Qinh; M D
Ce V. donne la clef du précédent, lequel est susceptible de deux interprétations un peu différentes. On peut dire que le travail imposé par Dieu à l'homme consiste avant tout dans la recherche de la sagesse en ce qu'elle a de plus élevé, l'intelligence du gouvernement divin (cf. i, 13). Cette connaissance révélerait à l'homme le sens de la vie et la direction des événements au milieu desquels il est emporté. Il saurait alors ce qu'il doit faire pouitirer de ceux-ci le meilleur parti possible (cf. ii, 3 b). D'autre part, ':^Z''jr\ pourrait désigner toute l'activité humaine, sans spécification d'aucune sorte : c'est en voyant l'homme à l'œuvre et en constatant ses insuccès que Qoh. s'est convaincu de son incapacité à discerner le plan de Dieu et par conséquent à agir autrement qu'au hasard (cf. viii, 16).
Sieg. attribue ce v. au hasid (Q^). Qohéleth, dit-il, nie qu'il y ait dans le monde une raison immanente; pour lui, tout est vain. Le hasid, au contraire, maintient que le gouvernement du monde est raisonnable, seulement l'homme est trop borné pour pouvoir s'en rendre compte. Mais si Qohéleth était dans ces idées, comment aurait-il pu écrire, au chapitre viii, les vv. 16-17 qui affirment nettement la foi à une « raison immanente »? Et i, 13 è; m, 1-8, 10, tous textes que Sieg. laisse à Q^, ne supposent-ils pas aussi que Dieu déroule les événements suivant un plan préconçu et connu de lui seul? D'ailleurs à moins d'ôter à Qohéleth la foi en Dieu, ce qui serait l'accuser d'imposture, il est difficile et même impossible de lui prêter à lui, sémite et juif, l'idée que Dieu ne gouverne pas le monde. Il peut bien ne rien comprendre au gouvernement divin et être fort troublé à ce sujet, sans aboutir à une négation. Enfin, pour que tout soit A-^anité, il suffit que les conduites de la Providence échappent à l'homme et qu'il n'en soit aucunement le bénéficiaire, et n'est-ce pas ce qui arrive, d'après l'auteur de ce v. et du suivant? Qohéleth ne juge pas l'œuvre de Dieu d'une façon désintéressée : pour lui, tout est vain si l'homme n'est pas heureux. Il n'est pas non plus exact de prêter au hasid l'idée que l'homme est trop borné pour saisir le caractère rationnel de l'action de Dieu dans le monde. Seul le Pessimiste peut avoir eu une idée pareille. Pour le hasid, tout est simple et clair : Dieu donne tôt ou tard le bonheur aux bons et le malheur aux méchants (ii, 26 et parallèles).
Zapl. retranche pour des raisons métriques niri? Til'N*. Haupt exclut du texte seulement D\"iSn* pour des motifs analogues, mais il considère tout le y. comme une glose. — Sur la pensée « Dieu fait toute chose appropriée à son temps », cf. B. S. xxxix, 16, 21, 33, 34.
12. Di est différemment traduit : « parmi les temps et les saisons » (Tyl.); « en eux », c'est-à-dire en leur pouvoir (Knob. Ilerz. Klein. Mot.); « parmi eux » (Del. Wright, ROet. Sieg.). Bart. incline à corriger en dS, faute d'ouïe peut-être : cf. ii, 2i dans G. D'autre part, au suffixe plur. employé ici correspond dans Ti*in2 le suffixe singulier, tous deux se référant au collectif m.xn
LECCLÉSIASTE, III, 12. 297
du V. précédent, car il n'est pas vraisemblable qu'on doive remonter jusqu'à DlN*n~lJ2 du V. 10. 11 n'est pas surprenant qu'un collectif soit représenté par un suffixe pluriel (GK 135/?), mais il y a quelque incohérence à ce qu'il le soit ensuite, à si peu de distance, par un suffixe singulier. Aussi peut-on se demander si primitivement on ne lisait pas ici, comme dans les passages parallèles (il, 22, 24; VIII, 15), D~nS qui aura pu être écrit en abrégé dS (sur l'usage qu'avaient les copistes d'écrire certains mots en abrégé, cf. Lkvi, I^ Ecclésiastique, I, Paris, 1898, p. xlvi s.) et corrompu ensuite en D2, à moins que, comme dans ii, 2'i. la corru[)tion n'ait précédé. Cette supposition paraît probable. — DN 12 introduit une exception (cf. viii, 15, et voir Kox. III, 372 t; GK 163 c); cette locution est ordinairement suivie du verbe à un mode personnel, mais dans Mich. vi, 8, comme ici, de l'infinitif, et dans Job, xlii, 8, seulement d'un nom. — On ne peut songer à entendre 3Tû nTcyS de la pratique du bien moral, comme l'ont fait cependant G P V T, et parmi les exégètes E\v. Elst. Zockl. Plump. Wright, auxquels s'opposent à bon droit Zirk. Knob. Hitz. Ginsb. Del. Mot. et la plupart des corn, modernes. Le contexte ne permet pas cette interprétation, non plus que les passages parallèles : II, 24; m, 22; v, 17; viii, 15; ix, 7; xi, 9, dans lesquels aucune condition morale n'est insérée. D'ailleurs 13<7, qui reprend la pensée de Vlh, se sert pour exprimer la même idée de 2"1T2 ri>S"n qui n'indique jamais la pratique du bien moral, mais toujours la jouissance du bien-être. Et cependant la formule 2113 no en elle-même signifie « faire le bien » ; c'est en ce sens qu'elle est employée dans vu, 20 et partout ailleurs, et la formule opposée yi nÙ?" signifie « faire le mal » (iv, 17; viii, 11, 12). Comment se fait-il que nTG nO* rende i<n seulement une pensée dilTérente? Zirk. Tyl. Klein. [Th. St. und Kr. 1883, p. 765), Palm (p. 14), Kôn. {Einl. p. 433), Sieg. Wild. y voient un grécisme, l'équivalent de il -px-T£iv. Griitz, Bick. Xow. Cheyne veulent rétablir niNiS comme dans m, 13; vu, 17, et Del. donne le choix entre cette correction et l'interprétation de la locution, comme elliptique, par 1112 t) moS- Zapl. laisse à la forinul(^ son sens moral, mais In considère comme interpolée par un lecteur soucieux de corriger l'iîpicurisme de Qohéleth. Driv.-Kitt. note aussi : fartasse additamentum. D'après Me N. et Bart. nil'" est employé comme souvent au sens de « se procurer » (cf. ii, 3). De fait, yi nO se rencontre dans II Sam. xii, 18 au sens de « se faire du mal » ou « faire un malheur ». Nous aurions ici l'expression correspondante. Cette opinion paraît soutenable.
Puisque l'homme, à cause de son ignorance des procédés de Dieu dans le gouvernement du monde, est impuissant à s'assurer un profit durable (11), il n'a qu'à cueillir au jour le jour les joies que Dieu lui accorde (12 et 13). Sieg. prétend que ce v. 12, qui est de QS se rattache immédiatement à 10, tandis que dans 11, Q ' se déclare satisfait de l'ordre du monde et du gouvernement divin. Mais dans tout le livre, les réflexions similaires à celles de notre v. viennent régulièrement après la constatation que la vie ne donne pas à l'homme les satisfactions qu'il se croit en droit d'en attendre (voir les vv. qui précèdent ii, 24; m, 22; v, 17; viii, 15; ix, 7 et même xi, 9). Or, le v. 10 ne dit pas que le travail de l'homme aboutisse à un insuccès. Le v. 11 au contraire explique qu'il en est ainsi, et par conséquent amène la conclusion
298 l'ecclésiaste, m, 13-14,
se réjouir et de se procurer du bien-être dans sa vie, '^ et aussi tout homme qui mange et boit et jouit du bien-être dans tout son travail, cela est un don de Dieu. ^^J'ai reconnu que tout ce que Dieu fait existera toujours : il est impossible d'y rien ajouter ni
contenue dans le v. 12. II n'est pas exact en effet de soutenir avec Sieg. que l'auteur de 11 se proclame satisfait de la façon dont Dieu gouverne le monde, puisque au contraire il finit en déclarant qu'il n'y peut rien comprendre, et puisqu'il explique par cette ignorance du gouvernement divin le fait, affirmé dans 9, que l'homme ne tire aucun profit durable de son travail. La proposition « Dieu fait toute chose belle en son temps » n'exprime pas un sentiment de satisfaction. On peut y voir une assertion de foi, conséquence naturelle de la croyance en Dieu : l'œuvre de Dieu est toujours sage, même si nous en souffrons. Mais il est plus probable que, pour Qohéleth, c'est encore une constatation d'expérience. Il a fort bien vu que « l'œuvre de Dieu « ne relève pas précisément de l'arbitraire, que les efTets sont toujours contenus dans leurs causes, que tout s'enchaîne et se déduit. Ce qui sera jaillit de ce qui est, et ce qui arrive est en somme ce qui devait arriver. Et pourtant, bien que l'avenir soit ainsi le fruit du passé et du présent, et que chaque événement s'adapte d'une façon positive à son moment et à son milieu, l'homme ne saura jamais dire avec certitude ce qui sortira de la situation présente. Il est aussi incapable de prévoir ce qui arrivera que de discerner, dans ce qui se passe, le but et les procédés de Dieu.
Haupt considère 12 et 13 comme des gloses postérieures. Zapl. retranche pour des raisons métriques U2 et la fin du v. à partir de miryS.
13. D51 pourrait être pris pour une formule adversative (cf. vi, 7); mais ce sens ne s'impose pas plus ici pour nai que dans ii, 24; v, 18, etc., pour DJ. QINNtSd est placé en tête de la phrase comme un casus pendens. "d qui suit est ordinairement considéré comme une conjonction : « qu'un homme quelconque mange etc., cela est un don de Dieu », et cette manière de dire est en effet plus conforme à notre conception. Pourtant une construction absolument analogue se rencontre dans v, 13, où l'on n'hésite pas à traiter "1U7»S' comme un pronom, i:; peut aussi bien ici être pronom relatif sujet. Dans les deux passages, la première partie de la phrase propose un cas; celui-ci est représenté ensuite par un pronom neutre lequel forme le sujet de la proposition nominale qui termine le verset. — Les parfaits qui suivent SjN'' sont précédés du "1 consécutif, lequel s'emploie en efîet après l'imparfait introduit par certaines particules et en particulier par ty (Driv. //. T. 115 in fine). — La forme nnD se rencontre ici et v, 18; I R. xiii, 7; Ez. xlvi, 5, 11; Prov. xxvi, 14 exclusivement.
Conformément à son système, Sieg. tient ce v. pour une interpolation du hasid : voir le com. de ii, 24 b; m, 11, et ce qui va être noté sur le v. suivant.
14. nuyi est traduit au passé par G £::otV,acv C Sh P Jér. V. G aura mal compris la pensée et se sera référé à la création, ce qui aura influé sur le choix du temps. L'auteur considère l'action journalière de Dieu dans le gou-
l'ecclésiaste, III, 14. 299
vernement du monde, et l'on peut traduire par le présent aussi bien que par le futur. — N\~; exprimo l'idonlité : « cela même durera toujours ». Qohélofh ne veut pas dire que toutes les choses que Dif^u fait, considérées individuellement, subsistent à jamais, cette pensée serait contraire à tout 1-15 et surtout à 1-8, 11 a et 15, mais que l'ordre établi par lui dans la succession des événements se réalise nécessairement et se réalisera toujours. Jamais l'homme n'y pourra rien changer, soit en ajoutant, soit en retranchant un seul événement, soit en le faisant durer plus ou moins longtemps que Dieu n'a voulu. Chaque chose apparaît et disparaît à son heure. — S ]\S' nie l'action exprimée par le A-erbe, non pas comme un fait déterminé passé ou futur, mais comme un dessein à réaliser. Ici, c'est la négation d'une possibilité (Driv. //. T. 202; GK 114 /), comme dans Esth. viii, 8; Esdr. ix, 15; II Chr. V. 11; XX, 6; xxii, 9. Les deux verbes jnj et î]Dl se retrouvent dans une formule parallèle, Deut. iv, 2; xiii, 1; même pensée Eccli. xviii, 6. ... ^>h^J IJCai est traduit littéralement par G (B) 'A0PT, tandis que G (X AC), C qui a omis le second terme, Sh Jér. "V mettent le pluriel en accord avec navra 83a, omnia qiiae. — U peut marquer la finalité tout aussi bien que lUTN : « Dieu agit (ainsi) afin qu'on le craigne » (GK 165 b), et le v. 9 montre que nû'" peut être employé absolument. Mais la même conjonction peut aussi annoncer une proposition complétive : « Dieu fait qu'on le craigne » ; Kôn. III, 38i /, se prononce en ce sens (cf. Ez. xxxvi, 27 et Apoc. xiii, 15). — Le 1 de la racine n'est pas toujours écrit dans l'imparfait de Kl''; cf. Baer (p. 64). Le sujet de ce verbe peut être niNH, resté dans la pensée depuis le v. 11, rappelé dans 12, exprimé de nouveau dans 13, ou bien l'indéfini « on ». 1J2S*2 N1^ est une expression propre à l'Ecclésiaste; cf. viii, 12-13. Le même verbe est employé avec iJSQ dans Ex. ix, 30; I R. m, 28; Agg. i, 12.
Haupt considère tout ce v. comme une glose qu'il rattache à i, 15. Sieg. l'attribue comme le précédent au hasid (Q*). La pensée de 14 a è est cependant en harmonie avec la conception de Dieu et de ses rapports avec le monde qui est celle de Qohéleth dans i, 15; m, 1-8, 10, 15; vi, 2 b; viii, 17 a, textes laissés par Sieg. à Q', sans compter vu, 13; ix, 1; xi, 5 è qu'il lui enlève arbitrairement. Au sujet de 14 c, Me N. se rallie à Sieg. et le cas est en effet moins clair. Cependant, la crainte de Dieu est toute naturelle à qui croit en lui, et les affirmations de foi en Dieu sont si fréquentes dans ce livre, et tellement incorporées à la substance de l'œuvre, que personne encore n'a pu les en dissocier. Il n'est donc pas surprenant que Qohéleth fasse allusion à un sentiment qu'on pourrait appeler le premier-né de la foi. Il est vrai que 14 c paraît fournir une explication du but que Dieu poursuit dans le monde. Or Qohéleth niera toujours en avoir pu trouver une (ni, 11; vu, 24; viii, 17; ix, 1) et jusqu'à la fin la conduite de Dieu restera pour lui un mystère. Mais, bien que Qohéleth dise ne rien comprendre à l'œuvre que Dieu fait, et au moment même où il l'affirme, il constate, ce qui n'est point mal observé, et l'alternance des contraires (2-8) et la répétition sans fin des mêmes événements (15). Il est donc au moins un procédé de Dieu qu'il a saisi sur le vif. Seulement, ce procédé ne présente pas un caractère rationnel et surtout il ne permet aucune espérance : c'est l'instabilité organisée et la douloureuse certitude que l'avenir ne sera pas meilleur que le passé. Cette demi-connais-
300 LECCLÉSIASTE, III, 15.
d'en rien retrancher, et Dieu agit de façon qu'on le craigne. ^^ Ce qui est fut déjà, et ce qui sera a déjà été, et Dieu recherche ce qui a été chassé.
sance ne compte pas, car elle ne fait que confirmer le pessimisme de Qohéleth. Or n'en est-il pas de même de cette affirmation que Dieu agit pour se faire craindre? Ce n'est pas non plus une solution : le cours des événements pris en lui-même reste aussi peu conforme à la justice et à la raison, et au point de vue de nos aspirations essentielles aussi peu satisfaisant; la vie reste désolée et vide d'espérance. Mais il y a mieux. Sieg. laisse à Qoh. le v. 18 : « Dieu éprouve les hommes et fait voir qu'ils sont des bêtes ». Or n'est-ce pas là une pensée parallèle au v. 14 c? N'est-ce pas aussi un essai d'explication? Le premier, texte n'est pas plus consolant que le second, et si Qohéleth a écrit celui-ci, il a pu écrire celui-là. Cette idée d'un Dieu maître absolu, qui ne songe, semble-t-il, qu'à se faire craindre, convient d'ailleurs tout à fait à notre Pessimiste. Enfin Sieg. se méprend en présumant que l'auteur de notre v. veut dissuader son lecteur de critiquer le gouvernement divin. Il constate seulement que par ses procédés absolus {a et b) Dieu réussit à se faire craindre (c) et que c'est sans doute ce qu'il cherche. Sa religion ne lui a pas ôté, non plus qu'à Job et à certains psalmistes, la liberté d'esprit nécessaire pour étudier l'œuvre de Dieu : il n'a pas non plus l'intention de l'ôter aux autres.
15. n\"l peut être le parfait-présent (cf. GK 106 g). Si on le traduit par le passé, comme font Knob. Griitz, Ren. Wright, Bick. Gietm., on devra mettre le plus-que-parfait dans la proposition principale : « Ce qui a été avait été déjà »; N*n représente le sujet, et, en le juxtaposant à l'attribut -|23, implique la copule (Driv. H. T. 198; cf. GK 141 g). DIMS est un futur périphrastique : what is to be (Driv. //. T. 104; GK 114 /; Kom. III, .399 .-). Cette locution ancienne s'est maintenue et développée en néohébreu. — nx exigerait régulièrement l'article devant 5]T13, mais il est omis en un cas pareil dans vu, 7 (cf. Ew. Lehrhuch, 111 d et Kôx. III, 288 a, g). riTi est « suivre, poursuivre « et, Lév. xxvi, 36, '« mettre en fuite «. On est donc autorisé à traduire ici le part. niph. (le niph. ne se rencontre ailleurs que Lam. v, 5 et B. S. v, 3) par « ce qui a été chassé ». Le masculin peut exprimer le neutre (Kôn. III, 244 a). Comme les mêmes événements reparaissent sur terre après un temps, un peu comme les personnages sur la scène d'un théâtre, Dieu est représenté rappelant et ramenant à l'existence les choses qu'il en avait naguère chassées. L'emploi de U^ps « rechercher » peut sembler singulier. Mais U?"n, qui a à peu près le même sens, est employé dans Job, m, 4 pour un cas tout à fait analogue : Dieu est censé, là aussi, rechercher ce qui doit venir à l'existence, comme s'il le tenait quelque part en réserve, et les choses dont il ne s'occupe ni ne s'inquiète ne paraissent jamais à la lumière. Ce parallélisme confirme notre interprétation. Les anciennes versions (cf. B. S. v, 3) traduisent par le masculin « le persécuté », ce qui donne un tout autre sens, xi'pi devant être interprété d'une façon favorable à ce persécuté : u Dieu s'occupe de lui pour le défendre et le venger ». Seule V fait exception : et Deus instaurât
l'ecclésiastr, 111, IG. 301
^'^ Et j'ai encore considéré sous le soleil (qu')au siège du droit il
quod abiit. Cependant Jér. dans son com. connaissait déjà cette interprétation, car après avoir d'abord traduit par le masc, il cite G qu'il devait lire au neutre tô otwxofitvov et explique : quod praeteviit, quod expulsum est, quod esse cessavit. Gratz, Ilaupt, Zapl. Kam. (ZATVV, 1904, p. 238) adoptent le masculin; mais tandis que Zapl. rejette la proposition, qui ne conviendrait ni au sens ni au mètre, les trois autres interprètes estiment qu'elle a été seulement déplacée et la reportent à la suite du v. 17. En outre, Kam. fait une correction =l~in basée sur la règle de l'article : « Dieu recherche le persécuteur pour le châtier ». Si la proposition venait effectivement après 17, on devrait entendre î^nj d'une personne. Mais il n'est pas prouvé qu'elle ait été déplacée et l'interprétation donnée ci-dessus est très plausible,
llaupt partage le v. en deux gloses. — Sur les rapports présumés de ce v. et de tout le chapitre avec les doctrines stoïciennes, voir l'Introd. p. 87 ss., et sur les allusions possibles des vv. 11-15, 22 aux apocalypses, p. 77 ss.
16. On peut faire de Dipa soit le complément direct de in'iNI, avec G P Jér. et parmi les modernes Knob. Del. Wright, Now. Bart., soit un accusatif de lieu (cf. xi, 3 et GK 118 g) avec V et parmi les com. Hitz. Ginsb. Zockl. Sieg. Kun. (III, 330 A). La première explication est préférable : VU?in niZ'd forme une proposition complétive dans laquelle 7\l2ui représente Dlpa placé par anticipation dans la proposition principale. Cet adverbe indique le lieu même sans mouvement (Kun. III, 330 //). tCSUJCn DIp'Z pourrait à la rigueur signifier toute place où le droit devrait être respecté, mais désigne plus naturellement le lieu du jugement, c'est-à-dire l'endroit où la justice est rendue. — pTÏ est ici la justice attribut des juges et des gouvernants. Le même terme peut s'entendre aussi de la pratique générale des vertus, qu'il s'agisse d'un homme public ou privé (cf. vu, 15). Gràtz et Bart. s'attachent à ce second sens, dont ils font même l'équivalent de « piété », et ils estiment que Qohéleth veut se plaindre de la prévarication des chefs religieux. Mais rien dans le contexte ne favorise cette interprétation. La portée du même terme dans v, 7 et le parallélisme de "CEUa indiquent bien que l'auteur a en vue d'autres autorités : il blâme dans le premier membre l'injustice des juges et dans le second la méchanceté de ceux qui détiennent le pouvoir. — yujn « injustice, violation du droit », et d'une façon plus large « méchanceté, improbité ». La répétition de ce mot peut être voulue (cf. iv, 1) pour frapper l'esprit du lecteur. Gratz suivi par Driv.-Kitt. et Bart. suppose qu'on doit lire dans le second cas yursn « crime ». — Haupt rejette tout le commencement du v. jusqu'à lî7)2;yn et Zapl. incline à la même mutilation.
G àjeoj^ç a lu yu?in; mais toÛ ôt/.a-'oy (cf. 'A xî)ç o-xatoaûvr,? dans Field, Auct.) peut être un neutre comme h St/.aîw dans vu, 15. A la fin du v. eùasÔTÎ? dans G (tous les mss.) G Sh pour à7i% serait d'après Dillmann (p. 12) et Me N. une altération voulue en vue de corriger une proposition scandaleuse, mais d'après Eur. une méprise d'un copiste. La première hypothèse est favorisée par la constatation de phénomènes analogues dans iv, 17 et xi, 9. Le v. suivant a dû influer sur l'interprétation de celui-ci : le masc. àcs6r;; au lieu du neutre
302 l'ecclésiaste, m, 17.
y a riniquité, et au siège de la justice, la méchanceté. ^' J'ai dit dans mon cœur : « Dieu jugera le juste et le méchant », car il y a un temps pour toute chose, et sur toute œuvre [ ]...
paraît bien avoir été introduit sous l'influence de aùv xbv otzaiov zaï ujv -bv àasSî) de 17. Il est possible aussi que le désir de retrouver dans IG l'antithèse du juste et de l'impie ait causé ou du moins facilité l'introduction de EÙasÊTjç, surtout si Tou Stxafûj était entendu au neutre comme le parallélisme de Trj; -/.plaswç le commandait.
J'ai encore vu, ou considéré annonce une seconde constatation. La première, à laquelle l'adverbe "ly fait allusion et qui fut introduite aussi par TiNl au V. 10, portait sur l'ignorance et l'impuissance humaines en face du cours des événements. La seconde a pour objet l'injustice et la méchanceté de ceux qui détiennent l'autorité dans le corps social. Dans quel rapport est-elle avec la précédente? Si l'on tient compte de ce que le chapitre entier est consacré à décrire la triste condition faite à l'homme ici-bas, il semblera exact de dire que l'observation présente ajoute un nouveau trait au tableau de la misère de l'homme. Sans espoir du côté du gouvernement divin dont les procédés sont incompréhensibles, l'homme en a moins encore du côté des pouvoirs humains qui, au lieu de réaliser la justice et d'établir l'ordre dans la société, exercent l'injustice et organisent la rapine : nouvel obstacle pour celui qui comptait s'assurer par son habileté et son travail un profit durable. Ce trait est peu développé. On dirait qu'il est mentionné seulement pour mémoire, étant d'importance secondaire relativement à ce qui précède et à ce qui suit. L'auteur d'ailleurs y reviendra dans iv, 1 ss., 13 ss. ; v, 7; viii, 9; X, 5-7.
Assez souvent on a voulu trouver dans ce v. l'affirmation de la méchanceté de l'homme en général; bien plus, l'assimilation de l'homme à la bête au v. 18 serait la conclusion de la constatation de son immoralité : la société humaine n'est pas supérieure à celle des animaux (18) puisque la violence et l'arbitraire régnent dans l'une comme dans l'autre (16). Mais d'abord la formule qui introduit le v. 18 ne le présente pas, on le verra, comme une conclusion de ce qui précède. Ensuite, dans 18 ss., Qohéleth ne compare pas société humaine à société animale, ni moralité humaine à mœurs animales; il assimile seulement le sort final de l'homme individuel au sort final de la bête. Et enfin notre v. n'affirme pas l'immoralité de l'homme en général, mais uniquement celle de ses chefs. Et en cela il est d'accord avec tout le présent développement (chapitre m entier), qui n'a pas pour objet la perversité de l'homme, mais sa misère. D'ailleurs toutes les fois que Qohéleth parle, non pas des autorités sociales, mais de l'homme ou de l'humanité (DINH et D~Nn "iJl), il se montre beaucoup plus apitoyé que sévère. Il est rare qu'il accuse l'homme (vu, 27 s. lui appartient, mais n'est pas primitif dans cet écrit), et il a une tendance à l'excuser (ix, 3). Il le plaint d'un bout du livre à l'autre et tient sa condition pour imméritée autant que misérable.
17. "irnON devient xa\ eT7:a dans G (B 68 248 298) C P V et UzX eTtiov dans G (AC 155) : un est une corruption de xa( facilitée, soit parla double présence