‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 180 sur 349 · RÉACTION DES ALIÉNISTES MODERNES · texte numérisé non relu

RÉACTION DES ALIÉNISTES MODERNES

Un certain nombre d’entre eux s’élève enfin, contre la conception de l’asile prison. Entre la liberté complète et la détention, ils cherchent à réaliser des situations intermédiaires. Ils essayent de créer, en marge de la loi, une réglementation plus simple, malgré les réticences de l’administration. Une conception plus humaine veut traiter l’aliéné comme un malade qu’on essaye de guérir et non comme un prisonnier qu’on cherche uniquement à brimer (1). Depuis longtemps déjà, on a créé des colonies agricoles d’aliénés, en s’inspirant de l’expérience faite en Belgique, depuis des siècles, à Gheel (2). « La grande leçon de Gheel à travers le temps, écrivait le professeur VERMOYLEN, a été de maintenir, par le fait, la notion que le malade mental n’était jamais complètement un aliéné, que de larges contrats sociaux étaient possibles avec lui et que, loin de déchoir, l'individu normal pouvait à son contact, acquérir une plus forte idée de son devoir. social » (3). Quelques essais ont été faits en

(@) Voir notamment les résultats obtenus par les docteurs Agnès Masson à Chalon-sur-Marne, et Jeanne Morel à Rouen.

(6) Doct. Agnès Masson, op. cit., p. 24.

(7) Iodem loco.

148 - (1) Cf. travaux de professeur H. Baruk, passim. (2) De nombreux travaux ont été publiés à ce sujet. Voir déjà Jules Duval in « Revue des 2 Mondes », ier Nov. 1857.

(8) Cité par Vidart, « Les tendances actuelles de l’assistance psychiatrique en France et à l'étranger » (thèse méd. Paris 1937), p. 108.

France (Ainay-le-Château, Dun-sur-Auron) : l'expérience a prouvé qu’une portion minime seulement des malades n’avait pu s’adapter à cette vie où ils jouissent d’une grande liberté (4) ; actuellement, le département de la Seine a placé dans des colonies rurales 2.000 malades (« Information psychiatrique », Juin 1952, p. 146).

Mais les colonies agricoles, de même que les placements d’aliénés chez des particuliers (placements familiaux) n’ont d’intérêt que pour les sujets présumés incurables, débiles mentaux notamment, qui sont absolument incapables de vivre par leurs propres moyens.

Pour les malades récupérables, de nombreux précédés ont été utilisés dans le but de faciliter leur réadaptation sociale.

Les Ecossais pratiquent, depuis longtemps, le système de l'asile à portes ouvertes (open door). Il n’y a pas de murs de clôture. Chaque infirmier a, sous ses ordres, un certain nombre de malades dont il arrive à gagner la confiance. Ceux qui sont améliorés, sont autorisés à circuler à l’extérieur, sur parole. Le docteur TOULOUSE admirait ce système dont il disait : « On considère, en Ecosse, que les troubles mentaux ne font pas déchoir un individu au rang de mineur absolu et presque de prisonnier, qui est celui de nos malades. On cherche à réveiller ou du moins à ne pas laisser s’'émousser trop vite le sentiment de dignité, de responsabilité, et l’esprit d'initiative qui sont dans l’esprit anglais » (5).

Bien que le système soit rarement utilisé en France, quelques médecins l’ont expérimenté (6). Le docteur Agnès Masson a constaté que le contact avec l’extérieur était un élément utile pour activer la guérison (7).

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