‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 32 sur 349 · II - Causes de cet accroissement · texte numérisé non relu

II - Causes de cet accroissement

19 - Une étude succincte des différentes causes de l’extension des maladies mentales ne peut, dans le cadre d’un ouvrage juridique, être entreprise sur un plan véritablement technique. Nous nous placerons davantage au point de vue sociologique que sur un plan strictement médical.

Nous pouvons, avant de faire toute énumération, souligner que l’accroissement redoutable des maladies mentales n’est pas dû à une cause unique, qu'il ne semble même pas résulter d’une cause principale dont l'importance dépasserait nettement celle des autres. Il semble, au contraire, que les maladies mentales soient plutôt la résultante d’une multiplicité de facteurs, peut-être même, comme l’on affirmé certains auteurs, la conséquence fatale de l’évolution générale de la civilisation. Facteurs d’ordre biologique, facteurs d'ordre physiologique, psychologique et sociologique, tous concourrent à un déséquilibre qui, au point de vue mental, s'aggrave sans cesse. Quant à l’évolution de la civilisation, les auteurs qui lui imputent ce déséquilibre sont de plus en plus nombreux. « Il n’est pas question d’insensés dans l’histoire des peuples sauvages ; on ne les trouve que dans les pays civilisés », écrivait il y a une cinquantaine d’années le docteur FOEDÉRÉ (1). On peut faire la même constatation dans la Rome antique, ajoutait DUBIEF : dans le monde romain, au milieu d’une civilisation très développée, la folie augmente sensiblement (2). Et le docteur Paul GARNIER concluait péniblement : « C’est le destin de toute civilisation d’être suivie dans sa marche par la folie >» (3). Plus récemment, le docteur GRUPPER écrivait dans l’introduction d’une thèse soutenue en 1934 devant la Faculté de médecine de Strasbourg : « La civilisation, avec son progrès incessant, n’amène pas toujours dans la même proportion un accroissement du bonheur. L'augmentation des besoins, l’excès d’efforts que l’homme doit déployer pour les satisfaire, l’aggravation des conditions de l’existence constituent autant de coups portés à l'architecture psychique des individus. À ce sujet, on a dit à juste titre que l’augmentation de l’aliénation mentale est en quelque sorte le baromètre de la civilisation >» (4).

Enumérons, maintenant, quelques causes notoires de cette aggravation.

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