OBSERVATIONS
Pour les raisons que nous avons suffisamment indiquées au cours de notre travail, nous n’avons pas cru devoir retenir certains faits que nous regardons comme insuffisamment probants : telles les observations de Levy-Dorn, de Lemaire, de Hartmann, de Maccas. Car leurs auteurs n’ont pas apporté la démonstration que l’unique kyste pulmonaire découvert secondairement n'existait pas déjà au moment où était survenue la prémière vomique, supposée inoculatrice. Aussi bien, sauf dans une ou deux des observations de Maccas, la nature « hydatoptoïque » et non « vésiculaire » de la vomique initiale ne se trouve pas clairement établie, loin de là.
Sans doute pourrait-on relever dans Îa littéra-. ture d’autres observations du même genre, à pro- . pos desquelles l'hypothèse d’une vomique inoculatrice pourrait être jusqu’à un certain point soulevée. Mais ce serait sans plus de preuves. Et le nombre de ces observations incertaines ne compenserait pas leur peu de valeur démonstrative.
Aussi nous en sommes-nous tenu aux quatre
observations conservées par M. Dévé et dont il a donné un bref résumé dans son mémoire (1).
Toutefois,"nous pouvons aujourd’hui leur ajouter une cinquième observation récente, de Airale, et enfin une sixième, de Calvo Melendro, parue à peu près en même temps que la publication de notre maître (décembre 1931). :
Obs. I. -— Alfonso Lamas (1916).
Domingo G., 23 ans, célibataire, cocher, sans aucun antécédent pathologique, étant en voyage, fut pris d’une vomique accompagnée d’une abondante hémoptysie, due à la rupture d’un kyste hydatique de la base du poumon gauche. Il guérit par un traitement médical, sans conserver aucun signe physique de lésion pulmonaire.
Deux ans plus tard, mort brusque par coup de fusil. A l'autopsie, on rencontra “une ‘énorme quantité de kystes hydatiques de la base gauche, dont le volume allait d’un grain de blé jusqu’à un œuf de poule (ensemencement hydatique de la base du poumon gauche).
Obs. II. — BoTREAU-ROUSSEL (1930-1931).
Ce malade à déjà fait l’objet d’une communication de MM. Ch, Garin, Vincenti et Mile Rougier dans le Lyon Médical (n° 50, 15 décembre 1929) sous le titre : « Kystes hydatiques multiples des poumons,» Mais m'écartant,
1. M. Dévé faisait en outre allusion à une observation qui lui ; avait été signalée jadis par le Professeur Gosset: Mais les
documents de ce cas ont malheureusement été perdus durant la guerre.
PLANCHE I. Cas Botreau-Roussel.
Radiographie avant intervention (1).
1. Nous remercions vivement M. Botreau Roussel de l’amabilité avec laquelle a bien voulu nous permettre de reproduire ses clichés.
(TRS A NI
4 FRA pee
sa
sur bien des points, de leurs conclusions et la maladie ayant- continué à évoluer, je me crois autorisé à la publier de nouveau après l’avoir complétée. Ces auteurs en faisaient, en effet, des kystes hydatiques primitifs des poumons contractés aux colonies, alors que l’étude approfondie des commémoratifs démontre que les kystes actuels sont secondaires à la rupture et à l’évacuation par vomique d’un kyste hydatique primitif du poumon contracté en France avant son premier départ colonial. En outre, j’ajouterai un fait secondaire à leur observation : l’échec complet du traitement par injection intra-veineuse d’émétique (Stihyal de Poulenc) qu’ils avaient institué.
Marcel B..., 27 ans, stagiaire des Travaux publics coloniaux, originaire de Pont-Saint-Esprit (Gard) où il a passé son adolescence, a vécu ensuite trois ans dans les régions dévastées et n’a jamais été en contact direct avec des chiens.
Part pour la première fois, à 22 ans, pour le Sénégal, où il est arrivé à Dakar en octobre 1925. Dès le mois de décembre, il ressent des douleurs parfois vagues, parfois assez précises dans la région scapulaire gauche. Les douleurs ont persisté, assez discrètes cependant, puisqu’elles n’ont pas obligé M. B... à consultèr un médecin jusqu’au mois d’août 1926, moment où il fait un accès de paludisme de première invasion, accompagné des vomissements bilieux habituels. Hoôspitalisé vers la fin de cet accès, il profite de son séjour à l'hôpital pour se faire éxaminer le poumon gauche dont il souffrait. Après examen radioscopique, on porte le diagnostic de « pleutésie enkystée du sommet gauche », erreur de diagnostic, comme vous le montrera la suite de l’observa-
s LP
tion. On le rapatrie avec un congé de convalescence de six mois. Aucun incident pendant le congé, mais-il ne se rétablit pas et continue à souffrir du sommet du poumon gauche.
Il part néanmoins pour le Dahomey, à la fin de son congé, en mars 1927. Son état s'aggrave. Il maigrit, arrive à peser 48 kilos, au lieu de son poids ordinaire qui est 60 kilos. Une extinction de voix s’installe, sans douleur et sans toux, témoignage d’une atteinte du récurrent, et persiste jusqu’à l’incident du 12 octobre 1927. Ce jour-là, à midi et demi, il est surpris brusquement dans la rue par une vomique extrêmement abondante. Le liquide rejeté était d’abord clair comme de l’eau, puis un peu jaunâtre. On le transporte à l'hôpital absolument suffocant, les voies aériennes encombrées du liquide de la vomique. Le soir même, l’état s'était amélioré, la suffocation et l’angoisse avaient disparu et le malade pouvait dormir. Mais à partir de ce moment, une expectoration purulente s’installe, assez abondante le premier mois. Les crachats, jaunes-verdâtres, sont surtout abondants le soir au coucher, puis progressivement l’expectoration diminue. Faute de laboratoire au- Dahomey, on ne peut pas faire d'examen radiologique, on ne recherche pas non plus les hydatides dans l’expectoration et le malade est -rapatrié au début de 1928 avec
le diagnostic de «tuberculose pulmonaire >» et proposé
*. pour le licenciement. Il rentre en mars 1928, déjà très
amélioré, se porte parfaitement bien pendant son congé, et reprend son poids normal. Dès sa rentrée en France, il s’est fait examiner, et la radiographie faite à ce moment-là montre des régions hilaires plus sombres et
plus accusées que normalement, aucune trace de kyste