OUVERTURE DU THÉÂTRE ITALIEN
De FAcâdémîe au théâtre , il n'y a qu'un pas ; ici les professeurs et les élèves, là les compositeurs et les exécutans ; d'un côté la théorie de l'art, de l'autre la pratique. Je franchis donc, sans plus de façon, la distance qui me sépare de l'Institut à la salle Favart, et me voici accoudé dans ma stalle à attendre l'apparition de nos magiciens et de nos fées cosmopolites ; hélas ! quand ces oiseaux de passage nous ont quittés , pour voler vers l'Angleterre , ils sont allés en rejoindre im que nous aimions par-dessus tous les autres, et qui n'est pas revenu, et qui ne reviendra pas !.. Oh ! je comprends bien le désespoir de ce dilettante , qui aborde tous ses amis par ces mots prononcés d'une voix sombre : Malibran est morte î car Malibran , voyez-vous , ce n'était pas seulement une déhcieuse cantatrice , c'était la plus vive et peut-être la plus complète expression de l'art ; on a parlé de l'activité qui a dévoré &a vie ; cette activité , c'était celle du feu sacré ; c'était celle de l'enthousiasme qui consume les cœurs qu'il enflamme. Mais que reste-t-il de la voix la plus belle , quand elle s'est éteinte dans le silence delà mort? Rien , elle ne retentit plus que dans des souvenirs que chaque Jour efface. C'est là , surtout, ce qui afflige le talent, et le talent se trompe; on l'admire d'autant plus qu'on ne peut plus le mesurer; les partitions les plus vantées de Lully, de Gluck et même de Gréti7 perdent sans cesse , parce que , sans cesse , un nouveau progrès les dépasse , tandis qu'on n'a aucun moyen d'attaquer la renommée des Catalani , des Barilli , et de toutes les cantatrices qui ont charmé nos pères. Leur gloire, en s'enveloppant d'un voile mystérieux, résiste aux outrages du temps , et ne perd rien de son éclat : une voix est une individualité qui ne se transmet point ; le type , une fois brisé , ne saurait être reproduit. Je ne dirai donc pas que mademoiselle Grisi a remplacé Malibran ; c'est une autre nature, un autre modèle; et sa mission est de nous faire oublier , s'il est possible , tout ce que nous avons perdu. Tamburini , Lablachc , Rubini et Santini sont là pour seconder cette charmante consolatrice ; autour d'elle , figurent plusieurs autres talens, d'un ordre distingué, tels que madame Albertazzi , qui l'imite avec bonheur, et madame Taccani , voix de soprano, d'une finesse argentine , mais si légère et si ténue qu'en cherchant un point de comparaison, il faut se servir d'un diminutif pour la caractériser; madame Taccani n'est pas une Sontag , les Espagnols l'appelleraient une Sontagita.
Après les Puritani^ la Norma^ la Somnanhula et la Cenerentolîa , nous avons eu la reprise à! Il Matrimonio Secretto. Jamais la direction ne s'était montrée
si active, ni si heureuse dans sou activité. Aussi n'a-t«elle qu'à se louer du public, tomme le public n'a qu'à se louer d'elle, La salle Favart est toujours prisç d'assaut avant l'heure du siège ; impossible d'avoir un billet au bureau.
>îyQQ^^9*