‹ L'échange des otages: Thiers et Mgr DarboyChapitre 4 sur 25 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Se taire, souffrir, attendre...

L'auteur de Mes Cahiers rouges , M. Maxime Vuillaume, rapporte ainsi les dernières paroles que prononça Mgr Darboy, alors qu'il allait à la mort par le chemin de ronde de la Roquette :

" Fortin, qui était au pied des marches quand les otages se présentèrent à la grille, ne quitta pas des yeux l'archevêque jusqu'au mur fatal,

« C'est après avoir descendu ces marches, me dit-il, que l'archevêque,

se tournant vers nous, dit d'une voix faible : « Et cependant j'ai écrit à Versailles... » (Il faisait allusion aux lettres qu'il avait adressées à Thiers pour l'échange des prisonniers.) Personne ne souffla mot. Je suivis le peloton, je n'ai plus rien entendu. J'étais tout près d'eux. . . »

Mgr Darboy avait, en effet, demandé à Thiers de consentir à l'échange de certains otages contre Blanqui.

C'est l'historique de ces négociations — ou du moins des plus importantes d'entre elles, celles qui eurent le vicaire général Lagarde pour agent — que nous avons entrepris de tracer.

« Se taire, souffrir, attendre », écrivit le vénérable abbé Ferrand, ancien docteur en médecine devenu supérieur fondateur des Sœui'S de l'Assistance maternelle, au bas d'une gravui'e de la Vierge

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qu'il donna en 1871 à l'abbé Lagarde dont il était le confesseur : nous voudrions, dans cet ouvrage, montrer ce qu'on doit aujourd'bui penser de ce silence, de ces souffrances et de cette attente.

Grâce à Mme la baronne fiagarde qui a mis à notre disposition, avec une libéralité dont nous ne saurions assez la remercier, ses importantes archives de famille et les nombreux documents originaux qu'elle possède sur les événements de la Commune, ce sont des « témoignages directs >' que nous aurons F heureuse fortune de mettre en œuvre; et, fidèle à la méthode rigoureuse que nous avons suivie dans d'autres études, nous laisserons autant que possible le lecteur dégager luimême la « glose » des textes.

Nous l'avertissons que tous les détails que nous donnons, — en dehors des citations, — sur l'emprisonnement de l'arche-

vêque, la mission de l'abbé Amodru et des " Polonais " , sont tirés de deux Mémoires d'une valeur et d'une précision exceptionnelles : le ik/emoî're (non destiné à l'impression) que l'abbé Lagarde rédigea après la Commune pour mettre ses confrères du chapitre de Paris et le nouvel archevêque au courant de ce qui s'était passé ; et celui qu'écrivit Mlle 0 . . . (1) peu après les événements, dans le seul but de fixer ses souvenirs avec exactitude.

En tête de la première de ces relations, intitulée : " Notes et souvenirs du 4 avril au 26 mai 1871 », nous lisons la parole de saint Paul : Loquimur. . . Deo qui probat corda nostra (I. Thess. 2, 4).

(1) Ce second mémoire a été publié en 1889 par M. J.-J.-L. Barges, ancien professeur d'hébreu à la Sorbonne (Librairie Lecoffre), cela à l'insu et contre le gré certain de Mlle 0.... La brochure a du reste été tirée à un très petit nombre d'exemplaires.

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L'abbé Lagarde nous paraît, en effet, l'avoir écrite en présence du Juge Suprême, qui est aussi un témoin et qui ne peut être trompé.

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