‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 179 sur 349 · TECHNIQUE ROUTINIÈRE DU TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TECHNIQUE ROUTINIÈRE DU TRAITEMENT

Les thérapeutiques scientifiques n’existent, en pratique, que dans les brillants développements des traités de médecine mentale. Mais quand on pénètre à l’intérieur d’un asile d’aliénés, on constate que la technique classique est beaucoup plus simple : elle est incarcérative et non thérapeutique. On veille à ce que soit assurée la garde pour ne pas dire la détention, des malades ; le traitement consiste essentiellement dans l’observation rigide de ce principe. On ne cherche en rien à créer une ambiance favorable à la cure. Tout a été prévu pour réaliser une incarcération. Les asiles, tels qu’ils sont construits, dans l’esprit de la loi, ne conviennent pas du tout au traitement de la majorité des psychopathes. Ils ont été conçus comme des prisons. Le système des dortoirs, des portes fermées à clé pour passer d’une salle dans l’autre, est concevable pour les agités et non pour les malades calmes et curables qui souffrent de cet état de choses (1). « Si les barreaux ne se voient plus aux fenêtres des asiles modernes, ils ont été remplacés par d’ingénieuses croisées à petits carreaux, dont les montures de fer offrent plus de garantie encore » écrit un critique (2). Sous prétexte d'empêcher les évasions, on refuse d’entrouvrir pendant la nuit les fenêtres des dortoirs, qui sont condamnées, même pendant les fortes chaleurs où l’atmosphère de ces dortoirs est généralement irrespirable. Comme dans les prisons, une seule chose compte : réaliser le plus parfaitement possible la privation de la liberté ; les questions d’hygiène et même de santé sont d’une importance tout à fait secondaire...

« L’asile type de 1838 est l’obstacle aux progrès à faire. Il faudrait que, au point de vue de la santé des malades et de leur traitement rationnel, il cessat d’exister, du moins dans son fonctionnement actuel, du fait d’une loi nouvelle » écrit un médecin (3).

Certes quelques ouvrages de propagande montrent des plans et des photographies d’asiles modernes, dont la conception semble, en apparence tout au moins, plus humaïne (4). Mais on cite 1 ou 2

(2) Delage, « La notion de néo-sociabilité des aliénés » (thèse médecine, Paris 1940), p. 104.

147 - (1) Dardel, « La question des aliénés au point de vue législatif en France » (thèse médecine, Paris 1907), p. 91 et s. (2) Lefèvre, op. cit., p. 644.

(3) Dardel, op. cit., p. 85.

(4) Cf. Raynier et ERÉTTR ER op. cit., t. II, p. 613 à 624.

exemples, parce que ce sont les seuls. Les autres asiles restent sur le type « classique ».

Il serait cependant possible d’en tirer un meilleur profit. Mais à la routine administrative s'ajoute la routine médicale. Dans les mêmes bâtiments, certains praticiens sont arrivés à obtenir des résultats inespérés, condamnant sévèrement la négligence et l’obstination de leurs prédécesseurs et de leurs collègues (5).

L'erreur des psychiatres est de considérer, eux aussi, l’asile comme une prison. Le décret du 5 avril 1937, qui a changé la dénomination d’asile en celle « d’hôpital psychiatrique », n’a pas changé les conceptions de leurs médecins et les méthodes qu’ils y appliquent. Pour faciliter la guérison et la réadaptation sociale des malades, il faudrait créer une ambiance favorable à leur amélioration. Il faudrait que dans ces hôpitaux psychiatriques la vie sociale soit développée sous toutes ses formes ; que le malade ne soit pas totalement séparé du reste du monde, qu’il ait à sa disposition livres, journaux, revues, etc. bref, il faut, dit le docteur Agnès MAssoON, « leur montrer qu’ils ne sont pas à l'asile mais dans une collectivité vivante » (6).

Dans ces conditions, ce même médecin affirme avoir obtenu 90 % de guérisons, après un séjour de 10 jours à 1 mois 1/2 (7). C’est pourquoi, il s’élève avec indignation contre la routiné de ses collègues qui veulent des établissements où l’on entretienne, à l’aide de méthode coercitives, le « culte de la maladie ».

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