POESIES
QiaSSSS DU SOIB (1). — L2:8 SSFT BSEEVEILLSS DV CAMBBÉSIS. —
JEAN BCBOIDL.
Depuis que la politique s'est posée la reine de notre société, depuis qu'un mouvement général d'industrie semble s'être emparé de toute l'activité des intelligences pour les pousser dans une voie d'améliorations matérielles, on en est à se demander tous les jours : La poésie est-elle morte? et nous avons entendu répondre affirmativement à cette question, comme si la poésie n'était pas ce qu'il y a de plus impérissable? Dire que la poésie est morte, ne serait-ce pas avouer que notre société est à une époque de décadence et d'infécondité pour tout ce qui est généreux, sublime, véritablement beau. La poésie c'est le cœur, disait Byron. J'ajouterais: La poésie, c^est la création. Et l'humanité en est-elle venue à un point de dégradation et d'épuisement tels qu'elle ne puisse plus faire entendre une noble voix, et que sa destinée soit désormais l'inertie? Non. Nous repoussons un pareil langage. La poésie est morte, dit-on, parce qu'elle est inutile et inopportune quand de graves questions s'agitent , parce que sérieusement préoccupés et marchant vite, nous n'avons pas le temps de nous arrêter à entendre lire des vers. Ceux qui parlent ainsi n'ont donc pas besoin, pour se délasser des fatigues de la route, de rencontrer de verts gazons pour s'asseoir un moment, de trouver l'eau pure d'une fontaine pour se rafraîchir, lis ne savent pas ce qu'a de doux et de vivifiant pour l'ame la voix qui sait le mieux aller jusqu'à l'ame.
L'esprit, tendu au diapazon de la poésie, c'est-h-dire élevé un instant au-dessus de tous les objets de la vie réelle, se trouve presqu'en
(1) Ckçï Gos$eU0, U]l>r^ç-évUtçur7 rue SAiAt-Grçrmain-Hlçs-Prés, n^ 9
communication avec une nature supérieure. Le poète placé ainsi un moment au-dessus des autres hommes, mais entendant néanmoins la voix de leurs passions, semble être plus près de Dieu et plonger plus avant dans les souffrances de l'immanité. Mieux que le moraliste et le philosophe, il sait dire des paroles qui soulagent et consolent; plus que tout autre écrivain, il est ^t^/, parce qu'il met plus du jnoi dans ses œuvres. Voyez-le nous montrant toute son ame avec sa joie et ses douleurs, entendez-le nous disant le nom de celle qu'il aime, nous racontant indiscrètement des scènes d'amour qu'il ne peut nous cacher; car parlant de lui, ou il n'est pas sous la domination invincible qui captive toutes les facultés que l'on peut appeler P inspiration , ou s'il se découvre devant nous , il doit montrer son cœur à nu. Aussi dès qu'il s'est révélé tout entier, nous devenons ses amis. Il a droit de nous dire : J'ai fait tressaillir votre cœur dans ses replis secrets, je vous ai mis dans la confidence de tous mes sentimens, j'ai pleuré devant vous pour que vous pussiez essuyer mes larmes, je vous ai dit ma foi et mes doutes, je vous ai ouvert toute mon ame ; ouvrez-moi donc la vôtre. Lepoétenous convie ainsi aune intimité quinous explique pourquoi les livres de poésie sont ceux qu'on relit le plus souvent, et dont on retient le mieux les pages. Ils sont comme des amis que l'on aime à sentir auprès de soi et vers lesquels on se retourne dans les momens d'ennui et de tristesse ; qu'on nous permette de parler aujourd'hui de trois de ces amiSy nouveaux venus dont nous engageons bien sincèrement ceux qui nous liront à faire la connaissance.
Vous qui vivez seul, vous qui avez souvent l'ame attristée, vous qui ne croyez pas perdues les heures passées à suivre dans ses rêves capricieux une imagination riche et brillante ; ô vous qui désirez entendre de doux chants d'amour et de saintes prières, vous qui vous plaisez à retrouver exprimées en beaux vers des plaintes souvent écloses au fond de votre cœur, mais que vos paroles n'ont pas révélées ;
Voulez-vous savoir comment on peut faire passer sous ses yeux de frais et gracieux tableaux remplis de vérité, comment on peut dans la retraite entendre la voix d'un ami qui console ou pleure avec nous^ prêtez l'oreille aux Brises du soir ^ vous y trouverez le pur reflet d'une belle ame, vous y trouverez l'expression d'un amour bien chaste et bien dévoué, vous y trouverez des prières bien douces et bien saintes, des chants bien harmonieux et bien suaves. L'auteur, madame de
la Besge (née de Villars), a écrit en tête de son livre ce beau vers de Lamartine qui résume toute la vie du poète :
Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie.
Il était impossible de mieux justifier le choix de cette épigraphe. — C était lui. — Pardon. — Quand il m'aimait. — Voilà trois morceaux que nous voudrions pouvoir citer comme indiquant les trois nuances poétiques dans lesquelles se complaît surtout madame de la Besge. Nous choisissons la pièce la plus courte.
Pardon, mon Dieu, pardon, car il était ma vie, Et mon arae à son ame aux cieux était unie. Oh! s'il faut Lien aimer pour fléchir l'Éternel, Pardon, car je l'aimais comme l'on aime au ciel.
Pardon!... Quand follement égarés dans leur course Deux timides ruisseaux, nés de la même source. Sur la pelouse en fleur en courant vont s'unir, De s'être rencontrés pourriez-vous les punir?
Pardon ! car de l'amour le rêve m'a trahie, Les vents ont effeuillé les roses de ma vie ; Ah ! quand le roseau plie et se brise au désert. Ne le maudissez pas, car il a tant souffert !
Pardon ! Et de mes jours quand la trame est brisée, Ah ! qu'il entende au moins ma dernière pensée, Qu'en son cœur attendri reste un doux souvenir. Mais qu'il ne m'aime plus.... car aimer c'est souftVir.
C'est bien là, ce me semble, un chant qui s'exhale du cœur sans préoccupation de la forme, sans intention de briller par l'effet. Dans tout le recueil, comme dans ce morceau, il y a une exquise délicatesse de senlimens et une élégance simple de style. Au milieu de notre société si dédaigneuse, en général, de tout ce qui n'a pas un intérêt positif, il y a une société privilégiée qui se préoccupe de l'art pour l'art en lui-même, une société qui ne croit pas que tout doit pouvoir ctre traduit en valeurs représentées par des chiffres. Cette société a accueilli avec bonheur ce livre si léger et si plein, qui est devenu pour elle un objet de prédilection.
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