‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 33 sur 349 · Cf. Dubief, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. Dubief, op. cit., p

(2) ibid.

(3) Doct. Paul Garnier, « L’internement des aliénés » (1898). (4) Doct. Grupper, « Le problème médico social des aliénés dangereux en liberté >» - thèse méd. Strasbourg 1934, p. 8.

et: À RUASÉÉRNRSE

chiffre porté à 150.000 au début de la seconde guerre mondiale, on peut en imputer en grande partie la responsabilité aux modifications profondes des conditions de vie. Au début du xix°, la France est un pays essentiellement agricole. Sa structure juridique elle-même est établie en fonction de la vie rurale : Le Code civil est un Code de Paysans ; rien n’avait été conçu pour régir l’activité industrielle et commercante qui devait bientôt lui succéder. Cette vie rurale convenait incontestablement mieux à l’équilibre psychique des individus que la vie trépidante des agglomérations modernes. Au courant du xIX‘, la grande industrie prend naissance ; elle connaît rapidement un essor extraordinaire. Il en résulte, en quelques dizaines d’années, une modification profonde de la répartition de la population : les campagnes sont délaissées, la population des villes augmente dans des proportions considérables ; la vie urbaine fait place à la vie rurale.

Or, cette vie urbaine impose à l’organisme une agitation et des efforts qui lui sont très préjudiciables. Le développement de l’industrie, la spécialisation, le caractère mécanisé de la vie moderne fait de l’homme une sorte de machine, un rouage pris dans un engrenage qui l’entraîne, bon gré mal gré, à un rythme pour lequel I: machine humaine n'avait pas été construite.

Le travail manuel, dans les grandes entreprises, exige un rendement (1). Les activités intellectuelles, réservées autrefois à une minorité, occupent un nombre croissant d'individus : là encore, on exige un rendement, d’où une fatigue voire un épuisement de l’organisme (2). Sur le plan psychologique, la vie méthodique et à peu près régulièrement assurée du cultivateur, est remplacée par l'incertitude de la vie moderne. Dès l’adolescence, l’être humain est préoccupé par le souci d’arriver, par la lutte pour la vie, et poursuivi par la hantise de léchec. Cette vie est pleine de difficultés de toutes sorties ; nombre d’entre elles déterminent de véritables chocs psychologiques ; à un être épuisé, tant sur le plan organique que sur le plan psychique, il suffit parfois d’une cause minime pour engendrer des troubles mentaux. Le suicide n’est lui-même, qu’une réaction d’échec (3).

« La fréquence des maladies mentales indique un défaut très grave de la civilisation moderne — écrivait le docteur CARREL. Il n’est pas douteux que notre mode de vie amène des désordres de lépprit ». Et l’auteur ajoutait : « La faiblesse d’esprit et la folie paraissent étre la rançon que nous devons payer pour la civilisation industrielle et les changements dans le mode de vie amenés par elle » (4). : =

Ces transformations du milieu social, des conditions de vie, sont nuisibles parce qu’elles ont été faites en méconnaissant notre nature humaine : méconnaissance de notre constitution physique maïs éga-

20 - (1) Certains auteurs estiment, en -outre, que la spécialisation a amené un « rétrécissement de l'intelligence » (d° Carrel ou. cit., p. 55). (2) On constate un rapport régulier entre la généralisation de l’instruction et l’augmentation des suicides - cf. Durkheim « Le suicide », p. 170 et s.

{3) Cf. Durkheïm, « Le Suicide ».

{4) Doct. Carrel, op. cit., p. 184-186.

DEL, Foi

lement de nos aptitudes psychiques, de nos tendances sociales. « L'homme — dit encore le docteur CARREL qui s’est penché tout particulièrement sur ces problèmes sociaux — ne supporte pas impunément le mode d’existence et le travail uniforme et stupide imposé aux ouvriers d'usine, aux employés de bureau, à ceux qui doivent assurer la production en masse. Dans l’immensité des villes modernes, il est isolé et perdu. Il est une abstraction économique, une tête du troupeau. Il perd sa qualité d’individu. Il n’a ni responsabilité ni dignité. Au milieu de la foule émergent les riches, les politiciens puissants, les bandits de grande envergure. Les autres ne sont qu’une poussière anonyme. Au contraire, l'individu garde sa personnalité quand il fait partie d’un groupe où il est connu, d’un village, d’une petite ville où son importance relative est plus grande, dont il peut espérer devenir, à son tour, un citoyen influent (5). Et dans un autre passage : « Dans les conditions nouvelles de l'existence que nous avons créée, nos activités les plus spécifiques se développent mal et de façon incomplète. On dirait qu’au milieu des merveilles de la civilisation moderne, la personnalité humaine a une tendance à se dissoudre » (6).

Le chiffre impressionnant du nombre actuel des malades mentaux aux U.S. A. (9 millions de psychopathes dont 700.000 internés) cité en 1952 par « l'Information psychiatrique », n'est-il pas une preuve de cette déchéance de la personnalité qu’entraîne l’évolution trépidante de la vie moderne ?

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