‹ L'ÉCHEC du SYSTÈME 'ADMINISTRATIF' d'INTERNEMENT des ALIÉNÉS: Etude critique de la condition juridique des étrangers et des garanties de la liberté individuelleChapitre 48 sur 349 · Guerre, bombardements, déportations, etc · texte numérisé non relu

Guerre, bombardements, déportations, etc

30. - Toutes les guerres ont été causes d’un certain nombre de troubles mentaux. La guerre de 1870, malgré sa brièveté, a occasionné un nombre assez élevé de cas de folie (1).

Les deux guerres mondiales qu’a connues notre siècles ont été encore beaucoup plus néfastes au bon équilibre psychique des individus.

a) Les uns ont une origine purement physiologique : à V’heure actuelle, on trouve encore dans les asiles, des aliénés dont la maladie a pour origine une blessure ou un choc reçu pendant la première guerre mondiale (2). Les traumatismes crâniens peuvent déterminer des psychoses soit d'apparition rapide, soit même de manifestation tardive : il existe de véritables « démences traumatiques » avec apathie, troubles de la mémoire ; parfois les troubles se manifestent par des accès confusionnels. L’épilepsie, la schizophrénie, ont souvent pour origine un traumatisme crânien (3). Parfois, le simple éclatement d’un obus à proximité d’un individu a pu, sans occasionner la moindre lésion, provoquer une commotion cérébrale dont les conséquences ont été irrémédiables.

A la suite des bombardements subis pendant la dernière guerre, on a dû interner un certain nombre de personnes, même des enfants.

Une circonstance propre à cette deuxième guerre, l’insuffisance de l’alimentation, a suffi à provoquer des troubles psychiques. En tout cas, il est certain que les restrictions dues à la guerre ont entraîné une aggravation de l’état des aliénés internés (4).

Il est évident que les déportations, le régime des camps de concentration devait avoir de lourdes conséquences sur l’état psychique de leurs victimes (5).

b) Les autres sont d’ordre purement psychologique. — Les bouleversements qu'ont entraînés les guerres, les affections qu’elles ont brisées, les émotions, les chagrins qu’elles ont occasionnés, les déceptions que les événements ont provoquées, ont affecté de nombreux sujets et entraîné parfois des ruptures d’équilibre difficiles à rétablir. Des amnésies durables, des démences précoces, des états confusionnels ont là leur origine (6). (Voir également des cas de délire de persécution à base de syndrome de culpabilité, nés de la dernière guerre. Cf. Baruk A.M.P. 1952. 11. 530).

30 - (1) Cf. docteur Lunier à la Société de législation comparée - Bertrand,

op. cit. p.v., p. 48.

(2) Cf. Baruk, « Précis de psychiatrie » (Paris-Masson édit. 1950), p. 344.

(3) Sur tous ces points cf. Baruk op. cit., p. 109, 343, 465, etc.

(4) Cf. doct. Bachet, « Etude des troubles causés par la dénutrition dans un asile d’aliénés », thèse méd. Paris 1943.

(5) Cf. Dibra et Manzelheim, « Psychoses dans les camps de concentration », thèse méd. Paris 1942,

(6) Baruk op. cit., p. 125.

RES, 7 PES 5 - Autres sources

31 - Nous venons d’examiner les principales causes de l’accroissement général des maladies mentales et, par suite, du nombre des internements. Nous avons vu que les guerres avaient été la source d’un certain nombre de psychoses. Nous devrions donc nous attendre à constater une augmentation de l’aliénation mentale en période de guerre, suivie d’une diminution avec le rétablissement de la paix.

Or, c’est exactement le contraire que nous affirment les statistiques : le nombre des aliénés diminue en temps de guerre et dans de sensibles proportions ; mais il augmente immédiatement, dès le retour de la paix. La diminution a été particulièrement sensible pendant la guerre de 1939-45 (cf. supra n° 18 la statistique indiquant, année par année, le nombre des aliénés de 1940 à 1951) suivie aussitôt d’une brusque recrudescence.

— Quelle explication doit-on donner à ce phénomène, d’apparence paradoxale ? Tel est le grand problème que se posent, au milieu du xx° siècle, psychiatres et sociologues. Nous avons personnellement demandé des précisions à ce sujet à la Direction de l’Hygiène Mentale au Ministère de la Santé : on ne nous a pas caché l’embarras que suscitait cette question.

Nombre d’auteurs ont cru devoir imputer à l’alcoolisme la brusque recrudescence des maladies mentales. Les restrictions seraient la cause d’une diminution des psychoses, le retour à la libre consommation, celle d’une augmentation fatale. Or cette explication n’est exacte que pour partie. Les statistiques que nous avons examinées dans un précédent paragraphe, concernent uniquement les psychoses d’origine alcoolique. Mais si l’on considère le nombre d’internements pour alcoolisme par rapport au nombre total des admissions dans les asiles, on voit que le purcentage dû à l’alcoolisme n’a guère augmenté que de 22 % de 1942 à 1951.

La diminution considérable des internements pendant la dernière guerre avait donc nécessairement d’autres causes que la suppression de l’alcool. Ces causes semblent avoir échappé à certains auteurs qui veulent faire de l’alcoolisme une explication universelle. Nous relevons notamment dans la thèse de Mille PIERRARD : « Depuis 1941, c’est-à-dire depuis l’application des mesures limitant la consommation de l’alcool.. le nombre des malades internés dans les asiles l’aliénés bretons diminue. Pour l'asile de Saint-Méen (I.-et-V.), les graphiques suivants illustrent de façon frappante cette diminution du nombre des internements.. ». Les graphiques en question indi-quent, avant la fin de 1940, une chute verticale du chiffre des internements, qui tombe à un minimum à proximité duquel il se maintient en 1941. Or, 2 pages plus loin, l’auteur nous cite une statistique : le pourcentage des internements pour cause d’alcoolisme à Saint-Méen, est passé de 11,9 % en 1940 à 18,1 % en 1941. Le tracé de la courbe serait donc en sens contraire de celui représentant la totalité des admissions (1). Ajoutons qu’une législation restrictive de la consom-

31 - (1) Cf. M.J. Pierrard, « Un plan de lutte contre l'alcoolisme »> (thèse Rennes 1943), p. 59, 60, 61 et 63.

RAY Riu

mation d’alcool, en date des 20 juillet et 23 août 1940 n’explique nullement une chute verticale des internements qui commence dès le début de l’année 1940 et atteint son point le plus bas à la fin du premier semestre, soit avant la promulgation des lois sus indiquées.

— Quand on a réduit à de justes proportions l’argument tiré de l’alcoolisme, on se demande comment expliquer l'influence des guerres sur le nombre des psychoses. La science est, en réalité, réduite à des hypothèses. Le professeur BARUK en formule 2 :

La première, d'ordre psychologique : pendant la guerre, il y a une sorte de « frein qui momentanément contient le psychisme » (2).

La deuxième d’ordre physiologique : le régime alimentaire que nous suivons habituellement ne convient pas à notre état de santé, et plus spécialement à notre foie. Or le fonctionnement défectueux du foie entraîne fréquemment des troubles mentaux. Au contraire, en temps de guerre, le régime des restrictions alimentaires, la privations de matières grasses, sont beaucoup plus favorables à notre équilibre psychique.

IIT - Parallélisme entre les progrès de l’aliénation mentale -et les progrès de la délinquance

32. - Il y a intérêt, pour le juriste, à étudier parallèlement l’accroissement de l’aliénation mentale et les progrès de la délinquance.

Entre ces deux grands fléaux de notre époque, la folie et la criminalité (1) semble exister une certaine corrélation. En effet, l’examen des statistiques d’une part, la connaissance d’un certain nombre de cas concrets d’autre part, nous amènent à cette conclusion que les maladies mentales et la délinquance présentent fréquemment des causes communes, des manifestations communes.

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