XLI
Ben Sira est d'accord avec Prov. x, 7 (cf. m, .3.")) et avec Ps. cxii, 0. Seul, Qohéleth émet sur le même sujet une pensée différente (ii, 16 et ix, 5; cf. i, 11 et IX, 15). Eccl. ii, 16 et B. S. xxxvii, 26, prennent le contrepied l'un de l'autre. Des deux parts, le sage est nommé. D'un côté, il est dit que sa mémoire, non plus que celle du sot, ne durera toujours (dSi:;S SiD3n~D" uzrh "Jl"!:* "J'in); de l'autre, que sa renommée demeure éternellement (cS'" "l'nz "T?2*> rzu.*'). 11 est vrai que Ben Sira ne parle point cette fois du sage en général, mais seulement de celui qui a été sage pour son peuple (cf. Eccl. xii, 9). Dans xli, 5-1o, il oppose à la ruine des méchants l'immortalité delà mémoire des hommes pieux, et le soin qu'il prend de restreindre la « vanité » au corps de l'homme indiquerait.
l'eCCLÉSIASTE et I!E\ SlISA. G5
comme on a déjà eu Toccasion de le faire observer, qu'il a lu Qohéletli. Que conclure de cette revue, encore incomplète, des textes? Les points de contact entre les deux livres sont trop nombreux pour être expliqués sans un rapport quelconque, direct ou indirect, entre les deux auteurs. Il faut, à tout le moins, admettre que l'Ecclésiaste et TEcclésiastique datent d'époques assez voisines, et sont en partie l'écho des mêmes discussions. Cette hypothèse explique que l'un et l'autre soient préoccupés des mêmes questions, qu'ils les résolvent souvent de même, comme aussi qu'ils aient choisi parfois des solutions opposées. Elle rend môme compte dans une certaine mesure de la présence dans les deux ouvrages de mots spéciaux et de locutions identiques. Mais il est permis d'aller plus loin. On sait que Ben Sira a beaucoup lu les livres saints : son traducteur l'alTirme. Il leur a même beaucoup emprunté (1). Son procédé ne consiste pas à citer, mais à choisir, soit des locutions et des tournures qu'il reproduit ou imile, soit des pensées qu'il paraphrase en les adaptant à son but particulier. Ses nombreux points de contact avec l'Ecclésiaste doivent trahir l'usage pareil qu'il en aura fait. Il faut avouer pourtant qu'aucun des rapprochements indiqués n'est absolument concluant à cet égard : tous peuvent à la rigueur être éludés. Mais il paraît impossible d'attribuer à Ben Sira la priorité sur Qohéletli. Peters n'a pas réussi à la démontrer (2), et l'originalité de Qohéletli a été signalée, au contraire, dans plusieurs cas.
(1) Cf. Sciiecuïeu-Taylou, p. 13 ï^s.; Noldeke, p. 83 ss.; Touzaud, JW, 1900, p. 57 s.
(2) Peters a lo loit, plus d'une fois, de fonder son raisonnement sur le texte de B. S. tel qu'il l'a établi dans Der jângst wiederaufgefundene hcbrûische Teut des Bûches Ecclesiastkus (Frciburg ini Brcisgau, 1902). Étant donné l'état d'altération des mss. hébreux de B. S. et l'incertitude persistante de certaines lettons, c'est là une base d'argumentation trop peu sure. Dans d'autres cas, Peters comprend inexactement l'Ecclésiaste. C'est ainsi que, dans x, 8-9, il n'est pas précisément question, comme dans Eccll. xxvii, 25-27, d'intrigues qui peuvent se retourner contre leur auteur. Ce qui semble avoir plus d'une fois donné le change à Peters, c'est que l'Ecclésiaste est souvent peu ordonne et chargé de répétitions. Peters a cru qu'il développait B. S. Mais Qohéleth est aussi mal agencé quand il est certainement original. Si, d'ailleurs, les mêmes pensées sont souvent plus longuement exposées dans l'Ecclésiaste, il arrive aussi que B. S. soit plus développé : comparer en particulier Eccl. ii, 22-23 et B. S. xl, 1-7; Eccl. m, 7 et B. S. xx, 4-6 (cf. Grotaert, p. 71 s.).
On ne saurait arguer des caractères de la langue de B. S. pour établir son antériorité. Tout le monde reconnaît que si sa syntaxe est ordinairement plus pure que celle de l'Ecclésiaste, c'est qu'il s'est efforcé d'imiter l'hébreu classique. Mais son vocabulaire chargé d'aramaïsmes et de néohébraïsmes, et difTérentes particularités de son style, marquent nettement sa date réelle (cf. Touzard, RB, 1898, p. 53 ss.: 1900, p. GO s.). Peters lui-même (BZ, 1903, p. 149) renonce à user de l'argumenl linguistique pour démontrer sa thèse de la priorité de Ben Sira.