‹ L'EcclésiasteChapitre 39 sur 120 · LA COMPOSITION DU LIVUE · texte numérisé non relu

LA COMPOSITION DU LIVUE

Siegfried (p. 2 ss.) estime que le livre présente un tel nombre de contradictions qu'on ne peut lui reconnaître une véritable unité de composition. 11 relève une série d'oppositions formelles : entre m, 1-8 et III, 11 au sujet du gouvernement divin du monde; entre m, 10; iv, 1 et III, 17; V, 7; viii, 11 sur le caractère moral de ce gouvernement; entre III, 18-21 et XII, 7 quant à la destinée de l'àme après la mort; entre vu, 15; VIII, 10, 12 a, 14 et vu, 17; viii, 5, 12 b, 13 en ce qui concerne la rétribution morale; entre vu, 2 et v, 7; ix, 7-10 au sujet de l'attitude quimpose à l'homme la certitude de la mort; entre xi, 9 a et 9i sur la conduite conseillée au jeune homme ; entre i, 2-10; ii, 17, 20; m, 9 et m, 22; V, 18-19 touchant la stérilité ou au contraire l'efilcacité des efforts et du travail de l'homme; de même encore entre i, 17; ii, 15-16 et ii, 13-14; VII, 11, 12, 19; VIII, le; IX, 13-18; x, 2-12, les premiers textes affirmant l'inutilité de la sagesse, les seconds lui attribuant toutes sortes davantages. Qu'on prenne garde en outre au manque de suite entre iv, 15-16 et IV, 17-v, 1 ; entre les versets de la série v, 6-9 ; entre vu, 6 et 7, 19 et 20; entre x, 3 et 4, etc. Or toutes les hypothèses inventées pour pallier ces contradictions et ces incohérences : caractère inachevé du livre, forme dialoguée, accident de reliure, ont évidemment échoué. 11 faut donc se résigner à admettre dans l'Ecclésiaste des interpolations, ou si l'on veut une pluralité d'auteurs.

Voici comment Siegfried expose l'origine du livre. Les trois premiers chapitres, sauf quelques passages faciles à discerner, sont assez homogènes et présentent un enchaînement des idées assez satisfaisant ; il est à croire qu'ils renferment l'écrit fondamental dont les chapitres suivants n'ont gardé que des fragments. Un philosophe pessimiste s'y révèle (Q') qui, comme Job, oppose aux enseignements de la religion juive la réalité des faits : celle-ci ne contredit-elle pas cette vérité de foi que Dieu gouverne le monde conformément à la loi morale? Il expose sa pensée essentielle « tout est vain «, dans une série de développements contenus dansi, 2-II, 12, 14 ^-24^; m, 1-10, 12, 15, 16, 18-21; iv, 1-4, 0-8, 13-10; V, 9, 10, 12-16; VI, 1-7; vu, 16-4, 15, 26-28; vin, 9, 10, 14, 16, 17; ix, 2,3, 5, 6; X, 5-7. Le malheureux avait perdu la foi, et seul le nom de Salomon sauva son œuvre de la destruction. Mais l'écrit subit un sort étrange. Il fut tour à tour corrigé, glosé, dans le sens de chacun des courants d'idées qui se faisaient sentir dans le judaïsme. Le premier glossateur fut un Sadducéen épicurien i Q^l ; il est l'auteur de m, 22; V, 17-19; VII, 14, 16; viii, 15; ix, 4, 7-10; x, 19; xi, 7,8a, 9a, 10; xii, Ib-la. Un sage ou hakham (Q^), choqué de voir la sagesse maltraitée dans ce livre, entreprit sa défense et inséra ii, 13, 14^; iv, 5; vi, 8, 9a; VII, 11, 12, 19; VIII, 1; ix, 13-18; x, 1-3; 12-15. Le livre restait encore scandaleux pour les « pieux » ; un hasid (Q^) entreprit de le corriger et d'y introduire les idées orthodoxes : « Tout n'est pas vain, Dieu a bien

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fait toutes choses, et la loi morale doit triompher dans le monde. » On lui doit : ii, 24è-26a; m, 11, 13, 14, 17; iv, 17:v, 1. 3-5. 6 i, 7; vi, 10-12; VII, 13, 17, 23-25, 29; viii, 2-8, 11-13; ix. 1; xi, 5, 8b, 9b; xii, la, 7 b. Les vicissitudes de l'Ecclésiaste n'étaient pas à leur terme; mais les glossateurs suivants sont réunis sous un sigle unique (Q'' . Us ont ajouté: iv. 9-12; v, 2, 6a, 8, 11; vu, la. h, 6a, 7-10, 18, 20-22; ix, 11 ; X, 4, S-U, 16-18, 20; xi. 1-4, 6. Enfm un premier rédacteur (R' mit le livre en ordre, le pourvut d'un titre (i, 1) et d'une conclusion (^xii. 8). L'épilogue, qui n'existait pas encore, est dû à trois mains successives : 9-10 est de E'; 11-13 de E^, lequel était dans les idées de Q^ ; 13-14 enfin est de R-. un Pharisien qui croyait à un jugement d'outre-tombe. Il est impossible de méconnaître la valeur de plusieurs au moins des motifs invoqués par Siegfried à l'appui de sa théorie. Certaines assertions du livre n'ont pu coexister dans un même esprit, et la suite des idées est trop nettement brisée par endroits pour qu'on puisse nier être en présence d'insertions faites après coup. Mais les conclusions de Siegfried dépassent ce que demande la réalité des faits. Il s'est livré à un découpage absolument logique : autant d'idées, autant d'hommes. Mais un homme n"est pas un théorème, et ce n'est pas à la logique abstraite qu'il appartient de déterminer ici les incompatibilités, mais à la psychologie. Or celle-ci sopposet-elle le moins du monde, par exemple, à ce que le pessimiste (Q') ait écrit les propositions attribuées à l'épicurien (Q^j ? Le pessimisme n'exclut pas l'amour de la jouissance ; tout au contraire, il le suppose. Un pessimiste n'est pas un détaché, c'est un mécontent. S'il en veut à la vie de ne pas lui donner assez, c'est qu'il exige beaucoup d'elle. Tant de haine cache beaucoup d'amour. Et donc si la vie n'apporte pas au pessimiste toutes les joies qu'il désire, ce n'est pas une raison, pour lui, de dédaigner le peu qu'elle offre. D'ailleurs, même dans les textes où la jouissance est plus chaudement recommandée, le pessimisme transperce ouvertement (cf. v, 19 a ; vu, 14; ix, 9; xi. 8, 10). Il est également excessif de prétendre que l'auteur primitif avait perdu la foi et que seul le nom de Salomon a sauvé l'écrit. La liberté de pensée et d'expression était assez grande chez les Juifs à certaine époque, au moins si l'on en juge par les hardiesses de Job, que l'Ecclésiaste dépasse à peine. D'autre part. Job a survécu sans porter au frontispice un nom vénéré, et des livres qui se recommandaient des plus illustres patronages sont restés hors du Canon. Un des défauts de Siegfried est encore de n'avoir tenu à peu près aucun compte du style et de la forme des pensées pour discerner leur origine; aussi ses attributions sont-elles assez souvent inexactes. Il lui reste, malgré ses imperfections, le grand mérite d'avoir posé très nettement le problème des origines de l'Ecclésiaste. de n'avoir

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