LA COMPOSITION DU UVIIF
;////«, comme d'autres le font précéder d'un prologue ou d'une préface. Mais ce qui frappe le lecteur le moins exerce, c'est que l'auteur de l'épilogue parle de Qohéleth à la troisième personne, comme d'un autre que lui-même, tandis que l'auteur du livre en parle à la première et s'identifie avec lui (i, 12 1. Or l'explication la plus naturelle de cette nouvelle manière de parler, c'est qu'un personnage nouveau entre en scène pour nous entretenir de Qohéleth. Et de fait, si l'auteur de l'épilogue a été différent de l'auteur du livre et si en outre il a voulu s'en distinsfuer, il n'a pas dû parler autrement que ne le l'ont les vv. 9-10 du chapitre xii. La plupart des critiques qui rejettent le caractère primitif de l'épilogue, et en particulier Knobcl (p. 365, cf. p. 82), Gratz (p. 50 s.), Reuss (p. 329;. Me Neile (p. 21), Barton (p. 197\ concluent immédiatement que l'épilogue est l'œuvre dun lecteur qui, de même que l'auteur du titre (i, 1 . s'est laissé prendre à la fiction des deux premiers chapitres, a confondu l'auteur réel avec Salomon, et a entrepris de faire son éloge. On verra par la suite de la discussion ce que vaut cette hypothèse.
Delitzsch (p. 215 et 414 1 et Kuenen (p. 176 ss.) croient cependant pouvoir concilier les façons de parler de l'épilogue avec son authenticité. Le mot «Qohéleth » désignerait comme dans le livre i, 12] l'auteur fictif, c'est-à-dire Salomon, et non pas l'auteur réel ; seulement, celui-ci, qui jusqu'à présent avait maintenu la fiction, l'abandonnerait; il laisserait tomber le masque; c'est ce qui explique qu'il emploie désormais la troisième personne et non plus la première en parlant de Qohéleth-Salomon. Mais cette conception de l'épilogue cadre mal avec son contenu : pourquoi l'auteur, à l'instant même où il dévoile la fiction, entreprend-il l'éloge de Salomon ? Salomon n'avait pas besoin d'être loué par lui pour être réputé le plus sage des hommes et pour que les ouvrages qu'on lui attribuait fussent appréciés. C'est bien plutôt l'Ecclésiaste qui avait besoin de recommandation et d'appui. Or, si le nom de Salomon ne le couvre plus, à quoi rime le panégyrique de celui-ci ? Delitzsch essaie d'échapper à cette difficulté : l'auteur recommande aussi son œuvre, car il vante les sages et donne à entendre que leurs écrits procèdent du même inspirateur que ceux du grand roi. Cette réflexion ne confère pas une grande opportunité à l'éloge de Salomon, et quant aux louanges qui sont laites de l'Ecclésiaste, il est préférable de penser qu'elles ne sortent pas de la bouche de son auteur même.
Mais est-il bien vrai que dans l'épilogue « Qohéleth » désigne Salomon? D'après Ewald (p. 226), les vv. 9-11 avouent sans déguisement que l'auteur de l'Ecclésiaste n'est qu'un sage ordinaire, soucieux do l'instruction du peuple, et qui dans son métier d'écrivain n'a jamais sacrifié le fond à la forme ; selon Wright (p. 101 et 439i, les vv. 9-10, entendus de Salomon, n'auraient plus contenu pour des Juifs qu'une série de vulgaires truismes incapables de rien apprendre au lecteur ; enfin Bickell ^p. 9)
estime que pour l'Epiloguiste Qohéleth n'est encore quun sage quelconque (1).
Ces critiques ne se trompent pas : àTépoque où nous sommes on n'eût point parlé de Salomon simplement comme d' « un sage » xii, 9), mais comme du plus grand des sages (i, 16). L'Epiloguiste a bien en vue l'auteur réel, et comme il se donne pour un personnage autre que celui-ci, nous devons l'en croire et conclure que l'épilogue est d'une autre main que le livre lui-même.
L'examen du style et de la langue confirme cette conclusion. Les termes communs à l'épilogue 2; et au livre ("J^n xii, 9 et i, 15; vu. 1.3: yrn XII, lO et v, 3; xii, 1; 2**21" *"'Z" xii, il et ix, 17: TiT au niph. XII, 12 et IV, 13: yp "j*N xii, 12 et iv, 8, 16) sont rares et n'ont rien de caractéristique, sauf pour "~ri: mais ce verbe existe en araméen, et encore l'épilogue l'emploie-t-il dans une construction et avec un sens qui se rapprochent plus de B. S. xlvii, 9 que de l'Ecclésiaste. Au contraire, les mots ou locutions de l'épilogue que le livre ignore sont relativement très nombreux pour un texte si court : ce sont au v. 9 *^'tN, '■^pn. *ur in*, icb, Sï;?2: au v. lO tiîzn, ^xïîz*-:... urps, ir*!; au v. il iSyz *n:2Dx, ";i2Tî, t^i, r-^-ztr-z, n-i; au v. 12 **:2, ^-li'^ rr;% yi ■'n\ '-nS, 1£D. Certes, plusieurs de ces termes sont d'usage assez commun àl n'en est pas moins vrai que le livre ne les a pas employés), mais d'autres sont hapax, au moins pour la forme et le sens, ou rares, ou entrent dans des constructions particulières (3). Leur nombre serait en proportion anormale si l'épilogue était du même auteur que le livre.
Qu'était l'Epiloguiste'? Un sage et un contemporain de Qohéletli, mais qui lui a survécu. Qu'il ait été un sage, lui aussi, c'est ce que démontrent, et l'apostrophe « mon fils » (xii, 12) dont il use comme les sages (Prov. i, 8, etc. y à l'égard de son lecteur, et le soin avec lequel il décrit le labeur du compositeur de sentences (vv, 9, 11, 12^ : il parle en homme du métier. Qu'il ait connu l'auteur, on peut le conclure du seul fait qu'il se garde bien de se laisser prendre à la fiction de i, 12 et de confondre l'auteur réel avec Salomon. Mais de plus il est difficile de ne point voir qu'il parle de Qohéleth d'après des renseignements puisés ailleurs que dans le livre. 11 nous apprend que Qohéleth avait composé à l'usage du peuple un ouvrage très littéraire, consistant en de « nombreuses sentences » (9-10 a;, et qui n'est certainement pas à identifier avec l'Ecclésiaste. Le point de vue doctrinal le préoccupe à peine 10 b)\ or nous verrons que par la suite on s'en inquiéta beaucoup. Enfin la réflexion
(1) Voir encore Cheyxk, JoI) and Soloiiion, p. 231, note 4; S.MicxD.p. 22; Siegfried, p. 71.
(2) Pour des motifs qui se découvriront plus loin il ne sera question ici que des V. 9-12.
(3) Ces mots ont été marqués d'un astérisque.