‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 53 sur 82 · PAR M. FRANCISQUE MICHEL · texte numérisé non relu

PAR M. FRANCISQUE MICHEL

En prenant la plume pour rendre compte de cette nouvelle publication de M. Francisque ]Micliel , nous ne pouvons nous défendre d'une idée triste. L'homme que de longues études sur la littérature du moyen-âge et ses immenses connaissances plaçaient à la tête de tous ceux qui s'en occupent ; leur protecteur, leur ami , leur guide , Fauteur du Choix de Poésies des Troubadours , de la Grammaire , du Glossaire de la langue romane , et dans une autre brandie des lettres, de la tragédie des Templiers, etc., M. Raynouard... M. Raynouardest mort î L'an dernier , c'était l'abbé Delarue , le savant auteur de Y Essai sur les Trowères) aujourd'hui c'est le panégyriste des troubadours; ainsi de toute gloire ,

Ainsi tout meurt , ainsi tout passe , Ainsi nous-mêmes nous passons.

M. F. ÎMicliel a souvent reçu de l'un et de l'autre , pour ses travaux , éloges

et conseils. Le premier surtout lui a plusieurs fois donné publiquement des té-

^moignages de sa considération dans divers articles du Journal des Sacans, Il se

^disposait même à y parler favorablement.de ce dernier ouvrage , quand la mort

l'a surpris. Nous ne nous égarerons donc pas en suivant un aussi bon juge , et

en louant , comme il l'aurait fait, le recueil de M. Michel.

Ce recueil renferme trois lais : le lai del Désiré, le lai de V Ombre et le lai du Conseil, plus , un extrait du roman de YEscouffle. Rien de frais , de gracieux et de naif comme toutes ces pièces. On trouve dans ces vieilles poésies un charme de style et d'idées , une mobilité d'action , un courant d'intérêt qui frappe , entiaîne et ravit. C'est toute la grâce de La Fontaine, avec tout son laisser-aller , ses adorables négligences, et quelque chose de plus qui n'a ni symbole ni langue.

Le travail de l'éditeur ne laisse rien à désirer. Le texte des deux pièces que nous avons pu comparer avec l'original est rendu avec une si merveilleuse exactitude qu'il semblerait calqué.

On ne peut trop donner d'éloges à ces hommes qui emploient leurs veilles , comme M. Michel , à exhumer les monumens enfouis de notre ancienne littérature ; car cette tâche est bien pénible et bien gratuite surtout ; d'autres hommes viendront plus tard qui s'empareront de leurs travaux avec un superbe dédain. Aux uns , le long travail sous le soleil , le poids du jour et de la chaleur, les rudes défricheinens dans le champ de la Uttérature ; aux autres , les fleurs de poésie I Mais nous qui savons la main qui cultive et défriche , nous saurons aussi lui rendre hommage , nous saurons à qui doit s'adresser la reconnaissance et le mérite , et les lui renvoyer.

(1) 1 vol. in-S''. Paris, Techner. — London ; W. Pickçring.

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