ACADEMIE ROYALE DES BEAUX -ARTS
SÉANCE rUBLlQLE AJiNUELI.E.
Voici l'arrière-garde des lauréats de 1836. Ce dernier triomphe finit comme à l'opéra à grand renfort d'orchestre ; mais , soit que l'académie prête peu à l'illusion , soit que l'éclat du jour n'ait pas le prestige des lumières , les voix paraissent aussi étonnées que les instrumens, en se rencontrant sous les voûtes de l'institut ; c'est une impression étrange , et qui doit avoir quelque analogie avec celle des chouettes surprises par le soleil.
La séance a commencé par l'exécution d'une ouverture de Pcrsée et d'An-
âromèdc de M. VUliers , élève de M. Bertou ; puis , à la voix encore ronflante des contre-basses , a succède la parole doucement cadencée de M. Raoul Rochette ; l'honorable académicien , sans chercher à soutenir uue lutte inégale , a lu pour M. Quatremère de Quincy , secrétaire perpétuel , une notice sur la vie et sur les ouvrages de Gros. Cette biographie artistique , écrite d'uu style précis , élégant et rapide, a retracé avec intérêt toutes les phases d'une vie qui semblait avoir mérité, par sa gloire , de ne se terminer que dans les joies d'un triomphe, et qui a fini, comme on le sait, par une affreuse catastrophe. La France doit aux pinceaux de Gros , les Pyramides, les Pestiférés de Jaffa , Nazareth, la Bataille d'Eylau, l'Entrevue de François P"^ et de Chailes-Quint , et enfin l'Apothéose de la coupole de Sainte-Geneviève, dernier chef-d'œuvre dont Charles X eut le bon goût de doubler le prix. Gros, qui avait cette susceptibilité du génie qui conduisit Racine et tant d'autres grands hommes au tombeau, a été poussé à sa perte, par d'implacables animosités. En butte également aux traits de la calomnie , M. Quatremère de Quincy pouvait saisir l'occasion qui lui était offerte de défendre sa cause dans celle de l'illustre victhne ; il a eu la déhcatesse de s'en abstenir^ et il n'est personne qui n'ait apprécié la générosité de sa réserve.
A peine M. Raoul Rochette avait-il cessé de parler que l'orchestre s'est réveillé avec fracas ; mais cette fois , il accompagnait une voix céleste ; mademoiselle Falcon a chanté avec Alexis Dupont un duo du f oscar ini de M. Ambroise Thomas, pensionnaire de l'Académie. Cet intermède, dont le succès a été aussi complet pour le jeune compositeur que pour la belle cantatrice , a disposé l'auditoire à un second discours : un rapport , pétri de cette prose solide qui ne pense pas à faire de l'harmonie, a résumé tous les travaux exécutés par l'école de Rome dans le cours de l'année, et après avoir rendu hommage aux anciens lauréats, on a proclamé les nouveaux dans l'ordre suivant : (
I. Grands prix de peinture. Le sujet du concours donné par l'Académie était : Le frappement du rocher par Moise.
Premier grand prix : M. Dominique-Louls-Féréol Papety, natif de Marseille, département des Bouches-du-Rhone, âgé de vingt-un ans, élève de M. Cogniet. Deuxième premier grand prix : INI. Charles-Octave Blanchard , natif de Brest, département du Finistère, âgé de vingt- deux ans, élève de M. Cogniet. Deuxième grand prix: M. Jean Murât, natif de Felletin, département de la Creuse, âgé de vingt-neuf ans, élève de feu M. Regnault et de 31, Blondel.
II. Grands prix de sculpture. L'Académie avait donné pour sujet du concours : JLa mort de Socrate buvant la ciguc.
Premier grand prix : M. Jean Bonnassieux, natif de la Pénissière, département de la Loire, né le 19 septembre 1810, élève de M. Dumont fils. Deuxième premier grand prix : M. Auguste-Louis-3Iarie Ottin, de Paris, âgé de vingt-cinq ans,, élève de M. David. Second grand prix : M. Pierre-Jules Cavelier, de Paris, âg^é de vingt deux ans, élève de jM. David. Deuxième second grand prix : 31. Toussaint-François Gourjon, natif de Rennes, département d'Ille-et- Vilaine , âgé de ving-sept ans, élève de feu 31. le baron Gros et de 31. Drolling.
III. Grands prix d^ architecture. Le stijet du coucotirs donné par l'Académie
était : Le projet d'uîi palais pour l'exposition siiccessif^e des productions des heaux^ arts et des objets de l'industrie.
Premier grand prix : M. François-Louis-Florimond Boulanger , natif de Douai, département du Nord, âgé de vingt-neuf ans, élève de M. Huyot, et de M. Chatillon. Second premier grand prix : M. Jacques-Jean Clerget, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, âgé de vingt-six ans, élève de M. Baltard. Second grand prix : M. Antoine-Isidore-Eugène Godebœuf, natif de Compiègne, département de l'Oise , âgé de vingt-sept ans, élève de M. le Clerc et de M. Blouet.
1 V. Grands prix de gravure en taille-douce. Le sujet du concours était : 1" Une figure dessinée d'après l'antique : 2° Une figure dessinée d'après nature , et gravée au burin. L'Académie a jugé qu'il n'y avait pas lieu à décerner le grand ])rix. Second grand prix : M. Louis-Auguste Darodès, de Paris, âgé de vingtsept ans, élève de M. Ruhière.
Y. Grands prix de composition musicale. Le sujet du concours était conformément aux réglemensde l'Académie royale des Beaux-Arts : V Un contre-point à la douzième, à deux et à quatre parties : '2° Un contre-point quadruple à l'octave ; 3° Une fugue à trois sujets et à quatre voix : 4° Une cantate composée d'un récitatif obligé, d'un cantabile, d'un récitatif simple, et terminée par un air de mouvement. La cantate, composée par M. Bignane avait pour sujet : Yelléda.
Premier grand prix : M. Xavier Boisselot, né à Montpellier, département de l'Hérault, âgé de vingt-quatre ans, élève de M. Lesueur et de M. Fétis. Second grand prix: M. Louis-Désiré Bcsozzi, né à Versailles, département de Seine-et- Oise, âgé de vingt-un ans , élève de M. Lesueur et de M. Auguste Barbereau.
L'Académie a arrêté, le 15 septembre 1821, que les noms de MM. les élèves de l'école royale et spéciale des beaux-arts, qui auront, dans l'année, remporté les médailles des prix fondés par M. le comte de Caylus, celui fondé par M. de Latour, et les médailles dites autrefois du prix départemental et de paysage histo^ riqae, seront proclamés annuellement à la suite des grands prix, dans la séance publique. Le prix de la tète d'expression, fondé par M. le comte de Caylus, a été remporté en 1836, en peinture, par M. Jean-Baptiste Guignet, d'Autun ( Saôneet-Loire), âgé de vingt-six ans, élève de feu Regnault et de M. BlondeL M]>L Octave Blanchard et Ottin ont obtenu des mentions honorables. Le prix de la demi-figure peinte, fondé par]M. de Latour, a été partagé entre M. André-» Guillaume-Etienne Brossard, de la Rochelle (Charente-Inférieure), âgé de vingthuit ans, élève de feu le baron Gros et de M. P. Delaroche, et M. Jean-Baptiste Guignet, déjà nommé. La grande médaille à' émulation 1836, accordée au plus grand nombre de succès dans l'école d'architecture, a été remportée par M. François-Louis-Florimond Boulanger, de Douai (Nord), âgé de vingt-neuf ans , élève de I\I, Huyot, pensionné du département du Nord.
L'exécution de la cantate couronnée a terminé la séance suivant Tusage. H était naturel de croire qu'elle serait chantée par mademoiselle Falcon ; mais c est Ponchard qui , en sa qualité sans doute de professeui' du Conservatoire, a servi d'interprète au lauréat. On a remarqué dans ce morceau varié une facture large, un sentiment musical déjà très-dé veloppé , et des intentions assez heu-
Vcuseincnt întf quces pour donner de grandes espérances ; aussi les applâudisseînens ont -ils été unanimes.
En résumé, l'Académie des Beaux-Arts n'a rien à envier à ses sœurs ; sa séance annuelle a été très-satisfaisante. Chose digne de remarque, et qu'il faut noter à l'honneur de nos jeunes artistes, on n'a entendu ni coup de sifflet ni même un seul chut ; les élèves ont ratifié tous les jugemens des maîtres , et les vainqueurs ont obtenu ainsi un double triomphe.