PETIT COURS D AGRICULTURE
A. l'usage des gens du monde.
(6« article.)
Nous avons dit que la culture perfectionnée du sol de notre belle France viendrait au secours de la religion , dans le cas où d'immenses catastrophes dont la menace est , il faut bien le dire , toujours pendante sur nos têtes , abîmeraient les finances de l'Etat. Eh I que l'on ne nous vienne pas dire que nous sommes des alarmistes , des cerveaux blessés. A chaque émeute , à chaque attentat , à chaque événement politique intérieur , n'entendons-nous pas tou$ les organes du parti qui est maître des affaires répéter à l'envie : Nous venons d'échapper à un danger efî^rayant , le plus affieux bouleversement eût infailliblement suivi le succès de cette criminelle entreprise. — Et nos ministres, qui ne sont pas probablement les hommes les moins capables du parti , ne viennent-ils pas écraser périodiquement la France , par la demande d'un budjet énorme pour l'armée , et déclarer qu'il faut tenir quatre ou cinq cent mille hommes sous les armes , sans compter un million de gardes nationaux que l'on fatigue de service , sous peine de compromettre la sûreté intérieure et extérieure de l'État? Il est probable qu'ils ne hasarderaient pas ainsi leur popularité, s'ils ne sentaient le besoin de tenir sous la main une force imposante, pour empêcher un bouleversement toujours prochain , de s'effectuer , et pour tenir debout, au milieu des factions frémissantes , l'édifice nouveau qu'ils s'eff*orcent de consolider.
Il n'est ni dans notre intention , ni de la nature de notre sujet , d'examiner le côté politique d'une telle situation ; mais il est de notre devoir de constater un fait social de cette importance , afin que dans le cas où se réaliseraient les craintes si souvent manifestées par les chefs de l'État et les habiles du parti, aious soyons e» \mim% d« faire tête à Torage et de contribuer du moins ^ fft
tant qu'individus , à préserver la société d'une ruine absolue , en préparant leâ élémens de sa régénération. Le pilote vigoureux ne perd pas la tête au milieu des plus rudes tempêtes, parce qu'il connaît sa force et sa puissance, et parce qu'il sait que d'un coup de gouvernail dirigé à propos il évitera l'écueil sur lequel son vaisseau aurait dû se briser.
Le besoin de la religion est sans contredit le premier des besoins sociaux , et jamais un peuple ne périt tant qu'il conserve ses autels , et un sacerdoce pur et nombreux.
Eh bien I nous allons soulever une de ces questions vitales pour une nation ^ qui nous attirera des critiques : mais peu nous importent les contradictions , quand il s'agit de la vérité, les convictions fortes ne connaissent pas les faiblesses du respect humain.
La position du clergé n'est ni bonne , ni sûre , surtout dans un temps de révolution. Laisser dépendre son existence du vote annuel d'un budjet , ou de la mauvaise humeur d'un conseil municipal, c'est une situation beaucoup trop précaire. Elle est, nous le savons , le fruit des calculs profonds de la secte des philosophes du dernier siècle, et nous avons entendu des coryphées de ce vieux parti répondre en 1830 à des amis imprudens qui proposaient la radiation du chapitie du clergé au budjet de l'Etat; gardons nous-en , il deviendrait indépendant de nous, et nous le grandirions de dix coudées dans l'esprit des peuples. Les adeptes comprirent leur maître (c'était un ancien prêtre apostat) , et la proposition ne fut pas même présentée; catholiques, sincères et dévoués, jaloux de la conservation de notre foi , nous avons compiis aussi que l'étourderie des partis triomphans pourrait l'emporter un jour sur l'habileté des chefs, et que le clergé pourrait se trouver sans dotation , bien qu'elle ne soit que le remplacement incomplet de ses biens violemment envahis ; la détresse d'un trésor épuisé pourrait rendre impossible , au moins pour un temps , l'acquittement de cette dette, et nous avons dû , en prévoyant cette situation , y chercher un remède. Nous n'avons pas à nous occuper des villes ; à très-peu d'exceptions près , les ressources n'y manqueront jamais, le casuel y est presque partout supérieur aux émolumens des pasteurs , et le cas échéant , il se trouvera , dans les cités , assez de maisons riches pour que l'existence des prêtres nécessaires à l'exercice du saint ministère n'y soit pas compromise : mais il n'en est pas de même dans toutes les communes rurales , plus de la moitié sont trop pauvres pour pouvoir s'imposer extraordinairement l'équivalent de la dotation de leurs desservans , et elles le pourraient bien moins encore , dans les circonstances qui suivraient nécessairement la catastrophe qui fait le sujet de cette supposition.
C'est donc l'agriculture qui y pourvoirait, avec une merveilleuse facilité, partout où la prévoyance de quelques hommes intcUigens aura préparé des modèles qu'il conviendra alors d'imiter et de généraliser.
Occupés depuis longues années de la ré.ilisation de ces pensées, et secondée par d'honorables amis , nous nous sommes appliqués à organiser de petites métairies qui sont déjà des centres d'expériences diverses, et qui servant aujourd'hui à la consommation d'une famille naturelle , et parfois même d'objet d'amusement utile ou de charité bien entendue à des propriétaires aisés et généreux , seraient alors appliquées à l'entretien d'une famille spirituelle , c'est-
à-dire composée d'un prêtre desservant une petite paroisse , d'un clerc et de deux ou trois élèves de la commune ou du voisinage. Une chaumière et cinq ou six hectares de terre , dont le loyer serait couvert par les pensions de deux enfans ou par le prix du service de l'école primaire , assureraient l'indépendance du njinistre de la religion.
Nous avons publié , dan<^ le bulletin du comice d'Amiens dont nous sommes membres , les détails techniques des modes de culture et d'assolemens de ces petites fermes ; nous y renv yons ceux qui seraient disposés à préparer de loin cette ressource , non-seulement pour l'existence du culte catholique dans nos campagnes , mais encore pour les autres chapitres de l'économie sociale.
Pour qui daignei'a nous lire avec quelqu'attention , sera claire et positive la pensée qui préside à tous ces articles que nous faisons insérer dans les recueils d'agriculture sur l'utilité, qui doit résulter pour tous les propriétaires du sol d'exploiter par leurs mains une ferme d'une douzaine d'hectares, tantôt pour en faire le centre des opérations d'un comice de section , afin de donner l'exemple des améliorations agricoles , dans un canton , tantôt pour y trouver , eux et leurs fils , une occupation utile et agréable , en y répétant les expériences les plus utiles au progrès de l'art , tantôt pour en tirer l'entretien de quelques familles pauvres , tantôt pour s'assurer de ce que , grâces aux perfectionnemens modernes , on peut parvenir à faire vivre d'hommes et d'animaux sur un terrain donné. Si , dans un avenir prochain , il se trouvait , en chacun des cantons du royaume, un seul propriétaire jouissant de quelques mille francs de revenu, qui comprît , par son expérience , ce que la culture de notre heureux sol renferme de ressources , il n'y aurait aucun événement , aucune calamité , sans un arrêt mystérieux de la Providence , qui pût nous inquiéter sur l'avenir de la France.
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