I - Accroissement constant du nombre des aliénés
18 - L’ACCROISSEMENT CONSTANT DU NOMBRE DES MALADES MENTAUX DEVIENT L’UN DES GRANDS PROBLÈMES SOCIAUX DU XX° SIÈCLE.
Cet accroissement est général, toutes les nations sont réduites à faire cette pénible constatation. Il ne s’agit pas d’un phénomène spécial à un pays, à une race, ou dû uniquement à des circonstances exceptionnelles ou passagères. On le retrouve chez tous les peuples civilisés : de V’'U.R.S.S. aux Etats-Unis, en passant par la Suède, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, la France et la Grande-Bretagne, sociologues, médecins et juristes s'inquiètent de la gravité du problème, et, dans la plupart des Etats, ont été prises des mesures en vue d’enrayer ce fléau social.
En 1935, dans un ouvrage dont la publication fit grand bruit,
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un savant français, vivant en Amérique, le docteur Alexis CARREL, dénoncçait l’augmentation continuelle des troubles mentaux aux Etats- Unis (1). Dans l'Etat de New-York, déjà à cette époque, on comptait qu’une personne sur 22 devait, à un moment quelconque de sa vie, entrer dans un asile d’aliénés. L'auteur soulignait combien on avait tort de ne pas attacher à la gravité du problème de l’aliénation mentale l’importance qu’il méritait : « Dans l’ensemble des U.S. A. écrivait-il, il y a près de 8 fois plus de gens enfermés pour folie ou faiblesse d’esprit que de tuberculeux soignés dans les hôpitaux ». Suivait une statistique: en 1932, on comptait aux U.S. A. 342.000 fous dans les asiles de l'Etat. Vingt ans plus tard, une revue nous donne des chiffres récents (2) : il y aurait actuellement aux U.S. A. 9 millions de psychopathes sur 140 millions d’habitants ; 700.000 seraient hospitalisés à titre d’aliénés. L'Information psychiatrique souligne que le pourcentage des aliénés est nettement plus élevé qu’en France : 0,5 % au lieu de 0,25. Le traitement de ces malades mentaux nécessite actuellement, aux U.S. A., 600 hôpitaux.
— En France, il nous est, aujourd’hui, possible d’établir une statistique très complète sur le nombre des aliénés internés, grâce à l'important tableau publié tout récemment par l’Institut National de la Statistique et portant sur une période de 76 ans (3). Ce tableau a pu être complété : pour la période antérieure, grâce aux rapports de l’Inspection générale des aliénés ; pour la période postérieure à 1947, grâce aux précisions qu'a bien voulu nous communiquer la Direction de l’Hygiène Mentale au Ministère de la Santé.
Nous pourrions, ainsi, indiquer le nombre des aliénés, à peu près année par année. Toutefois, pour la période antérieure à 1871, les rapports des Inspecteurs généraux n’indiquent que quelques dates; pour la période 1947 à 1951, nous ne pourrons indiquer que le chiffre global des malades internés.
Afin de simplifier la présentation d’une statistique, par laquelle nous cherchons simplement à faire ressortir l’accroissement constant du nombre des aliénés, nous nous contenterons d’une certaine périodicité ; par contre, nous donnerons des précisions année par année pour la période postérieure à 1940 afin de bien attirer l’attention du lecteur sur la diminution considérable enregistrée pendant la guerre, suivie d’une augmentation rapide aussitôt la fin des hostilités.
— Ces chiffres nous semblent plus éloquents que le meilleur des commentaires.
Ajoutons simplement quelques détails sur l’importance de la question des aliénés au point de vue économique :
En 1871, sur 49.589 aliénés, 31.216 étaient à la charge des départements auxquels ils occasionnaient une dépense de 12.587.000 fr. En 1912, sur 101.461 aliénés, 62.392 à la charge de la collectivité ; dépense : 35.738.000 fr.
18 - (1) Doct. Alexis Carrel (du Rockfeller Institut), « L’homme cet inconnu » (1935), p. 183 et s.
(2) « L'information psychiatrique » 1952, p. 178 et s. (3) Institut National de la Statistique ; Annuaire statistique 58° volume (année 1951 - publié fin 1952), p. 81 et 82.