‹ L'EcclésiasteChapitre 95 sur 120 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Qoh. a constaté des cas où la rétribution morale ne s'est pas réalisée, 9-10. C'est un désordre grave, que des justes reçoivent le traitement des méchants, et des méchants, le traitement des justes, 14. De ce fait il résulte que l'homme doit cueillir ici-bas dans son travail toutes les joies qui lui sont accordées, car il n'a pas d'autre bonheur à espérer, 15. Trois vv. intercalés (11-13) alTirment au contraire que le bonheur est en cette vie pour les justes, mais que le méchant ne vivra pas de longs jours.

9. G suivi par Sh CP introduit xat au début du v., sans doute par dittographie du 1 final du v. précédent. — n* se réfère à ce qui suit, comme dans vu, 27, 29; IX, 1, 3, et Ss représente par conséquent les deux faits opposés l'un à l'autre au v. 10 (cf. ii, 14; m, 19, 20, et surtout vu, 15 où le même mot est employé de même façon). — On peut expliquer l'inf. pnjl en disant qu'il continue le verbe à un mode personnel qui précède (GK 113 :;; Kun. III, 218 b; Knob. Wild. Me N. Bart.), et c'est ainsi que l'ont entendu G y.aà 'eowxa P Jér. VT, ou qu'il est employé adverbialement et quidem animadvertendo (Del. Sieg. ; cf. GK 113 h); mais, dans la première hypothèse, on devrait reconnaître à la prop. coordonnée la valeur d'une subordonnée circonstancielle. — n" est un accusatif adverbial : « au temps » (Kun. III, 331 è, et la plupart des com.; cf. GK 118 i), et ne forme pas une proposition nouvelle : « il y a un temps », comme le voudraient Vaih. Hengst. Ginsb. Mo N.; cf. 'A xaipôç w;, S 'Éariv 8t£, V Interdum dominatur liomo. Au lieu de TW, qui est attesté par M 'ASPVT, nx se trouve dans 1 ms. K. et a été lu par GSh C ; cf. Jér. et dominatus est homo. — G tou xaxôiaa; Sh CP Jér. T, auxquels se rallient Sieg. Zapl., ont lu "lS, inf. hiph. avec syncope du n. — yi désigne l'opprimé (GP Jér. T et la plupart des com.), et non pas l'oppresseur, comme l'ont cru SV Grotius, Herz. Hitz. Haupt.

Haupt croit que notre texte est le résultat de deux gloses. Le v. ne semble pas pouvoir être rattaché à son contexte antérieur (vu, 28 dans l'écrit primitif) ; mais il est en rapport étroit avec ce qui suit. La mention du caractère tyrannique de l'autorité s'explique en raison de l'anomalie constatée au V. 10, laquelle ne peut avoir d'autre origine que le fait du prince (cf. x, 5-7).

l'ecclésiaste, vmi, 10. 309

homme pour le malheur de celui-ci : ^^ et alors j'ai vu des méchants []..., mais ceux qui avaient bien agi s'en allaient loin du lieu saint et étaient oubliés dans la ville. Gela aussi est vanité.

Et d'autre part, «j'ai vu », qui commence le même v. 10, constitue une reprise dos premiers mois du précédent. L'autorité critiquée pourrait bien n'être pas celle du roi, mais du grand prêtre (DINH et non pas -jSd) : c'est du moins ce que donne à entendi-c le contenu du v. suivant.

10. Tout difficile à interpréter que soit le v. 10, la pensée générale de l'auteur n'est pas douteuse : il veut dire que sous le gouvernement d'un chef indigne, il a vu les méchants honorés et heureux, et les bons rejetés. La linale du texte : « cela aussi est vanité », la protestation que le hasid élève dans 11-13, et le jugement que Qoh. poi'te dans 14 sur les faits énoncés par lui, imposent ce sens.

p2 ne se rencontre hors d'ici en hébreu biblique que dans Esth. iv, 16; mais il est fréquent en araméen targumique au sens de « alors ». Ce doit être un aramaïsme. — Sur les deux ace. qui suivent TliNI, voir GK 117 ii et Kôn. in, 410 c. — Si 1.S31 est original et qu'il ait « les méchants » pour sujet (ce qui est fort douteux), la construction, commencée par un participe, se continue par un verbe à un mode personnel, comme dans Gen. xxiv, 43; xxvii, 33, etc. (KoN. III, 413 /). ixn Di13p (M 'AP Jér.) devient, dans G eî? Tdîçou? efjax.8£VTaç Sh et C (qui a lu -râcpov), DlNlID D^tlSp « portés au tombeau », qui est revu par Driv.-Kitt. et Bart. Le D initial de □"iN2ia, dans l'hébreu de G, peut provenir d'une dittographie de la letti-e précédente; mais la désinence Di ne comporte aucune explication de ce genre. — Le 1 initial de DIpDDT manque dans 'A et peut-être dans S; d'autre part, 5 mss. K. de R. et S attestent un 2 au lieu d'un c devant DipD- H est surprenant que ce substantif soit à l'état construit (GK 128 n-, note 1). Kon. (III, 305 d) le maintient et ti-aduit « la maison du saint ». Sieg. et Driv.-Kitt. pensent qu'il faut rétablir l'absolu (c'est le plus vraisemblable et 26 mss. K. de R. ont cette lecture) ou corriger en U^lip DipQQ (cf. Lév. xiv, 13). D*lpa manque dans G /.où Ix xou àytou (t6-

-cu, s'il était écrit tou [Me N.], aura facilement disparu), mais a été traduit par 'AL Jér.; on est étonné de trouver l'équivalent de t6;rou dans C, et lo^ jjkjoû dans Sh. Le « lieu saint » doit désigner le temple et non pas Jérusalem, car « la ville » est nommée tout aussitôt; cf. xôr.oi ayioç dans Math, xxiv, 15. — IdShi, attesté par MG (N-^-" V 253) CSP Jér., est précédé de la copulative dans G primitif (tous les autres mss.) xaî £::op£Û9riaav Sh 'A0, qui ont dû lire plutôt isbm. — "inDny;"'! « être oublié » (MPT), hapax en hébr. biblique, devient iniritt?"'! « être loué » dans 20 mss. K. de R. G xa\ IjîTjvéôriaay Sh C (sans xat) 'AS0 Jér. Hors de ce v., le niph. de T\2XÔ est seul employé dans la Bible et en particuKer dans Qoh. (ii, 16; ix, 5) pour exprimer le passif; mais il est supplanté en ce sens, en néohébreu comme ici, par Vhithpa.; cf. Levy, NHW, IV, 551 b. h'hitlipa. de niUJ se rencontre dans Ps. cvi, 47; I Chr. xvi, 35 au sens réfléchi « se vanter », que 'A0 (probablement èxaux.ïiaavTo ; voir Field) paraissent avoir admis; G a préféré le passif (sur l'emploi de Vhithpa. en

400 l'ecclésiaste, vin, 10.

liébreu tardif au sens du niph. cf. GK 54 g; Kon. III, 101). — p peut être traduit par « ainsi » (GSh P Jér. T; cf. Gen. i, 7, etc.), ou par « bien » (i: 5;xaia V; cf. Ex. x, 29; Nomb. xxvii, 7; II R. vu, 9, etc.).

La lecture n3U^ ou niU^ est décisive pour le sens de la seconde partie du V. Si l'on maintient M « être oublié », on fait nécessairement de i;T iu;x une prop. relative indépendante, laquelle exprime le sujet de nsï?, et on traduit naturellement p par « bien ». Celte interprétation réagit sur celle de la prop. précédente "IJT DIpDDI, et 10 h se trouve ainsi consacré aux bons et constate qu'ils ne sont pas récompensés selon leurs mérites : « mais s'en allaient (ou « on les chassait » en attribuant avec Ew. Elst. le sens causatif au pi.) loin du lieu saint et étaient oubliés dans la ville ceux qui avaient bien agi » (Knob. Ginsb. Del. Now. Bick. Wild. Sieg. Haupt). Au contraire, d'après la leçon de G (suivie par Grotius, Houb. Michaelis, de .long, Winckl. [Altor. Forsc/i. IV, p. 353], Me N. Zapl. Bart.), il n'est plus question dans le v. que d'une seule classe de personnes, les méchants, dont l'auteur constate l'heureuse fortune : « ... et ils étaient loués (ou ils se vantaient) dans la ville d'avoir agi ainsi ». Mais le v. 14, qui tire la moralité des faits relatés ici et oppose le sort des justes et des pécheurs, favorise plutôt la leçon de M.

Restent les premiers mots du v., qui sont fort embarrassants. Gomment se fait-il que Qoh., dont le dessein est d'apporter un exemple du bonheur des méchants, commence par mentionner leur trépas : « J'ai vu les méchants ensevelis »? On a voulu, pour résoudre cette difTiculté, trouver dans le texte, à côté de la mort des pécheurs, la mention de la fin des justes, soit dans IdShi, qui aurait le sens de « mourir » (Knob. Ginsb. ; cf. i, 4; v, 14, 15; vi, 4), soit dans ^ITTîp DIpDQ, qui désignerait la sépulture dont les justes seraient privés (Ew. Elst. Zuckl.). ^lais la présence d'un complément de lieu bien déterminé exclut pour "jSn le sens de « s'en aller de ce monde», et quant au « lieu saint », Del. a raison d'affirmer que dans le judaïsme, un pareil terme n'a jamais désigné le sépulcre. D'autres com., plus nombreux, renoncent, devant l'évidence, à trouver dans notre texte la mort des justes ; mais ils veulent du moins que la mort des méchants y soit présentée sous un jour favorable, et à cet effet ils traduisent l'énigmatique iNil par « et ils entraient dans le repos » (Ew. Elst. Del. Now. Wild. Sieg. Haupt), en se référant à Is. Lvn, 2. Mais dans le prophète, le verbe est suivi de DlStJ « paix », qui manque dans Qoh., sans que rien indique qu'il doive être suppléé.

On est donc réduit à des changements de texte sans base certaine, ou à des traductions plus ou moins exactes et dont le résultat n'est néanmoins jamais satisfaisant. La suivante s'inspire de de Jong : « J'ai vu descendi-e au tombeau des méchants qui avaient fréquenté le lieu saint et étaient loués dans la ville d'avoir agi ainsi. » Qoh. constaterait le succès, jusqu'à la fin, d'une hypocrisie qui ne se démentit jamais. Sur « entrer et sortir » au sens d' « aller et venir », cf. Act. i, 21; ix, 28; Jean, x, 9. Il est difficile d'adopter cette traduction sans modifier au moins légèrement le texte : iDSm ... DlpaS "1N2T Bick. remplace D"i12p par Dlfas ou D^'TnDJ « honorés », et prend 1N31 pour la juxtaposition de deux leçons entre lesquelles le scribe laisse le choix au lecteur : DIpfîQ "ÏN 3 « dans ou liors du lieu saint ». Le sens obtenu est assez cohérent : « J'ai vu des méchants honorés, et (cela) dans le lieu saint;

l'ecclésiaste, VIII, 11. 401

^^ Parce que la sentence concernant l'œuvre du mal ne s'exécute pas promptement, pour ce motif le cœur des fils de l'homme s'em-

mais devaient s'en aller et étaient oubliés dans la ville ceux qui avaient bien agi ». On pourrait aussi bien supposer DiD12, part, passif de "^la, qui s'emploie seul au sens d' « heureux » (cf. Jér. xvii, 7), et dire : « J'ai vu des méchants heureux, et ils s'écartaient du lieu saint (avec affectation, cf. Jér. m. Il et ils se vantaient dans la ville d'agir ainsi. » Ce serait le triomphe de l'impie prospère; cf. w. 12-13, qui insistent sur la crainte de Dieu, et IX, 2, qui constate le bonheur de l'homme qui ne sacrifie pas. D'autre part, si la seconde partie du v. concerne les justes, éloignés du temple et oubliés dans la ville, il serait naturel de trouver dans la première « les méchants installés dans la maison de Dieu » par le caprice du maître mentionné au v. 9, fait analogue à ceux que racontent I Mac. vu, 5-21 et 11 Mac. IV, 7 ss. C'était là sans doute la pensée que devait exprimer le texte à l'origine. Mais il serait trop aventureux, pour la retrouver, de transformer D''N21, que G permet de supposer, en Di"x "21 pour D\iSN T\'^23. (cf. cependant, comme exemples d'écriture abrégée, Jér. vi, 11 et Jon. i, 9, dans le grec et dans l'hébreu), tandis que Di12p deviendrait Dizip ou quelque autre forme du verbe 3")p (cf. Lév. xxi, 17, 18; Nomb. vu, 2, 18 1 : « J'ai vu des méchants officier (?) dans la maison de Dieu; mais ceux qui avaient bien agi etc. » Tout ce que l'on peut dire, c'est que INII Qillp doit représenter un texte corrompu.

11. "^'CN est causatif (Ku.x. III, 389 a\, comme le montre la reprise "tD~'l" « pour ce motif ». Wild. rattache ce v. et le suivant aux trois derniers mots du préeédent en faisant de 11 b une parenthèse : « C'est une vanité. 11, que la sentence... ne s'exécute pas (par suite de quoi le cœur... s'emplit du désir de faire le mail. 12, que le pécheur, etc. ». Mais ^2n n"î~n5 est régulièrement dans Qoh. une conclusion. Quand la même pensée commence une phrase, l'auteur dit, comme dans 14 : lï?N ^2.1 U?''. Quant au second "^^l'x (v. 12), il est vraiment bien loin de la prop. principale, dont une parenthèse le sépare encore. Enfin cette parenthèse n'est aucunement indiquée, car 1"*?^ n'inclut pas le relatif qu'on lui fait exprimer. — La présence de ^tN, qui n'est jamais employé pour nier une prop. verbale (cf. GK 152 a), indique de ni^yj est un part, et non un parf. Mais il est surprenant que ce part, soit au fém., D^PE étant un masc. \Esth. i, 20; cf. en araméen biblique Esdr. vi, 11). Aussi Hitz. Zôckl. Albrecht {ZATW, 1896, p. 115), Driv.-Kitt. lisent r.CV:. Del. Wright, Bart. pensent que Cins peut aussi bien être des deux genres. Ce mot ne se rencontre hors d'ici en hébreu biblique que dans Esth. i, 20; mais on le trouve dans B. S. v, 11; viii, 9, en araméen biblique dans Dan. m, 16; iv, 14; Esdr. IV, 17; v, 7, 11; vi, 11, en judéo-araméen et en syriaque. C'est un mot emprunté au persan (ancien persan patigama, de patigam, « arriver » ; néopersan, paigâm] et qui aie sens de « décret, édit, sentence ». et même, en araméen biblique, judéo-araméen et syriaque, celui de « parole, chose ». D;r£ ost à l'état construit icf. Esth. i, 20); de même nil"**2, lequel peut être consil'eoclksiaste. 26

402 l'ecclésiaste, vin, 12.

plit en eux (du désir) de faire le mal, ^^ parce que le pécheur fait le mal cent (fois) et prolonge ses (jours), bien que je sache que le bonheur sera pour ceux qui craignent Dieu, parce qu'ils le crai-

déré comme un collectif. G irCo tCjv tioioûvtwv Sh C P Jér. et peut-être \ ont lu lOa, qui est reçu par Spohn, tandis que Driv.-Kitt. propose nujyn; mais il est douteux que la prép. TQ convienne ici. D:ins nÙ7I^ signifie non pas « porter », mais « exécuter une sentence » (cf. Esth. ix, 1). Ew^. et Hengst. traduisent, conformément à l'accentuation massorétique : « parce que la sentence... ne s'exécute pas, l'œuvre du mal arrive vite ». Mais il vaut mieux, avec l'immense majorité des com. anciens et nouveaux, modifier l'accentuation (cf. WicKEs, p. 139). — « Le cœur de l'homme s'emplit de faire le mal » paraît d'abord signifier que l'homme se rassasie de faire le mal (cf. Hab. ii, 14), mais cette locution, avec « cœur » pour sujet, doit être rapprochée d'Esth. vn, 5 : dans les deux textes il s'agit d'un cœur plein du désir de mal faire (cf. Is. Lxiii, 4; Ps. Lxxxiv, 6, où « avoir quelque chose dans le cœur » exprime l'intention et le désir). GB compare l'assyrien mal libbi « ce que le cœur désire ». nSq est probablement le verbe à un mode déterminé, comme exprimant moins un état durable qu'un fait nouveau. Le S est ici un équivalent de l'ace, d'après Kon. (III, 399 g, cf. 289 a). On peut comparer la pensée de ce v. à Ps. Lxxm, 1 ss.

Sieg. attribue 11-13 au hasid (Q*), et avec raison. Il est suivi par Me N. Haupt, Bart. Déjà Bick. avait reconnu la divergence du contenu de ces vv. et de la doctrine de Qoh. Le hasid a emprunté il è à Qoh. ix, 3. Peut-être aussi le V. 10, dans sa teneur primitive, montrait-il les méchants fiers de leur impunité, et suggérait-il l'idée que 11 b exprime.

12. D3 iD ... 1U?N* est diversement interpi'été. Zirk. Knob. Ew. Heil. Elst. Zôckl. Bart. : « Bien que le pécheur..., cependant je sais... ». Mais si lurx introduit parfois une prop. conditionnelle (« supposé que... »), il n'introduit jamais de prop. concessive (« bien que... »). En outre, le verbe de la prop. principale qui vient à la suite d'une prop. conditionnelle commandée par iy;x se met à l'imparfait (cf. Lév. iv, 22; xxi, 13; Deut. xviii, 22; Is. l, 10), et non pas, comme elle le serait ici (yni), au participe. Enfin D5 ■»- n'a nulle part le sens de « cependant » (Del.). Aussi Hitz. Del. "Wright, Now. Rûet. Sieg. Kôn. (III, 389 a et 394 f) ont raison de traduire : « parce que le pécheur..., bien que je sache... ». lUJN est causatif et reprend, pour l'expliquer, le motif donné dans 11 a. Ginsb. et Me N. admettent cette traduction de "WH, tout en reconnaissant à DJ 13 un sens adversatif « mais aussi », ou affirmatif « sûrement aussi ». Mais le sens concessif que cette dernière locution possède dans IV, 14 convient également ici. G Sh C P ont fait de "1U;n un pronom relatif, mais S traduit yap, Jér. quia, V ex eo qiiod. N'en suit la vocalisation des verbes en nS; cf. n, 26. -- -pixaT nxa (M P Jér.T) a été lu "jlNai TNQ par G aTtô TÔT; xat kr.o [Aa/.p6T/iToç aÙTwv, suivi par Sh (qui a seulement [xaTai6Tr|To; pour |xaxp6TrjTo;), et par C (dans Giasca : « ... et jusqu'à la fin », mais dans Thompson : « ... et depuis la fin »), tandis que 'AS© àjréôavEv ont lu na à la

l'ecclésiaste, VIII. 13. 403

gnent, '^ et le bonheur ne sera pas pour le méchant, et pareil à l'ombre il ne prolongera pas ses jours, parce qu'il ne craint pas Dieu.

place de nx"2. Il n'y a en somme de difliculté que pour ce dernier mot, car G n'a pas eu pour le reste d'autres consonnes que celles de M, et aÙTÔiv est certainement une corruption de a-j-Câ écrit en onciales. Bick. Sieg. Driv.- Kitt. veulent écrire "nQ « depuis longtemps, de tout temps » ; Me N. et Bart. inclinent à supposer ix^ « beaucoup ». Il est en effet fort singulier qu'en l'absence de □>£: <> fois » (dont l'ellipse est d'ailleurs usuelle après les noms de nombre : cf. GK 134 r), le nom nxa soit à l'état construit. On peut voir dans Ewald [Lehrb. 279 e) un essai d'explication de ce phénomène. En tout cas, la présence anormale d'une telle forme n'est pas un motif suffisant de rejeter le mot. Peut-être devrait-on rétablir nxa. Quant à 7xa, il a pu naître de riNQ par une faute d'ouïe, en raison de la prononciation chuintante du n. « Cent » est un chiffre rond (vi, 3; Prov. xvii, 10) pour « bien des fois ». — Après "iixa, on doit suppléer a''n\ qui manque comme dans vu, 15; le v. suivant, au contraire, exprime ce complément. lS est un datif d'intérêt. — isiii "Wa. embarrasse les exégètes. Les uns, Bart. par exemple, y voient une tautologie, simple répétition de ce qui précède (cf. iv, 2, 8); les autres (Del. Now. Wild.) un rappel de la vraie signification d'un mot trop facilement prodigué : « ceux qui vraiment craignent Dieu » (cf. I Tim. v, 3 : /ïîpaç rfaa Tiç ovTojç x'ÎP^s); d'autres enfin (Haupt, Zapl.) suppriment cette proposition, comme étant une glose explicative. Mais le parallélisme avec 13 b indique «ju'ici aussi lUTX est conjonction et possède le sens causatif. Le hasid répond sans doute à Qoh. vin, 14; ix, 2 : les bons auront un heureux sort, lequel n'est pas un effet du hasard, mais la conséquence de leur vertu.

La pensée de 12 b s'accorde avec Deut. vi, 24; Ps. xxxvii, 37; Job, xxii, 21- 30; Prov. xiv, 27; Eccli. i, 11-12, etc. Plusieurs expressions de ce v. rappellent III, 14; VI, 3; vu, 15.

13. Sy^, qui a été lu hni par G Sh G, est assez discuté. Haupt le retranche; V et à sa suite Hitz. Elst. Zôckl. le rattachent à ce qui suit : « il est comme l'ombre, celui qui ne craint pas Dieu ». Sieg. : « L'ombre qui s'allonge le soir est ici l'image de la vie qui se prolonge indéfiniment » ; et Bart. conclut que l'auteur exprime la pensée que « les pécheurs n'atteindront jamais le soir de la vie ». Mais bs3 doit s'expliquer comme dans vi, 12, dont le hasid a pu d'ailleurs s'inspirer, c'est-à-dire qu'on doit le rapporter au sujet de la proposition « le méchant », et non pas au complément « ses jours ». L'ombre, qui n'a ni consistance, ni durée, ni même d'existence propre, devient facilement le symbole de l'instabilité et de la fugacité : on lui compare la vie de l'homme, ses jours (Job, viii. 9; Ps. cxliv, 4; Sag. ii. 5), mais aussi l'homme lui-même (Job, xiv, 2).

Il semble qu'il y ait contradiction entre 11-12 a « ... parce que le pécheur fait le mal cent fois et prolonge ses jours » et 13 « le méchant ne prolongera pas ses jours ». Mais il est évident que le hasid se fait dans 11-12 a l'écho

404 LECCLÉSIASTE. VIII, 14-15.

1* 11 est une vanité qui se produit sur la terre, (c'est) qu'il y a des justes auxquels il arrive ce qui convient à l'œuvre des méchants, et il y a des méchants auxquels il arrive ce qui convient à l'œuvre des justes. Je dis que cela aussi est vanité. 1=» Et j'ai loué la joie, parce qu'il n'y a de bonheur pour l'homme sous le soleil qu'à manger et à boire et à se réjouir, et puisse cela l'accompagner dans son travail, durant les jours de sa vie que Dieu lui donne sous le soleil !

de Qoh. VII, 15; viii, 10; ix, 3. et que dans 12 ^-13 il réfute l'objection en niant, non pas pour le passé ni même pour le présent (les verbes de 11-12 a sont au participe et expriment le présent), mais pour l'avenir (les verbes de 12 b-13 sont à l'imparfait et expriment nettement le futur), la réalité des faits objectés. La doctrine contenue dans ce v. est celle de Job, v; xv, 20-35; xx, 4-29; Prov. x, 25, 27, etc. Zapl. retranche la dernière proposition : « parce qu'il ne craint pas Dieu )>, qui serait une glose.

14. Vanité a, comme plusieurs fois déjà, le sens d' « anomalie ». — Ce qui convient à l'œuvre, littéralement : « conformément à l'œuvre ». — Uhiph. de Î753 suivi de Sn est employé au même sens qu'ici dans Esth. ix, 26; voir aussi Ps. XXXII. 6. La forme masculine du part, exprime évidemment le neutre (KôN. III, 323 cl; cf. II. p. 281). — Zapl. rejette comme des gloses « il est une vanité qui se produit sur la terre « et « je dis que cela aussi est vanité ».

La pensée se rattache au v. 10, dont elle n'était pas séparée dans l'écrit fondamental. Elle venait naturellement, à la suite de la constatation des faits qui démentent la réalisation sur terre de la sanction morale. Job, ix, 22; xxi. 7-34 exprime les mêmes idées.

15. Nin est un neutre et représente les trois infinitifs qui précèdent. Le qal de mS « accompagner » ne se rencontre hors de ce v. que dans B. S. xli, 12; mais le niph. « se joindre à quelqu'un » est d'usage assez fréquent en hébreu biblique. Le même verbe existe en néohébreu, araméen et syriaque. Les versions anciennes, et plusieurs com. à leur suite, prennent IJlSi pour un indicatif et traduisent « cela l'accompagnera ». Qoh. est trop pénétré des tristesses que la vie réserve à l'homme pour avoir émis une alTirmation pareille, laquelle ne serait pas, quoi qu'on dise, une simple variante de la formule « c'est là sa part » (m, 22; v, 17). L'emploi de l'imparfait indique plutôt un jussif. La présence de ce mode est reconnue par Del. Now. Wild. Sieg. Me N. Bart. (cf. GK 109 h). Wright, suivant une autre suggestion de Del., voit dans IJlS'' un subjonctif qui continue les infinitifs précédents.

Sieg. attribue ce v. à Q2 (le glossateur épicurien). Haupt écarte à titre de gloses ;i')2UJn T\T\T\ primo et DTiSnH; Zapl. retranche '^ZH primo comme destructif du mètre. La pensée de l'auteur (cf. ix, 7-10) est que l'homme de bien doit compenser pour lui-même le défaut constaté de rétribution morale, en cueillant les joies que la vie lui donne en échange de son travail. Le défaut de sanction l'amène ainsi aux mêmes conclusions que l'insuccès de la sagesse (il, 24 1 et de tous les efiorts de l'homme (m, 12), la similitude de la destinée

l'ecclésiaste, VIII, 16. 405

"'Lorsque j'ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à observer la tâche qui est accomplie par l'hommej sur la terre, car

humaine et de la destinée animale (m, 22), l'incertitude de l'avenir terrestre (V, 17-19), la tertitude d'une mort qui finit tout (vi, 3-6) et la durée essentiellement limitée de l'existence (xi, S-xii, 1).

111° TROISIÈME DÉVELOPPEMENT DU THÈME RELATIF AU DKFAUT DE SANCTION MORALE, VIII, 16-IX, 10.

Qoh. reprend pour la troisième fois le sujet de la rétribution, dans un développement beaucoup plus net et plus ordonné, que ni le hakham, ni le hasid n'interrompent plus. Qoh. a observé ce qui se passe sur terre, vin, 16. Mais il n'a pu parvenir à pénétrer le but et les procédés de Dieu dans le gouvernement du monde, 17. Car la vertu n'assure pas le bonheur, comme on serait en droit de s'y attendre : le sort des bons ne diffère pa.s de celui des méchants, IX, 1-2. C'est là un désordre d'où il résulte que les hommes sont encouragés à mal faire pendant leur vie; puis vient la mort, 3. Or, si le vivant peut toujours espérer voir des jours meilleurs, les morts, eux, n'auront plus jamais aucune part aux joies de la vie, 4-6. Conclusion : jouir sans retard de.s biens que Dieu nous accorde en ce monde et travailler activement, avant que vienne la mort qui finit tout, 7-10.

16. njn est bien « connaître », mais Qoh. veut dire qu'il a clierché à connaître la sagesse, non qu'il y soit parvenu : cf. le v. suivant. — La seconde partie du v., à partir de DS "13, forme une parenthèse qui explique et justifie l'expression ■Jijyn : les pronoms dans i::i>} Vjiyi représentent « l'homme », qui n'a pas été nommé depuis le v. 15, mais qui est présent à la pensée de l'auteur dans la proposition précédente « la tâche qui s'accomplit sur la terre », et se trouve contenu en quelque sorte dans ]ijyn, car ce mot ne peut désigner que le travail de l'homme. Michaelis et Me N. croient que Qoh. veut parler de Dieu « dont l'activité ne sommeille ni jour ni nuit » (Me N. p. 19). Mais Qoh. n'emploie jamais de pareils anthropomorphismes, et "j'ijyn ne convient pas pour exprimer l'action ou l'œuvre de Dieu, rendue toujours par niyyo. — Ses yeux ne voient, etc. est littéralement « il ne voit le sommeil de ses yeux ». Dans Gen. xxxi, 40; Ps. cxxxii, 4; Prov. vi, 4, les figures analogues sont moins hardies; mais on cite ordinairement Térence (Heautontim. III, I, 82) : Somnum hercle ego liac nocte oculis non vidi rneis.

« La tâche de l'homme » peut être entendue de deux manières difTérentes. On peut la restreindre à l'efîort de l'esprit humain pour acquérir l'intelligence du gouvernement divin, ou bien au contraire l'étendre à tout le travail de l'homme, quel qu'en soit l'objet. Le contexte paraît d'abord favoriser le premier sens, plus déterminé. L'étude des lois d'après lesquelles se déroulent les événements est bien la tâche spécifiquement humaine, celle qui s'impose à l'homme avant toute autre, la condition indispensable pour lui de toute action, ou du moins de tout succès (cf. i, 13; m, 10-11; vu, 23-24; xi, 5). Cette tâche le poursuit jusque dans le repos de la nuit, alors que ses autres tra-

406 l'ecclésiaste, viii, 17.

ni le jour ni la nuit ses yeux ne voient le sommeil, ^' alors j'ai reconnu, (au sujet de) toute l'œuvre de Dieu, que Thomme ne peut découvrir l'œuvre qui se fait sous le soleil, parce que l'homme se fatigue à chercher et ne trouve pas, et même si le sage

vaux sont interrompus. Le v. 17, en déclarant l'homme incapable, malgré tout son labeur, de discerner les procédés de Dieu, semble reconnaître que le but de son effort était en effet de les découvrir. Enfin, la mention du sage indique qu'il s'agit d'une besogne intellectuelle, de l'acquisition de la vraie sagesse, de celle qui pénètre et résout l'énigme du monde et de la vie (cf. vu, 23-24). On ne s'éloignerait guère, pour le fond, de cette interprétation, tout en accordant à ^ijyn son sens le plus étendu, si l'on affirmait qu'il désigne, non pas exclusivement, mais cependant en premier lieu, l'étude de la sagesse. Mais ce serait encore trop dire. Le terme employé désigne toute l'activité humaine, sans aucune référence à un ordre spécial d'occupations. Le début du V. note expressément que c'est Qoh. lui-même qui « applique son cœur à connaître la sagesse » ; rien n'indique que tous les hommes fassent de même, et si l'auteur écrit DTNTI au v. 17 (« l'homme ne peut découvrir l'œuvre de Dieu »), c'est qu'il généralise, et de son insuccès personnel, comme de celui des sages, conclut à l'impuissance de l'homme quel qu'il soit. Qoh. a donc observé d'une part tout le travail humain (v. 16), et d'autre part « l'œuvre de Dieu », c'est-à-dire la façon dont tout arrive en ce monde, la manière dont Dieu répond à l'effort de l'homme dans la distribution qu'il fait du succès ou de l'échec, et il n'a rien compris à la conduite de la Providence (v. 17); même en se plaçant au point de vue de la sanction morale, qui est maintenant le sien (cf. ix, 1), il n'arrive pas à s'expliquer les voies de Dieu.

La seconde partie du v. paraît contenir une affirmation exagérée; car enfin la plupart des hommes se contentent de travailler le jour et dorment la nuit. On peut dire que Qoh. dépeint l'homme tel qu'il l'imagine, et qu'il l'imagine tel qu'il fut lui-même (cf. ii, 23); sa vie n'a-t-elle pas été un labeur sans relâche, une recherche ininterrompue et ardente de la sagesse? Une certaine exagération de sa part est d'ailleurs assez vraisemblable. On peut supposer aussi que le texte est altéré et lire 'iJJ'iN' ^Jtyi : « ni le jour ni la nuit mes yeux ne voient le sommeil ». L'absence d'antécédent auquel les pronoms de la troisième personne puissent se rapporter favorise cette correction, et la proposition causale pourrait aussi bien motiver la première des deux propositions précédentes (la temporelle : « j'ai appliqué mon cœur ») que la seconde (la relative : « la tâche qui s'accomplit sous le soleil »). Mais toutes les versions attestent IJj'ix TiJi"! et Qoh. ne paraît pas avoir le goût des confidences personnelles.

Au lieu de lUTKD, G Iv oTç Sh C et 2 mss. K. de R. ont lu "Wai. Haupt supprime lij'iys et considère le v. entier comme le produit de deux gloses différentes. Zapl. retranche "ICN- et riNH-S:; niL-VJ i;rN, et lit au début du v. "innit

17. ^n\'<n est un fréquentatif et le 1 introduit l'apodose; cf. GK 112 oo et Driv. [H.T. § 129 et p. xvi). oXiSn*."! ni:'!;a~SD-rx est une anticipation, dans la prop. principale, de niyîn2n~nK qui se trouve normalement dans la subor-

LECCLÉSIASTE, IX, 1. 407

pense connaître, il ne peut pas trouver. IX. ' Car j'ai pris tout ceci I. HNI ''aSi GSh CP; MS Jér. TlSr

donnée; cf. n, 24 b. On peut dire encore que in^Nl a deux compléments, dont le premier est un nom et le second une proposition (cf. GK 117 //). « L'œuvre de Dieu » n'est pas autre chose que « l'œuvre qui se fait sous le soleil » (cf. m, 11). Tout au plus peut-on supposer que le premier terme, un collectif, désigne en elles-mêmes les œuvres de Dieu ou son action dans le monde, et le second, le plan que Dieu réalise ou le but qu'il poursuit en les faisant. ni2?ya est rendu par un plur. dans G Sh G 2 Jér. V, qui ont dû lire lOn : ce plur. a pu être introduit en raison du Sd qui précède (cf. vu, 13; xi, 5). Ew. Bick. (Driv.-Kitt. hésite) veulent corriger *1UN SuJ3 en I^n-Sd^, en s'appuyant sur G 8aa av. Mais on doutera fort que G ait eu une autre leçon, si l'on prend garde qu'il a rendu ensuite D»x DAT par xaiye 8aa av. Le témoignage de P , ^^ en faveur de Ss est également rendu suspect par le fait qu'elle rend aussi DN uy\ par j \oo : elle a dû subir dans les deux cas l'influence de G. Le texte massorétique, tout singulier qu'il paraît, peut s'expliquer, h'él suivi d'un pronom se trouve dans Jon. i, 12 (cf. v. 7 ipSy;! et v. 8 ipS 1U:n3) signifiant « à cause de »; or cette locution peut aussi bien être suivie d'une conjonction, à l'instar de l'araméen T S'^11, et constituer un des aramaïsmes du livre (Kaiitzsch, Ar. p. 87); elle ne diffère pas, pour le sens, de "itt?Nl ou xil (cf. Kon. III, 389 e, f). — S IQN est « penser à, vouloir entreprendre quelque chose >•> (cf. Ex. n. 14; II Sam. xxi, 16; I R. v, 19; II Chr. xxviii, 10, 13).

Zapl. retranche, toujours pour des raisons métriques, d'IiiSn."! et lu?N uaU7n~rnr nOJ, qui sont nécessaires à l'intelligence du texte. Haupt considère le V. entier comme une addition prosaïque à laquelle D'TiSNn niyVQ aurait encore été incorporé après coup. Sieg. traduit : « J'ai reconnu que tout le plan de Dieu est que l'homme ne puisse pénétrer l'œuvre qui se fait sous le soleil ». Mais si nÙryD peut s'interpréter parfois « œuvre faite avec intention » ou « réalisation d'un plan », ce mot ne signifie jamais proprement « intention » ou « dessein », et ce sens est exclu ici plus que jamais par l'adjonction de Sd. La portée du v. est bien celle qu'on a indiquée dans le com. du v. précédent. L'homme est impuissant à discerner le but et les principes d'après lesquels Dieu gouverne le monde. Le fait que la Providence ne se règle pas, dans la répartition des biens et des maux, sur le mérite moral de chacun, déroute absolument Qoh. C'est ce qu'il va faire entendre dans ix, 1 ss., qui fait étroitement suite aux idées contenues dans vin, 16-17 et en fournit la démonstration. Le caractère inscrutable des desseins et des conduites de Dieu est attesté aussi dans Job, xi, 6-9 et Rom. xi, 33.

IX. 1. Sur "iai tnna « prendre en considération, réfléchir », cf. vu, 2. — "linSl est ditficultueux : la forme lin. au lieu de lia, s'explique par l'analogie des verbes iy (GK 67 /•) et on sait que l'inf. construit s'emploie à la place du mode défini (GK 114 />); mais le sens du verbe (au qal, « choisir », au

408 l'ecclésiaste, ix, 1.

à cœur et 'mon cœur a observé' tout ceci : que les justes et les sages et leurs œuvres sont dans la main de Dieu; Thomme ne sait ni (si ce sera) l'amour, ni (si ce sera) la haine ; tout devant

niph. « se purifier « ; eu néohébreu « séparer, expliquer, rendre clair, prouver »; cf. m, 18) convient assez peu ici. Gràtz, Ren. Kôn. (III, 413 s.) corrigent en linSl (cf. I, 13; ii, 3; vu, 25); ils pourraient peut-être invoquer V ut curiose intelligerem et T y;iSiaSl, si ces deux traductions ne sont pas seulement des interprétations de TllSl. Mais, tandis que S Jér. sont avec M, G xa\ xap8(a [xou aûjAnav elSsv touto (avec quelques variantes), suivi par Sh touto au|X7tav eTSsv et par G, et P ont lu nx HNI fnSl (cf. i, 16). Bick. Me N. Haupt, Zapl. Bart. GB préfèrent cette leçon; Driv. [H.T. 206, note), Driv.-Kitt. et BDB hésitent. La leçon de M a pu naître facilement de "celle de G par confusion du 1 et de 1, le regard du scribe étant passé du N de riNT à celui de riK.

— Les deux HT se réfèrent à ce qui suit, comme l'indique la conjonction "Wa après le second; même emploi de "lU^N* dans vu, 29 ; cf. aussi viii, 12-14.

— 73Î7 est un hapax dans l'Ancien Testament, et un aramaïsme (Kautzsch, Aram. p. 70; cf. GK 93 wa>); cf. en judéo-araméen iiiiy et en syriaque j^^i..

— Dans la main de Dieu veut dire « en sa puissance, en sa dépendance » ; même expression dans Prov. xviii, 21; xxi, 1. — Sdh, qui commence le v. 2, doit être rattaché aux deux mots précédents DH'iJdS SdH et lu Sin : « tout devant eux est vanité ». Dn''JsS Sdh « tout est devant eux » n'a pas grand sens dans le contexte, et SdS "lUTND Sjn au début du v. suivant n'en a point du tout, bien qu'on ait essayé d'en tirer : « tout est comme ce qui (est) à tous », c'est-à-dire « tout leur arrive (aux sages et aux justes) comme à tous les autres ». La leçon Sin est celle de G Sh G S V; P a successivement les deux leçons, tandis que Jér. omet complètement le mot en litige. G est suivi par de Jong, Ren. Sieg. Me N. Zapl. Driv.-Kitt. Bart. Klein. [Th. St. und Kr. 1909, p, 523). Mais on rend mal le sens du mot en traduisant par « obscur » ou « incertain » comme S (dans Jér.) et V incerta. « Vanité » a ici comme dans VIII, 10, 14 le sens « d'anomalie » (cf. le com. de i, 2), bien qu'on puisse cependant lui laisser le sens de « chose vaine, stérile et ineflicace » : tout est vain en fait d'efforts et de vertu, puisque le même sort atteint le juste et l'impie. DHiJsS pourrait signifier « en leur présence », comme dans v, 1, 15, mais veut plutôt dire « à leurs yeux, à leur jugement » comme dans ii, 26; Gen. xLiii, 14; Prov. iv, 3; xiv, 12; Néh. ii, 5, etc. Le suffixe plur. représente le collectif sing, Dixn; cf. Gen. xxx, 43; Ex. i, 20, etc. (Kôn. III, 346 d). — Eîôùjç 6 avOpwTtoç (G 'AS Jér. et Sh, mais qui met ivOpwjioç sous astérisque), devient avOpwTOç eJôœç dans G (N 147 159) C; en outre, G transporte èv lor; naaiv, de la fin du v., après (xtaoç. — Zapl. retranche du v. le ^3 initial et DiT'JsS Sdh de la fin. Haupt fait de tout le texte un tissu de gloses diverses. Sieg. l'attribue à Q' (le hasid).

Mais les pensées sont bien celles de Qoh. Il annonce au début du v. le résultat de ses observations. Il le présente en effet en trois propositions juxtaposées, qui toutes dépendent de *1U?K, développent la même idée, et

l'ecclésiaste, IX, 2. 409

eux est 2 'vanité', puisqu'il y a pour tous un même sort, pour le juste et pour l'impie, pour le bon :et pour le méchant^ et pour

2. ^2r\ G Sh CSV ; M ^in. — Ajouter yiSl après n-nr"^ avec G Sh C Jér, PV.

dont la dernière est suivie de sa preuve ('"lil IUJNj au v. 2|. 1. L'homme, tout juste et sage qu'il puisse être, reste, en ce qui concerne le succès de sesactions et de ses entreprises, dans une absolue dépendance de Dieu et de son bon plaisir; cf. m, 14-15; vu, 14 ^; xi, 5; Prov. xvi, 1, 3, 4, 9 ; xix, 21; xx, 24^ XXI, 1, 30-31; Rom. ix. 15-18. 2. Il ne sait pas de quels sentiments, bienveillants ou défavorables. Dieu est animé à son égard. De sa justice ou de sa méchanceté personnelles, il ne peut conclure que Dieu le traitera avec bonté ou avec rigueur; et par conséquent il est toujours incertain de ce qui peut lui arriver, le bien ou le mal (Knob. Vaih. Ginsb. Hengst. Znckl. Me N. Bart.); cf. m, 22 ; vi, 12; vu, 14 b; viii, 14; ix, 2-3, 11-12; x, 14; xi, 5. Assez souvent on interprète cette seconde proposition « l'homme ne sait pas d'avance s'il aimera ou s'il haïra » (E\v. Hitz. Elst. Del. Wright, Now. Zapl. ), d'où il ne faut pas conclure d'ailleurs que les sentiments les plus intimes de l'homme échappent à son pouvoir (cf. Prov. xvi, 1, 9; xix, 21, qui réservent la liberté intérieure), mais seulement qu'il ignore ce qu'ils seront. Mais cette interprétation est sans aucun rapport avec le contexte, tandis que la précédente s'harmonise avec le sens général du v. et tient compte du fait que les mots « amour et haine » suivent immédiatement l'expression « dans la main de Dieu » : « Le succès des œuvres de l'homme dépend de Dieu : sera-ce l'amour, sera-ce la haine, la faveur ou la défaveur, Ihomme l'ignore. » D'autre part Wild. explique : « De ce qui lui arrive de bien ou de mal l'homme ne peut rien conclure quant aux sentiments de Dieu à son égard » ; et déjà s. Jérôme écrivait : Et quicumque adversa sustinent, utruin per amorem Dei sustineant ut Job, an per odium, ut plurimi peccatores, nunc habetur innertum. En réalité Qoh, ne se préoccupe pas précisément ici des sentiments cachés de Dieu envers les hommes, mais des dispositions de bienveillance ou de défaveur qu'il leur témoigne par les conduites de sa Providence (cf. ii, 24 c-25; m, 13; v, 18). 3. Tout arrive à tort et à travers, au moins aux regards de l'homme, et le monde parait marcher au rebours du bon sens, puisque les événements n'y sont pas réglés par la justice et la sagesse. Les w. 2-3 administrent la preuve de cette affirmation.

2. lUJND (M P 1) « conformément à ceci, que ... attendu que » a été lu "'^TiSS « parce que » par G èv lor? (::xa'.v) corruption probable de âv ol; devant Totç Tràaiv (cf. viii, 16; xi, 5 où "!CN3 est traduit èv olç,^. par Sh S V, tandis que C et Jér. l'omettent complètement. La leçon de G a les préférences de Me N. Zapl. Driv.-Kitt. Bart. Mais on peut maintenir M. — mpQ ne désigne pas exclusivement la mort, mais l'ensemble de la destinée, c'est-àdire, pour le bon et le méchant, un lot égal de biens et de maux en cette vie et sans doute une mort pareille ensuite; c'est ce qui ressort de vin, 14

410 LECCLÉSIASTE, IX, 2.

le pur et pour l'impur, et pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas. Comme il en est du bon, ainsi en est-il du pécheur; il en est du jureur comme de celui qui révère le serment.

et IX, 3. — STcS n'a pas de pendant dans M. Pour ce motif, et aussi parce que la moralité a déjà été mentionnée dans l'opposition du juste et de l'impie, Dôd. Bauer, Bick. Wild. Sieg. Zapl. Bart. le considèrent comme une glose inspirée de 3TCD qu'on lit plus loin. Mais le fait que tous les témoins sans exception garantissent 2"ToS n'est pas en faveur de cette hypothèse. Au contraire, G xal tw xaxÇ Sh C Jér. PV, c'est-à-dire toutes les versions anciennes, sauf T, ont en addition à M "iSl, et cette addition est sans doute à accepter avec Houb. v. der Palm, Spohn, Ren. Haupt, Driv.- Kitt. — Les termes « pur et impur » peuvent viser aussi bien la pureté morale, comme dans Ez. xxxvi, 25; Os. v, 3, que l'état de pureté légale.— Les esséniens se refusaient à otTrir des sacrifices sanglants (Schurer, II, p. 663), mais il s'agit ici de juifs peu religieux qui négligeaient les devoirs du culte. — Sur N*ûn, cf. ii, 26. — Toutes les versions, même T, ont traduit comme si elles avaient sous les yeux "2UJ23 au lieu de yzttJ^n. Or, d'après la leçon de M, le « jureur » est mis en parallélisme avec le pécheur, et par conséquent il fait mal de jurer (voir la traduction); d'après les versions au contraire, le jureur est en parallélisme avec « le bon » et c'est celui qui redoute le serment qui est blâmé : « comme il en est du jureur, ainsi en est-il etc. ». En se basant sur Deut. vi, 13; Is. lxv, 16; Ps. lxiii, 12, on pourrait soutenir que le serment est recommandé comme un acte de religion. Mais ce serait mal comprendre les textes. Le serment par le nom du Dieu, quel qu'il fût, qu'on servait, était d'usage courant. Aussi les passages cités, en ordonnant de jurer par le nom de Jahvé et en faisant des promesses à qui jurerait par ce nom, invitaient seulement les Israélites à pratiquer la religion de leur Dieu, à l'exclusion de toute autre. Mais déjà Ex. xx, 7 défend de jurer en vain, et Zach. v, 2 parle aussi mal du jureur (î;ntt7Jn) que du voleur, et le v. suivant montre que par « jureur » il entend en réalité le parjure, l'usage habituel du serment entraînant vite à le prêter à faux ou à le violer. L'abus qu'on faisait du serment, particulièrement vers la fin du judaïsme, est encore établi par l'usage des esséniens, qui le prohibaient complètement (SchUrer, II, p. 662) et par l'enseignement de Notre-Seigneur (Math, v, 34). V et T ne se sont donc pas mépris en interprétant « jureur y> par « parjure ». La pensée de Qoh. est certainement voisine de celle de Zach. Pour lui, l'homme religieux et bon est celui qui, en redoutant le serment, le traite comme une chose grave et digne de respect. Il est donc sûr que M garde la leçon primitive. L'unanimité des versions, et surtout le fait que T, malgré son interprétation de « jureur ». est avec elles, ne permettent guère de penser qu'elles aient eu le même texte hébreu que M et qu'elles se soient seulement laissé entraîner par le parallélisme présumé de « bon » et de « jureur ». Elles ont réellement lu yitrjD. On pourra comparer les affirmations contenues dans ce v. avec la doctrine de Sag. III, 1 ss.; iv, 7; v. 15-23. D'autre part, cf. Job, ix. 22-24.

l'fxclésiaste, IX, 3-4. 411

^ C'est un mal, dans tout ce qui se fait sous le soleil, qu'il y ait un même sort pour tous; et aussi le cœur des fils de l'homme s'emplit (du désir) du mal, et la folie est dans leur cœur pendant leur vie, etensuite[ils sont réunis] aux morts : ^car qui restera' [].' Pour tous les vivants il y a de l'espérance; car un chien vivant vaut

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