PROVINCES
Des offres de concours arrivent de toutes parts à l' Écho de la jeune France ; il peut compter aujourd'hui sur la collaboration active des rédacteurs les plus distingués des feuilles monarchiques de la province ; ainsi l'alliance à peine formée se resserre , et ouvre un nouvel horizon à nos yeux.
Une ville des Pyrénées, Barèges, vient d'entendre des paroles que nous devons recueiUir au nom de tous nos jeunes amis ; une députation de jeunes gens de divers départemens du Midi étant venue complimenter l'honorable M. de Conny, le député du 7 août a terminé ainsi son éloquente réponse :
«t Votre âge , messieurs, est digne d'envie: car c'est à vous , c'est à la jeune » /^r«/zcc qu'est réservée la plus grande mission des temps modernes, elle en est » digne, elle saura l'accomplir.
» Pour moi , Messieurs , qui , au milieu des revers , ai combattu pour une » cause que vous défendrez un jour avec plus de talent, si j'avais laissé quelques » souvenirs parmi vous, si, pour prix de l'intérêt si vif que je porte à ses desti- » nées, j'avais conquis le titre d^ ami de la jeune France... ahl Messieurs , ce serait » là une des récompenses qui consolerait de tout; car un tel nom pénètre jus- » qu'au fond de l'ame.
» Entre nous, Messieurs, entre tous ceux qui, comme vous, ont voué un culte » à tout ce qu'il y a de beau sur la terre, à la religion, à la justice, à la patrie , » à la liberté, au malheur ; entre nous, Messieurs, Français jusque dans les en- »r ailles, c'est à la vie et à la mort. »
SOUSCRIPTION - BEHRYER.
La souscription-Berryer continue à occuper vivement l'attention publique ; tant de noms remplissent les colonnes des journaux quotidiens, que toutes les pages de notre recueil ne suffiraient pas à les reproduire. Mais nous devons signaler le zèle empressé avec lequel se font inscrire tous les admirateuis du beau talent et du noble caractère de notre plus illustre orateur. C'est à qui concourra à cette œuvre nationale. Nous aurons avant peu de bien consolans résultats à publier.
Apothéose de Marie-Antoinette.
11 n'y a pas encore huit jours que l'adniirable apothéose que nous devons au burin de M. Sixdéniers a été mise eu vente, et déjà plus de la moitié des exemplaires ont été enlevés.
Ainsi que cela avait été annoncé, le tirage du tableau représentant l'apothéose de Marie-Antoinette a eu lieu le 25 septembre. Le numéro gagnant a été 23S , correspondant au nom de M. Rover, souscripteur de Chàlons-sur-Marne.
A dater du 10 octobre, les bureaux de /'Écho do la Jeune France seront transportés rue Sauit- Honoré, 545, ci c'est là que les denuuides devront être adressées.
S'adresser pour la rédaction à M. le vicomle AVai.su, direcleur-rcdaclcur en chef, et pour l'admitiislralion à M. Léon de Jouyenel, adraiuistrateur.
i'AïUS. — IMPKIMEKIE Pfi BÔHUiSE ET TLON, RUE PE YAUCIRARD, o6.
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ÉCHO
DE
Léger, ouvert et conliant, François i'^^ avaiça^s venu» tx,«ic,i,ic3^cv des vices ruineux.
1^' édition. -■ Tome v» ^ 1" noi>emhre 1830^ ^j
ECHO
DE
SOMMAIRE
Entrevue de François ^» ei do Cliarles-Quint, parle vicomte Wahh. — Administrations étrangères, par M. A. de Puibusque. — Etudes de mœurs sur la femme au dix-neuvième siècle : La Femme des classes moyennes, par A/. A. Nettement. — Le Doyen de Saint-Patrick (Fin), par M.Aug. Chevalier.— Le Dégrevé récalcitrant, anecdote électorale, par M. Emile Deschamps. — Un Camarade de Lit, par M. 3. Crélineau-Joly, rédacteur en chef de l'Hermine. — Revue littéraire : Dodecaton, ou le Livre des Douze; les Prisonniers français en Russie; les Mémoires de Lucien Bonaparte, par M. L. de 3. — Maitre Blanchard, par le marquis de Senonnes. — Les Ruines morales et intellectuelles, par M. A. Nettement. — Chronique de PARis.-^Erection de l'Obélisque. — Académie des Beaux-Arts. — Théâtre Italien, madame iMalibran et mademoiselle Grisi, par ,V. A^A'.Y.—- Apothéose de Marie-Antoinette, par M. W. — Dictionnaire des Codos. — Correspondance des Provinces.
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ET
DE CIIARLES-QUINT.
Dieu s'est plu à répandre les contrastes sur la terre , ils existent dans la société comme dans la nature , et se trouvent souvent rapprochés 5 comme à dessein , pour que l'observateur saisisse mieux toutes leurs dissemblances.
Parmi tous les contrastes fournis par l'histoire , et que les destinées ont mis en contact , nous n'en connaissons pas de plus frappans que François I" et que Charles-Quint.
Lequel des deux a été le plus grand souverain ? si c'est l'habileté qui donne aux princes la place la plus haute ^ Charles-Quint doit passer avant notre roi chevalier.
Léger, ouvert et confiant , François F' avait des vertus éclatantes et des vices ruineux,
l"" édition, — Tome v* — 1*! noi>emhrd 183C* ct
Charles , prudent et défiant à l'excès , avait des vices utiles et des vertus politiques.
L'un dormait tranquillement la veille d'une bataille sur un affïit de canon , si prés de l'ennemi , qu'on était obligé d'éteindre le feu qui brûlait à côté de lui , et qui l'aurait fait reconnaître.
L'autre , ne faisant jamais un pas sans marcher vers un but fixe, n'avançait qu'entouré de sûretés; et alors même qu'il paraissait confiant ne s'abandonnait qu'à de la prudence déguisée.
L'un avait trop de légèreté pour bien étudier les hommes.
L'autre avait un profond mépris pour eux , parce qu'il avait eu la patience^ nécessaire pour les bien étudier.
François I", après une bataille perdue, s'écriait, tout est perdu fors rhonneur !
Charles-Quint trouvait ce mot parti dun cœur de chevalier, un mot de grand enfant.
François I" devenu prisonnier avait hâte d'être emmené en Espagne, disant: quand je verrai mon frère Charles, nous nous entendrons, et les négociations deviendront plus faciles.
Charles-Quint disait : si nous nous voyons , je finirai mal les affaires, parce que je les finirai trop vite.
L'un recherchait l'entrainement.
L'autre le redoutait.
François I", quand quelques-uns lui conseillaient de se rendre maître de la personne de son ennemi, qui était venu à lui sur la foi d'une parole donnée, s'écria J'estime plus la parole donnée librement que r empire de V univers.
Charles-Quint, pressé d'arriver en Flandre et craignant d'être retardé par les tempêtes de l'Océan, passe par la France, parce que, tout combiné, il s'était dit, il me sera plus facile de gouverner lej^oi, dojit je connais le naturel franc et facile^ que non pas les vents du ciel et les flots de la mer !
C'est cette pensée qui a fait venir le défiant monarque en France ; la prudence portée à l'excès se rit et se moque des caractères francs et faciles, mais elle en profite en se donnant des airs de magnanimité.
Quand François I" apprit que Charles se confiait à lui , sa joie fut grande et sans arrière-pensée.
La magnificence des réceptions qu'il fit à son hûtc sur tous les lieux
de son passage, grandes chasses , festins, joutes, tournois, spectacles , fêtes de toutes espèces, coûta quatre millions à la France.
Au milieu des fêtes le visage du prince français rayonnait de joie , car il croyait vraiment qu'il avait gagne l'amitié de son ancien vainqueur; mais, dans les traits de Charles, tout le monde remarquait un air constant de trouble et d'inquiétude : celui qui s'est adonne aux ruses et aux tromperies ne peut jamais croire qu'on ne veuille pas le tromper.
L'hypocrisie ne peut pas croire à la franchise. Tout alarmait l'empereur ; un jour le duc d'Orléans, presque encore enfant, s'élancant sur la croupe de son cheval , et jetant les bras autour de lui , lui cria .je vous fais mon prisonnier'.
A cette plaisanterie , Charles pâlit et fut au moment de défaillir. Il ne put pas non plus dissimuler sa crainte sur ce que le roi lui dit une fois, comme par plaisanterie, en lui montrant la duchesse d'Etampes, sa maitresse... f^ oyez-vous^ monfrere, cette belle daines elle est d'avis que je ne vous laisse pas sortir de Paris que vous jCayez révoqué le traité de Madrid.
Charles, dit l'histoire, fronça le sourcil et répondit, si le conseil est bon il faut le suivre... Au moment où il répondait ainsi, il étai franc , lui n'aurait pas laissé partir son ennemi , car avec lui générosité c'était presque folie. Le lendemain, comme la duchesse lui présentait à l'ordinaire la serviette, après avoir lavé ses mains pour se mettre à table, il tira habilement un très-beau diamant de son doigt et le laissa tomber comme par mégarde. La duchesse le ramassant voulut le lui rendre; mais , déguisant une crainte sous une galanterie , l'empereur dit à la favorite , gardez cet anel^ mon heur est grande d'en pouvoir orner si belle main que la vôtre.
Pendant que Charles-Quint vivait de défiances sous le toit de François T', celui-ci écartait tous les jours de mauvais conseils qui lui étaient donnés ; à la cour, beaucoup de gens étaient d'avis qu'il y avait trop de débonnaireté à traiter si bien celui qui avait été si dur vainqueur à Madrid.
Tout le monde se souvient de ce conseil indirect de Triboulet ; ce fou portait un livret sur lequel il inscrivait le nom de ceux qui , selon son jugement, faisaient quelques étourderies ou fausses démarches, il l'appelait le Journal des fous ; quand il sut l'arrivée de l'empereur
en France , il rinscrivit sur son livret ; le roi l'ayant appris , lui dit, queferas-ta,si je laisse passer ?
J'effacerai son nom ^ répondit Triboulct. et je mettî'ui le vôti'^ à sa place.
Ce conseil spirituellement donné, et bien d'autres que toutes les rancunes du pays envoyaient au roi, ne pouvaient rien sur l'ame chevaleresque du roi.
Ce qu'il y a de plus incorrigibles, ce sont les cœurs généreux; ils voient bien leurs défauts, mais ils les aiment, car dans ces défauts il y a grandeur et noblesse: on les garde comme des amis imprudens mais aimables. \icomte Walsu.
DES ADMLMSTRATIOAS ETRAXGERES.
Des relations de travail et d'amitié doivent-elles empêcher de rendre justice à qui de droit? Et laudra-t-il , parce que l'on est collabciateui- et ami d'un homme de mérite , de savoir et de talent , ne pas faire pour lui ce que l'on fait pour un écrivain qui vous est étranger, parler de ses œuvres avec impartialité.
Telle condition serait trop dure ; nous ne l'accepterions pas , car nous ne mettrons jamais nos amis hors de notre justice.
Tous nos lectems se souviennent de cette suite d'articles sur l'administration et les devoirs administratifs , que 31. A. de Puibusquc a donnés à Y Echo de la Jeune France^ articles où se trouvaient la solidité de la pensée et la pureté de stvle, l'écrivain élégant et l'administrateur consciencieux et habile.
Pareils articles durent attirer l'attention de tous les hommes qui lisent avec réflexion et qui jugent avec discernement ; aussi ceux qui s'occupent à former im recueil , un immense répertoire de tous les mots de la langue , les directeurs de YEncyclopcdic catholique prièrent 31. de Pnibusque de se charger de traiter le mot Administration. On pouvait s'adresser à lui; il avait doublement fait ses preuves, et en écrivant bien sur l'administration, et en quittant à propos l'administration qui lui avait été confiée. Ce mot yidniiiii^ (ration se trouve dans la cinquième livraison de Y Encyclopédie catholique , traité avec étendue , puisqu'il embrasse tous les siècles et tous les lieux ; il est en même temps comme recouvert d'attrait. L'homme grave et vieilli sur les livres lira cet article, eu appiéciant toutes les recherches qu'il a fiiit faire ; et riiomme jeune qui veut s'instruire y trouvera du charme.
C'est là le caractère des écrits de IM. de Puibusque ; ils ont en eux quelque chose de solide, de réfléchi, comme ce qui découle de l'expérience, et, à côté de cette maturité, de la verdeur et de l'entraînement .
C'est pour prouver ce que nous disons ici^ et pour montrer la valeur des mots traités par V Encyclopédie catlioUque, que nous citons ce que notre honorable ami a écrit sur les administrations étrangères. Cette revue de toutes les nations administrées de manières diverses forme un tableau varie de formes et de couleurs, et pourrait servir d'introduction à une histoire fjénérale des admi^ nistrations comparées. \icomte AValsh.
Le régime intéiieur de la plupart des peuples qui nous environnent offre des points d'analogie, qui rcvèlenl, sinon luie origine commune, du moins de communes influences. Tout l'Occident, après avoir long-temps vécu sous j'enipire des lois romaines, a subi le joug des conquérans accourus du fond de la Germanie; puis^ dons le tcnébreux conflit du moyen âge s'est élevée la féodalité, dont la domination a été universelle ; et quelle qu'ait pu être ensuite la diversité des établissemens politiques 5 les institutions administratives, naturellement enracinées dans le sol , ont toujours conservé des traces de leur première fondation ; partout c'est un mélange de libertés et de privilèges, qui rappelle les mœurs guerrières des peuples de l'Allemagne. Qu'on aborde, au contraire , les gouvernemens situés à l'extrémité du nord , tels que la Russie , la Norv/ege , le Danemarck , la Hongrie, on rencontrera, avec une autre race dlioujuier», d'autres filiations politiques et des systèmes d'administration diflérens; c'est là que les émigrations de l'Asie, conduites tour à tour par Odin et Attila, sont venues s'abattre , c'est là que les coutumes barbares des Schytes et des Huns ont régné pendant des siècles, et régneraient sans doute encore sans l'intervention du christianisme.
Campée sur la limite de l'Asie et de l'Europe, constamment armée pour sa défense, la Russie n'a jamais pu connaître que le régime militaire de la féodalité, son vaste empire est divisé en gouvernemens confiés à des généraux; la population y forme quatre classes : les nobles, les ecclésiastiques , les bourgeois et les serfs ; toutes les terres sont érigées en fiefs , et les droits seigneuriaux, qui y sont attachés, forment l'unique code administratif des communes ; l'empereur, ad-ministrateur suprême , dispose à son gré des personnes comme desbiens , il n'a au-dessous de lui qu'une hiérarchie de vasseiage.
Le -Danemarck,. la Norwège, la Suède , la Hongrie ont des états provinciaux, et l'ordre des paysans jouit, comme celui des bourgeois, dequelques franchises ; mais l'actiou des événemens contemporains n'a
pu que légèrement modifier , dans ces quatre royaumes, le système d'administration aristocratique et militaire. Ce système, indépendant des institutions politiques qui peuvent s'élargir sans le changer, a été regardé comme une nécessité de position; des habitudes persévérantes ont, d'ailleurs, concouru à le consolider , et il est juste d'ajouter qu'il s'est tellement adouci, en vieillissant, qu'on a pu croire qu'il y aura i plus de danger à y renoncer que d'inconvénient h le conserver.
La Pologne tant de fois bouleversée , et que nous voyons placée aujourd'hui dans une de ces situations exceptionnelles qui ne peuvent être que transitoires , avait reçu en 1 8i 5 de l'empereur Alexandre une constitution qui la dotait d'une organisation administrative, bien supérieure à celle des états limitrophes : il y avait, au chef-lieu de chaque province , une commission palatinale ; au chef-lieu de chaque district, une commission intermédiaire ; dans les villes , des officiers municipaux ; dans les communes, des baillis; et non-seulement les communes avaient des droits administratifs, mais elles exerçaient des droits politiques ; elles envoyaient cinquante et un membres à la chambre des nonces, et les soixante-dix-sept autres étaient nommés par les diëtines ou collèges des nobles : c'était une sorte de transaction entre le principe féodal et le principe représentatif; il en résultait un régime conciliateur, qui permettait d'espérer ces améliorations progressives qui portent seules des fruits durables.
En Autriche, aux confms de cette Germanie^ qui fut le berceau delà plupart des nations modernes , il n'y a plus ni vainqueurs ni vaincus ; mais la féodalité , si fortement constituée par les puissantes fédérations du douzième siècle, n'a fait que refluer de la base vers le sommetj en se concentrant dans une aristocratie dépendante de la couronne; les communes , bien que régies par une administration paternelle , n'ont pas été affranchies comme les personnes , elles doivent encore des services fonciers.
Le Tyrol , la Bohème et la Moravie forment dans la monarchie au-» trichienne des états indépendans , gouvernés par des lois et des coutumes différentes^ mais unis par le même lien fédératifà l'administration centrale de la métropole.
Une autre physionomie distingue la Prusse : c'était dans l'origine la marche du nord, établissement qui remonte à la dynastie des enipe* reurs francs ; elle a d'abord eu pour souverain un margrave , puis un
électeur de Brandebourg ; mais la maison Ascanienne s'étant éteinte , l'électoral passa de mains en mains jusqu'en 1417 , époque a laquelle l'empereur Sigismond en fit cession à Frédéric, bourgrave de Nuremberg , chef de la maison de Hohenzollern actuellement régnante. Les états provinciaux, qui tendaient à acquérir une véritable puissance, cessèrent d'être assemblés dans le cours du seizième siècle , et les institutions administratives furent privées ainsi du principe qui les faisait vivre ; un gouvernement absolu ramena à un centre commun tout ce que la féodalité avait divisé ; il est à remarquer, cependant , que l'unité établie par cette réaction ne porta d'une manière directe que sur le corps politique; les codes provinciaux restèrent en vigueur dans chaque cercle, et la condition municipale de l'ordre des paysans demeura ce qu'elle était. Maintenant encore , les communes, formées de possesseurs de biens-fonds rustiques, ont droit de corporations publiques ; un bailli ou juge de village est président de chaque commune : il est nommé par le seigneur foncier qui a le droit d'instituer tous les fonctionnaires municipaux , à moins que ce droit n'ait été accordé par le roi, soit au magistrat local , soit à la bourgeoisie; la seule prérogative du seigneur, dans ce cas , est de confirmer le choix du monarque et de recevoir le serment exigé.
Le bailli, réunissant le pouvoir judiciaire au pouvoir civil , a prés de lui des assesseurs auxquels il délègue une partie de ses fonctions.
Dans les villes, le droit municipal est conféré par le souverain et ne s'étend pas aux faubourgs ; tous les offices sont également h la nomination du prince. Les nobles , les bourgeois et les paysans torraent trois grandes classes , qui sont indépendantes les unes des autres, et dont le système organique est entièrement distinct ; ainsi , la nationalité prussienne ne réside que dans le principe monarchique ; on ne trouve au-dessous que des corps épars sans homogénéité et sans lien.
La constitution administrative de la Saxe présente les mêmes contrastes; les bourgeois et les paysans forment aussi deux peuples différens , qui appartiennent à des juridictions particulières, et à des municipalités distinctes. Toutefois, les corporations ne demeurent pas dans un isolement complet; elles s'appuient sur une hiérarchie de conseils et d'états , qui leur communique quelque peu du mouvement de la vie représentative.
La Bavière, devenue royaume en i8o5, n'est pas redescendue
en 1 8 1 4 , au rang qu'elle occupait dans la confédération du Rhin ; bien que membre de la diète germanique , elle n'a qu'un lien politique avec elle. Son organisation administrative , fondée sur le maintien des coutumes et des franchises locales , se rapproche beaucoup de l'ancienne administration provinciale de la France. Toute servitude personnelle a été abolie par la constitution du 19 mai 1818; les propriétaires de fiefs ne peuvent plus exiger que des services fonciers, restreints à un petit nombre de cas. Au-dessus des corporations municipales qui participent à l'administration des communes , s'élèvent des états-généraux, formés par élection de toutes les classes de citoyens domiciliés, et qui sont investis concurremment avec la chambre des sénateurs du droit de conseiller , de voter la loi , d'accorder les impots, d'exposer leurs vœux et de faire des remontrances. Une circonscription civile remplace la circonscription militaire, existante dans presque tous les états du nord ; au lieu de gouvernemcns , ce sont des arroiidissemens de régence.
Les petits états de la confédération germanique, tels qu'ils ont été reconstitués par l'acte du 8 juin 18 [5, le grand duché de Bade, la Hesse électorale , le grand duché de Hessc , le Holstein , le Luxen>*> bourg, les duchés de Brunswick, de Mecklembourg-Schwerin , de Nassau , de Saxe-Weimar , de Saxe-Gotha, de Saxe-Gobourg , deSaxc- Meinnungen , de Saxe-Hidburghausen^ de Mecklenbourg-Stréhtz, de Holstein-Oldenbourg , etc. etc., n'offrent pour ainsi dire que des différences nominales ; leurs administrations respectives reposent sur des fondemens communs ; ce sont comme autant de branches de l'arbre féodal : les unes ont été omondées par le temps, les autres sont encore courbées sous le poids des anciens pniviléges 5 il fijiut en excepter , néanmoins , les villes libres de Lubeck , Francfort,- Brème et Hambourg, ainsi que le duché de Saxe-Gobourg. C'est dans cette dernière principauté qu'une loi constitutionnelle a décidé (pie la fortune communale ne pourrait jamais être incorporée à celle de l'étut, et que l'administration municipale jouirait d'une entière indépendance sous la haute surveillance du gouvernement.
Le Hanovre , quoique détaché de l'Allemagne, depuis que l'électeur Georges I" fut appelé au trône d'Angleterre , a quatre voix à la diète germanique, et le cabinet de Londres a eu soin, en lui délivrant une nouvelle patente pour l'organisation de l'assemblée générale des états
après i8i5, de ne toucher à aucune des bases de son administration intérieure ; elles sont donc encore aujourd'hui à peu près telles qu'elles étaient sous Féleclorat.
Le Wurtemberg, au contraire, en recevant de son roi, en 1819, une constitution calquée en partie sur la charte française de 181 4 , ^i obtenu une émancipatiou réelle.
Citons quelques articles de cette constitution : ils nous dispenseront de tout commentaire :
62. (( Les comnmnes sont la base de l'état politique du royaume : tout citoyen doit appartenir à une commune , comme bourgeois ou comme domicilié , à moins d'exception légale.
63. » L'admission d'un bourgeois ou d'un domicilié dans une commune dépend de cette commune même , sauf la décision légale des autorités, dans le cas de contestation. Toutefois, la concession du droit de bourgeoisie et de domicile suppose la possession préalable du droit de citoyen.
64. » Toutes les communes ressortissant d'un bailliage forment un district. Le changement de circonscription d'un bailliage ne peut être fait que par une loi.
65. » Les affaires des communes sont administrées par le conseil communal avec le concours légal de l'assemblée , des bourgeois ; celles des districts sont administrées par les assemblées du district , suivant la disposition de la loi et sous l'inspection des autorités.
66. )x Aucune autorité ne peut décider sur la propriété des communes et des districts , sans consulter les fonctionnaires supérieurs.
67. » Ni les districts ni les communes ne peuvent être grevés d'obligations ou assujétis à des dépenses autres que celles auxquelles les obligent les lois générales. »
Ne pouvant détruire les privilèges ecclésiastiques et nobiliaires, (|uc la féodalité a légués au Wurtemberg , le législateur s'est ellorcé du moins d'en régulariser l'exercice, et d'en alléger le fludeau. Le servage est à jamais; aboli; aucun ordre n'est exclu de l'assemblée des états (landtag) , et le gouvernement assure à chaque individu liberté de personne , de conscience, de pensée , de propriété et d'émigratiou.
La Belgique et la Hollande , violemment séparées par une révolution récente, ont du reproduire dans leurs institutions administratives la double image du mouvement de l'une et de la résistance de l'autre.
Il était pourtant réservé à la Belgique de présenter un contraste de plus, en copiant servilement la France; elle a constitué le monopole au nom de la liberté , et ses départemcns tléchissent sous le poids d'une centralisation inconnue h la Hollande.
La Suisse , qui est , suivant Montesquieu , une société de sociétés^ se compose de vingt-un cantons ou républiques , qui ont chacun une organisation spéciale, et qui ne forment un tout qu'en s'unissant par une fédération politique. Les cantons démocratiques n'ont qu'une classe de citoyens ; l'indépendance municipale y est placée sous la garde d'un magistrat suprême, nommé Avoyer. Dans les cantons aristocratiques , la population se divise en deux classes , les nobles et les roturiers; il en résulte quelques privilèges de castes que le bour^utmestreàdw. couvrir d'une égale protection. Les cantons forestiers ont pour chef un magistrat appelé Amman ^ et qui veille , comme ailleurs le bourguemestreet l' Avoyer, à la conservation de toutes les franchises municipales. La Suisse est donc, en réalité, Tétat le plus éloigné de la centralisation française, mais en même temps le plus faiblement lié à un système d'unité nationale.
En Angleterre , l'aspect change : les mstitutions et les lois, qui ont successivement régi ce royaume, n'offrent, pour ainsi dire, aucune solution de continuité; il n'y a pas d'époque où l'on voie un système entièrement nouveau remplacer subitement le système ancien. Au milieu des révolutions fréquentes qui ont élevé ou renversé des dynasties , les lois primitives ont toujours conservé leur autorité , du moins en ce sens qu'elles ont servi de bases aux institutions nouvelles : ainsi , la division territoriale paraît remonter antérieurement à la conquête des Normands ; l'institution des jurés est attribuée par quelques écrivains à Altred-le-Grand, et l'on a cru retrouver l'origine du parlement dans ces anciennes assemblées, nommées IVittcnagemot.
En 827 , lorsque le gouvernement d'un seul se fut élevé sur les ruines de l'heptarchie , les institutions commencèrent à se développer avec une simultanéité qui leur avait n}anqilé jusque là.
Le rovaume était divisé en comtés , qui avaient chacun leur aldermcin ou cotnto particulier; les habitans formaient J>lusieurs classes : la première division était en hommes libres et en esclaves; mais tous les hommes libres n'étaient pas d'une égale condition*) et ne jouissaient pas des mêmes droits. Les thanes ou nobles étaient au-dessus des
ceorts^ appelés ^\i?>ûhurbcmdman^ qui composaient la classe moyenne. Parmi les thunes , il y avait diffcrens degrés ; ceux du premier ordre étaient nommés thanes du roi, les autres étaient sous leur dépendance.
L'assemblée générale ou wittenagemot était composée des évoques, des abbés, des aUhrmen ou gouverneurs de provinces, et des wites ^ que l'on croit être les grands propriétaires.
Chaque comté avait son assemblée particulière , appelée ahiregemot ; elle était formée des thanes du comté.
Alfred trouva les choses en cet état; ce fut ce grand roi qui opéra la division régulière du pays en comtés : chaque comté fut subdivisé en hundreds^ centaines ou cantons, et chaque canton en thitings ou dizaines. La dizaine se composait de dix francs-tenanciers avec leurs familles. Ahisi réunies , dix familles formaient une communauté soumise a un chef, nommé thitingman ^ headbourg ou borsholder ; chaque homme était obligé de se faire inscrire dans une dizaine , et ne pouvait en changer sans la permission de son thitingman.
L'administration de la justice était organisée d'après la division territoriale ; les contestations entre les membres d'une même dizaine étaient jugées par la dizaine assemblée sous la présidence de son thitingman. Les appels ou les contestations entre diverses dizaines étaient portées devant l'assemblée de cantons (hundj^eds)^ présidée par son chef; au-dessus des assemblées de canton était la cour du comté , qui se composait de tous les francs-tenanciers de la province, présidée par le comte ou alderman et l'évêque ; enfin , le conseil du roi était la cour suprême à laquelle était porté l'appel de toutes les cours du royaume. Alfred pensa qu'il serait dangeieux de laisser entre les mains de V alderman l'autorité civile et militaire ; il institua les shérijf s j qui furent chargés de l'administration civile dans chaque province. 'r^
Avec Guillaume-le-Conquérant , arriva la féodalité occidentale , que la dynastie danoise avait déjà commencé à faire connaître ; mais le trône, éclairé par les exemples du continent, sut faire tourner cette féodalité à son profit; il donnait les fiefs, et les fiefs servaient. Aussi, une ligue ne tarda- t-el le pas à se former entre les intérêts lésés ; la noblesse et le peuple se coalisèrent contre la royauté ; des commissions devinrent nécessaires, et le roi Jean promulgua la grande charte, acte
fondamental qui a traversé les siècles, en couvrant d'une inviolable consécration les immunités et les franchises des villes et des bourgs. Depuis cette mémorable époque, il n'y a eu de mouvement et de réforme qu'à la surface de l'état ; les institutions du sol n'ont pas bougé, elles ont conservé jusqu'aux incohérences résultant de leur diversité. La création des justices de paix n'est qu'une modification du régime féodal : le grand propriétaire administre et juge, comme le comte ou l'alderman jugeait et administrait; l'aristocratie et la démocratie se touchent et se heurtent partout, sans qu'aucun pouvoir hiérarchique puisse leur servir de régulateur; c'est un conflit qui ne peut que s'agraver de plus en plus , et quelque fiére que soit la vieille Angleterre des institutions enracinées dans les royaumes unis , nous y voyons pour elle plus de sujets d'embarras que de garanties de tranquillité. L'émancipation de l'Irlande, acte de pure tolérance, qui date à peine de quelques années 5 nous suffit pour mesurer toute la dislance qui sépare encore la Grande-Bretagne des pays d'unité nationale et d'indépendance administrative.
Les États-Unis d'Amérique n'ont pas tous reçu , comme les Garolines,sousle titre de constitution du savant Locke, une hiérarchie absurde de landgraves, de caciques et de palatins, mais ils n'en présentent pas moins un singulier mélange de féodalité , de liberté et d'esclavage. Le territoire de la république est divisé en comtés, et tout y porte encore, sous une forme fédérale, l'empreinte de l'organisation anglaise. La colonie, en échappant h la métropole, ne s'est dégagée que de ses institutions politiques; elle était née, elle avait grandi avec ses institutions administratives , et elle n'a pu que les modifier pour les mettre en rapport avec sa nouvelle situation : elle a des juges de paix , des shériffs, des constables, mais ses formes représentatives se sont développées , et les conseils locaux ont acquis une prépondérance qu'ils n'auraient jamais eue sous les gouverneurs anglais. Il faut observer, d'ailleurs, qu'en fondant des communes sur une terre vierge, l'Amérique n'y a trouvé aucune des traditions d'un passé , ni aucune des influences d'un voisinage; pour avoir une féodalité ou une aristocratie effective, il eut fallu la faire, et les marchands de la Virginie n'en auraient pas même eu le temps, s'ils avaient pu en avoir la volonté.
Maintenant, tourncra-t-on les yeux vers les étals du midi de l'Europe , on apercevra, dans prcscjuc toute la péninsule italique, les ves-
tiges de la municipalité romaine , mêles çk et là aux institutions du moyen âge et des temps modernes. Plusieurs états, tels que le Piémont et la Sicile, ont retenu de la conquête française une partie de son organisation administrative ; les dénominations seules diffèrent : mais les peuples soumis, soit au régime républicain, soit au Saint-Siégc , soit à l'Autriche , s'éloignent davantage de l'existence communale de la France ; leur condition administrative participe d'un régime mixte, résultat nécessaire, et de ce qu'ils ont été, et de ce qu'ils sont.
La péninsule ibérique s'offre sous d'autres traits. En Portugal, la charte de 18:26, émanée de don Pedro, a rendu Tadministralion collective; les municipalités (camaras) participent, avec le secours de l'élection par degrés, à la formation de toutes les assemblées supérieures; il y a dans chaque district un administrateur général, nommé par le roi, et prés de lui un conseil administratif. On dirait que le législateur a voulu confondre le système d'administration de la république française avec celui du consulat; la pondération des trois pouvoirs, imitée de la constitution anglaise, vient établir encore une analogie d'une autre nature dans l'ordre politique , et imprime à la charte du duc de Bragance son véritable cachet d'origine.
L'Espagne, théâtre de trois grands cataclysmes, et tour à tour soumise aux ïlomains , aux Suèves, aux Maures, à des princes d'Allemagne et de France^ exigerait une étude approfondie , si l'on voulait pénétrer le sens de toutes ses coutumes municipales. Il est heureusement un point, éclairci par l'histoire, et sur lequel ne s'élève aucune controverse : c'est que ses communes ( concejos ) furent primitivement établies pour servir de boulevards contre les invasions des Sarrasins; de petits royaumes sans ressources et sans union ne pouvaient trouver un moyen défensif plus simple et plus efficace. On entendait par/we/'o ou charte le contrat par lequel le roi ou le seigneur accordait à une population le territoire qu'elle occupait, avec divers privilèges, notamment celui d'élire des magistrats et un conseil municipal, tenus de se conformer aux lois imposées par le fondateur ; ces fneroSy défendus à outrance dans des combats héroïques^ se sont liés aux souvenirs les plus glorieux des provinces , et c'est ce qui explique, indépendamment de l'intérêt de liberté qui les leur rend plus chers encore, le prix extrême qu'elles ont toujours attaché à leur conservation. Dès le quatorzième siècle, la royauté, inquiétée par la féodalité, entra dans
un système restrictif ; Alphonse XI, déshéritant les communes de la plus belle partie de leurs droits, concentra l'administration municipale entre les mains d'un petit nombre de jurais, et sous ses successeurs, on vit disparaître jusqu'aux assemblées, à mesure que de nouveaux royaumes accédèrent à la couronne et en augmentèrent la puissance. Charles-Quint mit tout en œuvre pour abattre Tindépendance communale, et l'ombrageux Philippe II, voulant en finir avec une résistance qui l'importunait , porta un coup mortel dux/uej^os de l'Aragon, en faisant tomber la tète du justizza-major, Jean de la Nuza, sur la place de Sarragosse 5 il frappait en lui une sorte de tribun ou de magistral, intermédiaire entre le roi et le peuple, qui modérait le pouvoir du premier, et défendait les intérêts du second, création unique, la plus haute et la plus hardie^ sans aucun doute, qu'ait osé concevoir l'esprit municipal. Mais les montagnes gardèrent religieusement les coutumes que la force éteignait dans les villes , et l'Espagne ne se prêta jamais au nivellement qui passa sur les institutions communales de tant d'autres pays ; rien ne put y anéantir des traditions qui vivaient, en quelque sorte, dans les entrailles du sol; la guerre de l'indépendance , en réveillant la valeur de la nation, la rappela au sentiment de ses droits , et l'on vit renaître, comme par enchantement, à coté des assemblées communales, (ajuntamientos) les juntes de districts et de provinces : malheureusement, cette noble conquête de la victoire disparut le jour où les partis, tournant leurs armes les uns contre les autres, donnèrent le signal de cette guerre acharnée, qui n'a été interrompue que par de courtes trêves depuis vingt ans , et qui se poursuit avec des chances si diverses. Plusieurs provinces, dévouées avant tout à leurs franchises municipales, se soulevèrent avec énergie contre l'usurpation qui les en dépouillait; il en est qui , en ce moment encore, protestent, l'épée à la main : mais le monopole est le premier besoin des gouvernemens mal assurés , qui ne se sentent pas de force à supporter toutes les libertés monarchiques, et l'on ne saurait trop désirer de voir arriver le jour où l'Espagne, rendue à elle-même, pourra saluer la restauration de ses droits municipaux.
Dans cette galerie universelle, il n'y a rien, on le voit, qui puisse être proposé comme modèle parfait à l'imitation des peuples; disonsle, d'ailleurs, si l'uniformité politique est une chimère, l'uniformité administrative serait une absurdité : (j^uand il s'agit d'institutions qui
enveloppent les masses et qui s'adaptent h chaque parcelle du sol , il faut tenir compte de la différence des caractères et des mœurs , sous peine de rencontrer une nature rebelle , comme l'agriculteur qui n'aurait égard ni aux diverses qualités de la terre, ni aux diverses influences du climat. Les choses d'ordre administratif doivent , pour être bien traitées, être distinguées, avec un soin intelligent, des choses d'ordre politique ; leur sphère n'est pas la même : elles ne peuvent ni s'établir ni se détruire par les mêmes moyens; l'habitude est une puissance qu'il ne faut pas , à coup sur , environner toujours d'un aveugle respect, mais que l'on ne saurait, dans aucun cas, réformer qu'avec prudence et ménagement : cela est si vrai que telles nations qui ont souvent changé d'institutions politiques, et qui sont prêtes à en changer encore, se montrent aussi jalouses que lîéres de leurs institutions municipales, et les défendraient avec une invincible opiniâtreté. En résumé , la France , quelque défectueux que soit son régime intérieur, est devenue, par les tendances de rapprochement et d'accord de toutes ses institutions, l'état qui pourrait parvenir, avec le plus de facilité, à la meilleure condition administrative ; c'est donc un motif de plus pour l'exciter à s'en occuper ; sa gloire n'y est pas moins intéressée que son bonheur, puisqu'elle a le noble orgueil d'aspirer à marcher à la tête de la civilisation européenne.
Ad. de PuiBUSQUE.