EB, II
(11) Introd.Tp. 476.
(12) Th. St. und Kr., 1909, p. 500.
(13) AUor. Forsck., zweile Reilie, I, p. 143 ss.
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l'auteur du noyau primitif derEcclésiaste n'est autre qu'Alcime, mort en 160 (cf. I Mac. VII ; ix, 54 ss. ; Peters (1], qui fait composer le livre entre 145 et 130; Renan (p. GO, vers 125 sous Jean Ilyrcan; Leimdorfer 2), Kônig(3), Haupt (p. iv; pour le livre primitif seulement), etScholz (p. xii), versl'an 100 sous Alexandre Jannée; enfin Griitz p. 13 ss.i qui fait de l'auteur un contemporain d'IIérode le Grand. L. Seinecke (4) sest rallié à cette opinion, et Cheyne(5) s'y montre favorable.
:', 1. La date.
11 est inutile de s'attarder à la réfutation de l'opinion ancienne relative à l'origine salomonienne del'EcclésiastefO . On a dit déjà que le livre est écrit dans un hébreu tardif, et que les circonstances historiques qu'il rellète ne sont pas celles de l'époque salomonienne. Si, par impossible, on pouvait reporter le livre à une date si reculée, Salomon serait le dernier des hommes de son temps à qui on en pourrait attribuer la composition. On ne conçoit pas un roi si sage faisant de lui-même, de son règne et de son administration, la satire la plus cruelle, et même, si l'on s'en rapporte à I R. m; IV ; ix, 15-23; x, la plus injuste et la plus fausse. Loin d'avoir reçu de Dieu la sagesse, il avouerait avoir vainement travaillé à l'acquérir (Eccl. I, 17; ; il critiquerait le choix fait par lui de ses fonctionnaires (x, 5-71, déclarerait qu'il n'y a rien de bon à attendre de la hiérarchie administrative iv, 7), que les juges ne s'entendent qu'à exercer l'injustice fin, IGj et les puissants à opprimer les faibles iv, li. [1 n'aurait guère pour le pouvoir royal que des paroles de blâme iv, 13; x, 20,. 11 est impossible de pallier ces difiicultés et ces invraisemblances en prétendant que le tableau ne concerne que les dernières années de Salomon et que l'auteur écrit sous le coup du repentir (7). L'Ecclésiaste raconte ce qu'il a vu pendant toute sa vie, et le livre ne contient pas un mot qui ressemble à un désaveu ou à un repentir. L'Ecclésiaste ne s'accuse pas, ni ne regrette ce qu'il a fait. Il condamne ce qu'il a vu faire à d'autres.
La difTiculté n'est pas d'exclure Salomon et son époque, mais de fixer d'une façon positive la date de composition du livre. Sa langue, notablement plus tardive que celle de la prophétie de Malachie, et même que celle des « mémoires » d'Esdras et de Néhémie 8), analogue à bien des égards
(1) Dans BZ, 1903, p. 149 s.
(2) Der Prcdiger Salomonis in l/isl. Beleuchtiing.
(3) Einl.p. 432 ss.
(4) Geschichte des Volkes Isntel, GOtlingen, 1884, II, p. 37 s.
(5) /. religious Life, p. 200 ss.
(6) Le? lecteurs qui désireraient voir cette question amplement traitée peuvent se reporter à l'étude déjà indiquée du P. Condamin, RB, 1900, p. 30 ss. 354 ss.
(7) Cf. JÉRÔME, Corn, in i, 12 (P. L. XXIII, 1021).
(8) Cf. Driver, Inlrod. p. 474, 505, 553.
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à celle des Chroniques, d'Esdras-Néhémie et d'Esther, ne permet pas de le faire remonter plus haut que les dernières années de la domination persane, laquelle prend fin en 332. Bien plus, si Ton compare l'Ecclésiaste aux derniers écrits qu'on vient de nommer, la présence chez lui d'un plus grand nombre de termes et d'usages araméens et néohébreux favorise nettement Ihypothèse d'une date encore plus récente. On ne saurait même échapper à la nécessité de conclure en ce sens qu'en invoquant, pour expliquer les particularités de la langue de Qohcleth, des circonstances locales ou personnelles qui ont pu en effet exister, mais dont la réalité nous échappe. D'autre part, la nature des rapports textuels entre l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique (i) nous interdit de descendre au delà de 180, date à laquelle on fait remonter la composition de ce dernier livre. Les considérations historiques peuvent s'interpréter en faveur du iii'^ siècle. On aime, il est vrai, à voir dans v, 7, une allusion au système satrapial appliqué par les Perses aux provinces conquises (2). Mais le mode d'administration en usage sous la domination grecque a pu n'être pas différent de celui que dépeint l'Ecclésiaste. Le texte invoqué prouve surtout que l'autorité royale n'était pas immédiatement présente. Et cependant, les conseils relatifs à la conduite à tenir envers le roi(vin, 2-4 ;x, 4, 20) ou les allusions à sa personne (iv, 13-16), supposent que les rapports avec lui n'étaient ni très rares, ni très dilTiciles i3). Ces deux conditions se réalisent mieux sous la domination grecque que sous celle des Perses. Les traits généraux de l'époque de l'Ecclésiaste paraissent aussi exclure la fin de la domination persane. Pessimiste comme il l'est, notre auteur nous a certainement dit de son temps tout le mal qu'on en pouvait dire. Or il s'en plaint moins qu'il ne semble d'abord. Ses critiques sur la vie sont d'ordre universel, et portent sur la condition humaine en général, et non sur la situation particulière d'un peuple et d'une époque (4). 11 constate autour de lui des oppressions et des injustices, et se
(1) Voir ci-dessus, p. G5.
(2) Les satrapes étaient des gouverneurs de provinces (cf. Dan. vi, 1). Leur pouvoir était contrôlé par la présence d'un scribe royal, dont le devoir était d'adresser des rapports au « grand roi » sur l'administration de la province; en outre, les troupes étaient, pour la plus grande part, sous le commandement d'un général indépendant. Au-dessous des satrapes étaient les péhahs ou gouverneurs de districts moins étendus (cf. Néh. ii, 7, 9; v, Vi etc.). La tendance des satrapes était de s'élever au rang de vice-rois, d'e.xercer un pouvoir presque souverain et de s'entourer d'une cour quasi royale (cf. II. A. Wiiite, dans IIDB, III, p. 114, et C. Tiele. dans f'fi, IV, 4300).
(3) Grâtz (p. 12), Konig {bUnl. p. 433) et Kleinerl {Heolcnojklopiidie, XV. p. <)21) pensent que des textes comme ii, 8,12; v, 8; vin, 2-4; x, G s. 20 démontrent que les Juifs étaient, au temps de Qohéleth, en contact immédiat avec l'autorité royale. Mais Ben Sira donne des conseils ou fait des allusions analogues (vu, 4-5; x, 3; XX.XVIU, 2), alors qu'il n'y avait pas de roi à Jérusalem.
(4) On se fait illusion quand on cherche à expliquer l'humeur morose de Qohc-
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plaint d'une mauvaise administration. Mais des abus de ce genre ne sont pas chose extraordinaire dans l'histoire de la nation 1). Par ailleurs, la période paraît assez paisible. La guerre n'est pas inconnue viii, 8; ix, 11) ; mais il ne semble pas qu'on en ait souffert dans le milieu où vivait Qohéleth. Comme lui-même n'était plus jeune, son témoignage, ou son silence, à ce sujet doit valoir pour un certain nombre d'années. Or, les derniers temps de la domination persane Curent marqués, vers 350, parla répression énergique que fit Arlaxercès III Ochus (358-338) d'une rébellion à laquelle les Juifs sétaient laissé entraîner (2). Un grand nombre d'entre eux furent déportés en llyrcanie. Ce sont là des calamités publiques qui dépassent toutes les critiques de l'Ecclésiaste à l'égard des gouvernements, et ne permettent guère de supposer que le livre ait été écrit dans le troisième quart du iv siècle. La fin du même siècle et le début du suivant sont aussi exclus par le fait des luttes continuelles entre les rois d'Egypte et les rois de Syrie, luttes qui durèrent de 320 à 301, et dont la Palestine était l'enjeu, le théâtre, et souvent la victime.
Des considérations du même genre nous interdisent de descendre au delà des trente premières années du second siècle. Rien, dans l'Ecclésiaste , ne trahit l'époque agitée que traversa la Judée sous Antiochus IV Epiphane 1 175-164). ni la persécution religieuse entreprise par ce prince. Les temps mêmes qui suivent la mort de Judas Machabée (161), et dans lesquels la liberté religieuse n'était plus en cause, ne sont pas davantage reflétés dans le livre : les dissensions intestines, les luttes d'influence entre l'élément nationaliste et l'élément helléniste (3), les guerres toujours renouvelées contre la puissance syrienne n'y ont aucun écho. Il faudrait se reporter jusqu'au règne de Jean Hyrcan (135-104) pour trouver l'époque relativement tranquille qui convient à l'Ecclésiaste. Mais à partir de ce roi, la lutte entre Pharisiens et Sadducéens domine toute l'histoire juive. Or, Qohéleth n'est ni Pharisien ni Sadducéen, et de son temps les deux partis n'existent pas encore. D'ailleurs, la doctrine de la rétribution acquit au cours du second siècle un développement que l'Ecclésiaste n'a pas connu, ce qui ne permet pas de le croire postérieur au premier tiers de ce siècle.
Il faut donc revenir à la période qui a précédé la persécution d'An-
letli par les malheurs de son temps. Il ne se plaint pas d'avoir beaucoup soutrerl, ni d'avoir été soumis à des épreuves extraordinaires. Ce qu'il reproche à la vie, c'est la façon dont elle traite journellement les uns ou les autres.
(1) Il est excessif de prétendre avec Gornill (p. 251) que l'Ecclésiaste dépeint « une période de complète anarchie dans laquelle on ne peut parler de vie politique ordonnée ». Eccl. v, 7 à lui seul proteste contre une pareille interprétation.
(2) Cf. EusÈBE, Chron. ad ann. Abr. 1657 (.J. Karst, Die ChronUc des Eusebius, Leipzig, 1911, p. 196); Jérôme, Inferpref. Chron. Euseb. ibid. [P. L. XXVII, 470); Syncelle, I, 486; Orose, III, vu, 6 s. (P. L.XXXI, 811) ; et'peut-être Solixus,xxxv, 4. On peut lire les textes dans Schuerer, III, p. 7.
(3) X, 5 ss. fait allusion à d'autres incident?.
tiochus. Le in'^ siècle avant Jésus-Christ ne fut point malheureux pour la Judée. Le gouvernement des trois premiers Ptolëmées (301-222) lui procura une longue période de paix, sinon d'absolue tranquillité. Ces princes ne cherchèrent point à helléniser les Juifs. Ils laissèrent le peuple vivre selon ses usages, et ne lui imposèrent même pas un gouverneur étranger. Jérusalem restait sous l'autorité de la y&çio^jfjioi et surtout du grand prêtre (1), à la seule conditionde reconnaître la souveraineté des rois d'Egypte et de leur payer un tribut modéré. J usque vers l'an 230 2) il n'y eut même pas de collecteur de taxes ; le grand prêtre avait lui-même la charge de vciser au roi la somme convenue. Il semble qu'on puisse accorder avec cette même époque des textes comme Eccl. v, 7 et viii, 9. Chaque groupe de population avait à sa tête des autorités locales, et il existait en outre une subordination des villages aux villes et probablement des petites villes aux grandes (3). Cette organisation ne suffisait pas à prévenir tous les abus. Les injustices devaient être d'autant plus fréquentes que les coupables, pour peu qu'ils fussent puissants, pouvaient être assurés de l'impunité. Les rois d'Egypte, satisfaits de percevoir le tribut, ne s'inquiétaient pas de maintenir l'ordre en Palestine. Il semble même qu'ils n'y aient pas entretenu de garnisons. Le seul pouvoir central qui existât à Jérusalem, celui du grand prêtre, ne disposait pas d'une force matérielle suffisante pour imposer partout le respect du droit (4). Les grands prêtres eux-mêmes d'ailleurs pouvaient n'être pas toujours à l'abri du reproche (5). La critique contenue dans viii, 9 paraît bien être adressée à l'un d'eux : cette circonstance expliquerait, mieux que toute autre, que les abus signalés par Qohéleth aient eu le temple pour théâtre. Si l'on estime que les désordres que l'organisation décrite comportait ne suffisent pas à justifier les textes, on pourra descendre jusqu'au temps où Joseph, fils de Tobie, fut nommé fermier général des impôts, et mêmejusqu'à la domination des Séleucides (à partir de 198) qui, sous Antiochus le Grand (223-187), fut plus stricte que celle des Ptolémées, sans se montrer pourtant tyrannique. Pour conclure, et bien qu'en cette matière il n'y ait pas jusqu'à présent de certitude, on peut espérer n'être pas trop loin de la réalité en faisant composer l'Ecclésiaste dans la période qui s'étend de l'an 290 à l'an 190 avant Jésus-Christ, et plus probablement dans la seconde moitié du m'^ siècle.
(1) Cf. SCHUERER, II, p. "240.
(2) Voir ci-dessus, p. 110.
(3) Cf. SCHUERER, II, p. 223, 227 s. 23i.
(4) Tous ces fails paraissent ressortir du récit de Josèplie relatif au pontifical d'Onias II {Ant. jud. XII, iv, 1-2). Il est vrai que la relation de cet historien n'est pas svire dans tous les détails (cf. Schuerer, I, p. 183; II, p. 'J9 s.).
5) Les grands prêtres de cette période ne sont guère connus (pio par Josèphe. D'après lui, OniasII en particulier aurait été un homme d'esprit court el de peu de jugement, très attaché à l'argent et insoucieux du bien de son ])cuple (.In^yac/. XII, iv, 1-2).
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;], 2. L'auteur.
L'Ecclésiaste a été compose à Jérusalem. Kleinert i) prétend que lauteur a vécu et écrit à Alexandrie. Il s'appuie, pour le démontrer, sur les traces d'influence hellénique qu'il croit discerner dans le livre, et sur une interprétation particulière de xi, 1 : ce verset ferait allusion au commerce des grains, et n'aurait pu être écrit que dans une ville maritime, centre d'un grand négoce. Là seulement l'image employée pouvait être suggérée par les circonstances et rester intelligible. Kleinert a précisé par la suite (2) son hypothèse en ce sens que l'auteur aurait rédigé les chapitres in-vii à Jérusalem, puis le reste du livre à Alexandrie, à la cour des Ptolémées où il occupait une situation assez élevée. Mais, d'une part, XI, 1 na pas le sens que Kleinert lui prête. D'autre part, les traces d'influence grecque dans TEcclésiaste seraient plus caractérisées et moins incertaines, si Qohéleth avait vécu dans le milieu indiqué. L'Ecclésiaste a été écrit à Jérusalem. C'est ce qui ressort de textes comme iv, 17 ; V, o et VIII, 10. Le premier, qui mentionne le temple, et le second, qui fait intervenir le prêtre, ne sont pas tout à fait concluants. La façon dont il est fait allusion à l'un et à l'autre donne cependant à entendre que le temple n'est pas loin, et que le prêtre est d'accès facile. 11 est vrai que cette section n'est peut-être pas de l'auteur primitif. Mais viii, 10 ne laisse pas de doute. Qohéleth parle du « lieu saint » et de « la ville », et cette façon de dire ne s'entend bien que s'il réside à Jérusalem.
On serait curieux d'en savoir plus long sur cet homme. Certains exégètes n'ont pas hésité à lui attribuer plusieurs des traits relatés dans son livre. En réalité, ces traits sont parfois exclusifs les uns des autres. Il en est ainsi de ii, 18-19 (3) et iv, 8 : avoir un héritier et n'en avoir pas ; de II, 1-10 et VI, 2 : jouir de ses biens et n'en pouvoir profiter; de ii, 20- 21 etv, J2-13 : laisser des biens à son héritier et ne rien transmettre à son fils, parce qu'on a tout perdu. L'Ecclésiaste ne raconte pas seulement ses expériences personnelles; il signale aussi un certain nombre de faits qu'il a observés autour de lui. Lui attribuer tel ou tel accident, telle ou telle infortune, reste toujours hasardé. De xii, 2 ss., les exégètes déduisent volontiers que Qohéleth était un vieillard. Il n'était certainement plus jeune quand il écrivit. Il dit trop souvent « j'ai vu » (i, 14; ii, 13,24 ; m, 10, 16, ^J2, etc.), et il a vu en effet trop de choses, pour n'avoir pas déjà assez longtemps vécu. Et surtout, la disposition d'esprit de la jeunesse est rarement semblable à la sienne. Mais qu'on se garde bien
(1) Th. SI. iind Kl'., 1883, p. 779, et Realencyklopudie, XV, 621.
(2) Th. St. und Kr. ,\909, p. 500.
(3) La fiction employée dans i, 12-n n'autorise pas à penser que Qohéleth n'avait aucune expérience personnelle des faits qu'il raconte.
de prêter à Qohéletli, avec Delitzsch et Bartonpar exemple, l'expérience de ce que xii, 2-6 raconte. Ce n'est pas la vieillesse qui est dépeinte dans ces lignes, c'est la décrépitude ; et le livre que Qoliéleth a écrit atteste qu'il n'était pas encore décrépit. Il a pu le devenir par la suite ; mais nous l'ignorons. 11 n'est d'ailleurs pas vraisemblable qu'un vieillard prenne plaisir à décrire les infirmités que l'âge lui inflige, qu'il les dépeigne de façon si poétique, et pour ainsi dire qu'il s'en amuse. Celui qui a enguirlandé ainsi de fleurs les misères du grand âge n'était pas vieux. L'auteur du tableau a bien observé ; il n'a pas expérimenté, du moins avant décrire (1 . De iv, 8, Delitzsch (p. 223) et plusieurs critiques, parmi lesquels Bickell (p. 9, 31, 41, 62, 72) et Barton (2), conjecturent que Qohéleth vécut longtemps seul, sans fils ni frère. Mais l'emploi de la première personne dans ce verset ne comporte pas nécessairement une pareille conclusion, d'autant plus que les mots « j'ai vu >), qui introduisent l'observation, s'entendent fort bien si r« isolé » est un autre que l'auteur (3). Souvent aussi on affirme que la vie de Qohéleth avait été fort traversée. Pour un peu on s'écrierait qu'il a connu « toutes les extrémités des choses humaines ». En fait, les maux dont il constate lexistence, et dont il se plaint rarement d'avoir souffert lui-même, ne sont guère que les misères courantes de l'humanité. Il ne représente pas une de ces grandes douleurs devant lesquelles les contemporains stupéfaits se taisent, et dont le souvenir émeut encore la postérité. Job, lui, a été un malheureux. On n en dira jamais autant de Qohéleth (4). Il ne paraît pas avoir été plus éprouvé que beaucoup d'autres, et son sort n'a pas dépassé en disgrâces la moyenne de la condition humaine. Il serait d'ailleurs intéressant de rechercher si les pessimistes ont été d'abord très misérables. Les gens qui disent le plus de mal de la vie ne sont pas toujours ceux qu'elle a plus malmenés. Les causes du pessimisme de Qohéleth sont à chercher en lui-même, dans son tempérament ou dans sa tournure d'esprit, plus (ju'autour de lui et dans les prétendues catastrophes qu'il aurait subies. La biographie la plus fantaisiste qu'on ait écrite de Qohéleth est celle de Plumptre ip. 35 ss.). Né en Palestine, de parents riches et religieux, mais étroits et formalistes dans leur dévotion, Qohéleth fut pris du désir de voir le monde, et s'en vint à Alexandrie. Là il s'abandonna aux plaisirs, au point d'y perdre presque toute conscience religieuse et morale. Dégoûté et blasé, devenu pessimiste à fond, il tente de chercher
(1) Voir (l'ailleur.-;, p. 1G4 s., l'hypollièse proposée sur l'uriginc de ce pelit poème.
(2) P. 64. De VII, 26, 28 Barlon conclut que la paix domestique de Qoiiélelli avait été fort troublée : il aurait fait du maria;L,^e une expérience amère.
(3) Cf. KÔNIG, Einl. p. 4:J1.
('i) Bien que l'impression plus i,n-ande que font les plaintes de Job doive être attribuée aussi à ce que l'auteur fut un grand poète. Les philosophes n'ont pas autant que les poètes le don d'émouvoir.