Di-cSun ^mn ; M DiTa^'S^ mwa
deux excès ni leurs conséquences, mais bien les deux préceptes. La dernière prop. du V. ne signifie pas que l'homme religieux, par le seul fait qu'il craint Dieu et agit en conséquence, accomplit, ipso facto et sans avoir besoin d'y songer, les deux préceptes mentionnés, mais au contraire que l'homme pieux s'applique avec grand soin à ne pas manquer à ces règles. Si le premier sens avait été dans l'intention de l'auteur, il n'aurait pas fait précéder sa réflexion de la conjonction « car », mais plutôt d'une locution adversative, et la réflexion elle-même ne comporterait plus la même admiration pour les conseils donnés ni la même conviction de leur importance.
Sieg. attribue le v. entier à Q^ (glossateurs divers). « Celui qui craint Dieu » serait l'assidéen, qui suit dans l'observation de la Loi une voie moyenne entre le pharisien rigoriste et le sadducéen négligent et relâché. Me N. Bart. rejettent seulement 18 b comme une glose du hasid. Pour Haupt. tout 18 b-29 n'est qu'un tissu de gloses. Le point de vue religieux et moral introduit dans 18 b n'est certainement pas celui auquel Qoh. se place habituellement et s'est placé en particulier dans 14-17. La première partie du v. au contraire n'a rien en soi qui ne puisse convenir à l'auteur primitif. Il est peu probable cependant qu'on doive la lui laisser et attribuer l'autre au hasid. Si telle était l'origine des deux fractions de notre texte, la seconde ne serait pas introduite par « car » ; elle suivrait sans conjonction ou même pourrait être précédée d'un « mais ». La présence de "iD, et le lien étroit qui unit en efl'et 18 a et 18 b, donnent à penser que le v. tout entier provient d'un auteur unique, et non pas du hasid, dont les idées sont plus tranchées, mais du hakham, heureux de rencontrer une pensée digne d'approbation, et empressé à la relever. On s'étonne bien un peu que celui-ci approuve si chaudement le V. 16. Mais peut-être ne l'a-t-il pas entendu tout à fait au sens où Qoh. l'avait écrit. C'est du moins le soupçon qui vient à l'esprit à la lecture des vv. 21-22, dont le même sage doit être l'auteur (voir ci-dessous). De légers indices de pensée et de style (nTlSN* N1i, IkTX ana) posent, sans permettre de la résoudre, la question de savoir si nous n'aurions pas affaire, dans 18, 21-22, au casuiste qui a rédigé iv, 17-v, 6. Quoi qu'il en soit, le présent V. est le premier d'une série, 18-22, dont Qoh. ne revendique pas la paternité.
19. Le seul exemple qu'on puisse apporter pour faire ici de 'yn un transitif (Ps. Lxviii, 29) n'est pas probant. — DiT3''SuJ ne se rencontre en hébreu biblique que dans Gen. xlii, 6; Ez. xvi, 30; Qoh. vu, 19; vin, 8; x, 5; cf. n, 19 et voir B. S. IX, 13. C'est un aramaïsme (Kautzsch, Aram. p. 88). Le premier sens du mot est « puissant, détenteur d'un pouvoir » (vin, 8; B. S. ix, 13; cf. la racine verbale ou ses dérivés dans Eccl. n, 19; vin, 4, 8-9, et voir en araméen biblique Dan. ii, 10; Esdr. iv, 20, etc.); mais il peut naturellement désigner un chef (x, 5). Il est difficile de dire s'il a ici l'une ou l'autre signification.
^^ Car il n'y a pas d'homme juste sur la terre, qui fasse le bien et ne pèche pas.
Dans la seconde interprétation, quels seraient ces chefs et pourquoi le nombre dix, on lignore. Tout ce qu'on sait, c'est qu'en hébreu et en araméen bibliques, 'c'^^'d n'est pas un titre militaire. Gràtz songe aux « décurions dans les municipes romains et les colonies »; Del., aux « dynastes établis par les rois de Perse dans les villes conquises » (p. 223) ou à « dix archontes » (p. 322).^ Il pourrait s'agir en etTot de personnages chargés de l'administration de la ville (cf. Is. LX, 17), et comme le fait observer Del., ils pouvaient avoir à lu protéger contre d'autres dangers que ceux de la guerre. Perles [Analecten z. Textkritik des A. T., Mûnchen, 1895, p. 42) vocalise Qlr"i-)un ^2712 et pense que T2*i^ï; était un titre spécial donné aux successeurs d'Alexandre.
Haupt et Zapl. retranchent "l'Ti "irx. Gràtz, vSieg. Me N. Haupt, Bart. voient dans ce v. une interpolation d'un amateur de proverbes. La pensée ne se rattache en elfet en aucune façon à son contexte actuel. Elle a beaucoup de rapport avec ix, 13-16, mais qui est trop loin. 11 n'est guère douteux que nous ayons affaire à une des gloses (cf. vu, 7) provoquées par l'éloge de la sagesse inséré un peu plus haut, vv. 11-12. Écrite d'abord en marge, cette glose aura été incorporée par la suite à la colonne de gauche au lieu de l'être à celle de droite. Cette origine rend très vraisemblable la correction de Perles : le glossateur renchérit sur l'auteur de 11-12, lequel se contentait d'égaler la protection de la sagesse à celle de l'argent. Dans ce cas, DiT2iSu^ désigne simplement les « grosses fortunes » de la ville, ceux qui concentrent dans leurs mains le plus de richesses, qu'ils occupent ou non une situation oificielle.
20. Ce V. ne tient pas non plus à son contexte, bien qu'il commence par « car ». Hitz. Ginsb. Del. Wright, Now. essaient néanmoins de lui trouver un lien avec ce qui précède : La sagesse vient au secours du sage, le tire de ses méprises et le protège contre les conséquences fâcheuses de ses fautes, 19, car il n'est pas d'homme qui n'en commette, 20. Knob. Heil. de Jong, Wild. préfèrent le rattacher à ce qui suit ; Puisqu'il n'est pas d'homme juste qui fasse le bien sans jamais pécher, 20, ne fais pas non plus attention à toutes les paroles qui se disent, 21 (cf. Gen. m, 14). D'après Gratz, 20 apporte la preuve de 16; mais cette preuve vient bien tard. Me N. et Bart., qui écartent à titre de gloses 18 è-19, trouvent une suite entre 16-18 a et 20 : ce dernier v., en rappelant que tout homme pèche, explique que l'auteur ait conseillé de tenir une voie moyenne, éloignée de la perversité proprement dite, mais sans prétention à la parfaite justice. Mot. Ren. omettent le iD dans leur traduction, sans même prévenir. Zapl. le retranche du texte. Sieg. et Haupt traitent ce V. et les deux suivants comme gloses : tout le groupe 20-22 serait de divers glossateurs (Q'). Bick. transporte 20 à la suite de 22; Del. avait déjà fait observer qu'il y serait bien à sa place. Notre v. est en effet une glose du hakham, et qui se rattache au v. 22. Elle occupait la même marge que la glose précédente, bien qu'elle ne se référât pas à la même colonne du texte. Le copiste subséquent, trouvant ces deux sentences côte à côte, et in-
380 LECCLÉSIASTE, VII, 21.
21 Ne prête pas attention non plus à toutes les paroles que l'on dit, de peur que tu n'entendes dire que ton serviteur te maudit;
capable ou insoucieux de discerner leur point d'attache, les a insérées à la suite l'une de l'autre entre 18 et 21. La pensée du v. n'a rien d'original; cf. Job, IV, 17; Ps. XIX, 13; Prov. xx, 9, et surtout I R. viii, 46, qui est presque littéralement reproduit dans notre texte, mais avec des additions. La forme est considérée comme métrique par Bick., et sans aucune modification, par Zapl. et Haupt.
21. Ne prête pas attention, litt. : « ne donne pas ton cœur » (cf. i, 13, 17; VIII, 9, 16). — La troisième pers. du plur. Iint exprime le sujet impersonnel (GK 144 f). — La prop. finale négative est ordinairement introduite par "[3, plus rarement comme ici par nS T!1?n*, par exemple dans Ex. xx, 26 b; Esth. 1, 19 (KôN. III, 396 o); cf. i^h'à dans vu, 14. — L'emploi du part, pour exprimer l'action perçue est relativement fréquent après les verbes voir, entendre, connaître, etc. (Kon. III, 410 d; cf. GK 117 //). De peur que, etc., littéralement avec V : ne forte audias servum tuum maledicentem tibi. — Le sens du conseil n'est pas : « N'écoute point aux portes, de peur que tu n'entendes ton serviteur te maudire », mais : « Ne fais pas attention atout ce que l'on raconte, de peur que tu n'apprennes que ton serviteur te maudit ». D'après les com., il est spécialement question du serviteur, soit parce que celui-ci connaît mieux les défauts de son maître et en souffre daA-antage, soit parce qu'il est plus humiliant d'être dénigré par des inférieurs auxquels on réclame un dévouement fidèle, soit enfin parce que cette sorte de mésaventure arrive fréquemment. Le motif pour lequel nous devons nous garder d'écouter tout ce qu'on raconte serait que nous risquons par là d'apprendre des choses désagréables et mortifiantes.
Ces vues sont au moins incomplètes. On n'aura une intelligence exacte de ce v. que si l'on parvient à découvrir son auteur et à pénétrer son intention, et cette intention ne peut être discernée que par l'examen du contexte dans lequel le V. se présentait à l'origine. L'auteur doit être le hakliam. Les conseils d'ordre particulier que le livre contient de place en place sont tous son œuvre; Qoh. traite un sujet d'ordre trop général pour se préoccuper jamais de recommandations aussi spéciales. Quant au contexte primitif du v., il était constitué par 18, puisque 19-20 sont des gloses insérées à tort en ce point de la trame du texte. Le v. 18 est d'ailleurs comme 21-22 l'œuvre du hakitam. Or la suite des vv. 16-18, 21, loin de faire d'emblée la lumière sur le sens de notre v., présente au contraire plusieurs difficultés. Il est d'abord assez singulier que dans le v. 18, le hakham ait approuvé, sans hésitation et sans restriction, la recommandation faite par Qoh. au v. 16 d'éviter l'excès delà vertu. Ensuite, par le DJ qu'il met en tête du v. 21, le même sage marque formellement que le nouveau conseil se rattache réellement à ceux qui le précèdent. Mais quel rapport entre les deux préceptes de Qoh. et l'avis de ne pas écouter les bavardages? Enfin, pourquoi, dans le v., est-il fait mention spécialement du serviteur? Il est remarquable que saint Jérôme et le Targum ont interprété les premiers mots du v. 16 : « ne sois pas juste à l'extrême », non
l'ecclésiastk. \'ii. 22. 381
-2 car ton cœur sait que (c'est; bien des fois aussi (que) tu as, toi aussi, maudit les autres.
pas de la conformité générale au devoir ou de la pratique de la vertu, mais de l'exercice de la justice proprement dite à l'égard d'autrui. Ils ont pensé que Qoh. avait voulu nous faire entendre une invitation à ne pas appliquer le summum jus, mais à traiter le prochain avec une certaine clémence, soit dans nos actes, soit dans nos jugements. S. Jérôme écrit : .S't quem rigidum et trucem ad omnia fratrum peccata conspexeris, ut nec in sermone peccanti, nec propter naiuralem interdum pigritiam moranti det veniam, hune scito plus j'ustuin esse quant j'ustum est. Cum enim Salvator praecipiat dicens : Xolite judicare ut non judicemini, et nullus sit absque peccato, nec si unius quideni diei fuerit vita ej'us, inhumana justitia est fragilitati condilionis hominum non ignoscens. Noh ergo esse j'ustus mullum... Cette interprétation de 16 a comme d'un appel à l'indulgence a donc paru toute naturelle en un temps, et peut-être même a-t-elle été, dans une certaine mesure, traditionnelle. Si, bien avant le Targum et S. Jérôme, le hakhani aussi l'avait adoptée, les dilllcultés ci-dessus mentionnées s'évanouiraient et notre v. apparaîtrait en pleine lumière. Le sage, au v. 18, n'a pu qu'approuver 16 a sans arrière-pensée, s'il l'a entendu d'une exhortation à la bonté. A 16 et 18 ainsi interprétés, 21 se rattache très naturellement, comme étant aussi un conseil de clémence, une invite à ne pas se montrer trop sévère et trop strict envers ses inférieurs. La mention spéciale du serviteur s'explique : elle était tout indiquée, sinon nécessaire. Le motif de ne pas écouter les bavardages et les rapports, et de n'y pas attacher d'importance, c'est d'éviter d'avoir à sévir ou d'être tenté de le faire.
G (Bx et plusieurs minusc.) GPT donnent un sujet à ni~"i, savoir àaeStïç, Diyth. Haupt, Zapl. retranchent r\1-\^ lyJN.
22, niD,"! Di^zys est un ace. de temps et tombe sur la prop. subordonnée, bien qu'il soit placé, par anticipation, dans la prop. principale (cf. vu, 20; iir, 13; v, 18). — 3711 a été lu maladroitement i*"|i par GSh G 'AS. Mais P Jér. VT sont avec M. En outre GSh G ont une double traduction de cette première prop. : OTt -Xs-araxi; -ovripsûcrïTa: oî xxl xaôoooj; 7:oXXàç y.axwjci (copte ajoute a;) xapoi'av (G ms. B et copte >iapo(a) aou. La seconde version est dans le style d'Aquila; Tiovïipcûaerat zapofa cou se retrouve dans S. iS est ici la conscience, pour laquelle l'hébreu biblique n'a pas d'autre mot; mais cf. Sagesse, xvii, 15. — La répétition de D5 est pléonastique, mais s'explique à cause de la place occupée par le premier de ces deux mots en tète du v. et par le souci de bien convaincre le lecteur de ses propres manquements. — UN se trouve cinq fois écrit de cette façon dans la Bible hébraïque (GK 32 g). La prononciation judéo-araméenne PIN (Kautzsch, Gram. des Biblisch-Aramdischen, §18, Anm. 1) a pu favoriser cette écriture : cf. riN pour le masc. dans Nomb. xi,
15; Deut. v, 24; Ez. xxviii, 14.
Si, dans le v. précédent, le conseil de ne pas écouler les racontages était motivé par le risque couru d'apprendre des choses humiliantes, l'auteur aurait
382 l'eccli^siaste. vu. 23.
23 J'ai étudié tout cela par la sagesse; j'ai dit : « Je veux être
sans cloute maintenant pour but de convaincre son lecteur que ce risque n'est pas chimérique, et pour y parvenir, il lui rappellerait sa conduite personnelle : « Tu sais bien que toi aussi, tu as souvent pesté contre les autres ». Mais d'après l'interprétation qui a été proposée, le dessein du hakham est bien plutôt, en nous remettant en mémoire nos propres écarts et notre fragilité, de nous rendre indulgents pour les autres, s'il leur arrive de commettre envers nous les mêmes fautes. Régulièrement d'ailleurs, la proposition causale énoncée dans 22 doit motiver la proposition principale du v. précédent : « ne prête pas attention à toutes les paroles qui se disent », et non la subordonnée.
1" bis, PREMIER DÉVELOPPEMENT DU THÈME RELATIF AU DÉFAUT DE SANCTION MORALE {suite), VII, 23-29.
Les vv. 23-29 appartiennent encore au premier développement concernant l'absence de rétribution morale. Ce groupe de pensées fait suite à 13-17, dont, à l'origine, il n'était pas séparé. La sagesse est inaccessible à l'homme, car il ne saurait découvrir la loi suivant laquelle les événements se déroulent, 23-24. Mais il est sûr que l'immoralité est une folie, 25, et que la femme est une séductrice qui fait le malheur de l'homme, 26-28. Le v. 29 paraît ajouter une réflexion du hasid.
23. ir*'D3 « tenter, éprouver, essayer » (cf. ii, 1) désigne ici un examen et une étude, on pourrait dire une expérimentation, dans laquelle la sagesse a servi de moyen d'investigation et d'épreuve. — Le fém. HT exprime le neutre, mais les vv. 10, 18, 29 se servent de n" pour la même fin; voir Kon. (III, 45) et cf. le com. de ii, 2. ,17 désigne naturellement ce qui précède (cf. Gen. vu, 11), c'est-à-dire, si les observations relatives à 18-22 sont exactes, les vv. 13-17 : on verra plus loin ce qu'il en faut conclure pour l'interprétation générale du V. — HDDnx présente le seul cas où dans l'Eccl. le cohortatif garde sa force (cf. i, 17). — N'\1 peut être un neutre et représenter la conquête de la sagesse, que le verbe précédent a exprimé l'intention de réaliser. D'autres lui font représenter la sagesse nommée dans la première prop. et rappelée à la pensée par na^nK- Le sens reste à peu près le même dans les deux interprétations, littéralement : « Cela, ou elle, est loin de moi ».
Sieg. attribue 23-25 à Q'' (le hasid) ; Haupt aussi exclut ces textes et pense en outre que nD^PiN* ^mnx trouble la mesure. Zapl. est du même avis sur le dernier point. Mais le désir d'acquérir la sagesse est bien de Qoh. (cf. i, 13, 16; II, 3, 9, 15; viii, 16, 17; ix, 10) et Qoh. est seul, à l'exclusion du hasid et du hakham, à la déclarer inaccessible (cf. i, 17-18; m, 11; vu, 27-28; viii, 17, et même m, 22 in fine; vi, 12; vu, 14; xi, 5). En réalité, il n'y a pas, dans tout le livre, un seul v. qui soit plus que celui-ci dans l'esprit de l'auteur primitif, qui exprime mieux son ardent désir de savoir et son désespoir d'y parvenir. Mais que voudrait-il donc connaître? D'après la teneur du v., il existe une relation étroite entre l'étude des faits relatés dans 13-17 et l'acquisition
l'ecclésiaste, VII. 24-25. 383
sage ». Mais c'est (chose) inaccessible à moi. -' Ce qui arrive est lointain et profond, profond : qui le découvrira? ^' Je me suis
ou du moins la recherche de la sagesse. Or, les vv. 13-17 se préoccupent de l'absence de rétribution morale. De fait, si la loi morale gouvernait le monde, celui-ci serait aisé à comprendre : tous les maux s'expliqueraient comme les conséquences de fautes commises, et tous les biens comme la suite des actions vertueuses. L'énigme de la vie serait résolue et le moyen d'être heureux, trouvé : pratiquer la vertu. La sagesse, à la fois théorique et pratique, serait conquise. Mais la loi morale ne triomphe point ici-bas, et par conséquent le point de vue de la sanction, non plus qu'aucun autre, ne justifie ce qui arrive. Le réel n'est pas rationnel, ou du moins s'il l'est, nous ne voyons pas comment. La loi des événements nous échappe, et nous ne savons pas ce qu'il faut faire pour réussir dans la vie (cf. ii, 3; vi, 12) : la sagesse est inaccessible. Il est bon d'observer en conséquence que, de l'aveu même de Qoh., les avis donnés dans 16-17 ont un caractère d'expédient plus ou moins provisoire : ce sont des conseils de prudence, ce n'est pas une solution. Il en sera de même des suivants : vu, 25-26; viii, 15; ix, 7-10, etc.
24. La répétition de pnî? a pour but de marquer le superlatif : procédé primitif, même enfantin, mais toujours compris (GK 133 A-; Kon. III, 309 m). On trouvera, dans Deut. xxx, 11-14; Job, xi, 7-8; Ps. xcxii, 6; Dan. ii, 22; Eccli. xxiv, 28-29; Rom. x, 6-8; xi, 33, des expressions qui rappellent les qualificatifs employés ici. — n\Tiy~riD n'est évidemment pas « ce qui arrivera » et qu'on désirerait prévoir, car on lit le parfait, et non pas l'imparfait comme dans m, 22; vi, 12; viii, 7; x, 14. Il ne s'agit pas non plus de « ce qui est arrivé » dans un passé éloigné, comme dans i, 9, mais de « ce qui arrive » en général, et non point encore de la réalité extérieure et apparente de faits, laquelle n'échappe pointa l'homme (m, 15; vi, 10), mais du plan caché que ces phénomènes réalisent, de l'œuvre inconnue que Dieu poursuit (m, 11; viii, 17; IX, 1; XI, 5), du but et de la raison d'être de tout ce qui arrive (cf. vv. 25 a, 27). Cette raison d'être reste « lointaine », c'est-à-dire inaccessible, et « profonde », c'est-à-dire inscrutable et impénétrable : les événements déroutent la plupart du temps le sens inné de raison et de justice qui est en nous; n'entend-on pas dire de temps «à autre que la vie est absurde, et la mort encore plus? Il ne faut donc pas traduire avec Knob. Hitz. Vaih. Mot. : « ce qui est lointain et profond, qui le trouvera », ni avec Zuckl. : « ce qu'elle (la sagesse) est, est lointain », ou Ew. : « ce que c'est (que d'être sage) est lointain », ni avec Michaëlis, Rosenmiiller, Haupt : « ce qui a existé >■, ni même simplement avec Hengst. Klein. Del. Wright, Sieg. Wild. Me N. Zapl. Bart. : « ce qui existe ou ce qui est ».
G Maxpàv uzlo 0 r,v Sh G P Jér. V sont basés sur la lecture ri\Tw*p, ce qui indique que le n de no devait manquer dans l'hébreu de G; cf. "iniD dans vi, 8. T suit M.
25. imsD « se tourner », c'est-à-dire se mettre à quelque chose; cf. ii, 20. Quoi qu'il en soit de l'accentuation massorétique, "i;aST doit être détaché de ce qui précède et rattaché ù ce qui suit : on ne peut le joindre à "iJN, comme
384 l'ecclksiastf., vit, 25.
appliqué, et mon cœur [ ] a cherché et poursuivi la sagesse et la science, et reconnu (qu.e) la méchanceté est une sottise, et la folie
2?. Retrancher 1 T\V\h.
jouant avec lui le rôle de sujet de "iniZD. — L'inf. précédé de 1 et de S, et venant à la suite d'un verbe à un mode défini, est employé lui-même à la place d'un mode personnel. Le mode suppléé est celui du verbe de la prop. précédente, mais l'idée d'une intention ou d'une volonté est en outre généralement impliquée. Cette tournure se rencontre surtout dans les livres de la dernière époque (Driv. H. T. 206; Kos. III, 399 y; cf. GK114/>); cf. en français : « Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir ». "ilSl, dans 79 mss. S V T, représente une correction; elle est reçue par Knob. Griitz, Ren. Winckl. {Altor. Forscli. IV. p. 352), Me X. Haupt, Bart. (cf. ii, 3). D'autres corrections sont proposées : l^S -:nx1 (cf. i, 17) par Sieg. ; llnS "inSTlN innjl (cf. i, 13) par Zapl. et par Driv.-Kitt., lequel n'écrit pas nN. D'après ces deux derniers exégètes, nî?lS serait une surcharge provenant de la ligne suivante. La conjecture est plausible. Si ny~S était primitif, l'omission du S devant le troisième infinitif seulement devrait être attribuée à un accident. Mais U'p^l a bien des chances d'être original; car le traducteur grec, G (B) en témoigne, le lisait déjà. Dans ce cas, l'auteur n'a dû écrire la préposition qu'une seule fois (voir Kôx. III, 399 y, et cf. Gen. xiv, 9; Ex. xv, 17, etc.), et n"lS se dénonce comme adventice. L'authenticité de ce verbe n'est d'ailleurs pas favorisée par le sens de nn et de Xû'pi : Qoh. a étudié et recherché la sagesse, mais il ne dit pas qu'il soit parvenu à la connaître, tout au contraire! — pTÙ*!! ne se rencontre en hébreu biblique que dans Qoh. vu, 25-27; IX, 10, mais il se lit dans B. S. vi, 22; ix, 15; xlii, 3, et est courant dans le néohébreu de la Michna et en araméen. C'est un mot de la langue tardive. D'après la racine verbale hébraïque et ses dérivés, comme d'après l'usage michnique et araméen, le sens est « compte, calcul, réflexion, pensée, et résultat » de ces opérations, donc aussi « connaissance ». C'est un équivalent de sagesse, mais qui paraît désigner plutôt la sagesse spéculative. ri""S.T indique le résultat de l'étude et de la recherche, le savoir. Les verbes qui expriment la perception peuvent se construire avec deux compléments : il en est ainsi de ï/Ti au sens qu'il a ici : « reconnaître pour » (GK 117 ii; Kox. III, 327 s). On ne peut songer avec V iinpietatein stulti et errorem iniprudentiuni à faire de i*;^") et de mb^DH des états construits : dans ce cas les deux mots considérés comme au génitif devraient avoir l'art, et miDDH en être dépourvu. Le parallélisme ne laisse aucun doute sur le sens de Sd3, « sottise » comme très probablement dans Ps. xlix, 14. mSDDn « la folie » (cf. i, 17) s'identifie dans II, 3 à la recherche effrénée du plaisir, et l'adjectif SsD, dans vu, 17, appliqué au méchant, prend aussi un sens moral : il n'est pas douteux que le substantif, mis ici en parallélisme avec "U71, désigne l'inconduite. mSSn (cf. I, 17) est à son tour mis dans ix, 3 en parallélisme avec yi. Ces divers emplois de mots et l'ensemble du contexte (cf. v. 2fi) ne laissent aucun doute sur la portée réelle des termes, quel que soit l'équivalent dont on se
l'ecclésustk, mi, 26. 385
(de rinconduite) une démence. -''Et j'ai trouvé la femme plus amère que la mort, parce qu'elle est un piège et que son cœur est un filet [et] ses mains, des liens. Celui qui est agréable à Dieu lui échap-