‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 157 sur 349 · Conséquences de ces déficiences de la législation · texte numérisé non relu

Conséquences de ces déficiences de la législation

133 - Les asiles sont encombrés, parfois même regorgent de sujets inoffensifs, qui ne nécessitent aucun traitement particulier, et qui vivraient parfaitement à l’extérieur si quelqu’un prenait l’initiative de leur procureur une situation. Certains sont, sans doute, des sujets présentant quelques tares, quelques anomalies mentales. Mais il n’y a pas besoin d’avoir une grande expérience pour constater que dans l’immense catégorie des individus jouissant de leur pleine liberté, les gens tarés ne sont pas rares. Certains sont beaucoup plus malades, beaucoup plus « fous » et beaucoup plus dan-

(2) En matière d’Assurances sociales, une Circulaire du Ministère de l’Intérieur, en date du 15 février 1948, relative à l’assurance longue maladie, prescrit de n’accorder ces prestations qu’aux affections dans lesquelles le malade est susceptible de récupération sociale. Seuls sont exceptés de ces principes les tuberculeux qui, tous, demeurent justiciables de la longue maladie.

(3) Cf. Débats aff. de Monastério (gaz. Trib. 23 mars 1883), un médecin auquel on reprochait d’avoir établi un certificat réclamant l’internement, d’après des certificats antérieurs, datant de 6 ans, et sans avoir examiné sérieusement le malade dont l'état avait pu se modifier, répondit au président de la Chambre correctionnelle : &« De la démence, on ne guérit jamais ».

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gereux que les individus qui, sous le vocable d’ « aliénés », peuplent les asiles.

La séquestration indéfinie de ces derniers constitue non seulement une mesure arbitraire, mais encore un obstacle au bon fonctionnement des hôpitaux psychiatriques et une source de difficultés budgétaires. Le rôle d’un hôpital psychiatrique est de prodiguer des soins, d'appliquer des traitements. Ce n'est ni un asile de débiles mentaux inoffensifs, ni une maison de correction pour les indésirables dont on ne veut plus dans les prisons, ni une garderie destinée à recevoir les malheureux ou les indisciplinés dont la famille entend se débarrasser. Malgré la sélection, des individus de toutes sortes, dont la présence est souvent inutile, sont, à l'intérieur des asiles, mélangés aux véritables malades, ce qui crée une atmosphère défavorable au traitement des malades curables (1).

La proportion des aliénés légalement mais injustement retenus est considérable. Nous pouvons affirmer que dans bon nombre de départements, 60 % des internés n’ont pas leur place à l'asile. Cerains auteurs affirment une proportion supérieure (2).

La question des incurables est d'une importance primordiale, disait déjà BERTRAND. Si on les place à l'asile, il arrivera un jour où ces établissements n'auront plus une place pour les malades curables (3). Cette prédiction s’est réalisée. Dans certains départements on est obligé d'organiser périodiquement des « déportations massives » vers d’autres établissements, parfois très éloignés, dans le seul but de « faire de la place » (4).

Si le nombre des malades retenus dans les asiles croît sans cesse, c’est surtout parce que les médecins ont une tendance de plus en plus dangereuse à considérer comme « malades » des individus qui ne le sont pas ; ou tout au moins pas au point de nécessiter un placement. « L'augmentation du nombre des aliénés n’est pas uniquement dù à l'augmentation des causes favorisant les manifestations morbides, mais aussi aux modifications d'appréciation de ces caractères morbides », écrivait récemment un psychiatre (5). Pour re dernier, l'erreur des psychiatres modernes serait d'entretenir le « culte de la maladie » (6), au lieu d'acheminer les anormaux vers une réadaptation à la vie en société.

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