EXPOSITION
( 2* article, )
Nous voulions présenter en un seul article à nos lecteurs un aperçu des objets remarquables que l'on voyait à cette exposition ; mais chacun devinera facilement comment notre plume, en cédant aux impressions de notre cœur, s'est trouvée tout-à-coup ne plus avoir assez de place pour terminer cette revue. Nous en étions resté aux blondes charmantes de M. Violard,qui nous avaient rappelé cette belle robe magnifique, en point d'Alençon , que madame la dauphine a donné ordre à madame Gagelin, rue Richelieu, 93, de vendre par morceaux, au profit de l'une de sesancienijcs amies.
Maintenant, continuons notr^ course dans cette galerie, et admirons d'abord
une paire de bas exécutée par M. Bodzonet, exposée au nom de M. Pivot, et une pièce de mousseline de laine, de cinquante aunes, tellement fine, qu'elle pesait à peine vingt once»» ; la beauté et la régularité de cette étoffe ont fixé l'attention de tous les connaisseurs, elle est due à l'habileté d'un ouvrier des environs de Rheims, appelé Milon Marquant, qui en a confié le dépôt à M. Flamet, fabricant de bretelles de la rue des Arcis. \is-à-vis cette étofte, les dames jetaient un coup-d'ceil de satisfaction sur les sparteries de M. Démonts, et voyaient avec plaisir les velours peints de madame Vauchelet, ainsi que la belle corbeille brodée par madame Lepart , et les écrans de M. de Bémi ; puis elles s'arrêtaient devant les corsets à ressorts de M. Josselin , sinon pour admirer les poupées que ce fabricant pourrait fort bien se dispenser d'exposer, du moins pour chercher s'il n'y avait pas dans ce vêtement quelque chose de plus positif à critiquer : ainsi, elles se demandaient si toute cette armature en fer, qui sert à agrafer et désagrafer le corset, ne doit pas tendre à user promptement l'étofte légère des robes qui doivent le couvrir ; aussi , voyaient-elles avec moins de méfiance les corsets sans couture de M. Werly, qui les fait sur le métier, en intercalant pendant le tissage leurs baleines au milieu de l'étolfe, invention ingénieuse sur laquelle le temps a peut-être besoin de passer pour permettre de bien la juger. A côté de ces corsets , on voyait les lacets ferrés par M. Lambert , puis les guêtres de M. Volant, et les gants de M. Ducastel, fort bien faits par un nouveau moyeu mécanique.
Nous ne dirons également rien des nombreux instrumens d'agriculture que l'on voyait dans cette galerie, peu de choses neuves dans ce genre s'y faisaient remarquer ; pourtant, nous devons indiquer, comme méritant une attention particulière de la part des amateurs de jardins , la jolie tondeuse, propre à couper les gazons, que M. le duc de Montmorency a importée d'Angleterre , tout exprès pour l'offrir aux yeux de ses compatriotes à cette exposition, et donner ainsi les moyens de propager un instrument dont l'usage , généralement adopté en Angleterre , est très-commode pour couper d'une manière fort égale les gazons des jardins.
{La suite au prochain numéro.]
P. S. Cet article et le précédent pouvant quelquefois faire naître le désir à nos lecteurs de province de se procurer quelques-uns des objets dont nous avons parlé, nous croyons leur rendre service en les prévenant que nous nous ferons toujours un devoir purement gratuit de transmettre aux fabricans les ordres , et de répondre aux questions que les abonnés de Y Echo de la Jeune-France nous adressei-ont franco, soit directement rut Neuve-du-Luxembourg, 23, sgitau Ijureau de ce recueil. J. Odolakt-Desjïos,
S'adresser pour la rédaction à M. le vicomte Walsh, directeur-rédacteur eo chef, et pour l'administration à M. Lion db Jouvbnkl, administrateur, rue de McnarSy 6.
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par exemple, où rarchitectuic était soumise à des règles arrêtées ; où tous les monumens avaient une destination populaire et générale; où toute individualité était noyée dans le flot des masses; où toute entre- 1''' édition. — Tome v. — 1" septembre 183G. 7
ÉCHO
DE
SOMMAIRE
L'Arc de triomphe de l'Etoile, par V. X. — Poètes allemands modernes ; Théodore Koerner, par le D' Christ Fr. Grieb. — Une Retraite à la Trappe , par M. A. de Puibusque. — Le Collège de Juilly , par M. le vicomte Walsh. — Galerie de portraits espagnols; l'Alcade, par M. Bernard Lopez. — L'Ermite de Saint-\Vcrede.»s, par M. F. Cliapot. — Poésies; Brises du soir, les Sept merveilles du Cambrcsis, Jean Fieboul, par t. de J. — Distribution des priv dans les académies et les collèges, par ***. —'Revue des Théâtres, par '•". — ^ Chronique des Provinces; Eaux des Pyrénées, par*".
L'architecture est sans contredit, de tous les arts, celui dont les productions sont le moins susceptibles d'être conduites à fin avec perfection et unité. Une construction monumentale ne pouvant s'édifier d'ordinaire que dans une lonorue suite d'années, il en résulte, ou que l'artiste créateur ne voit pas l'achèvement de son œuvre qui aura à subir les modifications capricieuses d'un successeur, ou que subissant l'influence de l'âge et parfois l'entraînement d'idées nouvelles inopinément accréditées^ il imprime lui-même sur chaque étage de son édifice le calque de ces variations. Dans l'antiquité, dans la Grèce de Périclès, par exemple, où l'architecture était soumise à des règles arrêtées ; où tous les monumens avaient une destination populaire et générale; où toute individualité était novée dans le flot des masses; où toute entrel"* édition. — Tome v. — 1" scptcmbi'e 183G. 7
prise se faisait dans l'iulrTct unique fJe la république^ mot qui alors ûgivSiaii chose pub ligue j rarchilecturecrca des chefs-d'œuvre, et ceux de ses monumens qu'un siècle sulfil à peine à construire, ne laissent deviner à aucun signe le nombre des hommes qui y ont tour à tour présidé.
Il n*en est plus ainsi. Ce n'est pas que je veuille regretter le despotisme de ces règles immuables dont l'effet était nécessairement d'entraver le génie et d'engendrer l'uniformité ; mais un obstacle bien plus déplorable s'est élevé. L'homme n'acquérant plus aujourd'hui d'importance qu'autant qu'il se détache des généralités , la question personnelle dirige tous ses actes. Artiste, il veut rattacher, non pas seulement son nom, mais encore so?i école à tout ce qui lui est confié; et l'architecture exposée, avant tous les autres arts, à ressentir les effets de cette disposition pernicieuse, ne nous offre plus que des œuvres dont on ne peut ni préciser, ni même saisir le caractère. Je n'en citerai qu'un exemple. La cathédrale de Milan, dont les fondemens furent jetés en i386 et à laquelle on travaille encore, est un mélange inextricable du gothique, de la renaissance, de l'art grec, du style italien ; et on y retrouverait à peine , au milieu de cette confusion, l'idée mère du premier architecte. Un plan une fois adopté ne devait-il pas être, quant à l'ornement et à l'effet en masse, une chose à laquelle il fut défendu de porter atteinte?
Ceci se rapporte également bien à tous les monumens ; et en présence de tous, nous aurons le même regret à exprimer. Que serait-ce, si y restreignant notre examen , nous le faisions porter seulement sur ceux qui ont une destination de circonstance, ou se rattachent à quelques individualités ! Par le temps qui court, pendant que la France subit, coup sur coup, tant de transformations violentes et. antipathiques les unes des autres, comment l'arc de l'Étoile, par exemple, aurait-il pu conserver, pendant trente années qu'a duré son érection, son unité de caractère ? Fondé pour porter dans les siècles futurs le récit des hauts faits de la grande armée, il se vit bientôt, quand le despotisme put se croire affermi sur un trône impérial, réduit à perpétuer la mémoire du mariage de Napoléon et de Marie-Louise. Puis, une assise de pierre avait à peine été posée, qu'on y moulait en bas-reliefs la prise du Trocadéro ; et peut-être enfin allait-il se couvrir des trophées delà guerre d'Afiique, quand, par un nouveau revirement de fortune, il se
vît inaugurer sous les insignes qui avaient présidé a sa naissance, et qui étaient revenus avec d'autres hommes et d'autres principes. Sa construction fut conduite lentement et plusieurs fois interrompue; les plans furent tour à tour abandonnés ou modifiés; et, comme ces modifications ne pouvaient rétrograder sur les travaux déjà exécutés^ elles en dénaturaient l'effet et l'intention.
Aussi, au premier aspect de sa physionomie générale, on ne peut se défendre d'un certain malaise produit par le manque de concordance entre ses diverses paities. La base est sévère, simple, digne; la partie supérieure est ornée, délicate, et les yeux sont blessés surtout de cette dentelle cannelée qui surmonte Vattique et à laquelle ils n'ont été nullement préparés. On s'est long-temps épuisé pour enfanter ce mode de couronnement; je ne sais pourquoi l'on n'a pas jugé convenable de laisser la ligne nue , qui se serait harmonisée avec l'ensemble , ce qui même, à mon avis, eût été préférable au cordon de statues qu'on avait projeté d'y placer. Du reste, les proportions du monument sont majestueuses, imposantes. C'est à tort qu'on lui a reproché d'être assis sur des piliers trop massifs ; c'est ce que personne n'aurait songé à dire, si la frise et l'attique, dégarnis de tout ce papillotage dont on les a couverts^ n'avaient une apparence de légèreté et de mobilité qui ne justifie pas tant de puissance à la base. Mais il sera facile de porter remède à cet inconvénient , quand il aura été bien constaté. Malheureusement il est d'autres défauts qui sont irréparables.
Les quatre piliers, sur leurs faces principales, ont été ornés de groupes sculptés en bas-relief, avec quelques parties en ronde-bosse. Ce sont des sujets symboliques et allégoriques, accompagnés d'emblèmes généraux; en sorte que, sauf une figure empruntée à nos illustrations contemporaines, l'arc de l'Étoile ne spécialise sa destination que par les tableaux secondaires des bas-reliefs de l'étage supérieur. Est-ce à dessein? est-ce un oubli? En tous cas, c'est une faute capitale; et ce monument, romain par ses proportions architecturales , grec par la plupart de ses ornemens, de tous les temps et de tous les lieux par les trophées qui le décorent, ne semblerait nullement avoir été élevé pour porter chez nos descendans le pompeux récit des événemens de notre époque.
Le groupe de droite, du coté de Paris, est de M. Rude ; il représente le Départ, C'est incontestablement celui des quatre qui laisse le moins
à désirer. Le Génie de. la guerre s'élance et appelle le peuple sur ses pas ; un guerrier qui va commander, sans doute , reçoit les derniers, conseils d'un vieillard ; un jeune soldat bande son arc, un auti^e sonne de la trompette , un autre enfin se prépare au combat. Il y a du mouvement et de l'élan dans tous les personnages ; toutes les têtes sont belles et animées; le cri du Génie se comprend et émeut; les plans sont distans et bien entendus ; la scène a de l'ensemble. Mais pourquoi le Génie a-t-il l'aile droite cassée? pourquoi cette aile ainsi dressée contre la muraille sans aucun sentiment de perspective, tandis que celle qui est vers le spectateur se présente dans une position absolument contraire, en sorte que le vol est physiquement impossible? Il eût été prudent aussi d'indiquer par quelque moyen ce que fait là ce jeune nègre qui marche avec les autres et dont la présence ne paraît, à ceux qui n'en ont pas le secret, ni utile, ni justifiée. Quoi qu'il en soit, le groupe de M. Piude mérite de grands éloges ; l'artiste a fait jaillir de son sujet tout ce que l'inspiration de l'art pouvait en tirer.
Puisqu'on prétend que Vallégorie seule est monumentale , il faut bien que nous acceptions l'allégorie; mais, au moins, donnez-nous de l'allégorie symbolique, et faites-nous grâce aujourd'hui de la mythologie, de l'Olympe, des dieux, des déesses et des Muses. Représentez les classes d'hommes sous un type, les passions humaines sous des corps humains ; mais sortez enfin de ces abstractions aux formes mixtes, insaisissables et dénuées de tout caractère. C'est ce que je me disais en regardant le groupe le Triomphe de M. Gortot. Une Renommée ^ une Histoire^ une V^ictoire^ une ville avec une couronne de tours '^ c'en est trop, vous en conviendrez. Aussi, ce groupe est-il glacial et inanimé ; et le personnage vivant qui y est placé est bien loin d'y jeter de la vie. Immobile, muet, la poitrine couverte d'une draperie, que, si je ne craignais de tomber dans le burlesque, je comparerais à la serviette d'un barbier ; il s'appuie sur des membres grossièrement musclés 5 et sa figure est impassible^ et son cœur ne bat pas pendant qu'il reçoit la couronne de la victoire. Là^ point de joie, point de l'enivrement du triomphe, point de trophées, point de vainqueurs, point d'humanité enfin, sinon un esclave enchaîné ; et c'était pourtant, avant tout, la place de l'humanité prise dans sa belle acception.
M. Étex a été plus malheureux encore, et dans l'arrangement de ses groupes et dans l'exécutioa. Celui de la Résistance ne m'a pas
paru compréhensible. Un jeune homme , au corps noué comme un Hercule trapu, veut s'élancer, le glaive à la main ; mais il est retenu par une femme qui lui saisit le bras et par un vieillard qui lui étreint la cuisse. Derrière lui un cavalier blessé tombe de son cheval, et un Génie, la tête surmontée d'une flamme, serre convulsivement le poing. Quel sens est caché sous cette énigme, je l'ignore. L'autre groupe, la PaiXy se devine plus facilement ; on y reconnait Minerve , un soc de charrue, et la vigne et V olivier. Les travaux de M. Etex pèchent par une grande incertitude de composition et par une exagération de formes qui n'est pas tolérable. On y remarque cependant quelques beaux mouvemens à^ académies . Je citerai le buste du guerrier qui s'efforce d'atteler au joug un bœuf peu docile, et qui se trouve au second plan du groupe de la Paix , et le vieillard agenouillé au premier plan de la Résistance.
Il y a plus de choses satisfaisantes, sans doute, à cause de la moins grande difficulté, dans les cadres où sont représentés des épisodes empruntés aux guerres de l'empire. J'ai surtout admiré ceux de MM. Feuchère, Ghapponière et Marochetti ; mais ils sont trop loin de l'œil déjà pour qu'on puisse en donner une critique motivée.
Quant à la guirlande de soldats qui règne autour de la frise, il est bien fâcheux que ceux qui ont été chargés de l'exécuter n'aient pas songé à tenir compte du point de vue d'où elle serait aperçue. Il en résulte que tous ces individus , vus de bas et presque par bout, ne nous apparaissent que dans un raccourci très- prononcé, et perdent moitié de leur taille sans perdre de leur grosseur; ils ressemblent vraiment à des nains. Ce serait, suivant moi , une bonne œuvre que de passer le ciseau sur ce cordon ; et l'arc, moins surchargé, y gagnerait sous tous les rapports.
Je ne parlerai pas des quatre bas-reliefs placés sous la voûte, je pense qu'ils ne sont que dégrossis , et je terminerai en déplorant la pensée qui a fait barder les murailles de ce monument de tant de noms choisis au hasard ou par faveur, sans discernement ou sans justice, et qui s'y sont inscrits pour ilatter ou pour froisser de petits amours-propres. C'est un contre-sens qui ne trouve nulle part d'excuse. Et d'ailleurs l'impossibilité où l'on était de tracer la ligne de démarcation des noms à inscrire, sans susciter d'innombrables réclamations, aurait dû mettre en garde contre le scandale dont nous sommes témoins; et auquel on
ne pourra de long-temps mettre fin. L'arc de l'Étoile est élevé à la grande aj'niée ; soldats et chefs y ont une part égale, et les inscriptions nominatives ne pourraient être qu'une source de jalousies, de plaintes et de mécontentemens, en même temps qu'elles restreignent, de fait, à quelques individus, la plupart fort peu célèbres, la dédicace de cette gigantesque construction. Et n'est-ce pas, au reste, en compromettre bien imprudemment l'existence. Qui répondra que ces noms gravés dans la pierre ne seront pas un jour violemment effacés par ceux qui à leur tour auront la puissance, et qui réclameront pour eux, et pour eux seuls, un honneur qu'on leur refuse aujourd'hui? Si, pour assurer la durée des édifices, on a jugé sage de s'abstenir d'y incruster les métaux, et tous les objets propres h éveiller la cupidité, ou à satisfaire aux besoins dans les temps de tourmentes populaires , n'est-ce pas les exposer à un bien plus grand danger que d'y incruster des légendes contre lesquelles se déchaîneront, peut-être, la haine des partis et la rivalité de familles, toutes choses que la tradition conserve et nourrit sans les affaiblir. V. X.
^(î>a^aQ éiïL^^^^^^^ sa^a^aasraa.