que le bonheur sera pour ceux qui craignent Dieu, parce qu'ils le craignent; et le bonheur ne sera pas pour le méchant, et pareil à l'ombre il ne prolongera pas ses jours, parce qu'il ne craint pas Dieu.
Eccl. IX, K) : Et j'ai dit : La sagesse vaut mieux que la force, mais la sagesse du pauvre est dédaignée et ses paroles ne sont pas écoutées.
Eccl. X, 11 : Si le serpent mord faute d'enchantement, | il n'y a aucun avantage pour le charmeur.
Eccl. x, 12 : Paroles de la bouche d'un sage, faveur; | mais les lèvres d'un insensé le perdront.
Questionne ton ami : peut-être n'at-il pas fait cela, | el .s'il la fait, pour qu'il ne le fasse plus.
Questionne ton ami : peut-être n'at-il pas dit cela, | et s'il l'a dit, pour qu'il ne recommence pas.
Questionne ton ami, car souvent il y a calomnie, | et ne crois pas tout ce qu'on dit.
Il se commet des écarts, mais sans que le cœur y soit, | et qui n'a pas péché par sa langue ?
Eccli. XXVI, 23 : Tuvr) àj£6r;ç (iv6;j.t.j [A£o\; BoÔTjŒETai, I £Ù(J£6t]i; oè SîooTa'. TÔi «po6ou[ji£va) Tov y.ûptov (1).
B. S. v, 4-7 : Ne dis pas : j'ai péché, et que me fera-t-il | puisqu'il est patient?
Ne compte pas sur le pardon | pour ajouter faute sur faute
En disant : sa miséricorde est grande. I à mes nombreux péchés il pardonnera.
Car la miséricorde et la colère sont auprès de lui | et son courroux repose sur les méchants.
Ne tarde pas de te convertir à lui ] et ne diffère pas de jour en jour.
Car sa fureur éclatera tout à coup [ et au jour de la vengeance tu seras emporté.
B. S. XIII, 22 : Quand le riche parle, tous se taisent pour l'écouter | et ils portent aux nues sa sagesse.
Si le pauvre parle : « Qui est-ce? >< dit-on, |et s'il trébuche, ils le poussent.
B. S. XII, 13 : Qui a pitié d'un charmeur mordu | et de tous ceux qui approchent les bêtes féroces?
Eccli. XXI, 27 : Quand l'impie maudit l'adversaire, | il maudit sa propre âme.
Aux passages dans lesquels Qohéleth recommande la jouissance
(1) Les versets 18 à 27 du chapitre xxvi, qui manquent dans les niss. ordinaires, ont pour témoins le codex 248. Clément d'Alexaiuiric, la Peciiitta et la version arabe.