‹ L'EcclésiasteChapitre 96 sur 120 · nan'^; M (v. 4) qevé -l2n · texte numérisé non relu

nan'^; M (v. 4) qevé -l2n

3. "M^ ^j"! a été interprété par Knob. Ginsb. Mot. Ren. comme donnant à y"i la valeur d'un superlatif ; « c'est un mal entre tout ce qui arrive ». Mais en pareil cas, l'adjectif est régulièrement précédé de l'art. (Jos. xiv, 15; Jug. VI, 15; Cant. i, 8; cf. Wright). Le sens de l'expression est : un mal général, universel même, qui n'a pas un caractère d'exception, mais de règle, et qui gâte tout ce qui se fait (sans doute par Dieu; cf. viii, 17) sous le soleil. — lUTN est explicatif de H" (cf. v. 1). — Ici encore inx mpD exprime l'égalité de condition du bon et du méchant dans la vie aussi bien que dans la mort : ce mal ne se manifeste-t-il pas « dans tout ce qui se fait »? Cette égalité de condition est un mal en soi, un désordre, puisque c'est une violation de la justice et de l'ordre moral; mais de plus (Dai) elle a ce funeste effet de favoriser le développement de l'immoralité chez les hommes. — Sur xSa, cf. viii, 11. — mSSin, d'après le contexte, prend le sens d' « inconduite » (cf. vu, 25). — Le suffixe de ViriN* (M et probablement T) est rendu par un pluriel dans G xat ônbw aù-rGiv Sh CS ta 6è TsXeuraîa aÙTÛv P; cf. Jer. V et post haec. Ce plur. a dû être introduit sous l'influence de ceux qui précèdent. Il n'a aucune chance d'être original; on n'a jamais dit : « après eux, ils vont chez les morts ». l'iinx doit être traduit par « après cela » ou « ensuite » (Ew. [cf. Le/irb. 220 a, note 1], Hitz. Elst. Gratz, Mot. Ren. Gietm. Riiet. Kôn. [III, 10], Wild. Haupt, Zapl. Bart.). Ce sens s'impose ici, comme dans Jér. li, 46 ; cf. le com. de m, 22. Sieg. corrige en ininnxi « et sa fin » d'après 2, que Driv.-Kitt. suit plus exactement encore DniinNl « et leur fin ». Mais S est ordinairement le moins littéral des traducteurs grecs : il a du chercher à faire un sens avec un texte difficile. — « Chez les morts ! » traduction habituellement reçue, serait une expression brève et rapide comparable à Is. viii, 20, C « ils iront » et V deducentur sont seuls à suppléer le verbe, seuls aussi à le faire, au début du v., après « un même sort » (G « arrive », V eveniunt). Sur 1l3n"i qu'on a pris au v. suivant en ajoutant la désinence du plur., voir le com. dé ce v.

Haupt fait des vv. 3-6 une série de gloses prosaïques. Grég. Thauni. met tout le discours (3-10) dans la bouche des insensés,

4. Le kethib ini\ imparf. pou. et cas unique de cette forme (mieux vaudrait lire l'imparf. nip//. inni), a le sens d'« être choisi ». Ginsb. de Jong le maintiennent et traduisent : « Car quel est celui qui est excepté (de la mort)? Pour tous les vivants il y a de l'espérance ». Mais « être choisi » n'est pas

412 l'ecclésiaste, ix, 4.

<( être excepté «. Il est à noter cependant que l'accentuation massorétique favorise cette coupe de phrase en plaçant sur ini'' un des principaux accents disjonctifs, le Zaqeph qaton (un seul mss. accentue autrement; cf. Wicres, p. 74). Le qerê inni « être associé », imparf. pou., est écrit par 22 mss. K. de R. et était déjà lu par les anciennes versions (G xoivwvcî" Sh G2 P Jér. T). On traduit communément « car (pour) quiconque est associé à tous les vivants, il y a de l'espérance ». Mais la raison d'être du « car i> initial n'apparaît pas clairement; la formule « être associé aux vivants » pour dire « être en vie » est singulièrement cherchée ; enfin la présence de « tous » devant « les vivants » ne s'explique pas. Au contraire, dans la traduction de Ginsb., "id et 13 sont naturels et en quelque sorte nécessaires. A celle-ci on ne peut guère reprocher que le sens accordé à iniV Peut-être pourrait -on le remplacer par msi et, en faisant de "lUTN "iD un interrogatif, comme dans Jug. XXI, 5. traduire : « car qui sera racheté (de la mort) »? (cf. Ps. xlix. 8, dans Baethgen, Die Psalmen, Gôttingen, 1899, et dans Duhm, Die Psalmen, Tiibingen, 1899, pour l'expression, et pour la pensée Job, xxxiii, 24). Mais l'absence peu explicable de tout verbe à la fin du v. précédent donne à penser que le texte est plus troublé qu'on ne le croit communément. Iinn^ ne serait pas mal placé à la fin du v. 10 et pourrait être entendu dans le sens de l'expression « être réuni à son peuple » (cf. B. S. xii, 14). 1U7N, qui surabonde après le iQ interrogatif, ne serait-il pas une corruption de IXC'i « rester » (se dit de ceux qui sont sauvés), « survivre » (cf. Gen. xiv, 10; Deut. VII, 20; Is. iv, 3, etc.)? Le t initial sera tombé par haplographie et deux lettres auront été interverties pour faire un sens. — "Iintai est rare en hébreu biblique (II R. xviii, 19; Is. xxxvi, 4), mais usité en néohébreu. — Ici et au v. suivant se présente, un peu comme dans viii, 6-7, une série de propositions introduites par 1d : chacune d'elles motive ou explique celle qui la précède immédiatement. — Dans iSdS, le S « quant à » (cf. Budde, ZATW, 1889, p. 156) introduit une sorte de casus pendus qui met en relief le sujet. Sur l'origine présumée de ce S, particule emphatique, et non plus préposition, voir GK 143 e et Kôn. III, 351 d. L'art, est employé devant nlIX parce que cet animal est considéré comme présent.

Le chien, animal impur, est en Orient un objet de mépris (I Sam. xvii, 43; XXIV, 15; II Sam. m, 8; ix, 8; xvi, 9; Math, xv, 26; Apoc. xxii, 15). tandis que le lion est le symbole de la force (Gen. xlix, 9; Is. xxxviii, 13; Lam. m, 10; Os. XIII, 7; Job, x, 16). La pensée n'est pas précisément que le chien vivant est plus heureux que le lion mort, mais : mieux vaut être le dernier des animaux et être en vie, que le premier d'entre eux et être mort. La vie la plus misérable est encore préférable à la mort, parce que tant que l'iiomme vit, il y a pour lui espoir d'activité et de jouissance (cf. vv. 7-10).

Sieg. attribue ce v. à Q^ (le glossateur épicurien), parce qu'il contredit Qoh. IV, 2. Mais si Qoh. se plaint souvent et amèrement de la vie, et va même jusqu'à la déclarer pire que la mort, ce n'est pas qu'il la déteste, c'est seulement qu'il l'aime au point de lui demander plus qu'elle ne peut donner. Cet amour de la vie rend très naturelle sa réfiexion présente. En pure logique IV, 2 et IX, 4 sont peut-être contradictoires; au point de vue psychologique

mieux qu'un lion mort; ^ car les vivants savent qu'ils mourront, mais les morts ne savent rien et il n'y a plus pour eux de récompense, car leur mémoire est oubliée. ''Leur amour, aussi bien que leur haine et leur jalousie, a déjà péri, et ils n'auront plus jamais part à tout ce qui se fait sous le soleil. "^ Va, mange avec joie ton pain et bois ton vin d'un cœur content,

les deux pensées sont nées d'un même sentiment, et la même personne a pu successivement les concevoir et les exprimer.

5. On remarquera la paronomase sans doute intentionnelle entre "yzv « récompense, salaire » et 137 « souvenir ». La seconde partie du v. (la première sera plus facile à expliquer ensuite) ne signifie pas que Qoh. se contenterait au besoin, pour le juste et le sage, de l'immortalité de la mémoire, ni même qu'à ses yeux, comme à ceux de Ben Sira (Eccli. \x\ix, 9-11; B. S. XLiv, 8, 13-15; xLvi, 11-12; xlix, 1, 13), elle aurait réellement constitué pour eux une récompense. Pour cet esprit très positif, être oublié, n'être plus mentionné et n'avoir plus de nom (car telle est bien la force du texte), c'est ne plus compter ici-bas. en un mot ne plus avoir aucune part à la vie (cf. v. 6). Cette interprétation s'accorde avec la conception générale de l'Ancien Testament d'après laquelle les morts sont oubliés, non seulement des hommes (Ps. xxxi, 13; xLi, 6; cf. au contraire Sag. n, 4), mais de Dieu même, en ce sens qu'ils n'ont plus aucune part aux bienfaits que Dieu répand sur la terre des vivants (Is, xxxviii, 18; Job, \iv. 13; Ps. lxxxviii, 6, 11-13). Dans 5 a, la proposition « les morts ne savent rien » est également en harmonie avec l'ancienne doctrine (cf. v. 10; Is. xxxviii. 18; Job, xiv, 21; Ps. xxx. 10; lxxxviii, 11-13; cxv. 17). Mais n'est-ce pas un mince avantage pour les vivants de savoir qu'ils mourront? Qoh. userait-il donc d'ironie? Ou bien sa pensée, toute en élévation, s'apparenterait-elle à celle de Pascal : « Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue. parce qu'il sait qu'il meurt... »? Admettre l'une ou l'autre hypothèse serait méconnaître le véritable esprit de Qoh. Sa pensée, d'après tout le contexte, peut se traduire ainsi : tandis que les morts ignorent pour toujours le monde et en sont ignorés, et qu'il n'y a donc plus pour eux aucune possibilité de jouissances terrestres, le vivant, lui, peut jouir encore, et, s'il ignore à peu près tout de l'avenir (m, 22 et parallèles), il sait au moins qu'il mourra et cette prévision l'encourage à jouir de la vie tandis qu'il en est temps.

6. Amour, haine, jalousie ne doivent point s'entendre des objets que les morts ont aimés ou ha'is, lesquels peuvent exister encore, ni passivement, des sentiments dont les morts ont pu être eux-mêmes les objets, mais activement, des passions qu'ils ont éprouvées en leur vie. Qoh. choisit celles qui servent ordinairement de levier à l'action humaine (cf. iv, 4). Les morts n'ont pas plus de sentiment et de volonté que de science ou d'activité (5, 10). Cette représentation du cheol, toute relative à la vie présente, est celle qui domine l'Ancien Testament hébreu.

7. nru,*! est ainsi vocalisé à cause de la sifflante (Baer. p. 67): Michaelis

414 LECCLÉSIASTE, IX, 7.

et Hahn écrivent nritt?1. — On retrouve Htd jS. avec le même sens quici, dans Esth. v, 9.

Il est naturel que Qoh., s'il veut exhorter l'homme à la joie, énumère les principaux actes auxquels la Providence a attaché un plaisir, et ceux qui chez tous les peuples font partie des réjouissances privées ou publiques. Le pain et le vin, aliments essentiels (Gen. xxvii, 28; Deut. xxxiii, 28; Lam. ii, 12; Néh. v, 1-5; Tob. iv, 18), désignent d'une façon générale les repas et les banquets. La dernière proposition doit être interprétée : « puisque déjà Dieu a béni tes efforts et donné le succès à tes œuvres ». Qoh. estime que si le travail d'un homme lui a procuré quelques facilités de jouir, c'est une marque certaine que Dieu veut qu'il jouisse en effet, car Dieu seul donne les biens et le pouvoir d'en profiter (ii, 24-25; m, 13; v, 18; vi, 2, etc.).

S. Jérôme entre ici dans la voie ouverte par s. Grégoire le Thaumaturge (cf. V. 3) et admet que dans les vv. 7-10 l'auteur met en scène et fait parler les philosophes païens : Nunc quasi errorem hunianum et consuetudinem, qua se ad fruenda /lujus saeculi bona inincem liortantur, inducit et jîojwttoîTtfav facit more rhetorum et poetarum, dicens : Oliomo, quia ergo posl inortem nihil es, et mors ipsa nihil est, audi consilium meum, et dum vivis in hac brevi vita, fruere voluptate, utere dapibus, vino curas opprime... Et liaec, inquit, aliquis loquatur Epicurus et Aristippus et Cyrenaici, et caeterae pecudes philosophorum. Sieg. attribue naturellement 7-10 à Q^ (le glossateur épicurien). Haupt considère la dernière proposition du v. comme une glose.

Hubert Grimme {Orient. Literaturzeitung, VIII, col. 432 ss.) a signalé le parallélisme frappant de Qoh. x, 6-9 avec un passage du poème babylonien dont Gilgamès est le héros, supplément à tablette X. col. m, v. 6-14 (dans P. Dhorme, Textes religieux, p. 301 s.).

Lorsque les dieux créèrent l'tiumanité,

Ils placèrent la mort pour l'humanité.

Ils retinrent la vie entre leurs mains.

Toi, ô Gilgamès, remplis ton ventre,

Jour et nuit réjouis-toi, toi.

Chaque jour fais la fête,

Jour et nuit sois joyeux et content!

Que tes vêtements soient brillants !

Que la tète soit lavée, lave-toi avec de l'eau !

Considère le petit qui saisit ta main,

Que l'épouse se réjouisse sur ton sein !

Sur sept traits principaux énumérés dans l'épopée de G., six se retrouvent dans Qoh. et à peu prés dans le même ordre : la mention de la mort (v. 61, des festins (v. 7), de la joie (v. 7), des vêtements (v. 8 a) et de la toilette de fête (v. 8 b), et enfin de l'épouse (v. 9j. Les plaisirs de la table sont exprimés de façon un peu différente dans les deux auteurs; mais le v. 8 de Qoh. est presque identique à G., les variantes légères de la description s'expliquant fort bien par l'éloignement des temps et des usages. Par contre, le trait si gracieux de l'enfant manque dans Qoh. On remarquera surtout combien l'es-

l'ecclésiaste, IX, 8-9. 415

puisque déjà Dieu est favorable à tes œuvres. ^ Qu'en tout temps tes vêtements soient blancs et que l'huile ne manque pas sur ta tête. ^ Jouis de la vie avec une femme que tu aimes tous les jours

prit des deux textes ditlère. Le premier et le dernier trait sont notablement plus réalistes dans l'expression chez le poète babylonien. Sur le premier surtout G. insiste, répétant les mots *c chaque jour, jour et nuit ■>, que Qoli. laisse tomber ici, pour introduire il est vrai la même idée au v. suivant (y. 8), mais avec moins d'insistance. La divergence s'accentue au point de vue religieux. Ce point de vue est mentionné seulement au début dans G., il est naturellement polythéiste et ne renferme que la notion de création et la distinction classique entre les hommes mortels et les dieux immortels. Qoh. ajoute la Providence (v. 7 c, v. 9 b), et Dieu tient dans sa conception une place prépondérante.

La similitude des usages juifs et babyloniens explique dans quelque mesure la ressemblance des deux descriptions : les réjouissances devaient revêtir de part et d'autre à peu près les mêmes caractères. Mais si cette seule cause avait agi, le même ordre ne serait pas aussi bien gardé de part et d'autre : que l'on compare à ce point de vue nos deux textes avec le discours des impies dans Sag. ii, 5-9, qui contient cependant les mêmes idées. Une certaine dépendance de la part de Qoh. est donc assez vraisemblable, mais il faut se garder de l'exagérer. L'idée fondamentale qu'il développe n'a pas eu besoin d'être empruntée par lui à personne (yoivVIntrod. p. 98 ss.). Il ne peut guère dépendre de l'épopée de G. que pour la forme de sa description, et en ce sens seulement qu'il aurait été guidé en l'écrivant par des réminiscences, non pas de l'épopée elle-même, mais d'œuvres littéraires, de chants peutêtre, inspirés ou dérivés d'elle à une date plus ancienne. C'est à cette origine qu'il faudrait attribuer le caractère métrique que prennent 7 a et 8 dès qu'on les allège, le premier, de "jS et le second, de n> '^Z^, additions probables de Qohéleth.

8. L'usage des vêtements blancs ou éclatants pour les jours de fête est attesté par Jud. x, 3; Esth. vin, 15 (cf. II Sam. xii, 20; xix, 24), et celui de répandre de l'huile parfumée sur sa tête aux mêmes occasions, par II Sam. XII, 20: Am. vi, 6; Ps. civ, 15; Sag. ii, 7, tandis qu'on omettait ces onctions dans le deuil (II Sam. xii, 20; xiv, 2; Dan. x, 3). L'une et l'autre pratique devinrent par là même le signe et le symbole de la joie (cf. Ps. xxiii, 5; xlv, 8; Prov. xxvii, 9, qui mentionnent l'huile d'allégresse, et pour les vêtementsblancs la Michna, Semahoth, ii, 10 et le Talmud, Chabbatlt, 114 n, loma, 39 b, textes cités par Del.).

Zapl. retranche l\"l"i pour des raisons métriques.

9. "ittTN secundo représente sans doute tai comme dans v, 17; viii, 15. — "^San 1D1 Sa est omis par 7 mss. K. de R. G (A 68 106 155 252 253 254 261 298) Jér. T. G ne devait pas avoir ces mots à l'origine, car dans G (B) ils portent l'empreinte d'Aquila -àaai TjiJLÉpai l)u.Épat (corruption de nasat aX Tjfiépat) <iT[xou aou, et dans les autres mss. (nCV 147 157 159 161 248 296) ils revêtent une autre forme zâaa: r;u£pas [xa-aiàiTitdç aou, qui est celle suivie par Sh. Cette

416 LECCLÉSIASTE, IX, 10.

de ta vie de vanité qu'il te donne sous le soleil [ ], car c'est ta part dans la vie et dans ton travail, auquel tu te fatigues sous le soleil. ^^Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le avec ta force; car il n'y a ni œuvre, ni science, ni intelligence, ni sagesse, dans le cheol où tu vas.

Page 1