i-inx; M iinx
11. njS, ordinairement suivi de Sn, l'est ici de 2, comme dans Job, vi, 28, peut-être pour marquer un examen plus attentif : ce verbe en efTet annonce un acte d'observation; cf. le v. suivant. — niÙ?yS correspond au gérondif latin en do ou au français « en » suivi du participe; cf. GK 114 o et Kôn. III, 402 a. — Scy2 a l'art. (GK 35 //); cf. ii, 20.
Haupt omet 1 n"i lirVU ''Ù*yC~Swl et ni1 my*). Zapl. enlève seulement ni liyyur.
Tel est le jugement porté par Qohéleth sur la plus belle vie qu'il y ait eu. Il la considère comme manquée. Il déclare infructueux les efforts de Salomon, nonobstant les jouissances qu'ils lui ont procurées. La vie ne donne pas de vrai profit, de résultat qui compense la peine qu'elle coûte et satisfasse l'homme : elle n'est pas digne d'être vécue. Les motifs de ce verdict seront énoncés plus loin ; le principal est qu'il faut, à la mort, laisser à d'autres les biens péniblement amassés (ii. 18 ss.).
12. Je me suis mis h, litt. : « Je me suis tourné pour ». Qohéleth a voulu considérer la sagesse d'une part, la sottise et la folie de l'autre (cf. i, 17). Il est possible qu'on ait lu ici à l'origine comme dans i, 17 : « la sagesse et la science, la folie et la sottise ».
La seconde partie du v. est peu intelligible et le texte n'est pas sûr. na (sur sa vocalisation cf. GK 'il d) de M S devient la dans G {xk) C Jér. [quis] et probablement Sh P. Dans un contexte analogue (Ps. viii, 5; Job, vu. 17) na a été traduit exactement par Tt. — T^Son (M P Jér. VT) a été lu T]"7Dn « conseil », mot araméen (cf. Dan. iv, 24), par G t^; ^o-jX^; C Sh S. — jMi, est rendu par «niv dans G (N •=* V et la plupart des minuscules), mais manque au contraire dans G (B ANV298). Sûv est évidemment une addition hexaplaire.. Il est possible cependant que G ait lu aussi TN, sauf à le rendre seulement par l'article (cf. Xlntrod. p. 204, et Me N. p. 118). — 113 est omis par G C Sh6 Jér. P, c'est-à-dire par toutes les versions existantes sauf T. mais sans excepter P (cf. néanmoins Kam. ZATW, 1904, p. 212). Ce mot doit être une glose marginale destinée à fixer le sens de ce passage obscur, et qui aura été introduite tardivement dans le texte. — ^n\x:V (M G [A 161 248] G Sh 6 et probablement T) est "nry dans G (tous les autres mss.) P Jér. V. Il est possible que P Jér. V aient lu le participe ^inC" au lieu du parfait, mais tou-
270 l'ecclésiaste, ii, 12.
jours au singulier. 68 mss. K. de R. lisent les mêmes consonnes. On remarquera que G (A 161 2'48) G Sh représentent une correction hexaplaire et que les autres témoins du pluriel, 6 et T, sont également sous l'étroite dépendance du texte hébreu révisé au ii^ siècle par les rabbins. D'autre part, G primitif, P et encore Jér. V, attestent le sing. Il faut en conclure que très probablement le texte hébreu portait à l'origine inil^y. Les rabbins auront lu ino, puis introduit le 1 pour fixer la lecture.
Les interprétations des com. sont très divergentes. Knob. Hengst. Zôck. Rûet. Wild. Sieg. : « Car que fera l'homme qui viendra après le roi? Ce qu'on a déjà fait ». C'est-à-dire que le successeur de Salomon retombera dans la routine des prédécesseurs du grand roi et ne continuera pas sa sagesse. Cette traduction est la plus simple et la plus naturelle dans l'état actuel du texte. Néanmoins l'ellipse de nizîV*'' après nn est bien forte (on cite en exemple Mal. II, 15, mais qui est aussi obscur), et le rapport de la pensée avec son contexte n'est guère apparent. Pour ce dernier motif, Sieg. intervertit l'ordre de 12 a et de 12 b, comme avait déjà fait Van der Palm. Del. Wright : « Car que sera l'homme qui viendra après le roi qu'on a fait depuis longtemps? » Et la pensée serait que Salomon, par suite de sa longue expérience et en raison de sa science, est mieux à même de juger des avantages respectifs de la sagesse et de la sottise que ne le sera quiconque viendra après lui : de cette façon 12 b motive suffisamment 12 a. Mais "lUJMTN n'introduit jamais que les propositions relatives indépendantes; on veut s'autoriser de Zach. xii, 10 pour établir qu'il peut dépendre d'un antécédent, mais ce texte est peu sûr : cf. GK 138 e, note 2; Nowack {Die Kleinen Propheten, Gôttingen, 1897); van Iloonacker {Les douze petits prophètes). De plus, I Chr. xxix, 2 permet-il de dire que Salomon a été fait roi par le peuple ? Enfin l'emploi de no dans cette interprétation est singulier; cf. cependant I Sam. xii, 6; I R. xii, 31; Jér. xxxvii, 15. Now. se rallie à cette traduction, mais en donnant à "iD un sens seulement explicatif « savoir », et en appliquant le texte au seul successeur de Salomon. Me N. Bar t. : « Que fera l'homme qui viendra après le roi? — Ce qu'il (le roi) a fait », en supprimant 123 et en lisant îinirï;. Bart. de plus insère niijyi après DINH. Hitz. Eur. vocalisent iniiZJV, infinitif, pour iniyy (cf. Ex. xviii, 18) et traduisent : « Que fera l'homme qui viendra après le roi? — Ce qui a été déjà depuis longtemps son action. -> Roboam aurait déjà montré du vivant de son père peu de sagesse et Salomon serait inquiet de l'avenir. Ew. Elst. Heiligst. : « Que sera l'homme qui succédera au roi, comparé avec celui qu'on a choisi déjà depuis longtemps? » C'est-à-dire : « Que sera Roboam, comparé à son père? » Mais il n'y a pas d'exemple de ce sens prégnant attribué à rx, comme à WJ dans ii, 16. Bick. (p. 12) : « Que sera l'homme qui viendra après moi et disposera de tout ce qui a été acquis avant lui? » dans le sens de ii, 18-19, en lisant T]SQn(?) ou nbàn. Mot. : « Que sera l'homme qui viendra après le roi, celui-là que certains ont déjà choisi? » et Haupt : « Que sera l'homme qui viendra après moi, le roi qu'on a déjà désigné? » pensent qu'il est fait allusion à Jéroboam.
Aucune de ces interprétations n'est satisfaisante. Le texte est certainement altéré, comme l'indiquent les divergences des témoins et l'incohérence de la
l'ecclésiaste, h, 13. 271
qu'on a déjà désigné (?)? '^ Et j'ai vu qu'il y a un avantage de la sagesse sur la sottise, comparable à l'avantage de la lumière sur les ténèbres :
phrase, et tout essai de restitution ne peut être que très conjectural. La première proposition de 12 b fournit encore un sens intelligible. Mais comme, dans tout le chapitre, Qohéleth-Salomon parle de lui-même à la première personne, il n'est pas douteux qu'on doive lire iinx comme dans ii, 18 et traduire : « Qu'est-ce que l'homme qui viendra après moi? » Pour le reste, au point de vue textuel 123 constitue une addition explicative, ini^y doit être un singulier et dans son milieu ""jSnn devient très suspect. Au point de vue du sens, la première proposition, telle qu'elle vient d'être traduite, indique qu'il est question du fils et successeur de Salomon; mais dans quel dessein? Le but de l'auteur n'est pas encore (cf. v. 18 ss.) de constater que le fils disposera de tout le fruit des travaux de son père, mais seulement de chercher à rendre concret et frappant le contraste du sage et du sot (cf. 13-14 a) afin de préparer le lecteur à comprendre combien il est déplorable que l'un et l'autre subissent le même sort final (cf. 14 è-15). Toute la section 12-15 roule en effet sur ce sujet, annoncé d'ailleurs dans 12 a : la comparaison de la sagesse et de la folie. A cet effet, en face de Salomon, type du sage, l'auteur évoque le souvenir de Roboam, type du sot (cf. v. 19 et B, S. xlvii, 12-17, 23), et comme plus loin, sous forme interrogative et dubitative, afin de ne point trop manquer aux vraisemblances de la fiction. Dans un pareil contexte, et après la question « que sera l'homme qui viendra après moi », il est possible qu'une autre se présentât pour compléter la première : « et quelle sera l'œuvre qu'il fera ». Dans cette hypothèse on devait lire n\rî?V qui pour le temps était en correspondance avec N"ll>, et dont la préformante aura facilement disparu. Une proposition comme niZJyi 1U?N* nDNS]2n (nai) vient facilement à la pensée, le pronom suffixe du verbe dans M ayant pu naître d'une dittographie du 1 qui commence le v. suivant, ou même, comme 113, du seul désir d'éclaircir le texte et d'en fixer le sens; cf. TDnSd à l'absolu, à la pause il est vrai, dans II Chr. xni, 10. On donne cette suggestion pour ce qu'elle vaut, sans se dissimuler ni son manque de preuves ni ses difficultés, celle en particulier qui naît de l'emploi de nDN'Sa.
Siev. lit aussi 'iiriN, retranche "^San comme une glose explicative du suffixe et modifie la suite en ^n^'J 123U nx. Haupt traite mxn et la fin du v. à partir de ■^Sdh comme des insertions postérieures. Zapl. considère 12 b tout entier comme interpolé.
13. Le S devant nOjn sert à marquer le génitif; peut-être est-il employé pour laisser indéterminé le nom régissant (cf. GK 129 c). — ■[1nn"'D est ainsi vocalisé, sans contraction et en conformité avec "!iiniT (v, 8, etc.) par Baer (p. 61), Driv.-Kitt., au lieu de "jiiniS dans Hahn; cf. GK 24 e. — Ce v, se rattache à 12 a, au moins en l'état actuel du texte, 12 ô formant une sorte de parenthèse. L'assimilation de la sagesse avec la lumière (Is. li, 11;
272 LECCLÉSIASTE, II, 14-15.
'^ " Les yeux du sage sont dans sa tête, et l'insensé va dans les ténèbres.
^ Mais j'ai reconnu aussi qu'un même sort les atteindra tous deux, '^ et j'ai dit dans mon cœur : « Le même sort que de l'insensé
Ps. XXXVI, 9 ; XLiii, 3; cxix, 105; Prov. vi, 23) et de la folie avec les ténèbres (Job, XXXVII, 19; cf. xii, 25) est classique chez les auteurs sapientiaux.
Haupt et Zapl. omettent d'abord ijn comme de trop pour le mètre (il manque dans P et 3 mss. K. de R.), puis toute la seconde moitié du v. (à partir de "|"nni3); en revanche Zapl., après -"jn, intercale 1 niSSinn d'après le v. 12.
14. DDnn est en casus pendens; cf. GK 142 a. Le "1, soit devant S''DDn, soit devant ^nVl^ a le sens adversatif. d:i ne tombe pas sur iJN, mais sur le verbe « j'ai reconnu » ou sur la proposition complétive qui suit.
mpD se rencontre seulement dans I Sam. vi, 9; xx, 26; Ruth, ii, 3, au sens d'« événement fortuit, hasard, chance, accident», et dans Qohéleth, ii, 14, 15; m, 19; IX, 2, 3 au sens de « sort, destinée » (dans ii et m le contexte montre qu'il s'agit du sort final de l'homme, mais il n'en est pas de même au chapitre ix). Les deux sens dérivent normalement de la racine verbale « arriver, atteindre ». Voir Ylntrod. p. 50. iriN, « unique », d'où « un même sort » (cf. ii, 14; m, 19-20; vi, 6; ix, 2,3; xn, 11). Sd est employé à plusieurs reprises pour désigner seulement deux personnes ou deux classes de personnes ou d'êtres : m, 19-20; vi, 6; vu, 15; ix, 1-2; x, 19; V utriusque. — Dire que le sage a ses yeux dans sa tête est une manière de donner à entendre qu'il les a au bon endroit et qu'il s'en sert pour regarder où il va (cf. Prov. xvii, 24). Ne dit-on pas : n'avoir pas sa langue, et même ses yeux, dans sa poche? Le sot, au contraire, va à l'aveuglette, ou du moins à l'étourdie, sans regarder devant lui.
Sieg. attribue 13-14 a au hakham (Q^). Mais de ce que Qohéleth constate que le sort final du sage ne diffère pas de celui du sot, il ne s'ensuit pas qu'il ait été passionné ou aveugle au point de méconnaître les avantages réels, bien que temporaires, de la sagesse. Et encore, de ce qu'il déclarera la sagesse, au sens le plus élevé du mot, absolument inaccessible, s'ensuit-il qu'il ne lui reconnaisse pas de nombreuses utilités d'ordre secondaire? Luimême a proclamé la valeur relative de la sagesse dans des textes que Sieg. maintient : ii, 3, 9 et surtout 19, 21 ; et c'est même parce qu'il est très pénétré de la dignité de la sagesse et des mérites du sage qu'il réclamerait volontiers pour celui-ci un traitement de faveur. Si d'ailleurs les vv. 13-14 a étaient retranchés, à quoi se rapporterait le suffixe de dSd (14 ô), qui représente le sage et le sot, lesquels sont nommés uniquement dans 13-14 a? Il faudrait dire dans ce cas que Q3 a remanié 14 ô, ce qui est peu vraisemblable et n'est point supposé par Sieg. La présence du suffixe indique donc que les vv. 13- 14 a font corps avec 14 b. Pour conclure, la supériorité de la sagesse, affirmée dans un texte, n'est point niée dans l'autre; Qohéleth constate seulement que l'avantage est de peu de durée et qu'à la fin le sage n'est pas plus avancé ((ue le sot : môme sort final pour l'un et l'autre, la mort et l'oubli (15-17).
Cf. Ps. XLIX, 11.
15. Le même sort etc.. litt. ; « Selon le sort de l'insensé à moi aussi il
marrivera ». nip'O est ainsi vocalisé, comme à l'état absolu, par Baer (p. 61); mais il faut sûrement lire l'état construit mpD avec Michaelis, Ilahn, Driv.-Kitt.; cf. GK 93 rr. ^:x d: est emphatique, et d'autant plus qu'il est placé avant le suffixe qu'il s'agit de renforcer; on peut voir des constructions analogues dans Gen. xxiv, 27; xlix, 8; ce pronom peut être considéré comme un accusatif : cf. Kôx. III, 19; GK 135 e. ijipt est un impersonnel; Ginsb. préfère sous-entendre .T'p'Z. — A quoi bon etc., litt. : « Pourquoi en ce cas ai-je été sage à l'extrême ? » "ini ~N présente quelque diniculté au point de vue, soit du texte, soit de l'interprétation. ~n est attesté par MGix'^-'» AV 106 253 261 296 et les LXX lus par Jér.) Sh T, mais omis par G (BnC et la plupart des cursifsi CP Jér. V. Le grec préhexaplaire n'a donc pas traduit ce mot. En réalité il ne l'a pas lu dans son original hébreu. L'omission de 7N dans P Jér. V peut être considérée comme un manque de littéralité occasionné par l'embarras que donnait cette particule assez mol placée et de sens peu net. Il n'en est pas de même pour G. Dans G et G en effet (et aussi dans Sh qui a "îN), inl 'iJN a été rattaché non pas à ce qui précède, comme dans M P VT, mais à ce qui suit, G G Sh n'ayant pas lu le ^ de-vant ini2"î. Or, dans cette interprétation "îN*. loin de pouvoir être omis, est plutôt nécessaire pour rattacher imS" à ce qui précède. Si donc G ne l'a pas traduit, c'est qu'il ne le lisait pas dans l'original hébreu qu'il avait sous les yeux. Van der Palm croit que 7N n'est qu'une dittographie de IJN. Il est bien plus probable que son omission est due à la distraction d'un copiste dont le regard, trompé par la ressemblance de p):N et de "x, aura passé du "i de "i:n à celui de 17)> (Me N.). 7N n'est pas employé ailleurs dans l'Ecclésiaste. Il signifie « alors », mais aussi « en ce cas » (cf. Jos. xxii, 31; II Sam. ii. 27; Job, m, 13; Ps. cxix, 92). Les uns lui donnent une portée temporelle : « alors », et l'entendent de l'avenir : « à la mort la sagesse ne sert plus de rien » (Hitz. Zôckl. Now.), ou du passé : « précédemment » (Knob.). Les autres lui accordent une portée logique : «en ce cas » (Elst. BDB), « donc » (Ginsb. Kon. [III. 373/]. Wild. Bart.). Del. reçoit à la fois le sens temporel et le sens logique. Houbigant veut lire T]x, et Zapl. n"j~iî< qui, joint à 171% donne «quel profit » (cf. n, 3;
VI, 8, 11). in'' est garanti par tous les témoins. Jér. lui-même, qui ne le traduit pas d'abord, témoigne ensuite de sa présence dans les LXX : tune abundanter locutus sum, le commente : quid mi/ii prodest quod secutus sum sapientiam et plus caeteris laboravi, et le rend clairement dans V : quid mihi prodest quod majorem sapientiae dedi operam (contre Eur. ). Ce mot est usuel dans l'Ecclésiaste où il se présente comme un substantif : vi, 8. 11 :
VII, 11 (cf. I Sam. XV, 15l ou comme un adverbe ou accusatif adverbial : VII, 16; XII, 9, 12 (cf. Esth. vi, 6); il est aussi adverbe ici et la question rappelle i, 16. Winckler [Altor. Forscli. IV, p. 351), Sieg. Driv.-Kitt. proposent de lire irriri "Nt ''JN. — n* est au masc. sans doute par attraction à Ssn. Ce pronom peut représenter soit la possession de la sagesse : « à quoi bon » etc. (Ginsb. Knob. Now.), soit l'absence de distinction entre le sort du sage et celui de l'insedisé : « Le même sort etc. » (Del. Wright). Dans le premier cas, « vanité » est synonyme de poursuite de vent, effort infructueux, et le ^3 du V. suivant introduit une proposition causale et doit être traduit
l'ecclésuste. 18
274 l'ecclésiaste, u, 1G.
m'atteindra moi aussi, et à quoi bon dès lors toute ma sagesse ? » Et j'ai dit dans mon cœur que cela aussi est vanité. ^'^ Car la mémoire du sage, non plus que de l'insensé, n'est éternelle, puisque déjà, les jours qui suivent, tous (deux) sont oubliés et, quoi! le sage
par « car » ; dans le second cas, vanité est pris au sens de « chose mauvaise, anomalie » (cf. v. 17 où les deux points de vue se succèdent), et le "tD susmentionné n'a plus qu'une force déclarative : « oui », à moins de rattacher 16 à 15 a. L'une et l'autre pensée sont bien de Qohéleth, mais le point de vue qui domine tout le v. favorise la première interprétation. Qohéleth estime la sagesse, comme tout le reste, à la mesure des biens qu'elle procure.
Dans G et les versions qui en dérivent ou qu'il a influencées, se rencontre une addition au texte : Sidxi [ô] acppojv Ix TiEpiaueup-axo; XaÀer. Elle est placée à la fin du V. dans G (B G 155 254 298) P G (qui ajoute encore -r% xapSfaç aùiou après It. Tou nepiaaEÛfjiaToç) Sh (qui après l'addition répète sous obèle xal l'8e xaf YE ToûTo [xaTai6Triç) ; mais elle vient immédiatement après Iv xapot'a (jlou dans G (nAV, les autres cursifs, sauf 253, et les LXX lus par .Jér.). Restent avec M pour exclure l'addition : G (253) Jér, VT. Dillm. (p. 10) croit être en présence d'une double traduction de Tin in'' ; mais le désaccord des témoins sur la place des mots ajoutés indique bien qu'il s'agit d'une glose marginale insérée après coup dans le texte. D'après Eur. Me N., elle serait prise de Math, xii, 34; Luc, VI, 45, et d'après Kam. {ZATW,190i, p. 403), d'Eccl. x, 14. La formule est trop littéralement celle des deux évangélistes pour ne leur avoir pas été empruntée, même s'il s'agit d'un proverbe courant. La réminiscence a été amenée par la présence de 7:£ptoaov àXdtXYjaa, et ô à'œpwv a été donné pour sujet à la proposition dans l'intention évidente de mettre au compte de l'insensé les réflexions en apparence peu orthodoxes des vv. 15-16. Le glossateur a pu d'ailleurs se croire autorisé à insérer ce sujet par le fait que dans Math. XII, 34 (cf. Luc, vi, 45) la sentence « la bouche parle de l'abondance du cœur », bien qu'elle ait une portée générale, est appliquée d'abord au méchant.
Siev. croit qu'il faut pour le mètre retrancher de 15 a i;n ou ilS^, et de 15 b 'iJN ou "ini 7N. Haupt omet na, puis "îN iJN* et enfin I2S3 secundo. Zapl. supprime iJN~Da, mais ajoute ijn après imST.
16. Car la mémoire, etc., litt. : « car il n'y a pas de souvenir du sage, avec l'insensé, pour toujours ». WH exprime la parité : cf. Gen. xviii, 23; Job, ix, 16; Ps. civ, 25, etc., et voir Kon. (III, 375/). — xj'z « en ce que, puisque » (cf. KôN. III, 389 e) est l'équivalent de lUNU; 2 mss. K. de K. écrivent U7D que G xaGoTi a dû lire aussi, car, bien que xaSort ait à la fois le sens de « comme » et « en ce que », en fait il traduit iu^N3 dans vu, 2 (voir ce v. et cf. VIII, 4) et souvent dans les LXX (cf. Gen. xxvi, 29; xxxiv, 12; Ex. i, 12, 17; X, 10, etc.), jamais au contraire "lUKl ni tyi. G a entendu xaOoxi dans le sens de « comme » (mais vu, 2 « parce que ») et Sh dans celui de « parce que » (de même vu, 2). P a lu aussi "éo- M (cf. Jér. eo quod) garde la vraie leçon. La correction proposée par Kam. [ZATW, 1904, p. 238) n'^nUT n'est
l'ecclésiaste, II, 17. 275
meurt comme l'insensé. '■ Et j'ai haï la vie, parce que mauvaise est pour moi l'œuvre qui se fait sous le soleil, car tout est vanité et poursuite de vent.
pas à approuver ; la pensée de Qohéleth est que l'oubli se fait vite et non pas seulement après de longs jours (xi, 1 est différent), et quant à U72, c'est une locution conjonctive qui forme le pendant exact de T»2^N*3, lequel se lit vu, 2 et VIII, 4; cf. VIII, 17. La présence d'une particule préfixe (2 ou 3) devant vj est formellement attestée par M G C P et n'est infirmée par aucun des autres témoins, sauf T; V est trop peu littérale ici pour qu'on en puisse rien tirer. — D\s*2n DV2in, accusatif de temps. Les « jours qui viennent » désignent l'avenir prochain. On rencontre des locutions analogues dans les prophètes (Is. XXXIX, 6; Jér. vu, 32 etc.), mais le participe n'est employé adjectivement comme ici que dans Jér. xlvii, 4 et Is. xxvii, 6 qui omet le substantif. On peut se demander si on ne se trouve pas en présence d'une expression technique usitée en matière eschatologique pour désigner les derniers jours, comme c'est le cas dans Is. xxvii, 6. Qohéleth ferait allusion, d'une façon ironique, aux promesses fantaisistes des faiseurs d'apocalypses : lors des fameux « jours qui viennent », le sage et l'insensé seront depuis longtemps oubliés, et le sage ne pourra profiter des biens distribués en ce temps-là. Mais cette interprétation n'est pas du tout probable : la présence de l'article s'explique autrement (cf. GK 126 q) et la formule garde ici son sens ordinaire.
Son, sing. collectif, doit s'entendre des personnes d'après ce qui précède; cf. II, 14; Ps. xiv, 3. — nsïJJ peut être le participe, qui marquerait la permanence de l'oubli (Ginsb. Now. Gietm.), son caractère de fait déjà accompli (Del.) ou habituel parmi les hommes (Wright), mais aussi le parfait (qâinés en raison de la pause), qui exprimerait la certitude du fait à venir (perfectum confidentiae, GK 106 n).
Ce qui désespère Qohéleth, ce n'est pas précisément que le sage soit oublié, c'est qu'il meure aussi bien que l'insensé (voir le v. suiv.). Qohéleth est trop positif pour qu'on puisse imaginer qu'il se contenterait, pour récompense, de l'immortalité de la mémoire. S'il mentionne l'oubli dans lequel est enseveli bientôt le nom du sage comme de l'insensé, c'est pour établir la parfaite égalité de l'un et de l'autre dans la mort : le sage n'y a pas le plus mince privilège. Voir d'ailleurs ix, 5-6. Une pensée différente est exposée dans Prov. x, 7; Ps. cxii, 1; Eccli. xxxix. 9-11; Sag. iv, 1; cf. dans Sag. II, 4, le discours des impies.
Haupl considère comme glose la seconde partie du v., depuis 123*1^2 jusqu'à la fin.
17. Après le premier verbe, iJN est ajouté par 14 rass. K. de R. G (106 261) P Sh (sous obèle) et T. Kam. [ZATW, 1904, p. 236) veut que P ait lu iJK à la place de nx ; mais cette supposition est infirmée par le fait que G (106 261) T et les 14 mss. K. de R., qui ont ijn, gardent en même temps le signe de l'accusatif. Les témoins de G sont trop peu sûrs pour qu'on puisse assurer que lyw est primitif dans son texte et qu'il a disparu de la plupart des mss. grâce aune correction hexaplaire. Peut-être provient-il de la formule identique
276 l'ecclésiaste, ii, 18-19.
18 Et j'ai haï tout le travail que j'ai fait sous le soleil, parce que je le laisserai à riiomme qui sera après moi. ^^ Et qui sait s'il sera sage ou insensé ? Et il disposera de tout mon travail, dans lequel j'ai mis ma peine et ma sagesse sous le soleil! Cela aussi est vanité.
qui commence le v. suivant. — La pensée de iSv în est bien rendue par S xaxbv yap [xot l^pd^t]. 1113 est construit de même avec bî? au lieu de "lisS dans I Chr. xiii, 2; Esth. i, 19; m, 9, etc. ; cf. Ps. xvi, 6 : Sî? IS^T; Michna [Abot/i, ii, 10, 12; IV, 12) : SîT lllfl « cher à » ; Talmud [Chabbath, 31 a) : Sj; IJD « désagréable à «. Même construction en syriaque. Cet emploi de Si? est tardif en hébreu. — L'œuvre qui se fait sous le soleil, ce sont tous les événements qui atteignent l'homme et constituent sa destinée. Les deux "id ne sont pas parallèles, mais le second est subordonné au premier : b [v. parce que » etc.) contient en effet la preuve de a, et c (« car » etc.) exprime la loi générale qui motive b.
Qohéleth déteste la vie et déclare mauvaise la destinée qui est faite à l'homme. Le motif de ces plaintes, c'est que l'homme sage, c'est-à-dire intelligent, actif et habile, n'obtient aucun avantage durable sur le sot : la mort les traite tous deux d'égale façon. Ainsi la sagesse échoue dans la tâche entreprise, qui était de procurer à l'homme un bonheur qui soit à la mesure de ce qu'il croit mériter et de ce qu'il désire.
18. "iSoV « mon travail » désigne ici le fruit du travail. Le premier UT est pronom relatif, le second probablement conjonction. Sdï adj. verbal est employé comme ici dans ii, 22; ix, 9; ailleurs, dans la même construction, on trouve le verbe : ii, 11, 19, 20; v, 17. L'adj. verbal se rencontre encore m, 9; IV, 8. En dehors de Qohéleth, ce mot est employé substantivement (Jug. v, 26; Prov. xvi, 26, etc.). — niax, hiph. de m:, est une formation aramaïsante dans laquelle la préformante garde une voyelle brève, mais impose le dagech à la première radicale (GK 72 ee). — Qui sera après moi, c'est-à-dire « qui occupera ma place après ma mort », et non pas « qui viendra au monde après ma mort ». Ce successeur peut être né déjà. On peut voir des pensées analogues iv, 8; v, 14; vi, 2.
Haupt omet le premier *iJN et la fin du v. à partir IJfilJNXy. Zapl. retranche les deux IJN, mais veut écrire TlSm au lieu de Say.
19. Et qui sait, c'est-à-dire « on ne sait pas », que la chose soit seulement ignorée ou fort douteuse en elle-même; cf. m, 21; vi, 12; Ps. xc, 11; Prov. XXIV, 22. — t:Sï:;l1, verbe d'emploi tardif en hébreu (v, 8; vi, 2; viii, 9; Ps. cxix, 133; Esth. ix, 1 bis; Néh. v, 15), existe aussi en néohébreu et en araméen (cf. Dan. ii, 38, 39, etc.) : aramaïsme (cf. Kautzsch, Aram. p. 88 s.). G xa\ tl èçoustà-Çetat (-crsTai, correction hexaplaire, dans les mss. G 106 155 161 248 252 261) n'a cependant pas dû lire de particule interrogative devant le verbe : et sera le résultat d'une méprise. Il est seulement singulier que la particule soit présente dans tous les mss. de G à l'exception d'un seul minuscule 155 (ms. V ri), tandis qu'elle manque dans toutes les versions dérivées de G ou qui pourraient avoir subi son influence : C Sh 0 P Jér. V. 'A ne l'a
LECCLÉSIASTE, II, 20-21. 277
''*^Et je me suis mis à abandonner mon cœur au désespoir au sujet de tout le travail que j'ai fait sous le soleil : -' car s'il est un homme dont le travail (a été fait) avec sagesse et avec science et avec succès, néanmoins à un homme qui n'y a point travaillé il le laissera en partage. Cela aussi est une vanité et un grand mal;
naturellement pas non plus. 'A G P Jér. V ont aussi le futur. — 'TiD^rrih est le seul cas où ce verbe soit construit avec un accusatif, en raison de "inSa^UT qui précède. Le relatif manque dans G (B N 106 147 155 157 159 261 299) et dans V, mais w a été ajouté devant £aoçia(f[j.r)v dans G (B»'' n"^-» AC et les autres cursifs) suivi par G Sh ; le pronom se lit également dans 'A 0 P Jér. Du partage des témoins il ressort que l'insertion de o) dans G est due à une correction hexaplaire; G avait d'abord négligé de traduire C, car il n'est pas vraisemblable que son texte hébreu ne l'ait pas eu : cf. i, 10. — n7, par attraction à Ssn : cf. II, 15.
Siev. incline à croire que hzD "IN est une glose explicative, et supprime délibérément "irG^nw^": au nom de la métrique : cf. v. 20. Zapl. opère les deux mêmes suppressions et rejette en outre la conclusion Sun ri" DJ, stique sans parallèle. Haupt de même, sauf pour "inG^nï-'T, qu'il maintient.
Ce qui est vain, c'est que la fortune d'un homme passe à un autre, que le premier, qui l'a créée, n'en jouisse plus, et que le second, qui n'y est pour rien, en profite. « Vanité » a plus probablement ici le sens d'« anomalie », chose mauvaise, contraire à ce qui devrait exister : cf. v. 21. Gomparer Ps. XXXIX, 7; Luc, xii, 20.
20. "imnoi. litt. : « Et je me suis tourné » (cf. vu. 25; II Sam. xv, 27; I Chr. XVI, 43). — u^N^S. Gette vocalisation de Vinî. pi. est celle de Baer (p. 61), Driv.-Kitt. GK 64 e. Ilahn. à tort : w'Ni, 1' N étant virtuellement redoublé. Le pi. ne se rencontre pas ailleurs en hébreu ni en néohébreu, mais le pa. existe en araméen et est employé dans T (à Eccl. ii, 20) au même sens qu'ici le pi. hébreu. — Au lieu de h^yn, ont lu iScy 1 ms. de R. G (B N 68 253 254 261 298 299i G Sh. Jér.. tout comme dans les vv. 18, 19; cf. v. 11. P omet le suffixe, mais elle ne le traduit pas toujours, même quand elle l'a certainement lu (cf. I, 3; II, 11). — Ajoutent TC-ûkl'l 44 mss. K. de R. et T; ce mot a été pris du v. 19.
Haupt rejette i:n et 'C12''C7\ nnn.
Qohéleth est découragé d'accumuler pour autrui des biens dont il ne jouira pas lui-même.
21. 'CJ'i '< il y a » pose un cas comme dans i, 10; on peut fort bien le traduire par « s'il y a » (cf. i, 10) et considérer le 1 devant QTnS comme introduisant l'apodose et devant être rendu par « néanmoins » (cf. Jug. vi, 13 et voir GK 159 dd et 143 d). — piy73 « capacité », mais aussi « succès, avantage », est un mot exclusivement propre à Qohéleth, ici et iv, 4; v, 10. Sur la racine verbale, voir X, 10. — "AvOpwno; w dans G (B K) G Sh 6 est une corruption de G (voir Me N. p, 157) pour àvôoojnw o; que gardent tous les minuscules de G (excepté 106) avec M P Jér. T. — Dans *ipbn i:jn\ le verbe est suivi de deux
278 l'ecclésiaste, ir, 22.
- car que revient-il à l'homme de tout son travail et du souci de
ace, le suffixe verbal et IpSri- La meilleure façon de les expliquer tous deux est de voir dans le premier le complément direct du verbe et dans le second un attribut de ce complément, comme dans Ps. ii, 8 (Kôx. III, 340 o, cf. 327 t) : « il le (le fruit de son travail) donnera (à l'homme qui n'y a point pris de peine) comme ou pour sa part ». Le suffixe du verbe représente donc iSq!? tandis que le suffixe du nom représente le second mx. D'autres préfèrent trouver ici un cas d'apposition du substantif au suffixe verbal, en vue de l'expliquer et de prévenir une méprise, comme dans Ex. ii, 6; xxxv, 5; Lév. xni, 57, etc. (GK 131 m). Dans cette interprétation, le suffixe verbal représente toujours iSaj;, mais celui de pSn représenterait le premier DIN* : (c il donnera cela, savoir, sa propre part ». Enfin Aben Ezra (d'après Ginsb.) considérait le suffixe du verbe comme un datif représentant le second D~N, tandis que le suffixe de pSn représenterait le premier : « il lui donnera sa part ». Le fait que le datif serait deux fois répété n'est pas une objection sérieuse à cette interprétation (cf. i, 11); mais il est assez rare que le pronom suffixe exprime les cas obliques (cf. Kôn. III, 21). Néanmoins c'est par le datif qu'ont traduit plusieurs versions anciennes : G (Bx) G Sh Jér. Ont au contraire l'accusatif : G (AC) et d'après Sh toutes les versions grecques contenues dans les hexaples (wavisç- ÔticjEi a-jTo'v), enfin P (Walton) et T.
Haupt omet ^^hn et nul nym.
Ce V. généralise, semble-t-il, le cas particulier de Qohéleth exposé dans 18-19, et rappelle que telle est la loi commune : ut alter labore alterius perfruatur et sudor mortui, deliciae sint viventis (Jér.).
22. ^\^:^\ na "^D est devenu 8ti Yfvsxat dans tous les mss. de G, excepté 157, et dans C Sh S : ce doit être une corruption, résultant d'une haplographie, pour 8Tt Tt. TW[ « être, arriver », est rarement employé dans la Bible hébraïque (Eccl. XI, 3; Gen. xxvii, 29; Is. xvi, 4; Job, xxxvii, 6; Néh. vi, 6), mais usité en néohébreu et en araméen. Sieg. veut lire Kin HQ, que portait à l'origine le ms. 11 de R., mais cette correction n'est pas nécessaire. G (B 68 157 253 254 261 299) h tm àvOpw:îco aura donc lu nii^l comme M dans v. 24 (cf. ce v.). — p'iyi (cf. I, 17) résume tout l'effort intérieur d'aspiration, de préoccupation et de recherche (cf. v. 21) dont bay, « travail », est la réalisation extérieure. — W est ainsi vocalisé par Michaelis, Baer (p. 62) et Driv.-Kitt. comme dans III. 18; Ilahn au contraire, à tort, vi; cf. GK 36 et Kon. I, p. 136. Sqî? KlnU^ est amené par iSqî?, mais "Q) représente à la fois l^aï et piVI-
Haupt omet hz> et toute la fin du v. à partir de MJ. Zapl. estime seulement que Nin est de trop pour le mètre.
La mort frustrant l'homme du fruit de son travail au profit de son héritier (v. 21), c'est sans profit pour lui-même qu'il a tant travaillé (v. 22). Le v. suivant décrit cette vie de travail et de souci continuels. Si Qohéleth avait été o])tiiniste au lieu de pessimiste, il aurait changé de point de vue et se serait félicité de ce que l'homme qui vient au monde trouve des biens accumulés par les générations précédentes et en jouisse sans y aA^oir pris de peine. Il est vrai que Salomon, ayant été le plus habile et le plus riche
l'ecclésiaste, II, 23-24. 279
son cœur, à quoi il se fatigue sous le soleil? -^ Car toutes ses journées (ne) sont (que) douleurs, et son occupation (n') est (que) déplaisir; même pendant la nuit son cœur ne repose pas. Cela aussi est vanité.
24" i[ n'y j^ rien de 'mieux pour' l'homme 'que' de manger et de
24. DlxS G (BAC) CSh P Jér.; MG (nV) T D1N2. — Vo^V^i'a G [ii'^-^ VCi CSh in marg. P Jér. VT; MG (BAx) Sh b^X^t^
des hommes, a plus laissé à ses héritiers qu'il n'avait reçu de ses auteurs.
23. Sur 2îs'Da et DVû exprimant des peines morales, cf. i, 18; et sur l'emploi du substantif abstrait comme attribut, au lieu d'un adjectif, en vue de donner plus de force à l'expression, cf. x, 12; Gen. xi, 1; Ex. xvii, 12; Ps. v, 10, et voir Kon. (III, 306 r) et Driv. (//. T. 189, 2).
Le texte se prête à une autre traduction qu'on obtient en faisant de lia^-'jD un accusatif de temps : « Toutes ses journées, son occupation n'est que douleurs et déplaisir ». Cette interprétation n'est pas commune. Elle est reçue néanmoins par Aben Ezra, Herz. Ginsb. Griltz, Me N. Elle s'appuie sur les considérations suivantes : 1. L'opposition entre « jours » et « nuit » indique que le premier terme joue dans la phrase le même rôle que le second, donc, qu'il est accusatif de temps et non pas sujet. — 2. Le qâmés sous le T qui précède DÏD marque que les deux noms D''3N'DD et oyo sont étroitement liés de façon à former une seule expression (cf. GK 104 g), laquelle naturellement représente l'attribut. C'est ainsi que V a traduit : cuncti dies ejus doloribus et aerumnis pleni sunt, et G réunit les deux substantifs sous le même cas, bien qu'il traduise différemment. On peut répondre que l'opposition entre « jours » et « nuit » n'est pas complète et ne va pas jusqu'à établir un parallélisme absolu entre l'un et l'autre terme, ni jusqu'à leur faire jouer le même rôle dans les deux propositions : ceci ressort de ce que l'un des termes est au plur. et l'autre au sing. ; le premier seul possède un suffixe, et le second est seul précédé d'une préposition. Au point de vue grammatical, T'O'' est bien plutôt en parallélisme avec i:ijy. Le qâmés sous le 1 de D!?2l s'expliquerait suffisamment par le seul fait que D^D est accentué sur la première syllabe; voir des cas analogues de qâmés prétonique dans Lév. xviii, 5; Prov. xxv, 3; Is. lxv, 17 (Del.). DÏD est donc attribut d'une seconde proposition dont iZiiV est sujet. Ce dernier terme possède, en effet, le suffixe, comme VG'' sujet de la proposition qui précède, tandis que les deux attributs restent indéterminés. — Sur î<"in ... H" voir le corn, de \, 17. ,17 est sujet, et masc. par attraction à hir\; »S**in, qui reprend le sujet resté en casus pendens en tète de la proposition, tient lieu de copule. — On peut comparer la pensée à Sag. ii, 1.
Zapl. exclut xin bin HT DJ, comme n'ayant pas de parallèle.
24. 3113 et ni1"C dans l'Ecclésiaste désignent rarement le bien moral (vu, 20; XII, 14), souvent le délectable, plaisir (n, 1, 24 secundo; m, 12 secundo, 13; IV, 6; v, 17 secundo; xi, 7), ou bonheur (vi, 3; vu, 14 bis; ym, 11, 15),
280 l'ecclésiaste, ii, 24.
boire et de faire jouir son âme du bien-être dans son travail. '' J'ai
plus fréquemment encore ce qui est avantageux, profitable, et pourrait, au moins dans certains cas, constituer le vrai bien, si la stabilité et la durée ne lui faisaient défaut (ii, 3, 2'i primo; m, 12 primo, 22; iv, 9 secundo; v, 17 primo; vi, 12; cf. iv, 13; v, 4; vi, 9; vu, 1-11, 18). Appliqué aux personnes, ait: prend le sens d' « heureux « (iv, 3, 9 primo), ou d'« agréable » (à Dieu) (il, 26; VII, 26) ou moralement bon. — D1N*2 « parmi les hommes » ; cf. m, 12; Eccli. XI, 4. Mais il vaut mieux lire DInS avec trois mss. de R. G (BAC et les minuscules) C Sh P Jér.. leçon reçue par Driv.-Kitt. Bart. (voir le com. de II, 22; XI, 6). Sont avec M : G (xV) Sh in marg. T. 'Ev n'est pas primitif ici dans G, comme il l'est à ii, 22; m, 12 où il s'est maintenu. — Si l'on ne modifie pas le texte de Sdni^IJ, il faut traduire avec Tyl. : « Ce n'est pas un vrai bien pour l'homme que de manger, etc. », ou avec Knob. Herz. Klein. Mot. Volck : « Ce n'est pas un bien qui soit au pouvoir de l'homme que de manger, etc. ». De fait M a avec lui G (BAx 68 253 268) o (A b;) ©«^yeTat et Sh. Mais G (k'^-=' V 106 254) zXtjv 2, G (C et les autres minuscules) et C tl ^r\ 8, Sh in marg. P Jér. nisi quod Y nonne melius est comedere T ont évidemment lu : S3N''w'a. Du partage des mss. de G et des versions qui en dépendent, il ressort que rX-qv et tl ]x-f\ sont des corrections du grec primitif, en l'occurrence représenté comme souvent par B : l'original hébreu traduit par G lisait donc déjcà S3N''*kI?. D'autre part, les corrections dont G a été l'objet, la traduction de P et surtout celle de T démontrent que le texte canonisé au 11*^ siècle avait Sdn''U/*C Le n aura disparu de ce texte par le même phénomène d'haplograpliie qui l'avait déjà éliminé du ms. hébreu que le traducteur grec avait eu sous les yeux. Le mot précédent finit en effet par un Q ; III, 22 ne présentait pas le même danger (cf. Kôx. III, 319 h). Il n'est pas douteux que P T aient gardé la leçon primitive et que M doive être corrigé conformément à m, 22, ainsi que le reconnaissent la plupart des com. modernes; cf. III, 12 et VIII, 15, et pour le sens v, 17; ix, 7; xi, 9. Il n'y a pas lieu de supposer DX ^3, dont la disparition s'exprimerait plus difficilement que celle de n et qui suivi de UJ donnerait une locution dont on n'a pas d'exemple. U^p et nys*a expriment la comparaison. Ils sont rendus par « excepté que » dans G ii, 24; m, 22, et parmi les modernes par Bick. Siog. Me N., sans d'ailleurs fausser la pensée de l'original. Del. fait observer que l'imparf. SdN'i est suivi de deux verbes au parfait conformément à l'ancienne syntaxe (cf. GK 112 a) : le parfait avec waw consécutif est normal après un imparfait précédé de diverses particules, en particulier lUJx et XÙ (Driv. H. T. 115); cf. Ps. cxxxvii, 9 pour tj. — nnuJI (MG[AV et les minuscules autres que ci-dessous] Sh Jér. T) devient xa\ o ■nkxa.'. dans G (B N C 68 161 248 254 298) CP; HNim (MG[V 147 157 159 253 299] Sh Jér. T) devient )caî 0 ûE'Çsï dans G (BxAC et les autres cursifs) C ^VP. Selon toutes les vraisemblances 5 est, les deux fois, primitif dans G, car les mss. qui le gardent sont ceux qui ont le plus de chance de représenter parfois encore le texte préhexaplaire. Le fait que P et surtout 'A ont le relatif est plus embarrassant, car il tend à prouver que l'hébreu du ii'= siècle le possédait, à quoi parais-
LECCLÉSIASTl-, II, 24. 281
sent contredire les témoignages de Si Sh Jér. T et surtout les corrections de G (AV et minuscules ci-dessus). Une seule hypothèse paraît plausible : aussi loin que nous pouvons remonter, l'hébreu avait le relatif et il le gardait encore dans la recension qui servit de base à Aquila. C'est plus tard seulement que le premier ^' (devant nn*kl'; aura disparu ])ar un phénomène d'haplographie, et le second, resté seul, par suite d'une correction. La présence du relatif dans le plus grand nombre des mss. grecs onciaux et les plus anciens confirme la date tardive de l'accident. — Au lieu de riî, 20 mss. de R. lisent n", 7 K. de R. i"; cf. ii, 2. Ce pronom, complément de "in\s"i, exprime en réalité le sujet de la proposition subordonnée qui va suivre; le même phénomène d'attraction se produit dans m, 21; viii, 17; xi, 8; cf. GK 117 //. — N*")."! : plus de 100 mss. K. de R. écrivent Kin. — Ilanpt omet D~X3, iSaîD, et tout 2'i b dont il sera question tout à l'heure.
On se souvient que Qohéleth, au début de ce chapitre, vv. 1-3, puis dans 11, 18 et ss., a qualifié le plaisir de « folie » et de « vanité », et maintenant il en conseille l'usage. Se contredit-il? Et s'il ne se contredit pas, en quel sens condamne -t-il le plaisir, et en quel sens le recommande-t-il? La réponse à cette question permettra de déterminer exactement le sens de notre verset. Il est indénialile que les vv. 1-3 et même 1-10 décrivent la recherche positive et assidue, on peut même dire la poursuite effrénée du plaisir. « Flatter sa chair par le vin et s'attacher à la folie (v. 3), ne rien refuser à ses yeux de ce qu'ils désirent et ne priver son cœur d'aucune joie (v. 10) » ne laissent aucun doute. Cette vie de plaisirs était certainement opposée à la morale du temps où notre auteur écrivait. Le lecteur n'a qu'à se reporter à VII, 1-6, qui recommandent le sérieux, la gravité même et blâment la folle joie, et à XI, 9 c; xii, 1 a, 13-14, qui insistent sur la crainte de Dieu et de ses jugements, sans invoquer les autres livres bibliques. Qohéleth lui-même, dans des textes qui ne peuvent lui être enlevés, donne assez à entendre qu'il reçoit la morale commune. Il emprunte, en efl'et, son expérience des plaisirs à Salomon, ce qui est une façon d'indiquer qu'il ne l'a pas faite lui-même (la fiction paraît bien s'étendre tout juste à i, 12-ii). Il s'excuse en quelque sorte de s'y être livré (ii, 3). Pour lui aussi, la vie de plaisir est une folie (ii, 3) tout comme la méchanceté (vu, 17, 25), et il regrette amèrement que l'absence de rétribution morale temporelle soit cause que les fils de l'homme se livrent à tous les excès (ix, 3). Ce n'est cependant pas au nom de la morale que notre auteur réprouve, dans ii, 1-3, 11,18-23, la jouissance intensive, c'est seulement parce qu'elle est incapable de donner le bonheur à l'homme : les richesses nécessaires à la vie de plaisir coûtent beaucoup de peine, et comme ici-bas rien ne dure, à la mort il faut tout laisser à d'autres. Le procédé de Qohéleth s'explique par le caractère philosophique de son œuvre et par son but, qui est de rechercher en quoi consiste pour l'homme le véritable bonheur (i, 2; ii, 3 è; vi, 11 a, etc.) : il ne peut exclure le plaisir qu'en démontrant son insuirisance ou sa vanité.
Les w. 24 ss. ne contredisent pas cette constatation de la vanité des plaisirs, peut-être même le v. 26 in fine la reprend-il à nouveau. Mais précisément parce que le bonheur est ici-bas chose inaccessible, le mieux que l'homme ait à faire est de cueillir, au jour le jour, les joies qui s'offrent à
282 l'ecclésiaste, ii. 25.
AU aussi que cela (vient) de la main de Dieu : ^' car qui peut manger
lui au cours de son travail. C'est bien la pensée de Qohéleth et plus loin il l'exprimera même sous forme d'exhortation : cf. viii, 15; ix, 7 ss.; xi, 9 a è. En tant que bien absolu, capable de satisfaire tous les désirs de l'homme, le plaisir est condamné. Mais il est conseillé comme compensation, insuffisante d'ailleurs, aux travaux et aux peines de la vie. Le motif de l'attitude à observer vis-à-vis du plaisir a donc changé. Mais qu'on prenne garde que le mode de jouissance aussi ne sera plus le même, et justement parce que le motif ou le but de celle-ci est désormais différent. Elle n'a plus pour objet de procurer à l'homme la plus grande somme possible de bonheur, elle y est radicalement impuissante, mais seulement d'apporter un adoucissement aux labeurs de l'homme. On comprend donc qu'elle ne doive plus être intensive, mais modérée. Certes, de même que Qohéleth n'a pas condamné les plaisirs excessifs parce qu'ils sont immoraux, de même serait-il inexact de dire qu'il conseille les plaisirs de l'honnête homme comme tels et parce que licites. Néanmoins ce sont bien ceux-ci qu'en fait il recommande. Si en effet l'on considère que l'auteur tient les plaisirs dont il parle pour une acquisition du travail de l'homme (ii, 24; m, 13, 22; v, 17; ix, 9) et un don de Dieu (u, 24- 25; III, 13; v, 18; ix, 7), on reconnaîtra aisément qu'il a en vue les jouissances normales attachées par Dieu aux actes de l'homme. La mention spéciale du manger et du boire s'explique par le principe : a potiori fit denominatio. Ce sont là des actions essentielles de l'existence, et l'expression était reçue chez les Hébreux pour désigner les joies régulières et providentielles que la vie peut comporter : « Ton père n'a-t-il pas mangé et bu et été heureux? Mais il faisait le droit et la justice et jugeait la cause du malheureux et du pauvre », dit Jérémie parlant de Josias (xxii, 15; cf. Cornill, Das Buch Jeremia, Leipzig, 1905). Qohéleth, en estimant que l'homme ne doit point se refuser les joies que lui réserve sa destinée, ne préconise donc pas en fin de compte la poursuite ardente du plaisir qu'il avait d'abord réprouvée. Il ne prétend pas non plus que ces joies suffisent à donner le bonheur qu'il tient pour inaccessible : elles aussi sont vanité (26 in fine).
Sieg. considère 24 è-26 a comme une glose du hasid (Q*) et Haupt rejette tout 24 è-26. Le v. 26 a présente une donnée différente de celle des vv. qui le précèdent et doit par conséquent être étudié à part : voir ci-dessous. Mais la pensée contenue dans 24 b-l^, savoir que tout succès et toute joie viennent de Dieu, est de nouveau exprimée dans m, 13; v, 18, et s'accorde parfaitement avec l'idée que Qohéleth se fait du gouvernement divin et en particulier avec celle qu'il en donne dans m, 1-15 (cf. xi, 5). Sieg., il est vrai, attribue non seulement v. 18 et xi, 5, mais aussi m, 11, 13-14 au même hasid. Mais le contexte immédiat de m, 1-9, 12, loin d'exclure ces vv., comme on le verra, les appelle plutôt, et il reste encore à Q ' i, 13 ; m, 10, 15 ; VI, 2 b; VIII, 17 a, qui affirment la maîtrise de Dieu sur les événements, même sur ceux qui peuvent être agréables à l'homme (vi, 2 b).
25. Les deux imparfaits marquent le potentiel : « qui peut manger etc. » (GK 107 s). — uJin, hapax dans la Bible, signifie en néohébreu « éprouver
l'ecclésiaste, II, 26. 283
et 'boire', sinon grâce à 'lui'? ^'' Car à celui qui est bon devant lui
25. ,-in*»IJ^ GCe P; MT UinV 'AS Sh Jér. V}^7]^. — !i:aD GCSh P Jér. et 8 mss. K. de R.; MVT i:>2^.
de la peine, de l'inquiétude » ; cU'" a le même sens en araméen et en syriaque, et la racine correspondante signifie en arabe « ressentir », en assyrien (asâsu) « éprouver de la douleur » ; cf. l'éthiopien haa-as « perception ». Les versions ne s'accordent pas sur la lecture : seul T suit M et traduit par K s'inquiéter »: lisent irin^ (pour Dinii « avoir pitié, épargner » 'A et S çebstai Sh et Jér. parcet; mais G (tous les mss.) a lu HPU^"; « boire » et écrit nfeTai suivi par G 6 P. V quis deliciis a(Jluet est comme souvent trop peu littérale pour servir de point d'appui à une conjecture quelconque. Me N. et Sieg. admettent que tJ.i-:^.: et «pstas-ca-. sont des corruptions de r.ihi-a.: « souffrir, éprouver ». Mais t-iIiixol'. n'a aucun témoin et les mss. de G sont unanimes en faveur de -'cTai. Si Sh a oîbsTa;, elle le doit sans doute à 'A S dont elle cite d'ailleurs la leçon, et de même Jér. (cf. Praef. in Corn.). Or 'A S ont évidemment lu ÙJini. En somme -î^ra-. doit être considéré comme primitif dans G et suppose nnUT'' dans l'original hébreu qu'il a traduit. Il reste à choisir entre ce verbe et u?*in''. Ce dernier ne fournit aucun sens satisfaisant, ni dans T ni dans 'AS. Sh Jér. Rachi et Rachbam (dans Ginsb.) ne le distinguaient pas de xi^T^ « se hâter », interprétation reçue encore par Grotius, Geier, Ginsb. La plupart des com. modernes et en particulier Knob. Herz. Hitz. Del. Mot. Wright. Xow. Bick. Ruet. Sieg. Wild. Me N. Bart. et aussi BDB, GB traduisent par « jouir ». C'est en effet le sens qui convient au contexte, mais ce n'est pas celui de tt?*n en hébreu ni de la racine apparentée dans les langues voisines, et de fait aucune version ancienne, sauf V qui est peu littérale et s'inspire du sens général de la phrase, ne traduit ce sens. Si l'on veut maintenir U?in\ comme étant la leçon la plus difficile et dont le caractère primitif serait garanti par sa difficulté même, il faudrait traduire plutôt par H souffrir » et trouver ici une pensée analogue à Job, ii, 10; ix, 24 : « La souffrance aussi vient de Dieu ». Mais c'est à quoi Qohéleth pour l'instant ne songe pas. Mieux vaut reconnaître que M est altéré comme à la fin du V. La leçon de G, pour être la plus naturelle, ne doit pas nécessairement être rejetée. Reçoivent nnu?"i Griitz. Kam. {ZATW, 1904, p. 238), Zapl.
tjaG yin est une locution unique dans la Bible, mais fréquente dans la Michna iLea^^-, NEW. IL p. 25) au sens de « sans, en dehors de ». Le suffixe de la première personne, qui ne fournit aucun sens satisfaisant, est maintenu cependant par Knob. Herz. Ginsb. Mot. : « plus que moi », Gietm. : non est istud pênes me ipsum. Mais la plupart des com. modernes, et déjà Zirk., lisent MUQ suivant la leçon de 8 mss. K. de R.. G C Sh P Jér. contre V : ut ego, et T. I^ein. [Th. St. und Kr., 1909. p. 507) propose de lire >yfSO, forme pausale pour tiraa et reconnaît le substantif ija « destinée » (cf. Is. lxv, 11), d'où la traduction : « si ce n'est grâce à la destinée ». Mais la présence de « la main de Dieu » à la fin du v. précédent ne favorise aucunement cette correction.
26. Le parfait de 'trij indique une action que l'expérience a démontré être
284 l'ecclésiaste, ii, 26.
il donne sagesse et science et joie, et au pécheur il donne la tâche de recueillir et d'amasser, pour donner à celui qui est bon devant Dieu. '' Cela aussi est vanité et poursuite de vent.
habituelle (GK 106 A-; Kôx. III, 126 s). NlDin participe d'un verbe nS prend ici la voyelle d'un nS; de même vin, 12; ix, 2 (?), 18, et phénomène contraire dans VII, 26. Cette confusion est assez fréquente surtout dans les écrits tardifs (GK 75 oo). T\rh est précédé de la copulative dans PV et 5 mss. K. de R. — Sur la pensée elle-même, cf. Job, xxvii, 17; Prov. xiii, 22; XXVIII, 8.
La première partie du v. (26 a) fait difficulté, parce qu'elle paraît bien énoncer la croyance à la rétribution temporelle affirmée aussi dans m, 17; vu, 26; VIII, 12-13; XI, 9 c; xii, 14, mais niée énergiquement par Qohéleth, conformément d'ailleurs à sa conception générale des choses humaines, dans vu, 15; VIII, 10, 14; ix, 1-10. On a essayé (Herz. Bick. Wild. Zapl.) d'expliquer 26 a sans y trouver l'idée de rétribution : TiJsS 3112 désignerait l'homme qui est agréable à Dieu, qui a ses faveurs (cf. v, 14; Néh. ii, 5-6) en dehors de tout mérite et de toute considération de moralité, et N"l2in serait non pas le pécheur, mais l'homme que Dieu ne favorise point (cf. I R. i, 21), ou le malheureux (Gratz), ce qui fournirait le sens : « Dieu donne les biens de ce monde à qui il lui plaît », et ne contredirait plus viii, 10, etc. Mais bien que 2*112 et peut-être même Ni2in puissent prendre dans un certain contexte le sens indiqué, les passages de l'Ecclésiaste parallèles à celui-ci, m, 17; vu, 26, etc. ne laissent guère de doute sur son interprétation, non plus d'ailleurs que les textes qui expriment une pensée différente, mais en se servant des termes discutés (cf. ix, 2). l'iJsS 21"a peut bien signifier « l'homme agréable à Dieu », mais agréable parce qu'il est bon, et NT2in désigne simplement le pécheur. Sieg. Me N. Haupt, Bart. reconnaissent donc que la rétribution temporelle est enseignée dans 26 a; mais comme cette affirmation contredit les faits constatés à plusieurs reprises par Qohéleth (m, 16; iv, 1-3; vi, 8; VII, 15; VIII, 10, 14; ix, 1-6) et les conclusions pratiques qu'il en tire (ii^ 24; m, 18-22; v, 17; viii, 15; ix, 7-10; xi, 9-10), sans qu'on puisse discerner du commencement à la fin du livre un progrès ou une évolution de la pensée qui résolve la contradiction, ces com. attribuent ii, 26 a et les textes similaires à des gloses d'un hasid. Celte hypothèse paraît fondée ; voir Vlntrod. p. 160 ss.
26 b est aussi considéré par les mêmes interprètes, sauf Bart., comme une glose, mais d'une autre main d'après Sieg. et Me N. Zapl. tient aussi cette fin de verset pour interpolée et hors de propos. Cette réflexion, dans l'état actuel du texte, est en effet assez mal placée et il est difficile de dire à quoi elle se rapporte. Si l'on maintient le caractère primitif de 26 a, comment l'auteur, après avoir affirmé l'exercice de la sanction morale par Dieu en ce monde, peul-il ajouter : « Cela est vanité et poursuite de vent »? Même dans l'interprétation que Herz. Bick. etc. donnent de la première partie du v., la clause finale ne peut viser la conduite de Dieu dans la répartition des biens
l'ecclésiaste. III. 1. 285
III. ' Pour tout il y a un moment, et y a un temps pour chaque chose
et des maux. Qohéleth, qui ne blâme jamais expressément la Providence, n'a pu qualifier ses procédés de « vanité » et de « poursuite de vent », d'autant plus que si ces procédés paraissent anormaux et arbitraires, ils ne sont sûrement pas inelficaces (cf. m, 14; vu, 13). Le mieux serait encore d'appliquer le jugement porté dans 26 6 à la mésaventure du pécheur qui amasse des biens dont il ne jouira pas (cf. ii, 21; iv, 8; vi, 1). Mais n" représente naturellement la proposition principale : « il donne, etc. » et non pas seulement son complément. Si au contraire on reconnaît à 26 a une origine postérieure, on rapportera avec Bart. la réllexion de 26 b au v. 2'i. Les plaisirs énumérés dans ce dernier v. constituent le seul avantage que l'homme puisse espérer ici-bas, et encore cet avantage est vain, en ce sens qu'il ne donne pas une satisfaction suffisante et durable à nos désirs, et sa recherche peut être qualifiée de poursuite de vent, puisque son acquisition n'est pas assurée et ne dépend pas uniquement de nos etforts, mais du bon plaisir de Dieu. Si donc 26 b venait primitivement sans intermédiaire à la suite du v. 25, Qohéleth a pu écrire, au sens qui vient d'être dit, « ceci aussi est vanité » ; il parle presque de même façon dans ix, 9 et surtout xi, 8 b, 10 b. La seconde qualification « poursuite de vent » a pu suivre et garder une signification; sa présence est cependant moins naturelle, et il i-este possible que son introduction soit due à un copiste qui aura complété la formule d'après i, 14, 17; II, 11, 17, etc., et même que 26 b tout entier constitue une glose : cf. vi, 9 b; vu, 6 6.
Siev. rejette comme gloses "nDit/T et DIJdSi. Zapl. fait de même pour "nyz secundo. Haupt estime que tout le v. est régulier au point de vue du mètre, bien qu'interpolé.
Le V. 25, qui implique la maîtrise absolue de Dieu sur les événements (cf. i, 13), amène assez naturellement le développement contenu dans m, 1-15.
II. VANITÉ DES EFFORTS DE l'hOMME ; IL EST LIVRÉ AUX ÉVÉNEMENTS, TYRANNISÉ PAR SES CHEFS, ET ASSUJETTI A LA MORT, III.
Les événements se déroulent dans un oi'dre marqué par Dieu et avec une sorte de périodicité (m, 1-8). Mais l'homme ne peut découvrir les temps fixés pour chaque chose, ignorant qu'il est du but que Dieu poursuit dans le monde (9-11). Le mieux qu'il ait à faire est donc de profiter dans le présent de ce que Dieu lui envoie de bon (12-13), car il ne saurait pas plus modifier le cours des événements qu'il n'a su le prévoir (14-151. Il est en outre tyrannisé par des chefs injustes (16) ; cependant Dieu jugera le juste et le méchant (17). Enfin et surtout, il est voué à la mort comme l'animal |18-2L et n'a donc rien à espérer en dehors des jouissances immédiates qu'il peut goûter au cours de son travail (22).
III, 1. yai « temps déterminé, délimité » est un mot d'emploi tardif, qui hors d'ici se lit en hébreu biblique seulement dans Esth. ix, 27, 31; Néh. ii, 6, et le verbe correspondant dans Esdr. x, 14; Néh. x, 35; xiii, 31. Employé en araméen biblique dans Dan. ii, 16, etc.; Esdr. v, 3, en judéo-araméen, en néohé-
286 LECCLÉSIASTE, III, 2.
SOUS les cieux : ^ il y a un temps d'enfanter et un temps de mourir,
breu, en syriaque sous la forme ^,, il se retrouve sous l'une ou l'autre forme dans les autres langues sémitiques. C'est un aramaïsme (Kactzsch, Aram. p. 28i. S'il y a une différence dans l'emploi des deux termes rai et r>, le premier indiquerait la période de temps qu'une chose doit durer, et le second, l'époque à laquelle elle doit arriver : G xoTç TcSaiv [ô] y^pévo? xat xatpdç. ri" est fréquemment employé au sens d' « époque » ou « saison » : Gen. xxix, 7 ; Jér. VIII, 15; L, 16; Ez. xvi, 8; Gant, ii, 12; Esdr. x, 13. — ysn est « plaisir, complaisance » (V, 3; xii, 1, 10), et ensuite « chose, affaire » (m, 1, 17; v, 7; viii, 6). Dans la seconde acception on le rencontre chez les auteurs tardifs (cf. Prov. XXXI, 13) et avec une signification intermédiaire dans Is. lui, 10; lviii, 3, 13; même évolution de sens que pour 7l3î? (i, 13). — Au lieu de niî2ï?n, G (n*^"» V' 147 157 159 253 298 299) et Sh ont tôv fiXiov. — Zapl. retranche les mots « sous les cieux ».
Le sens de ce v. n'est pas simplement que tout est temporaire et transitoire, comme l'expliquait saint Jérôme : ni/iil siare perpetuum, et comme traduit encore Haupt en arrachant 1-8 à son contexte. Le présent développement suppose, il est vrai, la fugacité des choses humaines. L'auteur entend bien que rien ne dure. Mais son point de vue actuel est beaucoup plus spécifié et plus complexe. Ce que Qohéleth veut proprement établir, la suite le montre, c'est que chaque chose a son heure marquée par Dieu, heure à laquelle elle arrive nécessairement {\\. 11, 14; cf. Jean, ii, 4), avec dans l'ensemble une sorte d'alternance des contraires (2-8) et de retour périodique (15). Car on n'interprète pas exactement les vv. 1-8 si on les sépare de 11-15.
Les idées développées ici ont donc beaucoup de ressemblance avec celles de I, 3-11. Leur objet diffère cependant. Dans son entrée en matière, Qohéleth considérait les générations successives et constatait que chacune ne fait que répéter l'œuvre de sa devancière. Ici il envisage les divers moments d'une vie humaine et observe que les événements s'y succèdent en oscillant d'un extrême à l'autre avec une constante variabilité, mais sans que rien de nouveau se produise jamais. Par ce dernier trait seulement nous rejoignons la description précédente. Et c'est la grande misère de l'homme, il faut le dire dès à présent pour l'intelligence de ce qui suivra, que les faits au milieu desquels il se trouve engagé se déroulent ainsi avec une nécessité inéluctable et dans un ordre impossible à prévoir, et que l'avenir ne laisse entrevoir aucune espérance, puisque tout se répétera indéfiniment.
2. Dans cette énumération (2-8) Zapl. et Haupt rejettent les compléments qui aux vv. 2 et 5 briseraient le mètre, si le mètre existait. Mais la présence de ces différents ternies est la meilleure preuve que les métriciens empiètent ici sur un terrain qui ne leur appartient pas. Bick. a été mieux inspiré en traitant tout ce chapitre comme de la prose et GK 2 fait observer à bon droit que la disposition par stiques de ces vv. dans les mss. n'a rien à voir avec la métrique.
Qohéleth commence par indiquer des actions ou événements qui subissent des lois et ne se réalisent qu'en temps convenable : l'enfantement a lieu
LECCLÉSIASTE, III, 2. 287
quand le terme est venu, on ne plante et même on n'arrache qu'en tenant compte des saisons. D'autre part, ces lois échappent ù la puissance de l'homme, car il les subit et s'y adapte sans pouvoir les modifier : il ne peut par exemple avancer ou reculer le terme de la naissance, les saisons, le moment de la mort. Elles échappent même, en grande partie du moins, à sa connaissance : il ignore ce qui fait la fécondité ou la stérilité, et l'heure du trépas surtout lui reste inconnue. D'ailleurs Qohéleth paraît bien assimiler à ces premières actions toutes celles qu'il énumère ensuite. Dès lors, les événements qui constituent la vie humaine revêtent pour l'homme un double caractère à la fois d'imprévu {\lb) et de nécessité (14), de hasard surprenant (9, 13) et de conformité à des lois régulières (11 a, 15). La croyance à ces lois peut être née chez Qohéleth de sa foi à un Dieu sage et tout-puissant (11), mais aussi de la régularité qu'il découvre dans les phénomènes de la nature (i, 5-8), et de cette observation que les événements de la vie humaine présentent le même caractère de répétition (15), donc aussi, présume-t-il, de régularité, mais suivant des lois qui nous échappent.
Le tableau des actions humaines contient 14 antithèses (deux fois sept). On a cherché de différentes laçons à découvrir ou à établir un ordre dans l'énumération. Ilaupt bouleverse à cet effet la suite des vv. 4 à 8. Me N. a fait observer que la modification la plus simple consisterait à transposer 2 è et 3 a et à placer 5 a immédiatement avant 4 a. On obtiendrait ainsi un premier groupe de deux antithèses ayant pour objet la vie et la mort, puis quatre groupes de trois antithèses chacun, concernant l'administration de la propriété foncière, les émotions de joie et de chagrin, la conservation ou la perte des biens en général, les sentiments d'amitié ou d'inimitié. Mais le même critique remarque avec justesse que ces arrangements artificiels sont complètement étrangers à l'esprit de Qohéleth. Il n'a pas éprouvé notre besoin d'ordre.
mS est « enfanter » et non pas « naître », qui serait exprimé par ~Sin; il s'agit d'ailleurs du même phénomène considéré activement ou passivement. De fait, sauf V, toutes les versions traduisent par « enfanter » [G Texarv L dans Berg. C Sh P Jér. T). Il est clair que V tempus nascendi a été influencée par le souci de l'antithèse, et la plupart des com. l'ont suivie. Cependant « enfanter » est gardé par Knob. Herz. Ilitz. Zockl. Tyl. Gietm. Haupt; de même Kôn. (III, 215 b). La présence de « mourir » dans un membre semble exiger « naître » dans l'autre; ou bien si l'on maintient « enfanter », on désirera logiquement trouver dans le second verbe, au lieu du qal « mourir », Vhiph. « faire mourir », et de fait c'est ainsi qu'a traduit T : il en résulte un parallélisme très exact avec 2 è où « arracher » correspond à « planter ». On ne peut hésiter que pour le premier membre entre « naître » et « enfanter ». Les exégètes qui choisissent la première traduction estiment que le sens passif était dans la pensée de l'auteur et que si mS (actif) a été employé, c'est en vertu d'une préférence assez souvent donnée aux formes actives de l'infinitif sur les formes passives, et ils apportent en exemple mS (Os.ix, 11), inf. actif, dit-on, employé au sens passif de « naissance », et nisiaS (Jér. xxv, 34) pour nnanS « être immolé ». Le premier exemple n'est pas très probant, carie sensd' « enfantement » convient au contexte (cf. Van Hoo.nacker in loc).
288 l'ecclésiaste, m, 3.
un temps de planter et un temps d'arracher ce qui fut planté , ^ un temps de tuer et un temps de panser, un temps de démolir et un
Mais il est exact que l'inf. actif s'emploie au lieu du passif quand aucune amphibologie n'est à craindre (cf. SixS, Deut. xxxi, 17, pour « être mangé », et ne traduisons-nous pas nous-mêmes SdkçS ... 2iT2 (Gen. ni, 6) par « bon à manger »? Mais précisément ici l'amphibologie était possible, et l'auteur devait employer le passif s'il ne voulait pas qu'on se méprît. Le parallélisme ne guidait même pas l'interprétation, puisque « mourir » vient en second lieu. A moins de modifier le texte, on doit donc maintenir le sens actif comme étant bien celui de l'auteur. Tout ce que l'on peut dire, c'est que le défaut de correspondance dans les termes est atténué par le fait que l'infinitif hébreu est un véritable substantif, dans lequel la personne de l'agent est moins présente à la pensée que dans le nôtre. L'antithèse entre « le temps de l'enfantement et le temps de la mort » nous paraîtrait déjà meilleure. De toute façon, le premier membre indique l'origine de la vie, ce qui fournit une opposition suffisante avec la mort. Il ne faut pas imposer à Qohéleth une logique trop stricte et un parallélisme étroit qui ne conviennent ni à son génie ni à ses habitudes d'esprit.
nî?^S est écrit parfois n:?T2S; cf. Baer (p. 62). Cette forme d'ailleurs régulière d'inf. construit est un hapax dans la Bible hébraïque; peut-être est-elle plus récente que yiTDJ; cf. JT^jS dans la Michna (Chebi'ith, ii, 1). — ipy est le seul emploi du qal de ce verbe dans B. h. Le sens de la racine est discuté; cf. 1p" « stérile » et Ipy « rejeton », en araméen biblique l'i^/^/je. « être arraché » et "ipy « souche », en néohébreu le pi. « extirper », et en judéo-araméen et syr. le dérivé Nipy « racine ». Le sens d'^( arracher » est assuré, bien qu'il ne rende pas parfaitement compte de l'emploi du pi. dans Jos. xi, 6, 9 etc. Batten {ZATW, 1908, p. 190) traduit celui-ci par « rendre inutile »; il voudrait lire la même forme dans l'Ecclésiaste et interpréter « cueillir, récolter ». Mais le sens d' « arracher » convient mieux au contexte et a été reconnu par les anciennes versions.
3. Hitz. et Sieg. traduisent Jin par « blesser », qui fournit une meilleure antithèse de guérir. Pour un motif analogue, Ginsb. suit P qui rend le second verbe par « sauver ». Mais Jin a toujours le sens de « tuer » et NSI celui de « panser les blessures, guérir » ; cf. Ez. xxxiv, 4. Rien n'indique qu'il s'agisse spécialement de la guerre comme l'a compris T ; il peut aussi bien s'agir de vendetta, ou de peine de mort infiigée par les pouvoirs publics. Le sujet de l'action n'est pas Dieu. Qohéleth n'énumère que des actions humaines. — Le ms. de Saint-Gall de l'ancienne Latine édité par S. Berger donne trois versions différentes de 3 a : Tempus occidendi et tempus sanandi. Tempus infirmari et tempus sanavi. Tempus elidere et tempus saluandi. La première est évidemment celle de L. Dans la dernière, la traduction salvandi est singulière et se retrouve uniquement dans P aÏLS&\\ voir Vlntrod. p. 208. La seconde n'est pas une traduction du texte canonique, mais une pensée prise d'ailleurs, ou formulée sur le modèle de la sentence biblique.
l'ecclésiaste, mi, 4-5. 289
temps de bâtir, ' un temps de pleurer et un temps de rire, un temps de se lamenter et un temps de danser, 'un temps de jeter dos pierres et un temps de ramasser des pierres, un temps d'embrasser
4. Le S manque devant les deux derniers verbes de ce v., et aussi devant le second du v. suivant; néanmoins G a l'article ici comme devant tous les verbes de cette énumération (2-8 a), et P Sh et T ont le S comme partout ailleurs. Cette construction n'est d'ailleurs pas irrégulière (GK 114 b). Mais la légère diiïérence de forme ferait soupçonner qu'on peut être en présence de locutions courantes et peut-être proverbiales, comme l'indiquerait aussi la paronomase de ^^£D et ^^p^; cf. Math, xi, 17; Luc, vu, 32; Jean, xvi, 20. 12D désigne la lamentation en usage dans le deuil (Gen. xxni, 2; l, 10, etc.); ip") « sauter de joie », peu fréquent, est plus usité dans les livres les moins anciens, et se retrouve en néohébreu (au pi.) et en araméen (au pe.).
5. L'omission du ^ devant Dl:3 ne doit pas être intentionnelle. Peut-être sommes-nous cependant en présence d'une formule reçue. Il règne d'ailleurs une grande incertitude sur l'objet de celte antithèse. D"'J2X « pierres » est un terme tout à fait générique; llScn signifie « jeter », et s'applique aux objets les plus divers, mais n'est pas employé pour la lapidation (Jos. xi, 10; Jug. IX, 53; II Sam. xi, 21 sont différents) ; DJ3 est « recueillir, amasser » (cf. ii,8). Le contexte fournit également peu de lumière ; 4 indique des manifestations de douleur ou de joie, 5 b des œuvres d'amour ou d'indifférence, sinon de haine; mais on ne peut rien conclure de ce voisinage, aucun ordre ne dominant rénumération. T, suivi par Aben Ezra, entend qu'il s'agit de réunir des matériaux pour une construction après les avoir dispersés. Mais 5 a serait une simple répétition de 3 b, ce qui est peu vraisemblable. Communément IfS interprètes s'inspirent de II R. m, 19, 25, et de Is. v, 2 : « jeter des pierres » serait l'acte d'hostilité qui consistait à couvrir de pierres les champs cultives pour les rendre stériles ; « ramasser des pierres » serait épierrer les champs ou les vignes avant de planter. Mais ce sont là des actes dont le premier au moins devait se produire rarement, même en temps de guerre, et ils seraient par conséquent assez mal choisis pour figurer dans une liste d'actions coutumières et périodiques. Pfleiderer (p. 274 s.; voir Vlntrod. p. 103) pense qu'il est question d'un jeu dans lequel de petites pierres étaient employées en guise de pions. L'idée est ingénieuse. On peut se demander cependant si les contemporains de Qohéleth auraient compris son allusion, étant donné le vague des termes qui n'étaient certainement pas réservés au jeu. Allusion peut être faite à l'emploi fréquent des pierres pour divers usages, surtout dans la vie paysanne, où elles remplacent toute sorte d'instruments : on s'en sert, sauf à les rejeter ensuite. Il est vrai que dans celte interprétation « ramasser » devrait venir avant « jeter ». Mais on rejette régulièrement les pierres des champs et des jardins, sauf à les ramasser ensuite pour réparer une muraille ou un chemin.
Le pi. de p2n, qui est plus usité que le qal, indique un embrassement plus tendre. Les mss. orientaux vocalisent psnQ comme un inf. qal (Kahle, dans GB), et quelques éditions (voir Baiir, p. 62) comme un participe pi.; cette l'ecclésiaste. ly
290 l'f.cclksiaste, m, 6-7.
et uu temps de s'éloigner des embrassements, '' un temps de rechercher et un temps de perdre, un temps de garder et un temps de jeter, ' un temps de déchirer et un temps de recoudre, un temps
dernière lecture est favorisée par T. On peut admettre l'interprétation de s. Jérôme [liberis dandain operam et rursus condnentiae) qui se réfère à I Cor. VII, 5; cf. Prov. v, 20; Gant. ii. 6 etc. et peut-êre Lév. xv, 23, 24. Mais il peut aussi bien être question de simples manifestations d'amitié : cf. Gen. xxiv, 13; xLviii, 10; I Sam. xx, 41 etc. N. Peters [BZ, 1903, p. 245) fait observer que la première partie du v. est formée de deux membres parallèles et égaux, et qu'il en serait de même de la seconde si pisn avait un complément. En conséquence il suppose qu'un mot a dû tomber ici et, en se basant sur Prov. v, 20, restitue pTl plIinS. pin « sein » aura été omis volontairement comme peu com-enable. Mais si l'on accepte cette correction, on devrait modifier le V. 2. et il resterait que le v. 5 diffère notablement du reste de l'énumération. Haupt et Zapl. sont plus logiques en réduisant à la fois 2 et 5 à la mesure des autres vv. par la suppression de tous les compléments. Encore obtiennentils un rythme (2 + 2) qui n'est pas celui des autres morceaux poétiques du livre (ordinairement 3 + 3). Il vaudrait mieux reconnaître que Qohéleth n'a pas écrit en vers et qu'il n'a pas eu non plus grand souci de la symétrie. Si l'on veut régulariser, ordonner et peigner toutes ses phrases, on aura fort à faire et on le rendra méconnaissable.
6. U?p3 a le sens de « chercher », et en particulier « désirer obtenir, ambitionner, réclamer » ; cf. Gen. xxxi, 39; Nomb. xvi, 10; II Sam. m, 17; I Chr. XXI, 3; Math, xiii, 45, 46. De fait Jér. et T traduisent par acquérir; cf. L tempus adquerendi. Mais le même verbe signifie aussi « chercher ce qui a été égaré ou perdu » (Ez. xxxiv, 4, 6, 16). — ~nN est « faire périr, détruire » (cf. VII, 7; IX, 18), mais aussi (conformément à l'un des sens du qal « être égaré » I Sam. ix, 3, 20; Jér. l, 6; Ez. xxxiv, 4, 16; Ps. cxix, 176) « égarer » ou « laisser égarer » par une négligence volontaire et coupable (Jér. xxiii, \\. Ce dernier sens sest développé en néohébreu et est devenu à peu près celui de notre mot « perdre par mégarde » : cf. Levy, NHW, I, p. 6 a.
Le sens de la sentence n'est pas cependant « chercher ce qu'on a perdu et égarer un objet ». Dans cette interprétation, 12N devrait être placé en premier lieu, et u?pn venir ensuite : on ne cherche qu'après avoir perdu. De fait P, s'appuyant sur ce sens et croyant peut-être réaliser une correction heureuse, a interverti l'ordre des deux verbes. Mais l'ordre de M et de toutes les versions indique que U?p2 est ici « chercher à acquérir » et 12N « détruire, laisser perdre » une chose à laquelle on ne tient plus, ou peut-être en subir la perte à regret par suite d'un accident ou revers de fortune; cf. v, 13. Cette interprétation fournit un sens en rapport avec la suite du v. lau et ""iSu^n opposent en effet garder avec soin en un temps et plus tard rejeter un objet auquel on ne tient plus. Bick. met ins* à la place de Tî''bu^n et réciproquement. Le sens ainsi obtenu peut se défendre, mais la correction n'est pas nécessaire et rien ne prouve que tel ait été l'ordre primitif des termes.
7. On déchirait son vêtement en signe de deuil ou de grande douleur: Gen.
l'ecclésiaste, III, 8-10. 291
de se taire et un temps de parler, '^ un temps d'aimer et un temps de haïr, un temps de guerre et un temps de paix.
^ Quel profit, pour celui qui travaille, dans la peine qu'il se donne ? '•^J'ai considéré l'occupation à laquelle Dieu impose aux fils de
xxxvii, 29, 34; xliv, 13; II Sam. xiii, 31; Job, i, 20; ii, 12 etc. Quelle qu'ait été la portée et l'ampleur du geste à l'origine, il est certain que dans les derniers temps on se contentait d'une déchirure unique, toute conventionnelle, de la largeur d'une main (7 à 8 centimètres de long). On recousait cette déchirure à la fin du deuil, au moins dans la plupart des cas : cf. Michna, Sanhédrin, vu, 5; Mo'ed qaton, m, 17; Chahbath, xiii, 3; Josèphe, Bell.jud. II, xv, 2. On ne peut guère douter que Qohéleth fasse allusion à cet usage. — nsn n'est pas fréquent dans la Bible hébraique : Gen. m, 7; Ez. xiii, 18; Job, xvi, 15 et ici, exclusivement. On le trouve en néohébreu et en judéo-araméen.
Il est assez naturel de se taire dans la grande tristesse (II R. xviii, 3G; Job, II, 13; Ps. XXXIX, 9). Mais le silence mentionné n'est pas spécialement celui de la douleur; il peut aussi bien avoir d'autres causes, telles que le respect, la prudence, etc.; cf. v, 1; x, 14, 20; Prov. xxvi, 4-5. Cette interprétation s'accorde mieux avec l'emploi contrastant de im qui n'indique aucune manifestation de joie.
8. Les deux noms dans 8 6 ne sont pas précédés du S. L'emploi de substantifs s'explique soit par l'insertion d'une locution usuelle, soit parce qu'une expression verbale, au moins pour DiStt^n « conclure la paix » (cf. Deut. xx, 12), n'eût pas eu le même sens (Sieg.i.
Qohéleth n'a pas épuisé avec cette énumération la série des vicissitudes que peut traverser une vie humaine. Il a du moins suffisamment inculqué l'idée qui le préoccupe.
9. nûjy peut être employé absolument au sens de « travailler, agir « ; cf. Gen. XXX, 30; Ruth, ii, 19; I R. xx, 40; Ps. cxix, 126. — Dans la peine, etc. plus litt. : « dans ce à quoi il se fatigue ». — La question rappelle i, 3; elle est aussi de pure forme et recouvre une négation. Cette négation est la conclusion normale de ce qui précède et elle est expliquée par ce qui suit. L'homme n'est jamais sûr d'obtenir un résultat de ses travaux. Les choses arrivent chacune en leur temps et ce temps nous est inconnu (1-8). En d'autres termes, Dieu qui « fait toutes choses » (xi, 5) déroule les événements à son gré : si notre action ne s'accommode pas à la sienne et ne la rencontre pas, c'est pour nous l'échec certain. Or, comme les deux vv. suivants le diront, la conduite de Dieu déjoue toute prévision; car elle ne suit, semble-t-il, aucune loi ni aucun principe. L'homme ne peut donc jamais espérer réussir. Obtiendrions-nous quelque succès, celui-ci, en vertu de la loi d'alternance ci-dessus démontrée, s'évanouira à brève échéance pour céder la place à son contraire. Le lendemain ne détruit-il pas régulièrement l'œuvre de la veille?
Bick. écrit Sa>n à la place de ni2?iyn. Haupt tient tout le v. pour une glose.
10. Sur les termes principaux de ce texte, cf. i, 13. — G ajoutait primitivement 7:âvTa après sûv ; ce mot se lit encore dans les mss. B 68 155 253 254
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rhomme de s'occuper : l' il fait toute chose appropriée à son temps, en outre il a mis dans leur cœur la durée entière, sans que l'homme puisse découvrir l'œuvre que Dieu fait depuis le commencement jusqu'à la fin.
et dans le copte, qui a aussi x tous « devant « les hommes ». — D'après Haupt nous serions encore en présence d'une glose.
Pour le sens de ce y. voir le com. du v. suivant et aussi celui de i, 13.
11. n2\ dans le reste de la Bible hébraïque, signifie « beau » ; dans B. S. XIV. 16 « bon », XXXII, 15 « agréable » ; en néohébreu, « beau, bon, bien, valant » : cf. INIichna, Zabim, ii. 2; m, 1; Chebi'ith, i, 1: Nazir, vu, 4; Kerit/iot/i, VI, 6, etc.; en syriaque « beau, convenable ». L'emploi du mot dans Qohéleth se rapproche de l'usage néohébreu et araméen ; dans v, 17 il est mis en parallélisme avec « bon » et a, comme ici, le sens de « convenable, séant, adapté ». — Le suilixe de inya représente SsriTlN' et non pas dmSn : « au temps qui convient » ; cf. S Iv xaipôi I^îm. — ch'J est toujours employé pour exprimer une durée indéfinie, dans l'Ecclésiaste (i, 4, 10; ii, 16; m, 14; ix, 6; XII, 5) et dans toute la Bible hébraïque, comme en phénicien et en moabite ; de même oSy en araméen biblique (Dan. ii, 4, 20, etc.). En néohébreu, en judéo- araméen (nqSv) et en syriaque, au sens d'éternité s'ajoute celui de « monde » {DuV en ce dernier sens dans B. S. m, 18; xvi, 7, ne paraît pas original). Il est donc au moins très probable, sinon certain, que le mot n'a évolué en hébreu au sens de « monde » que dans la période postbiblique de la langue. Parmi les anciennes versions, G et C tôv aîGiva, P et Sh iJoiA, quoi qu'en aient dit Ginsb. Wright et Me N., laissent subsister l'amphibologie entre le sens de « durée » et celui de « monde », bien que ce dernier soit probablement celui qu'ils ont adopté. G avait primitivement aùv Tcàvra devant Tov a'iôjva comme en témoignent encore en écrivant cûa-avia G (BCV 68 253 254) et C. On comprend mieux l'introduction de r.ivza. ou de hz dans le texte, qu'on ne s'expliquerait sa disparition. Cet adjectif est plutôt appelé, ici comme au v. précédent, par l'idée de durée totale qu'il rend seulement plus explicite. Il a été introduit dans la traduction donnée ci-dessus à seul effet de traduire le concept de OnV- Jér. saeculum et V munduni se prononcent nettement et indiquent que G était compris au sens de « monde » au temps de saint Jérôme. Les interprétations des com. sur ce mot embarrassant sont données un peu plus loin. — Dans DsSl ]nj le suffixe du nom représente les fils de l'homme nommés à la fin du v. précédent. La même expression est employée, Ps. iv, 8, au sens de « mettre au cœur un sentiment » ; suivie de S et d'un inf., Ex. xxxv, 34; Esdr. vu, 27, elle signifie « donner à quelqu'un l'idée (ou la capacité?) de faire quelque chose » (cf. Jean, xiii, 2); même sens encore dans Néh. ii, 12; cf. vu, 5, mais avec la prép. S»S' au lieu de 3. Il est à remarquer que dans tous ces textes, comme ici même. Dieu est toujours sujet. « Une chose est dans mon cœur » (Is. lxiii, 4 ; Ps. xxxvi, 2; Lxxxiv, 6) équivaut à « est dans mon intention ». Donc l'expression « mettre dans leur cœur » pourrait vouloir dire : donner à l'homme une
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idée, une notion. Cependant les textes dans lesquels la formule suivie de l'infinitif signifie « inspirer de faire quelque chose, en donner l'idée et la volonté », surtout les formules apparentées : « un jour de vengeance est dans mon cœur » (Is. lxiii, 4), « les pèlerinages sont dans mon cœur » (Ps. Lxxxiv, 6) indiquent qu'il peut s'agir d'une intention, d'une préoccupation mise par Dieu au cœur de l'homme, ici, sans doute, du désir de connaître. — ltt?X iSzQ est une construction unique et susceptible de plusieurs -interprétations, suivant le sens qu'on accorde à iSia. Dans plusieurs endroits (Ex. XIV, 11; Deut. ix, 28; xxviii, 53; II R. i, 3, 6, 16; Ez. xxxiv, 5; Os. iv, 6) i^lQ, conformément au sens des deux éléments qui le composent ( « par défaut »), doit se traduire par « faute de », ou « parce que » suivi de la négation. Mais, comme "jp suivi de l'inf. exprime la finalité ou la conséquence négatives (« afin de ne pas, de sorte que ... ne pas »), il résulte qu'on peut encore traduire par « afin que » ou « de sorte que » suivis de la négation, 1S2 n'ayant d'autre effet que de confirmer la négation déjà exprimée par TQ : c'est le cas, semble-t-il, dans Jér. 11, 15; ix, 9-11; Ez. xiv, 15; Job, vi, 5 (BDB p. 115 b). Mais la locution en vint très vite à signifier simplement « sans », comme dans Job, iv, 20; xxxiv, 7, 8, etc., et plusieurs interprètes (GB p. 99 b) ne lui reconnaissent même pas d'autre signification en dehors du sens causatif négatif mentionné en premier lieu. Ce sens causatif n'est pas indiqué ici et il serait plutôt exclu par l'imparfait (xjfa*i) qui suit. Les interprètes se partagent donc généralement entre les deux autres interprétations : « de sorte que ... ne pas », ou bien « sans que », cette dernière locution exprimant un résultat manqué, et équivalant à peu près à : « bien que malgré cela » suivi d'une négation. La première traduction est tout indiquée si l'on entend chv d'un obstacle à la connaissance. La seconde s'impose si oSy est au contraire un adjuvant de la connaissance. Quel que soit le sens adopté, la seconde négation (nS) ne fait que confirmer celle qui est contenue déjà dans "i^l (cf. GK 152 y, Kôx. III, 352 a). Il est même à remarquer que dans la première interprétation trois négations (ip, ''S2, nS) se trouveraient accumulées, puisque V2, comme on l'a dit, suffît à exprimer la conséquence négative. Griitz et Kam. [ZATW, 190i, p. 238) retranchent 1^2:2 qu'ils considèrent comme une dittographie de 02^2. Mais c'est un moyen peu justifié de se débarrasser d'un terme incommode que toutes les versions ont lu. G 8-wç jXT) et P expriment la finalité négative. — xsa'' est un potentiel : " pouvoir découvrir ou comprendre quelle œuvre Dieu réalise ». — "T*-?1 ••■ "ip est une locution reçue (Gen. xix, 4) aussi bien que ""..."ja. — ^\N1 et ^^o n'ont pas l'art., mais cette omission a lieu régulièrement dans certaines locutions usuelles (Ko.\. III, 294 g). Au lieu du terme ancien yp, le substantif ïilD tardif et rare (Joël, 11, 20; II Chr. xx, 16; Eccl. m, 11; vu, 2; xii, 13; cf. B. S. XI, 25) constitue un aramaisme (K.\utzsch, Aram. p. 68). Le substantif et la racine verbale se retrouvent en néohébreu, en araméen et en syriaque.
La principale difficulté de ce v. réside dans le mot db'J- Les com. se partagent entre les deux interprétations ci-dessus indiquées, à moins qu'ils n'essaient de corriger le texte. Herz. "Vaih. Ginsb. Klein. Zockl. Del. Plump.
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Wright, Now. Riiet. Wild. Me N. traduisent par « éternité )^ Il ne s'agit d'ailleurs pour aucun d'eux de l'immortalité : Now. Wild. Me N. s'arrêtent à l'idée d'éternité, en tant que durée indéfinie, mise par Dieu au eœur de l'homme; et Del. avec son clesiderium aeternitatis n'a pas émis un avis essentiellement différent, car il a restreint ce désir à l'ordre intellectuel : c'est le besoin qu'éprouve l'homme de s'élever au-dessus d'une connaissance limitée et fragmentaire des choses qui passent et d'embrasser par l'intelligence l'éternité elle-même. Sieg. se rattache à ces com. en ce qu'il admet le sens de « durée », mais il s'en sépare en entendant D7Ï? seulement de l'avenir que Dieu a donné à l'homme le désir de connaître. Un second groupe, moins considérable, d'interprètes traduit par « monde ». Les uns (Geier, Zirk. Ew. Elst. Tyl. Ren. Cheyne, Zapl.) l'expliquent de l'étude et de la connaissance du monde que Dieu a rendue possible à l'homme et dont il lui a donné le désir (Ew. et Elst. : « L'homme est un microcosme, parce qu'en lui le macrocosme se rellète », pour dire que l'homme connaît le monde); les autres (Mendelssohn, Gesenius, auxquels Knob. incline à se rallier), de la mondanité ou de l'amour du monde (cf. Eph. ii, 2; I Jean, ii, 16). Enfin, peu satisfaits de toutes ces interprétations, quelques com. ont essayé des changements de lecture ou même des corrections de texte. Hitz., à la suite de Spohn, Gaab, lit uhv, « sagesse, intelligence ». Bart., à la suite de Gràtz, lit de même, mais traduit par « ignorance ». Dans le même ordre d'idées, Haupt (p. 17, 29) propose ûSyn « il a mis un voile sur leur cœur ». Bick. (p. 11, 68) remanie la proposition : DSyn~S3~nx Uplb ou D^y^r; « il a mis dans leur coeur le désir de chercher tout ce qui est caché ». Kam. [ZATW, 1904, p. 138) préfère SdîTH « le travail » ; P dans xii, 5 a écrit ce mot au lieu de UiV et de même ici le codex Ambrosianus ; Kam. ne s'appuie pas sur ce témoignage, mais ces faits montrent que la confusion était facile.
Il faut écarter d'abord ces corrections. Celle de Bick. ajoute trop au texte pour qu'on puisse la prendre en considération. Kam. suppose que le travail pénible auquel l'homme est astreint ne lui laisse pas le temps nécessaire à l'étude. Mais cette idée que les nécessités de la vie enlèveraient à l'homme le loisir de philosopher est étrangère à Qohéleth. Jamais il ne fait entendre aucune plainte de ce genre. Au contraire, le labeur capital pour lui a précisément été la poursuite de la sagesse (i, 13; m, 10), c'est à ce travail qu'il a consacré presque toute son existence (i, 13; vu, 23; viii, 16), et si quelque chose lui a manqué pour mener à bien son entreprise de découvrir la sagesse essentielle, ce n'est pas le temps (vu, 23-24; viii, 17; xi, 5); l'impuissance humaine est plus radicale. Gratz et Haupt, en introduisant sous D^y la notion d'igaorance, fournissent un sens cohérent et qui n'est pas, en luimême, étranger à la pensée juive (cf. Is. vi, 9-10). Cette correction, si une correction s'imposait, serait la meilleure. Néanmoins, d'après la fin du verset, il semble bien que l'ignorance n'est pas précisément ce que Dieu a mis au eœur humain, mais qu'elle est plutôt le résultat (obtenu ou manqué) du don fait au cœur de l'homme. Enfin Grâtz et Haupt, comme Hitz., dont la suggestion « intelligence » a moins de sel et de vraisemblance, recourent à des termes dont l'existence en hébreu avec le sens indiqué n'est aucunement prouvée.
Mais une correction est-elle nécessaire, et le terme massorétique dSv ne peut-il donc donner un sens satisfaisant? La signification « monde », on l'a dit, n'est pas dans l'usage biblique, et les mots « depuis le commencement jusqu'à la fin » qui terminent le v., et auxquels on ne prend pas assez garde, appellent la notion de durée. L'idée d'éternité proprement dite doit cependant être écartée. Rien n'indique que Qohéleth se transporte jamais par la pensée dans un monde différent du nôtre. Or, si ce n'est pas là ce qu'on veut dire, s'il ne s'agit pas d'une autre A-ie, le terme d'éternité est impropre. Le sens d'avenir n'est pas non plus spécialement en vue. Certes, Qohéleth voudrait prévoir l'avenir que naturellement il ignore (m, 22 et parallèles), mais il est tourmenté tout aussi bien ici par le souci du passé et du présent. Ce qui l'intrigue, il le déclare formellement, c'est l'œuvre que Dieu fait « depuis le commencement jusqu'à la fin ». En réalité, ch'J signifie la totalité dont r'j désigne choque partie : c'est l'ensemble de la durée, ou la totalisation des temps particuliers dont il a été précédemment question (1-8). Mais pour saisir l'à-propos de cette mention de la durée totale, et apprécier toute la portée de ce concept nouveau, il est nécessaire de pénétrer plus avant dans la pensée générale de l'auteur. Qohéleth est persuadé que Dieu « fait toutes choses » (cf. xi, 5 et viii, 17), et qu'en les faisant il agit pour un but, qu'il a un plan : toutes choses sont appropriées à leur temps et conviennent positivement aux circonstances dans lesquelles Dieu les réalise. Mais Qohéleth n'arrive pas à discerner les principes du gouvernement divin, à trouver la loi des événements qui se succèdent, la formule qui les renferme et en dégage une raison. Il voit tout au contraire que ce monde, dirigé pourtant par Dieu d'une main souveraine, ne marche ni selon l'ordre, ni selon la justice, ni selon la sagesse, et en désespoir de cause, il se dira tout à l'heure que Dieu agit peut-être ainsi, d'une façon qui nous déroute, dans le dessein de se faire craindre (14) et de nous humilier (18?). Pour l'instant, il se contente de constater le fait. Nous n'arrivons pas à discerner les intentions que peut avoir la Providence à un moment donné (ry), ni par conséquent à prévoir ce qu'elle réalisera. A considérer chaque événement en particulier, l'homme est donc impuissant à pénétrer l'œuvre de Dieu. Mais il ne la comprend pas davantage s'il embrasse dans sa pensée, comme il le peut, la totalité des temps et des événements (dS"J. Le sens de l'œuvre de Dieu dans son ensemble lui échappe aussi bien que le caractère rationnel de chaque détail. aSyn ne désigne pas en effet une abstraction vide, mais le temps concret, peuplé d'événements et de choses, et de là vient que le terme a fini par signifier le monde, la durée étant de plus en plus identifiée à ce qui durait. On ne saurait cependant employer ici ce mot, l'auteur ayant en vue le monde humain plutôt que le monde physique, et le considérant non seulement dans le présent, mais aussi bien dans le passé et dans l'avenir. « Il a mis la durée dans leur cœur » veut donc dire que Dieu a donné à l'homme la capacité de s'élever au-dessus du moment présent pour envisager l'ensemble des événements, soit de la vie des individus, soit de la vie des peuples, avec le désir de les comprendre et de les expliquer. L'homme éprouve le besoin de résoudre le problème que pose pour sa raison l'existence et l'histoire de l'humanité. Mais l'œuvre de Dieu constitue uneénigrme indéchiffrable.
296 l'ecclésiaste, m, 12.
12 Et j'ai reconnu qu'il n'y a rien de bon 'pour l'homme' sinon de