‹ L'EcclésiasteChapitre 40 sur 120 · LA. COMPOSITION- DU LIVRK · texte numérisé non relu

LA. COMPOSITION- DU LIVRK

pas hésité à affirmer la pluralité de ses auteurs et d'avoir déterminé plusieurs de ceux-ci de façon définitive. L'existence du pessimiste, du liasid et du hahham s'impose désormais aux commentateurs du livre, bien que des difficultés nombreuses subsistent sur la répartition des textes entre eux.

La plupart des critiques ont d'abord assez mal accueilli la nouvelle théorie. Elle a néanmoins fait son chemin. H. Winckler (1) s'y est montré favorable: Lauer (2) l'a adoptée, sauf pour vin, 2-4 et xi, 5, qu'il croit tirés d'un écrit indépendant ; E. Kautzsch (3) pense que Siegfried est dans la bonne voie, bien que son analyse soit sur certains points trop artificielle. A. von Scholz (p. xix-xx) reconnaît que « beaucoup de mains ont travaillé à ce livre » : l'écrit fondamental, très court, composé par un sage, devint de suite un thème d'enseignement et fut naturellement développé par les gloses de l'interprétation scolaire, jusqu'au jour où un rédacteur, se servant d'un des exemplaires les plus usuels, groupa toute la matière, sans grand ordre, autour de l'écrit primitif (4). Plus récemment, Me Neile et Barton sont entrés dans la voie ouverte par Siegfried, mais en s'efforçant de restreindre le nombre et l'étendue des interpolations qu'il suppose, f^our ce motif, ils ont des chances d'être plus près de la vérité que ne le fut leur devancier lui-même.

Me Neile 'p. 21 ss.j signale d'abord comme distincte de l'écrit primitif l'œuvre d'un éditeur qui a préposé le titre l'i, 1), résumé le livre dans une formule heureuse (i, 2 et xii, 8 et ajouté la première partie de l'épilogue (xii. 0-10). Son but était de recommander l'ouvrage en le faisant passer pour salomonien et en introtluisant un éloge de Qohéleth. Il est à noter qu'il parle toujours de celui-ci à la troisième personne, et comme d'un autre que lui-même. En dehors de cet éditeur et après lui, deux interpolateurs, se faisant l'écho des discussions que cet écrit souleva dans les milieux juifs, tentèrent de l'améliorer. Le premier, un sage, l'enrichit d'un grand nombre de sentences, puisées peut-être à des

(1) AHor. Forsch., zweitc Reihe, I, p. 143-159.

(2) Dos Bitch KoUeleth und die Interpolationshypofhese Siegfried's, Wittenberg,

(3) Dans HDB, Extra-volume, p. 731. note.

(4) Anton von Scliolz, prêtre catholique, était en son vivant professeur à la Faculté de Wurzbourg et son commentaire a paru revêtu de Vimprimatur de l'Ordinaire. Son interprétation est singulière. Il fait de l'Ecclésiaste un écrit tout allégorique dont le but est de combattre lesadducéisme (p. v). Les expressions « manger et boire « signifient « faire le bien, être fidèle à la loi «(p. vu); la sagesse mentionnée par Qoh('letli est celle ■( ([ui crée le royaume de Dieu à sou image, qui plus tard en tantque personne a été appelée Logos » (p. viii) ; le mot vanité S^H, étant le nom d'Abel tué à cause de sa justice, désigne essentieltement le jugement escliatologique (p. ix), etc.

sources diverses, mais tantôt suggérées par les pensées de Qohéleth. tantôt insérées en vue de corriger ses affirmations, d'autres fois introduites un peu au hasard et sans but déterminé. A ce sage doivent être attribués iv, 5, 9-12; vi, 7. 9a; vu, la, 4-6, 7, 8-12, 19; viii, 1; ix, 17- X, 3, 8-15. 18-19, et la seconde partie de l'épilogue xii, 11-12. Le livre restait malgré tout assez éloigné de la pensée religieuse du temps, et il était naturel qu'un juif pieux entreprît d'y insérer deux nouvelles affirmations : le devoir pour l'homme de craindre et servir Dieu et la certitude d'un jugement divin, hehasid a inséré : ii, 26« ; m, ikb, 17; iv. 17-v, 6; VII. 18 h, 26 b, 29: viii, 2 *, 3 aè, 5. 6 a; 11-13; xi,9è; xii, 1 a et la troisième partie de l'épilogue xii, 13-14. Me Neile, qui attire l'attention sur la forme sentencieuse des pensées du sage, ne s'occupe pas plus que Siegfried de la forme métrique très apparente de certains versets.

Barton, le dernier en date des commentateurs de l'Ecclésiaste, admet aussi (p. 44 ss.) l'existence de deux interpclateurs, un sage et un juif pieux à tendances pharisiennes. 11 attribue à un éditeur i. 1, et dans i, 2: vil, 27: XII. 8 les mots « dit Qohéleth ». vu que Qohéleth parle toujours de lui-même à la première personne, et enfin dans l'épilogue xii, 9-13 a. Mais cet éditeur ne fait qu un avec le hakham qui a inséré iv, 5; v, 2, 6 ;

VII, 1 a, 3, 5-9, i 1-12, 19; VIII, 1; ix, 17-x, 3. 8-14 a, 15, 18-19. Au hasid seraient attribuables seulement ii, 26 a ; m, 17 ; vu, 18 b. 26 è, 29 :

VIII, 2 b-'àa, 5, 6 a, 11-13; xi, 9 b\ xii, 1 «, 13 è-14. Barton n'établit aucun rapport entre la forme métrique et l'origine des textes. En fait, cependant, toutes les additions du /mA•Aa/;^, sauf v, 6; vu, 19; ix, 17, 18; x, 3; XII, 9-13 a et les deux mots qui dans i, 12 et xii, 8 troublent le rythme, se trouvent appartenir aux portions du livre dans lesquelles Barton reconnaît la forme versifiée. Au contraire, toutes celles du hasid, sauf viii, 5, 6 a, appartiennent à la prose. Mais il faut noter que Barton laisse à Qohéleth un grand nombre de passages qu'il tient pour métriques. D ailleurs, plus encore que Me Neile, il tend à restreindre le nombre des versets interpolés.

$ 1. L'Épiloguiste.

C'est par l'examen de répilof;ue qu'il convient de commencer l'étude de la composition de l'Ecclésiaste. Les versets qui le constituent présentent en effet l'indice le plus facile à percevoir d'une pluralité d'auteurs. Que l'épilogue se distingue nettement du livre et forme une section à part, personne ne le nie : le livre finit au v. 8 du chapitre xii par les mots qui l'ont commencé (i, 2), et le caractère de ce qui suit est très distinct. 11 n'en résulte pas immédiatement que xii, 9-14 soit d'une autre main. Un auteur peut adapter à son ouvrage un épilogue, un post-scrip-

Page 1