CHAPITRE XI
Depuis Eichliorn, comme on l'a dit déjà, la majorité des exégètes a abandonné l'origine; salomonienne de l'Ecclésiaste. et on compte au XIX'' siècle les commentateurs restés fidèles au grand roi. Ce sont, chez les protestants, Wangemann (p. 40), Halm p. 7 s.), Bohl, Taylor Lewis, Bullock (1) et quelques autres de moindre notoriété. Parmi les auteurs catholiques, maintiennent les vues traditionnelles : von Essen (p. 7-18), Reusch(2), Schafer (p. 11 ss. , Motais II, p. Iss.), Cornely(p. 166 ss.), Gietmann (p. 20 ss.). Zschokke (3), Philippe (4), Vigouroux (5) ; mais plusieurs ont soin de noter que l'origine salomonienne dulivre n'est pas de foi. Ont adopté au contraire les vues nouvelles : au xyih"^ siècle, Zirkel (p. 46-56;, Jalin (II, § 214, ; au xix% Ilerbst 6 , Movers(7) , Kaulen (8), Bickell (p. 9-10, 12, 57); au xx^ Condamin (9), Peters (10), Zapletal (p. 61 ss.), Gigot ; 11), Joûon 12). Le P. Joiion écrit : « Pour l'Ecclésiaste par exemple, les critiques catholiques sont aujourd'hui moralement unanimes à admettre que l'attribution de ce livre à Salomon, affirmée non seulement dans le titre, mais encore dans l'ouvrage lui-même (ch. 1-2), n'oblige pas à croire que le roi Salomon en est réellement l'auteur : c'est par une
(1) Les ouvrages de ces auteurs sont niL-nlionnés ci-dessus, p. 42.
(2) Zur Frage liber tien Verfasser des Koheleth, dans Tàbinger Quart alschrifl, 1860, p. 430 ss.
(3) Ilistoria sacra Antiqui Teslainenli. Vindobona', IS'.iï, p. 213 s.
(4) Dans VDB, II, p. 1539 s.
(5) Manuel Biblique, IV éd., Paris, VMl. II. p. 505 ss.
(6) llistorish-krilische Einleilung in die fieiligen Sc/irif'ten des Allen Testaments, Garlsruhe, 1840-1844, II, 2, g 99.
(7) Dans Wetzeu und Welte, Kirchcnlexikon, 1"^' éd., Freiijurgini Broisgau, III, p. 330.
(8) Ilnd. 2-- éd., 1886, IV, p.9G ss.
(9) Dans RB, 1900, p. .30 ss.
(10) Dans BZ, 1903, p. 130 ss.
(11) Spécial Introduction lo tite Studi/ of the Old Testament, New- York, 1906, II, p. 116 ss.
(12) Le Cantique des cantiques, Paris, 1909, p. 83.
fiction littéraire, chose très différente d'un faux, que Salomon se donnerait comme auteur du livre. »
On peut donc considérer l'origine salomonienne de FEcclésiastc comme abandonnée de tous. L'unanimité cesse dès qu'il s'agit de déterminer la date précise à laquelle le livre a été écrit. Si on laisse de côté Xachtigal (IJ, qui place l'Ecclésiaste entre Salomon et Jérémie, Jahn (2), qui le met entre Manassé et Sédécias, Chr. Schmidt (p. 295 ss.), qui le fait écrire avant l'exil, sans préciser davantage, on peut partager les critiques en deux groupes principaux, dont l'un attribue l'Ecclésiaste à la période de la domination persane, l'autre au temps de la domination grecque. Dans la première catégorie se rangent : Grotius et Eicbhorn : aussitôt après le retour de l'exil, de 536 à 500; Umbreit (p. 129) : époque persane en général; Hâvernick-Keil (3), Ilengstenberg (p. 9 ss ) et Zockler : vers le milieu du v« siècle, au temps d'Esdras et de Néhémie; Bernstein (p. 67 ss.) : à la fin du v*= siècle ou au commencement du iv^; Ewald (p. 178), Delitzsch (p. 222), Wright 4) et Cheyne (5) : au cours du dernier siècle delà domination persane; Vaihinger (p. 56), Elster (p. 8) et Ginsburg (p. 225) : vers la fin de la même domination. Se prononcent au contraire pour la période grecque : Zirkel (p. 46 ss.) : entre 333 et 164; Knobel (p. 94) : à la fin de la période précédente ou au commencement de celle-ci; Kautzsch (6) : au milieu du iii^ siècle; Plumptre (p. 34) : entre 240 et 181 ; et les critiques suivants qui s'accordent à placer la composition du livre vers l'an 200 : Hitzig (p. 122 ss. : en 204', Nôldeke (7), Tyler (p. 31), Kuenen (p. 190 ss. : entre 200 et 175), Cornill (p. 252), Wildeboer (p. 113), A. S. Peake (8), Condamin(9), A. B. Davidson (10), Zapletal(p. 66 : un peu avant 200), Driver (11), Gigot (p. 127 s.), Barton (p. 60 ss. : entre 198 et 195), Kleinert (12). Siegfried 'p. 23) reconnaît aussi que le livre primitif, très court, a été écrit peu après 200, mais a reçu des compléments tout le long du siècle qui a suivi. En avant de ce groupe de critiques se détachent : Winckler (13), pour lequel
(1) Die Vcisuminlungen der If'eisen, I, Kohelcth geivôhnlich genannt der Prediger Salomo's, Halle, 1798, p. 50.
(2) Lot: cil.
(3) III, p. 458 ss.
C4) P. 136 : entre 444 et 328.
(5) Job and Solomo, p. 255 ss.
(6) Abriss der Gcschichte der alUestamentlichen Schrifliims, Freiburg ira Breisgau, 1897, p. 147.
(7) Die allleslamenlUche Litcratiir, Leipzig. 1808, p. 175 ss.