LECCLÉSIASTE ET BEN SI HA
(il, 24-25; III, 12-13,22; v, IT-ld'; vi, 3-6 ; vu, 14; viii, 15; ix, 7-10: XI, 8-10) répond dans Ben Sira xn , 1-10 ^cf. B. S. xxx. 15-24 ; XXXVIII, 16-23), qui contient la même exhortation, basée aussi sur la perspective de la mort et du triste sort réservé à l'homme dans le clieol (cf. Eccli. xvii. 22-23; B. S. xli. 1-4). Il faut citer au moins XIV, 11-17 :
"Mou fils, (si tu en as les moyens sers-toi,
et) si tu en as les moyens, fais-toi du bien,
et suivant ton pouvoir rassasie-toi.
•^Souviens-toi que (dans le cheol il n'y a plus de plaisii-,
et que) lu mort ne tardera pas,
et que la loi du cheol ne t'a pas été communiquée. ^^Avant de mourir fais du bien à ton ami,
et donne-lui autant que tu le peux.
^*Ne te refuse pas le bonheur du jour,
et ne passe pas à cùté de ta part de plaisir
(et ne désire pas d'un mauvais désir).
•^Ne laisseras-tu pas ta fortune à un autre
et le fruit de tes peines à des gens qui se le partageront? •^ Donne, prends et traite-toi bien,
car ce nest pas dans le cheol qu'il faut chercher du plaisir
(et tout ce qu'il est beau de faire devant Dieu, fais-le). ^' Toute chair s'use comme un vêtement,
et la loi éternelle c'est : ils mourront.
Le thème est identique de part et d'autre. Et le fait mérite d'autant plus considération qu'aucun autre livre de l'Ancien Testament ne contient de pareilles exhortations, à moins qu'il ne les rapporte pour les blâmer (cf. Is. xxii, 13). Le trait est donc exclusivement commun aux deux auteurs. Quant aux termes dont ils se servent, on a comparé -jS 2"'"i2n de B. S. (v. 11) avec 2Vc nri^!; et -jiS "iIts"' d'Eccl. (m, 12; XI, 9), Qi^ n2lT2 du premier (v. 14) avec nir:2 DV du second (vu. 14). On peut aussi rapprocher B. S. v. 11 d'Eccl. ix, 7, et B. S. v. 12, 16 d'Eccl. IX, 6, 10. Quoi qu'il en puisse être des détails du texte, il est difficile que les deux développements aient été conçus de façon indépendante. Si une dépendance était admise, rien n'autoriserait à supposer que l'EccIésiaste est l'emprunteur. La doctrine énoncée tient une plus grande place chez lui que dans l'Ecclésiastique. Chez Ben Sira, c'est un texte isolé, qui s'harmonise, il est vrai, avec tout un aspect de la pensée de l'auteur (1;, mais ne se rattache cependant par aucun lien nécessaire au reste de son œuvre. Même, Ben Sira paraît
(1) I. Lévi écrit (II, p. lx), non sans exagération : « L'Ecclésiastique ofTre, en effet, un mélange singulier du sentiment religieux le plus élevé et de l'épicuréisme le plus terre à terre. »
oublier ici rimmortalité de la mémoire quil a promise ailleurs au juste, pour l'engager à poursuivre des satisfactions moins platoniques. Dans l'Ecclésiaste au contraire, l'exhortation au plaisir est fréquemment répétée, et présentée chaque fois comme la conclusion pratique de sa conception du monde et de la vie. comme l'aboutissement logique de sa pensée sur le terrain de l'action. Sans être tout à fait adventice dans Ben Sira, l'invitation à la jouissance nest donc pas essentielle à son œuvre; elle sort, dans l'Ecclésiaste, des entrailles mêmes du sujet. D'ailleurs cette doctrine, sans être en opposition avec les livres antérieurs de l'Ancien Testament, se présente cependant sous une forme qui constitue à elle seule une innovation. L'innovation ne peut provenir que du génie original de Qohéleth. Ben Sira, écrivain plus littéraire, mais penseur moins profond, compilateur éclectique, mais esprit peu personnel, se contente de refléter tour à tour et de développer dans un style agréable les divers aspects de l'Ancien Testament : il n'a rien inventé.
Les deux auteurs ont un dernier point de contact. Ben Sira promet en récompense au juste l'immortalité de la mémoire :
Leurs corps subsistent un nombre de jours,
mais l'existence de la renommée, des jours sans nombre. La vie de l'homme dure un nombre de jours,
mais la vie d'Israël, des jours sans nombre. Celui qui est sage pour son peuple acquiert la gloire,
et son nom demeure éternellement (B. S. xxxvn, 25-26). L'homme en son corps n'est que vanité,
mais la renommée de piété n'est jamais détruite. Sois soucieux de la renommée,
car elle t'accompagnera plus que mille trésors précieux. Le bonheur du vivant ne dure qu'un nombre de jours,
mais le bien de la renommée dure des jours sans nombre (B. S.