LES RUINES MORALES ET INTELLECTUELLES
ou MÉDITATIONS SUR LA PHILOSOPHIE DE l'hISTOIRE ,
PAR M. ALFRED XETTEMEM (1).
Bien (les gens croient ou font semblant de croire que les écrivains se dessèchent le cœur en s'adonnant à la politique, ce n'est pas vrai : car il y a une politique qui est une sorte de religion ; une politique qui se compose de sentiniens généreux ; une politique qui vous fait établir une incommensurable distance, un abîme infranchissable entre le bien et le mal, entre le juste et l'injuste, entre la loyauté et la félonie. Cette pobtique est celle de M. A. Nettement, comme elle est la nôtre, et cette politique-là, loin de dessécher et d'appauvrir le cœur, ne fait que l'élever vers les nobles choses.
Pour prouver ce qiie nous disons ici, nous n'avons qu'à annoncer un livre que M. d'Exauvillez , directeur de la Bibliothèque uni^'erscllc de la Jeunesse, vient de publier, les Raines ou Méditations sur la Philosophie de l'Histoire , par M. Alfred Nettement ; qu'on lise ce volume, dont ÏEcho ds la Jeune France a^ le premier, fait connaître bien des pages ; qu'on le lise, et que l'on nous dise si la politique rétrécit l'esprit, et ôte à l'ame les ailes que Dieu lui a données pour monter vers lui. Que les hommes qui se font un superbe dédain envers Jious , qui somnies dans la presse avec M. A. Nettement, lisent Je volume que nous annonçons aujourd'hui, et si j)armi les écrits de leurs moralistes, de leurs philosophes, ils trouvent des pages aussi pleines de verve et de raison, de solidité et d'imagination que celles du livre de M. Nettement, nous avouerons avoir eu tort, et nous pourrons croire alors que l'on gagne quelque chose à ne pas se mêler aux débats du jour.
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CHRONIQUE DE PARIsi
^ Le mois d'octobre est à Paris une époque de transition , il tient le juste-milieu entre l'été et l'hiver ; aussi, n'a-t-il aucun caractère qui lui soit propre, aucune couleur qui lui appartienne ; ou le représenterait assez bien avec un chapeau colonial et un pantalon de Louviers , avec une canne d'une main et un parapluie de l'autre. Il nous est venu cette année, comme nos gamins héroïques, traînant les pieds dans les ruisseaux et s'amusant à éclabousser les passans; c'était d'autant plus mal avisé à lui qu'il a surpris la plupart de nos rues dans un état de défoncement tel qu'un lendemain de barricades. La réforme du système de nos égoûts est une de ces entreprises qui conmiencent, comme les révolutions, par
(1) A la Bibliothèque universelle de la Jeunesse, rue Saint-Antoine, 76.
un bouleversement général, et qui laissent des abîmes lono-temps ouverts. Pour ne citer qu'un exemple : voilà six mois que la rue des Cliamps-Élysées ressemble à un gouffre ; plusieurs éboulemeiis y ont eu lieu , les miasmes qui s'exhalent de ce cloaque infect obligent les ouvriers à se munir de chlore ; ils rêvent tous de Dufavel , et l'ambassadeur de Russie , placé sous le coup d'un blocus hermétique , ne peut ni mettre la tète à la fenêtre , ni dormir sans émoi dans un hôtel dont les fondations semblent minées. On dirait que 3IM. les architectes voyers sont dans le secret de quelque vengeance politique et qu'ils ne goûtent pas seul le plaisir qu'ils font durer. Franchement , à la place de son excellence moscovite, je remettrais une note à qui de droit et je demanderais raison de cette halte dans la boue.
Si des pluies^ abondantes et presque continuelles ont nui aux vendanges du petit propriétaire , tant dans la banlieue qnintrà juuros ^ la chronique , qui va grapillant dans toutes les vignes , n'a pas été plus favorisée par le temps. Le théâtre seul a eu quelque activité ; la librairie , décidée à n'ouvrir ses ruches qu'au retour de la campagne , n'a rien édité d'important à l'exception des Mémoires de Lucien Bonaparte , et la mode , absorbée dans ses études , s'est enfermée pour tailler des patrons. Par bonheur, nous avons eu, pour nous distraire , la séance annuelle de l'x^cadémie des Beaux-Arts, la pose de l'obélisque de Louqsor , l'enlèvement des statues du pont Louis XV et la maladie de l'orangoutang. Le choléra et la guerre civile sont venus aussi à notre secours ; Tun et l'autre nous ont amené tant de voyageurs du nord et du midi, que tous les hôtels du quartier des Tuileries ont été encombrés , et le sont encore si bien , qu'il faut de hautes protections pour y obtenir la plus petite place ; dans la même soirée , nous avons vu au théâtre Italien Robert Peel et ^lanners Sutton , Isturitz et Cordova , et peu s*en est fallu , le vent chassant toujours du sud , que nous n'ayons cru voir la veuve de Ferdinand dans la même loge que la veuve de Murât. Du temps de la grande armée , les officiers qui se rencontraient au bivouac sui" le bord de la Yistule ou du jNiénien ne manquaient jamais , en se séparant, de se donner rendez-vous devant la rotonde du Palais-Royal ; c'est là que tous ceux qui ne s'étaient pas perdus en route devaient se retrouver à coup sûr. Aujourd'hui , princes , généraux , orateurs , officiers ou soldats de la grande armée des révolutions peuvent se donner rendez-vous au théâtre de la rue Favart; ils s'y rencontreront iniàilliblement , et là du moins , ils seront tous de la même opinion ; tous n'auront qu'un sentiment et qu'une voix , grâce aux Rubini , aux Tamburini, auxLablache et surtout à l'Armido du lieu , à renchantercsse Grisi.
ÉRECTIOX DE LOBELlSQrE.