Cf. Dubief, op. cit., p
(2) Ministère de l'Intérieur, Législation sur les aliénés 11.173 (cité par Lemoine, op. cit., p. 50).
PRÉVAULT 40
temps possible des indésirables ou perturbateurs en raison uniquement de leur qualité de pensionnaires ». C’est la même situation que nous trouvons dans les asiles privés d’aliénés faisant fonction d’établissements publics (1). « Permettez aux départements de traiter pour le soin de leurs aliénés indigents avec des spéculateurs — écrivait MAssON — c’est permettre le trafic de la misère humaine. Soit qu’il traite avec le département soit qu'il traite avec les familles, il faut que le Directeur de l'asile privé gagne sa vie ; il ne le peut qu’en réalisant des bénéfices sur le prix de la journée de ses pensionnaires. Il faut qu’il touche plus qu’il ne versera ou bien qu’il ferme son établissement ; c’est de toute évidence. Dès lors, c’est le malheureux aliéné qui perd en traitements, en soins, ce que gagne l’asile. Il y a là quelque chose qui jure avec les principes » (2). Cet auteur oublie de signaler un autre danger : l’établissement ne peut vivre sans un minimum de pensionnaires. Le médecin a donc intérêt à prolonger le plus possible leur séjour. Ce danger n’a pas échappé à d’autres, notamment à DUBIEr. Ce dernier, mieux placé pour observer la réalité, a vivement critiqué ce type d'établissement. Pour lui « le fond même de la population ouvrière de la maison, celle qui assure les travaux des champs et des ateliers et qui n’exige ni soins coûteux ni médicaments se compose de ces « bons chroniques » des malades disciplinés après de nombreux mois passés dans les murs de l'asile. Dans ce nombre sont aussi certains clients de la maison qu’on pourrait considérer comme guéris avec peut-être un peu d’affaiblissement du niveau intellectuel, ce qui ne nécessite nullement leur internement à l’asile. Mais ce sont précisément ceux-là qui assurent la prospérité financière de l’établissement » (3).
En 1891 au Conseil supérieur de l’Assistance publique un Inspecteur général des services administratifs raconta qu’il avait visité, à une époque où il n’était pas fonctionnaire, un établissement privé faisant fonction d’asile public d’aliénés. Pendant cette visite, plusieurs malades le prenant pour une autorité administrative, lui adressaient des réclamations. Le médecin-chef lui expliqua alors : « Ne faites pas attention aux deux premiers, ce sont réellement des aliénés. Quant au troisième, il n’est pas aliéné du tout. C’est un prodigue que sa femme nous a prié de garder pour lui donner une leçon ; mais dans deux ou trois mois nous le renverrons » (4).