‹ L'EcclésiasteChapitre 32 sur 120 · AUTEUR ET DATE DE LECCLÉSIASTE · texte numérisé non relu

AUTEUR ET DATE DE LECCLÉSIASTE

sa guérison dans la lecture des écrivains grecs, puis surtout dans létudc de leur philosophie. 11 traverse Técole des stoïciens, puis celle des épicuriens, pour tomber ensuite dans le plus navrant scepticisme. Enfin, les souffrances de l'âge, et l'isolement qui en fut le résultat, provoquèrent chez lui un retour aux croyances de son enfance. C'est alors qu'il écrivit, comme une sorte de confession, le livre qu'il nous a laissé.

Winckler (1) estime que l'Ecclésiaste a dû être composé par un personnage considérable dans l'état, roi ou grand prêtre, sans quoi le livre, assez peu orthodoxe, n'eût pas survécu. Le même critique finit par proposer le nom du grand prêtre Alcime. un des chefs du parti helléniste à Jérusalem au temps de Judas Machabéeet de Jonathan 2). Mais, outre que Qohéleth n'est pas un hellénisant passionné, comme le fut Alcime, la date attribuée au livre serait beaucoup trop basse. Comme on l'a dit déjà, lEcclésiaste ne reflète ni la situation politique, ni les diverses positions doctrinales de l'époque machabéenne.

Haupt p. III ss.) croit savoir que Qohéleth était un Sadducéen des plus marquants (Eccl. m, 21 , à la fois médecin (xii, 3-(i) et chef d'école (xii, 9). Cette dernière fonction serait indiquée par le titre de roi (i, 12), qui aurait ici le même sens que dans certains passages du Talmud (3). On peut voir dans le Commentaire combien est discutable l'interprétation anatomique et physiologique du chapitre xii, telle quelle sert de base à l'opinion de Haupt. Ce chapitre ne trahit d'autres connaissances médicales que celles que pouvait posséder en ce temps tout homme un peu instruit : les anciens observaient la nature plus qu'on ne serait tenté de le croire i4). Quant au mot « roi », la suite du chapitre i et le chapitre ii montrent bien qu'il est employé au sens propre. Avait-il d'ailleurs déjà, un siècle avant Jésus-Christ, le sens que les rabbins lui accordèrent par la suite?

Nous ne savons donc à peu près rien des circonstances qu'a traversées l'existence de Qohéleth, et en dehors de la brève notice insérée par une main pieuse à la fin de son petit traité (xii, 9-10) (5), le peu que nous pouvons deviner de sa personne est à déduire de ses doctrines, plutôt qu'à recueillir des anecdotes éparses dans son livre, ou des divers traits d'observation qu'il s'est plu à noter. Ses idées nous seront toujours mieux connues que les incidents de sa vie. X'est-ce pas ce qu'il a voulu?

(1) AUor. Forsch., zweile Reihe, I, p. 143 ss.

(2) Cf. I Mac. vii-ix et Josèphe, Anl. jud. XII, ix, 7-xi, 2 et XX, x, 3.

(3) GiUin, 62 o; BcruhoUi, 64 a.

(4) Cf. Gen. xxxii, 25, 32; Job, x, 10 s.

(5) Voir ci-dessous, p. 156 ss.

126 INTKODLCTIOX.

?. 3. La fiction.

Quelle est la portée exacte du procédé dont lauteur a usé en faisant intervenir dans son ouvrage la personne de Salomon? Car il n'est pas douteux qu'il mette en scène ce personnage dans i, 12-ii. Le nom de Salomon est évité à dessein. Mais un roi d'Israël qui règne à Jérusalem (i, 12), qui dépasse en sagesse tous ceux qui l'ont précédé (i, 13, 16; ii, 9; cf. I R. m, 12, 28; v, 9-11 ; x, 8-24), qui se signale par ses grandes entreprises, ses constructions et ses jardins (ii, 4-6; cf. I R. vi, vu; Gant. VIII, 11), par ses grandes richesses (ii, 8 a; cf. I R. x, 11), sa nombreuse domesticité (ii, 7 ; cf. I R. x, 5), son luxe et ses plaisirs (ii, 3, 7, 8 b, 10; cf. 1 R. XI, 3; Gant, m, 7-10; vi, 7), qui enfin pressent que son successeur sera un sot (ii, 18-19;, un tel roi ne peut être que Salomon; ou, si l'on veut, une pareille description ne pouvait évoquer dans l'imagination d'un lecteur juif d'autre figure que celle du g'rand roi. Mais l'auteur a-t-il simplement usé d'une fiction destinée à mettre en relief l'expérience qu'il avait pu acquérir lui-même de la vanité des richesses et des plaisirs ; ou bien a-t-il voulu réellement faire passer son livre pour l'œuvre de Salomon? Le seul argument en faveur de la seconde hypothèse est l'existence du titre (i, 1), dont l'affirmation dans le sens indiqué est formelle. Mais ce verset est fort suspect, et on peut sans témérité soutenir qu'il a été ajouté par un éditeur tardif •! . Le livre, dans son ensemble, favorise au contraire l'hypothèse de la fiction. Si l'auteur a voulu faire endosser au roi Salomon la paternité de son œuvre, il a été bien maladroit ou plutôt bien timide. Il a évité d'écrire son nom, le remplaçant par un vocable qui n'est qu'un titre susceptible d'être attribué à diverses personnes. Le personnage du roi disparaît dès la fin du chapitre ii, et rien ne le rappelle par la suite, si ce n'est le nom de Qohéleth (vu, 27; xii, 8-10). et encore ce nom ne paraît pas avoir été inséré là par l'auteur lui-même. Get auteur ne se soucie aucunement de soutenir son personnage. H parle comme un homme qui vit en un temps très différent de celui du grand roi. Il se trahit dès le chapitre m (v. 16; et à chaque pas ensuite ;iv, 1, 13 ss.; v, 7; vui, 9-10; ix, 11; x, 5-7, 20). Même dans les deux seuls chapitres où la fiction est en œuvre, Qohéleth commet plus d'un anachronisme. Il déclare à plusieurs reprises qu'il a dépassé en sagesse tous ceux qui furent avant lui « sur Jérusalem » (i, 16; cf. II, 7, 9). Gomme il n'est pas vraisemblable qu'il songe aux anciens rois cananéens, et que seul, avant Salomon, David a régné sur Israël à Jérusalem, il est clair que l'auteur réel se place en son propre temps, et songea la longue série des rois hébreux qui, d'après l'histoire,

(1) Voir le com. de i. 1.

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ont régné dans la ville sainte. Bien qu'en araméen le parfait exprime régulièrement le passé et soit devenu le vrai temps historique, on ne peut prétendre qu'il en ait été de même en hébreu au temps de Qohéleth (1) ; néanmoins, il est plus naturel de rendre i, 12 par : « J'ai été roi ». Si cette traduction rencontre la pensée de l'auteur, celui-ci avouerait, dès le premier mot, que c'est par fiction seulement qu'il introduit la personne de Salomon. L'épilogue est plus décisif encore. S'il a été rédigé parl'auteur même du livre, celui-ci se dévoile et affirme sa personnalité en dehors de celle de Salomon. Et si xii, 9 ss. est dune autre main, l'éloge de Qohéleth comme d'un sage ordinaire (v. 9) et la mention des sages en général (v. 11) laissent entendre que l'Epiloguiste n'a pas été dupe de la fiction, et que pour lui l'auteur de l'Ecclésiaste n'est pas le grand roi. Pourquoi fait-il rentrer, pour ainsi dire, Qohéleth dans le rang, et pourquoi mentionne-t-il les sages, sinon parce qu'il connaît et celui-là et ceux-ci, et qu'il sait d'où proviennent les livres de sagesse et l'Ecclésiaste en particulier? La fiction était donc transparente dans le milieu où parut le livre. Qohéleth n'avait pris aucune précaution pour qu'il en fût autrement. 11 n'a pas vraiment voulu faire passer son petit écrit pour l'œuvre de Salomon, et parler ici de fraude littéraire serait un contresens (2).

Salomon était resté dans l'imagination populaire le type du sage et aussi de l'homme heureux. Jamais expérience des plaisirs n'avait été réussie comme la sienne. Il était donc qualifié dans l'esprit de tous pour proclamer avec plus d'autorité que personne la vanité de tous les biens créés. De telles circonstances suffisent à expliquer que Qohéleth ait évoqué cette grande figure et qu'il ait. pour un instant au moins, effacé sa personnalité devant celle du plus sage des rois. Des procédés analogues sont employés dans d'autres livres sapientiaux. Les Proverbes (i; vni ; ix) donnent volontiers la parole à la Sagesse. Et l'auteur de Job n'a-t-il pas. lui aussi, reporté dans un passé lointain la discussion d'un grave problème de philosophie morale, et choisi, tout à l'opposé de Qohéleth, mais dans le même dessein de mettre en valeur sa pensée, un type bien connu de souffrance et de misère? On sait enfin que le livre de la Sagesse [vii-ix) a usé dune fiction identique à celle de l'Ecclésiaste.

(1) L'usage toujours subsistant, bien que très réduit, de l'imparfait consécutif dans l'Ecclésiaste montre que l'emploi des temps pouvait encore se conformer aux lois de l'ancienne langue, et donc que le parfait devait parfois servir à exprimer le présent.

(2) Si ces considérations paraissent peu concluantes, et qu'on maintienne l'authenticité du titre et par conséquent l'attribution formelle du livre à Salomon par son auteur lui-même, le cas de l'Ecclésiaste dilférera moins de celui des nombreux écrits apocryphes qui virent le jour à partir du second siècle avant Jésus-Ghrisl.

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;", 4. Le nom « Qohéleth ".

Le mot nSnp paraît être un dérivé de la racine verbale S~p et représenter la forme féminine ségolée du participe actif qal de ce verbe. Néanmoins nSnp est traité comme un masculin dans tout le livre (i, 1, 2, 12; XII, 8, 9, 10), puisqu'il est ou sujet d'un verbe au masculin (i, 2; xii, 8, 9, 10), ou mis en rapport avec p «fils » ou -Sî2 « roi » (i, 1, 12). Il n'y a d'exception que dans vu, 27 (nSnp ninx). Mais le fait que tous les autres textes font de ce terme un masculin démontre qu'ici le prétendu féminin résulte d'un groupement défectueux des consonnes, de quoi les Massorètes sont responsables. Pareille bévue leur est arrivée plus d'une fois (cf. Jér. xxiii, 33: Ps. xlii, G, 7) (1). On doit donc lire ici comme dans XII, 8 : nSnpn ^*2^<.

Dans ces deux passages (vu, 27 et xii, 8) nSnp serait donc précédé de l'article, qu'il n'a pas ailleurs. Comme l'article ne s'emploie pas en hébreu devant les noms propres, on doit conclure que n^np n'en est pas un. On pouvait s'en douter déjà en voyant que le terme est appliqué dans I, 12 à Salomon, qui n'est jamais appelé ainsi dans les autres livres. Mais on sait que l'article se place devant un nom commun que l'usage de la langue restreint à un seul individu (2), sauf à disparaître si le vocable est considéré comme un nom propre (3). nSnp, qui tantôt porte l'article et tantôt ne le porte pas, serait-il un nom commun en passe de devenir un nom propre? Pour se prononcer sur ce point, il est nécessaire de déterminer d'abord le sens du mot et de donner la raison de sa forme féminine.

La racine verbale Snp est usitée à l'hiph. au sens d' « assembler », par exemple le peuple, les guerriers, les représentants du peuple: au sens de « convoquer » un tribunal, une cour de justice; et au niph. au sens de « s'assembler », soit pour la guerre, soit pour un but religieux, soit pour toute autre fin (4). A cette racine se rattachent : Snp, « assemblée, réunion, foule », souvent assemblée du peuple et assemblée religieuse: n'^np (Deut. xxm, 4 et Néh. v, 7) et niSnpG (Ps. xxvi, 12), ni'^npc (Ps. Lxviii, 27) ont aussi le sens d' « assemblée ». Des divers emplois de la racine les critiques ont essayé de déduire le sens du mot nSnp. Si l'on écarte quelques opinions singulières qui ne méritent pas d'être men-

(1) Voir Fr. Blhl, Kanon iind Teat, p. 256.

(2) Cf. mxn, Gen. i, 27; ii, 7; m, 54; dmSnH, Cien. v, 22, etc.; piSn, l^'^it. I, 7; Jug. m, 3, etc.; ITSirn, Job, i, 6-n, 7, etc.

(3) Cf. DTN, Gen. iv, 25; v, 1, 3ss.; D\"lS»S*, Gen. i,l, etc. ; 'îi:nS, Os. xiv, 8; Is. xiv, 8; "îrÙjIChr. XXI, 1, etc.; et voir KOnig, III, 295; GK 120 e, 125 /.

(4) Cf. BDB et GB.

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tionnées, les significations proposées peuvent se classer en quatre groupes.

1. phr^p voudrait dire « collecteur de sentences >> ou « amasseur de sagesse ». Cajetan indiquait déjà le premier sens : crediderim ego quod a congregando varia et rationes vanilalis Salomon nominal seipsuni Coheleth, nam apud Hebraeos a congregando Cohelelh dicitur (1); il a été adopté par Grotius (2), Mendelssolm (p. 4), qui hésite entre « collecteur » et « prédicateur », Ileinemann (p. 3) et Zapletal (p. 3 ss.). Le second avait les préférences de Rachi et Rachbani (3). Mais le verbe Snp n'a jamais eu pour objet en hébreu que des personnes, et ses dérivés ne désignent jamais aussi que des réunions ou assemblées de personnes. En syriaque seulement, on trouve au pa. le sens de « compiler » (4).

2. « Assemblée » ou « académie » a été proposé par Dôderlein (5) et reçu entre autres par Nachtigal (p. 20 ss.), Bcrthold (6), Chr. Kaiser (7), Tyler (p. 63 ss.). Siegfried (p. 1), écrit : « Le premier sens du mot est assemblée de sages, mais ensuite maître de sagesse dans cette assemblée ». Kamenetzky (8) traduit nSnp inm par « proverbes populaires, sentences à l'usage du peuple », c'est-à-dire sans doute corrigées et arrangées pour le public, nSnp devant peut-être se lire nSnp pour n'^np i< assemblée ». Cette dernière suggestion a contre elle toutes les traditions connues. Le nom est écrit une fois nSmp (xii, 8) ; Origène nous apprend que de son temps les Juifs prononçaient Kwtkt^ (9) ; Aquila aurait transcrit KcoXé^ (10), et saint Jérôme écrivait Coheleth (11). Le contexte des propositions dans lesquelles le mot est employé exclut le sens d' « assemblée ». 1, 1 et 12 marquent nettement qu'il s'agit d'un individu et non pas d'une collectivité. Comment d'ailleurs une assemblée serait-elle dite « fils » de David (i, 1) et « roi » dans Jérusalem (r, 1, 12)? Et pourquoi dans cette hypothèse l'emploi constant du genre masculin?

3. « Celui qui convoque une assemblée » est reçu par van der Palm (p. 50), Wangemann (p. 41 s.), Hengstenberg (p. 38 s.) et Ginsburg

(1) Commentarii in s. Scripliiram, Lugduni, 1639, III, p. 599.

(2) In I, 1.

(3) Dans Ginsburg, p. 4, 39, 43.

(4) Cf. Payxe Smith, Compendious Syriac Dictlonanj.

(5) Scholia, p. 160 ss. et Salomons Prediger, p. xv.

(6) EinleUiing in das A. T., Erlangen, 1812-1819, V, p. 2210.

(7) Koheleth, dus Collectivuin de?' davidischen Konige in Jérusalem, Erlangen, 1823 : « Qohéletli » désigne la collectivité des rois de descendance davidique qui ont régne à Jérusalem.

(8^ ZATW, p. 1909, p. 65.

(9) Cf. EusÈBE, H. E. VI, XXV. Certains manuscrits portent KwéXÔ. ,

(10) Cf. FiELD, in 1, 1.

. (11) In i, 1 {P. L. XXIII, 1011).

(p. 1 S.). Ces exégètes s'appuient sur la signification du verbe à Vhiph. jNIais ils ne parviennent pas à montrer comment une forme qal peut prendre le sens spécial à Vhiph. Gesenius (1) part de la même signification, mais pour aboutir à la suivante : qui coiwocat concionem ut pro ea vevha faciat.

4. La plupart des exégètes traduisent en effet : « celui qui parle dans une assemblée ». C'est sans doute le sens attribué par les Septante à 'Ky.x>.7]aia(7r/^î qui, dans la langue classique, signifie cependant à la fois « membre de l'assemblée du peuple » et « orateur dans cette assemblée». Saint Jérôme (2) écrit : Ecclesiastes autem graeco serinone appellatur qui caetuin, id est ecclesiam, congreget, quem nos nuncupare possumus concionatorem eo quod loquatur ad populum et sermo cjus non specialiter ad unum sed ad unif^ersos generatini divigatur. Le Midrach rahba explique que Salomon soit appelé Qohéletb, parce que « ses paroles sont prononcées devant l'assemblée ». Luther a modifié cette interprétation en un sens plus ecclésiastique, mais moins exact, en en faisant « le prédicateur » (3). Cette appellation correspond assez mal au contenu du livre, lequel ne ressemble pas à un sermon et n'évoque en aucune façon l'idée d'une réunion cultuelle. Elle a été retenue cependant par l'exégèse protestante. Le sens d' « orateur » ou « prédicateur » est reçu avec des nuances par la plupart des critiques, et en particulier par Zirkel (p. 17 s.), Lowth (4), Umbreit (p. 74 ss.), Knobel (p. 2), Elster(p. 2), Delitzsch (p. 211), Plumptre (p. 17), Nowack (p. 208), Wright (p. 84), Bickell (p. 28, 57), Gietmann (p. 58 ss.), Kônig (5), Kuenen (p. 165), Wildeboer (p. 122), Scholz (p. 2), Me Neile (p. 1), Ilaupt (p. 28), Driver (6), Barton (p. 67) et Kleinert (7).

Mais ni en hébreu, ni dans les langues voisines, Snp n'a le sens de « parler, ou prononcer un discours » (8). En syriaque seulement, un mot formé de cette racine, lAo^o, est employé pour désigner quiconque par ses cris cause un attroupement: mais c'est là un sens dérivé de celui d' « assembler ». Les critiques qu'on vient de nommer ne peuvent donc s'appuyer que d'une façon indirecte sur la signification de la racine verbale, en supposant que celui qui provoque une réunion le fait dans l'intention d'y porter la parole, et que le vocable Qohéleth

(1) Tfiesaarus.

(2) Coin, in i, 1 (P. L. XXIII, 1011).

(3) « Dor Prcdigor ».

(4) De sacra pocsi llcbiaeoriim, Oxonii, 1810, -l" éd., II, p. 318.

(5) Einl. 1). 428.

(6) Inlrod. p. 465 g.

(7) Th. St. und Kr., 1909, p. 497.

(8) Même la parente de cette racine avec bip n'autorise pas à hii prtMcr cette signification.

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passe pour ce motif du sens de « convocateur d'assemblée » à celui d' « orateur ». Et comme Snp n'est pas réservé par l'usage à la convocation des seules assemblées dont l'objet est d'entendre des discours (1), on recourt dans le cas présent à 1 R. viii, 1 ss. ; 11 Chr. v, 2, où Salomon est dit avoir convoqué (Snpi) le peuple pour la consécration du temple et lui avoir adressé à cette occasion une exhortation à rester fidèle à Dieu. Ce récit aurait suggéré à l'auteur de l'Rcclésiaste l'idée de désigner Salomon orateur par le nom de u Qohéletli ». Mais il n'y a à peu près aucun rapport entre le rôle que joue Salomon dans le livre des Rois et celui qui lui est attribué dans l'Ecclésiaste. Dans le premier cas le roi convoque réellement le peuple, et le but de la réunion est de fêter la dédicace du temple et non pas d'entendre un discours. Si Salomon prend la parole à la fin de la cérémonie, c'est pour raconter comment, en bâtissant le temple, il a réalisé le désir de David son père (I R. vin, 15-20 , pour adresser à Dieu une longue prière (vv. 23-53), enfin pour prononcer quelques mots d'exhortation à accomplir la loi de Dieu (vv. 58 et 61). Dans lEcclésiaste au contraire, aucune convocation n'a été adressée à qui que ce soit; le livre n'a pas la forme d'un discours; et il est consacré beaucoup plus à la recherche philosophique qu'à lexhortation morale. On ne voit donc pas comment il était indiqué, pour dénommer Salomon auteur de l'Ecclésiaste, de lui donner un titre, celui de « Qohéleth », qui rappehit la convocation d'Israël à la dédicace du temple; ou du moins le seul motif de lavoir fait serait que Salomon a pris la parole lors de ces fêtes, et qu'on la lui donne dans notre livre. Est-ce suffisant? Mais il reste cette difficulté que le sens de « convoquer » est propre à Vhiph. de la racine S~p et ne peut en aucune façon passer sur nbnp qui est une forme qal. Personne n'a démontré que la forme simple prenne jamais la signification de Vhiph. quand celui-ci est à proprement parler causatif |2). L'appel que fait Delitzsch à ""nm in"' 2"mn), pour prouver que le qal dans les noms propres reçoit le sens de Vhiph., n"est pas concluant. Outre que la formation de ces noms est des plus incertaines, nSnp n'est pas un nom propre, ni surtout un nom composé, et

(1) Les assemblées cultuelles et surtout guerrières ont d'autres buts.

(2) Cf. KoxiG, Einl. p. 428. Le sens de Vhiph. est très voisin de celui du qui dans le cas du causatif direct, c'est-à-dire quand le sujet cause l'action ou réalise l'état par lui-même, sans l'intervention d'une autre personne (cf. Kôxig, I, p. 204 ss.), ce que GK (53 d) appelle transitif interne, et qui n'est souvent qu'un intensif (cf. py?, qal .-crier, appeler; hiph. : crier, appeler, convoquer; niplt. : être convoqué, s'assembler; pîTSk, qal : crier; hiph. : convoquer; niph. : être convoqué, s'assembler). Mais tel n'est pas le cas de S\npn. Celui-ci est sans doute un dénominatif de bnp « assemblée » (cf. Kuenex, p. 1G5; BDB, 874 b).

on ne saurait invoquer en sa faveur les raisons d'abréger qui ont pu intervenir dans le cas de ni^n") (1).

Le sens de « discourir » ou même de « convoquer » ne peut donc être attribué avec une sérieuse probabilité à la forme simple de la racine hr^p, et si nSnp est un participe qal, on ne voit pas comment il peut signifier soit « convocateur », soit « orateur ». ^lieux vaut faire de ce mot embarrassant un dérivé du substantif Snp « assemblée »,

comme le veulent Michaclis (2), Kleinert (3) et Kônig (4). C'est d'ailleurs de cette façon que paraissent l'avoir entendu les Septante en le rendant par 'ExxXyiaïadxr^ç. On citera comme exemples de formations pareilles : yjW (5) « portier », dénominatif de 17ïJ « porte » ; S^n « matelot », dénominatif de S^n « corde »; "ipiz « bouvier », dénominatif de Ipi « gros bétail »; et très probablement lîiiD, de "I2C. nSnp serait un nom d'agent comme ceux-ci, et désignerait « l'homme de l'assemblée », celui qui crée autour de lui un auditoire, ou du moins joue dans une réunion un rôle éminent, le rôle de président, et mieux encore d'orateur ou de maître.

On rappellera seulement pour mémoire l'idée de Gratz (p. 17), d'après lequel « Qohéleth » serait un nom de fantaisie sans signification, sinon pour les initiés, et celle de Renan (p. 9 ss.), pour qui ce terme est le résultat d'une écriture cryptographique sans doute conventionnelle.

Reste à expliquer la forme féminine du nom. Ici encore les exégètes sont loin de s'entendre : 1. nSnp serait une épithète de na^n « la sagesse ». Celle-ci, dans les Proverbes (i, 20 s.; viii, 1-4, etc.), n'adresset-elle pas aux hommes ses exhortations? N'est-ce pas elle aussi qui, dans notre livre, parle par la bouche de Salomon? Ainsi pensent : Geier (p. 10), Lowth (G), Ewald (7), Hitzig (p. 128), Wangemann (p. 42), Hengstenberg (p. 39 s.), Ginsburg (p. 7), Kuenen (8), Scholz (p. 2) et Kleinert (9). Mais la façon dont la Sagesse est appréciée dans l'Ecclésiaste, ne permet pas de soutenir qu'elle-même y porte la parole. Pourquoi, d'ailleurs, n'y serait-elle pas traitée comme un être féminin, ainsi qu'il arrive dans les Proverbes?

(1) Cf. Zai'Letal, p. 4.

(2) Poelischer Enlwurf, Vorrede, g 6.

(3) Der Prcdiger Salomo, p. 2'i.

(4) Einl. p. 428.

(5) Ce mot est très usité dans les derniers livres bibliques. Ou doit lire n"li*i'J dans II Sam. iv, 6; cf. P. Dhorme, Les Livres de Samuel, Paris, 1910, in loc.

(6) Loc. cit.

(7) P. 189; cf. Lehrbuch, g 111 f.

(8) Kuenen (p. 1G5) hésite entre celle opinion et la troisième.

(9) Der Prcdiger. p. 24 s.; Th. St. iind Kr. 1909, p. 497.

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2. Si « Qohéletli » a le sens d' « assemblée », la forme féminine lui revient de droit. Tyler (1) compare n2^^ et nz'x. Cette hypothèse, on l'a dit déjà, n'est pas acceptable et ne s'harmonise pas mieux que la précédente avec le fait que « Qohélelh », malgré sa forme, est toujours considéré par l'auteur comme un masculin.

3. Le féminin aurait, en hébreu, comme en arabe (2), une force intensive. nSnp serait le Snp par excellence, celui qui réalise dans sa plénitude l'idée exprimée par le mot. Wright (p. 279 s.) et Zaplctal (p. 7) ont adopté celte manière de voir. Déjà Jahn faisait appel à l'arabe pour donner à « Qohéleth » le sens dun superlatif. Rien ne prouve l'existence d'un usage pareil en hébreu.

4. Certaines désignations de dignités ou d'offices auraient reçu la forme féminine par une extension de lusage qui attribuait ce genre aux noms exprimant des concepts abstraits; puis, le même terme qui signifiait la fonction, aurait servi ensuite à dénommer celui qui la détenait. On donne comme exemples de cette formation : niEb (Néh. vu, 57), niED- (Esdr. ii, 55), Di2ïn niDS (Esdr. ii, 57; Néh., vu, 59), et le mot étranger nnr, « gouverneur ». n'^np serait dans le même cas. Cette opinion est celle de Gescnius (3), Knobel (p. 8 ss.), Ilerzfeld (p. 25), Elster (p. 3), Delitzsch (p. 213), Nowack (p. 209). Cheyne (p. 20G), Volck (p. 103), Kônig (4), Wildeboer (p. 122 s.). Driver (5), Gesenius-Kautzsch (122/?, /). Quelques critiques ne la distinguent pas de la précédente, ou du moins se servent des arguments propres à lune pour confirmer l'autre.

L'emploi de noms de forme féminine pour désigner des personnes mâles paraît bien constaté dans la langue tardive (6). Le fait que ces noms sont parfois pourvus de l'article, et leur signification même, indiquent qu'il s'agit de noms communs, réservés seulement par l'usage aune personne déterminée. La désinence féminine devait à l'origine marquer le caractère abstrait du concept exprimé, et elle s'explique naturellement, si le terme qui en était pourvu, était 1-a désignation d'un offîce ou d'une dignité. Ce terme aura pu être reporté par la suite sur la personne qui remplissait la fonction, et servir à la désigner ellemême, suivant un proc«''dé beaucoup plus développé en arabe (7).

(1) P. 65; cf. Kamenetzkv, ZATW, 1809, p. 6.j.

(2) Cf. H. Reckendorf, Die syntahUschen Verhaltnisse des Arabischcn, Leiden, 1898, p. 21.

(3) Thésaurus.

(4) Einl. p. 'i28.

(5) Driver {Inlrod. p. 466) hésite entre cette opinion et la seconde.

(6) Les exemples lires d'Esdr. ii, 55, 57; Néh. vu, 57, 59, paraissent assez concluants, quoi qu'en dise Margoliouth dans Tlic Exposilov, 1911, II, p. 464.

(7) Cf. hhalifa, féminin de khalif: le successeur, le représenlanl (de Mahomet). On

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« Qohéleth » est donc le titre attribué à un homme exerçant une fonction importante dans une assemblée. Le contenu du livre ne permet pas de supposer qu'il s'agisse d'une assemblée populaire, ni d'une réunion ayant un but ou un caractère cultuel. Seules des assemblées de sages pouvaient agiter les questions traitées dans lEcclésiaste. L'existence de pareilles assemblées et l'objet de leurs travaux nous sont connus par Ben Sira (xxxviii, 31-xxxix, 11). Le « qohéleth » de l'assemblée n'en était pas un membre quelconque, mais plutôt le chef. Sa fonction devait être avant tout une fonction d'enseignement. Aucun terme de notre langue ne peut rendre exactement la signification du mot hébreu. « Président » dit trop peu. « Maître » ou « docteur » exprime mieux la réalité de la fonction, mais ne correspond pas à l'étymologie de « Qohéleth ».

L'auteur du livre ne se donne jamais à lui-même ce titre d'honneur. Il l'a transféré à Salomon (i, 12) qui, soit dans l'ordre du temps, soit par l'éminence de sa science, restait pour tous le premier des docteurs. On pouvait le représenter comme le Qohéleth de son époque, réunissant autour de sa personne les sages de son peuple, afin de les instruire ou de discuter avec eux. Mais en réalité le titre était nouveau; il avait été décerné par l'admiration des contemporains à Fauteur réel de l'Ecclésiaste, et dans leur esprit il ne désignait que lui. Ces circonstances expliquent le flottement constaté dans l'emploi de l'article devant ce nom. « Qohéleth » était en principe un nom commun (i, 12 , mais réservé par l'usage à un personnage unique (vu, 27 ; xii, 8), et bientôt considéré comme un nom propre (i, 2; xii, 9, 10; cf. i, 1).

peut comparer dans notre langue « la magistrature, les autorités », et les titres « Excellence, Majesté ». Voir GK 12, p, r.

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