CHAPITRE PREMIER
l'arrestation des otages A l'archevêché
Les événements de mars-avril 1871 sont si connus, qu'il nous suffira de rappeler en quelques lignes la situation où se trouvait la capitale au moment de l'arrestation de Mgr Darboy.
Depuis quinze jours, le drapeau rouge flottait à l'Hôtel de Ville et la terreur régnait sur Paris. Tandis que les Prussiens victorieux occupaient la rive droite de la Seine, de Gharenton à Saint-Denis, Thiers, retiré à Versailles avec tous les
membres du gouvernement régulier, commençait contre l'insurrection une lutte sans merci.
Ce second siège avait mal débuté pour la Commune. Le 3 avril, — jour qui tombait, en 1871, le lundi saint, — les « fédérés » avaient opéré d'infructueuses sorties : les canons du Mont Valérien avaient coupé les colonnes de Bergeret et de Flourens, et ce dernier avait été tué d'un coup de sabre entre Rueil et Cbatou, tandis que son collègue battait en retraite; mis en déroute vers le bas Meudon et vers Clamart, Eudes abandonnait aux Versaillais le plateau de Cbâtillon : le lendemain, 4 avril, l'ouvrier fondeur Duval, fait prisonnier, était fusillé au Petit-Bicétre.
Le « Gouvernement de la Commune » , élu le 26 mars et débarrassé de ses éléments les plus modérés, résolut alors
de venger ces échecs et s'inspira des exemples des ^ Grands Ancêtres " de lldd pour assurer le triomphe de la République sociale.
L'une des principales traditions révolutionnaires était l'arrestation des « suspects » et la guerre aux prêtres : on décida donc de prendre des « otages »
parmi les personnages évidemment hostiles à la Commune, puis sur la tête de ces otages furent suspendues les menaces du décret du 5 avril : « Chaque exécution d'un prisonnier de guerre ou d'un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera suivie sur-lechamp de l'exécution d'un nombre triple des otages retenus par le verdict d'accusation (l), et qui seront désignés par le sort. »
(i) On sait que le « jury d'accusation » ne siégea pour la première fois que le 19 mai.
Rappelons que les journaux avancés exaltaient les passions de la populace en rééditant les folies d'un Marat et d'un Hébert :
« Les marchands veulent nous vendre, lisait-on dans la Montagne , et les prêtres nous crucifier. Hier on a arrêté des moines qui avaient de la poudre dans leurs tabernacles et des balles pour grains de rosaire. »
Un arrêté officiel du citoyen Le Moussu, maire du XVHP arrondissement, commençait ainsi : « Attendu que les prêtres sont des bandits et que les églises sont des repaires où ils ont assassiné moralement les masses en courbant la France sous la griffe des infâmes Bonaparte, Favre et Trochu ...»
Le premier otage désigné fut l'archevêque de Paris.
Le mardi saint, 4 avril, rien n'était
encore changé dans la vie du palais de la rue de Grenelle.
La veille, un peloton de gardes nationaux avait occupé les issues et s'était fait livrer les clefs des portes, mais chacun avait conservé sa liberté. Les prêtres qui disaient leur messe au dehors étaient sortis comme de coutume; les bureaux avaient été ouverts; le conseil archiépiscopal s'était tenu : « A mardi prochain, si nous y sommes encore », conclut, selon son habitude, Mgr Darboy, ajoutant toutefois : « C'est peut-être aujourd'hui plus que jamais qu'il faut mettre cette condition. »
L'archevêque avait regagné son cabinet lorsqu'une demi-heure après — vers quatre heures et demie — on entendit le pas cadencé d'une trentaine de gardes nationaux qui s'arrêtèrent dans la cour, sous les ordres d'un lieutenant.
Deux capitaines s'en détachèrent et se firent aussitôt introduire auprès de MgrDarboy : c'étaient le sieur Journaux, revêtu du costume des compagnies de marche, chef de l'expédition, et le sieur Ré vol, en tenue de capitaine d'étatmajor, délégué de la préfecture de po- Hce. Ce dernier remit au prélat un papier signé de Raoul Rigault, où on lisait : « Ordre est donné au citoyen Révol, capitaine-adjudant de place attaché à la préfecture de police, de se rendre à l'archevêché pour y arrêter le sieur Darboy, se disant archevêque de Paris, et y saisir tous ses papiers dont il sera fait la plus minutieuse perquisition. »
Le porteur de ce mandat d'amener semble avoir eu quelque honte de ce qu'il renfermait d'odieux et de ridicule : il affirma à l'archevêque qu'on ne lui voulait pas de mal, qu'il s'agissait d une
simple visite à « M. le préfet de police », lequel désirait demander à « Monseigneur » certains renseignements au sujet de coups de fusil tirés la nuit précédente, sur une troupe de fédérés, des fenêtres d'une communauté de la rue des Postes (1). « Il n'y avait pas à en douter, « Monseigneur » pourrait rentrer ensuite rue de Grenelle. "
Tandis que Mgr Surat, archidiacre de Notre-Dame, s'entretenait dans le salon voisin avec Mlle Darboy qui le mettait au courant des événements, le vicaire général Lagarde, immédiatement prévenu, pénétrait auprès de l'archevêque et prenait connaissance du mandat d'amener : il fit remarquer à Mgr Darboy que le capitaine Révol, malgré les histoires qu'il recommençait à conter, venait bel et bien l'a.v-
(1) Il s'agit de l'école Sainte-Geneviève, 18, rue Lhomonil.
rêter. L'archevêque ne conservait luimême aucune illusion et dit à son vicaire général : « Vous, du moins, vous n'êtes pas arrêté, et vous pourrez ce soir donner de mes nouvelles à ma sœur et à ces messieurs, »
L'abbé Lagarde demanda alors spontanément à son archevêque de lui permettre de l'accompagner : « Générosité d'autant plus méritoire, — nous écrit à ce sujet Mgr l'évêque de Tarbes, — que M. Lagarde, à la différence de Mgr Darboy, connaissait la gravité de la situation et l'imminence des dangers. . . Depuis cinq jours, en effet, on nous a^ait prévenus, et, moi présent, M. Lagarde entretint Mgr Darboy et Mgr Surat de ce qui allait arriver. La catastrophe ne le surprit pas. »
Un peu après cinq heures, Mgr Darboy fit ses adieux à sa sœur et aux prêtres de
l'archevêché qui se trouvaient là; puis il monta avec l'abbé Lagarde dans son coupé qu'il avait fait atteler. Le capitaine Révol grimpa sur le siège tandis que Journaux, resté silencieux durant la scène qui venait de se passer, se replaçait à la tête de ses hommes rangés en bataille dans la cour. L'équipage passa devant eux, et franchit la grande porte au milieu de pauvres femmes du quartier agenouillées et pleurant : le prélat, très ému, leur donna une hâtive bénédiction.
On arriva, par la place Dauphine, à la préfecture de police (1) : Révol en fit ouvrir la porte close, et l'archevêque mit pied à terre dans une cour où s'agitait confusément la plus composite des foules. Le groupe se dirigea vers le cabinet de Raoul Rigault par un dédale de corridors
(1) L'ancienne préfecture de police se trouvait derrière le palais de justice.
et de salles en planches. Les pièces précédant le cabinet du préfet étaient remplies d'individus fumant, buvant et criant, qui n'avaient pas l'air de remarquer beaucoup la capture du citoyen Révol.
Depuis que M. G. Hanotaux a écrit sa remarquable Histoire de la troisième République, le portrait définitif de Raoul Rigault, vil plagiaire de Fouquier-Tinville, n'est plus à faire : « Ce bohème ulcéré, gros garçon à carrure insolente, passant de la ripaille à la terreur, exerçait, avec les allures d'un fou déchaîné, la haute magistrature qui est d'ordinaire la régulatrice de l'ordre public. »
Lorsque l'archevêque de Paris, chapeau sous le bras, pénétra dans son cabinet, il l'aperçut siégeant sur un fauteuil élevé devant une grande table à tapis vert, placée presque en face de la porte. Il avait la tête couverte d'un képi brodé, et
tout autour de lui, sans ordre, assis ou debout, la plupart en uniformes et tous coiffés de képis galonnés, discutaient ses acolytes.
La vue des deux soutanes lui causa de suite un accès de rage : sans se lever, d'une voix brutale, accompagnée de gestes violents : « C'est vous qui êtes le citoyen Darboy, hurla-t-il, c'est bien! A notre tour, maintenant! » L'arclievêque avança de quelques pas et de la voix la plus calme du monde : « Pourrais-je savoir pourquoi je suis arrêté? » Rigault se renversa en arrière, étendit la main et crut briser la hautaine assurance de l'archevêque en prononçant de mélodramatiques et féroces paroles dont il avait sans doute à l'avance calculé l'effet : " Il y a dix-huit cents ans que vous nous embastionnez dans vos superstitions. Il est temps que cela cesse. Vos chouans massacrent nos
frères! Eh bien, chacun son tour. C'est nous qui avons ici la force, l'autorité, le droit ; nous en userons. Oh ! nous ne vous brûlerons pas, nous! nous sommes plus humains. Non! mais... nous vous fusillerons. .. »
Mgr Darboy, ne pouvant croire que cet énergumène parlait sérieusement, essaya de faire appel à sa raison, et commença : « Mais, voyons, mes enfants... » Des diables dans de l'eau bénite! Imprécations, trépignements et gestes furibonds apprirent à l'archevêque qu'il n'avait pas affaire à « ses enfants » . Ne put-il réprimer un sourire de pitié en face de ce tumulte stupide? Sans doute, car Rigault lui cria : « Vous souriez, citoyen ! Je le répète, vous serez fusillé, et dans deux jours ! Nous verrons alors si vous sourirez! Oui! Vous serez fusillé! ! . . . » Et s'adressant à l'abbé Lagarde : « Et vous aussi! Qui êtes-vous? »
l'arrestation des otages 18
Nous avons vu que l'abbé Lagarde avait suivi de son plein gré l'archevêque. — Retenons bien ce fait. — « J'ai l'honneui' d'être vicaire général de Mgr l'archevêque, répondit-il, et j'ai l'honneur de l'accompagner. » — « Allons! ne prenez pas vos airs, vous aussi! ordonna Rigault, interloqué par ce langage respectueux. Tout cela est connu. »
Mais Mgr Darboy, en cet instant décisif, ne voulut point que le sort de son compagnon volontaire se confondit plus longtemps avec le sien : u Monsieur l'abbé est en effet mon vicaire général, observa-t-il. Il n'y avait pas de mandat contre lui, et il n'est maintenant à côté de moi que parce qu'il a consenti, sur ma demande, à m'accompagner. Je vous prie en grâce de le laisser partir. » Rigault n'était pas homme à lâcher une telle proie ; il répliqua avec une sauvage
ironie : « Ah ! ah ! ah ! le citoyen est pris ! Il reste pris ! . . . Votre nom? — Lagarde. — Allons! vite un ordre d'écroii pour le citoyen Lagarde, et tous deux au dépôt immédiatement séparés l'un de l'autre. . . Jamais deux prêtres ensemble ! . . . Capitaine, emmenez-les. »
Ferré, le futur assassin des otages et le futur incendiaire du palais préfectoral où l'on se trouvait, le sauvage Ferré bondit autour des deux prêtres, les foudroya de ses regards de fauve, les menaça de ses poings, les assaillit de grossières injures et griffonna l'ordre d'écrou. Quant au capitaine interpellé, brave homme d'un certain âge et d'un bon sens tranquille qui contrastait avec la fureui' du préfet delà police communarde, il porta lentement la main à sa moustache blanche et répondit : « Citoyen, je suis ancien militaire, je ne me charge pas d'une pareille
mission. » — On dit que pour figer sur place les grands fauves, il suffit de les fixer, sans broncher, dans le blanc des yeux : le regard du capitaine eut cette vertu à l'égard de Rigault et de ses complices ; ils en restèrent stupides . . .
Craignant alors que cet exemple de courage civique n'amenât dans l'assistance un revirement d'opinion, le chef de la bande s'adressa à un lieutenant qui se tenait debout près de la porte par laquelle étaient entrés les deux prisonniers, et lui donna l'ordre de les emmener : « Avecque... plaisir, mon commandant. . . » chevrota le gradé en portant péniblement au képi une main hésitante ; et il fut incapable de diriger sans trébucher les huit gardes armés au milieu desquels marchaient l'archevêque et son vicaire général, ni même de trouver seul les portes des passages qui condui-
saient au dépôt... tant il était ivre!... Le dépôt — ainsi que toutes les autres prisons de la Commune , d'ailleurs — avait conservé à peu près au complet son ancien personnel administratif; dès leur arrivée, les deux captifs n'y trouvèrent donc qu'égards et sympathie. Le greffier Kahn, le brigadier Sauvage, le sous-brigadier Bracon, les gardiens Mailleron et Ferron, la femme de l'ancien directeur de la prison (1) Mme Gorré, étonnés des nouveaux hôtes qu'on leur amenait, s'employèrent à adoucir leur sort. Kahn congédia bien vite le heutenant aviné et ses gardes, et, sur ses ordres, le brigadier Sauvage fit placer l'abbé Lagarde à côté de Mgr Darboy dans une cellule de sœur : les sœurs de
(1) Corré était détenu depuis le commencement de la Commune; mais sa femme avait obtenu de rester en possession de son logement.
Sainte-Marthe, qui, en temps ordinaire, avaient la pénible mission de veiller sur les femmes détenues, habitaient en effet la prison avec ces femmes, mais leurs cellules étaient un peu moins mal aménagées que celles des prisonnières.
Avant de se séparer, les captifs prirent ensemble un dernier repas que l'abbé Lagarde avait fait chercher dans un restaurant voisin ; ils causèrent ensuite pendant près d'une demi-heure, et Mgr Darboy demanda pardon à son compagnon de l'avoir exposé aux dangers qui les menaçaient: mais le vicaire général remercia son archevêque de l'avoir choisi pour l'assister, et exprima seulement le regret de ne pouvoir lui être aussi utile qu'il l'aurait voulu.
Tandis que tout cela se passait à la préfecture de poUce et au dépôt, l'arche-
vêché était fouillé et presque mis à sac par les gardes nationaux.
Le coupé de MgrDarboy avait à peine franchi la grande porte, que des factionnaires étaient placés dans l'escalier et à toutes les issues. Le cabinet de l'archevêque et les appartements du premier étage furent perquisitionnes sans aucun témoin ; Mlle Darboy elle-même avait été écartée. Même opération au secrétariat où l'abbé Petit fut obligé de livrer les clefs de la caisse avec l'argent qu'elle contenait. Mlle Darboy et l'abbé Schœpfer (1), rejoints bientôt par les abbés Petit et Allain (2), durent se réfugier chez Mgr Surat. Ce dernier dîna seul avec M. l'abbé Schœpfer.
Entre neuf et dix heures, chacun rentra
(1) Aujourd'hui évêque de Tarbes.
(2) Celui-ci quiUa l'archevêché peu d'instants après.
chez soi, prêt à tout événement. Tandis que des voitures quittaient le palais pleines de mobilier et d'objets précieux (1), — le secrétaire général Petit ayant dû faciliter cette besogne en remettant au capitaine Journaux un inventaire officiel où figurait tout ce qui appartenait à l'État, — les arrestations se succédaient.
Vers onze heures, Mlle Darboy et M. Petit (2) furent conduits à la préfecture de police ; à minuit, on fit descendre le domestique et la cuisinière de Mgr Surat pour leur signifier qu'ils étaient pri-
(1) On trouvera des détails sur ce « pillage » dans un article du Correspondant du 25 mai 1878 : « La Captivité et la mort de Mgr Darboy. »
(2) On lit dans V Univers du 5 juin : « L'abbé Petit, secrétaire de l'archevêque, et le Père Perny, des Missions étrangères, n'ont pas été fusillés, comme on l'avait cru, le vendredi soir; ils ont échappé à la mort en se sauvant de la Roquette dans la nuit du samedi au dimanche. »
sonniers, et ce n'est qu'à grand'peine qu'ils obtinrent l'autorisation de remonter dans leurs chambres; à une heure, deux gardesnationaux vinrent chercher Mgr Surat lui-même auquel le citoyen Journaux annonça qu'on allait le conduire à la préfecture. Le vieux prêtre obtint la permission d'aller chercher un peu de linge et déclara qu'une crise d'asthme qui le reprenait l'empêcherait de faire le chemin à pied; Journaux lui répondit que la voiture de l'archevêque l'attendait en bas, et que, du reste, s'il le préférait, son transfert pourrait être retardé jusqu'au matin, mais Mgr Surat déclara qu' « il aimait autant partir tout de suite ». Il avait à peine regagné son appartement que les deux gardes vinrent lui dire de se reposer jusqu'à nouvel ordre .
Le lendemain matin, personne ne put
quitter l'archevêché (1). Les domestiques allèrent aux provisions accompagnés d'un garde national. On laissa toutefois entrer et sortir Hbrement les personnes étrangères venues aux nouvelles .
Vers midi, Mgr Surat partit en voiture pour la préfecture de police avec le capitaine Journaux. Durant le trajet, ce dernier ne desserra les dents que pour lui demander si son domestique (auquel il avait interdit de suivre son maître) était investi de ses " pleins pouvoirs " ! Mgr Surat répondit que son domestique possédait toutes les clefs de son appartement, sauf une, celle du secrétaire à cyHndre de son cabinet; il remit de suite
(1) Le comte d'Hërisson, clans son JSoitveau Journal d'un officier d'ordonnance (p. 117), donne à ce sujet certains détails concernant le neveu de Mgr Darboy. Mgr Schpœfer (témoin oculaire), nous écrit qu'il ne les croit pas exacts.
cette clef à Journaux qui pourrait ainsi trouver les cent cinquante à cent soixante francs que renfermait le secrétaire... Le prisonnier pria seulement le capitaine de vouloir bien laisser la clef au meuble.
Arrivé à destination, Mgr Surat attendit une beure dans un cabinet, puis fut introduit dans un grand salon où Rigault et plusieurs membres de la Commune étaient assis sur un canapé et des fauteuils . Il eut à décliner immédiatement ses nom et prénoms et ordre fut donné d'amener deux gardes. Le malbeureux vieillard demanda timidement s'il lui était possible de connaître les motifs de son arrestation : « La réponse à cette question, déclara Rigault, sera très courte mais très catégorique. Les cbouans de M. de Charette et les Vendéens de M. de Catlielineau tirent sur nos frères; il nous
faut des otages, et tout prêtre qui sera rencontré dans Paris nous en servira. — Mais, monsieur, je ne suis ni chouan ni Vendéen, je suis Parisien, et je ne vois point ce que j'ai à faire dans cette question. — Ah! ne prenez point votre ton paterne. Nous connaissons cela. Mais nous sommes las detout votre jésuitisme; nous n'en voulons plus. Vous avez pour la première fois le bonheur d'avoir un gouvernement athée, et nous vous ferons voir que nous ne reconnaissons d'autre dieu que... (Ici, Mgr Surat n'entendit pas le nom du dieu de la Commune, tant le ton sur lequel parlait Rigault était exaspéré.) Voici dix-huit cents ans que cela dure, ajouta l'énergumène en reprenant le cUché de la veille; il faut que ca finisse ! »
Le dernier otage de l'archevêché se contenta de lever les épaules ; deux
gardes arrivèrent qui le conduisirent a son tour au dépôt (1).
(1) U Univers du 5 juin renferme ces lignes : « Pendant cette même nuit (celle du 27 au 28 mai) le Père Houillon et Mgr Surat^ qui avaient essayé de se sauver sous un déguisement, ont été reconnus et impitoyablement massacrés. Le corps de Mgr Surat a été reconnu le lundi 29. »
La veille on avait retrouvé dans la cellule de la Roquette occupée par Mgr Surat des notes manuscrites que nous avons sous les yeux et qui renferment d'intéressants détails sur les dernières conversations de l'archevêque.