ACADÉMIE DES SCIENCES
Vous souvient-il de ces nouvelles étranges qui n'étaient arrivées à Paris ni par le télégraphe, ni par le courrier, ni par terre, ni par mer, et qui ne tendaient à rien moins qu'à fausser l'opinion publique à l'égard de la lune; eh bien, l'imposture est avérée ; nous avons une réfutation authentique. Sir John JHerschell vient d'écrire du cap de Bonne-Espérance, et sa lettre, adressée à M. Arago, a été lue à l'Académie des sciences. i.vt
L'illustre astronome anglais mande que le capitaine Hall lui a envoyé, connue moyen de divertissement, divers journaux qui renfermaient l'histoire de ses découvertes dans la lune, et des remarques critiques parmi lesquelles l'auteur croit avoir reconnu le style de M. Arago. Il le remercie de l'empressement qu'il a mis à désabuser le public de Paris. M. Herschell a été favorisé au Cap d'uns longue et belle exhibition de la comète à son retour du soleil. Elle a été en vue depuis le 24 janvier jusqu'au 5 mai. Il l'aurait indubitablement poursuivie pendant un plus long intervalle encore, si le mauvais temps n'avait interrompu ses observations.
La comète, après son passage au périhélie, a dû être très-difficile à apercevoir en Europe ; son aspect physique était entièrement changé. Pendant long-temps elle n'eut pas de queue. L'enveloppe parabolique de sa tète se forma sous les yeux de l'observateur, avec une si étonnante rapidité, que son volume visible ( il était très-bien terminé ) fit plus que doubler dans l'espace de vingt-quatre heures à partir de la matinée du 26 janvier. ,, , j,>
On peut dire, sans exagération, qu'on la voyait s'augmenter à vue d'ceil; car à la fin de cette même matinée, en répétant, après un intervalle do trois heures , les observations micrométriques de la partie bien définie par laquelle il avait commencé, il trouva une augmentation dans sa dimension linéaire, qui allait à un seizième du total. Cette dilatation extraordinaire se continua : le paraboloide devint si grand et d'un si faible éclat, qu'il disparut en entier , laissant seulement le noyau et la queue de l'astre.
1. 1 Une autre et singulière particularité était l'existence d'une très-petite comète intérieure ayant une tête et la queue complètes ; son noyau était celui de la masse générale. Ce noyau cométique se dilatait moins rapidement que l'enveloppe. A la fin la queue devint elle-même imperceptible.
M. Herschell pense que très-probablement à son passage au périhélie, toute la comète, excepté son noyau solide, s'évapora et fut réduite à un état transparent et invisible. Il est porté à croire que l'explication qu'il a donnée de la dila-* tation des comètes quand elles s'éloignent du soleil, est entièrement établie. L'auteur a donné cette explication dans une petite brochure sur la comète de Biéla.
Avant de quitter le royaume des airs, il n'est pas hors de propos de faire ici mention du voyage des trois aéronautes du Yauxhall de Londres qui, partis le 7 à une heure et demie, ont franchi la mer , traversé obliquement la France et opéré leur descente le 8, à sept heures et demie du matin, à Wetsbourg, à huit heues nord-nord-ouest de Francfort-sur-le-Mein.
M. Holland a rédigé ainsi son livre de Loc, ou Journal de navigation aérienne. — Traversé le Medway, à 6 milles sud de Rochester, 3 heures moins 12 minutes. — A 4 heures, 2 milles sud de Cantorbéry. — Vu la mer à 4 heures 1/4. — Quitté l'Angleterre à 1 mille est du château de Douvres, à 5 heures moins 12 minutes. •—Plané au-dessus de la France à 6 heures moins 10 minutes, à 1 mille ouest de Calais. — A 6 heures 1/2, bu à la santé des frères maçons, réunis à la loge de Saint-Jean. — A 11 heures 1/2, plané au-dessus du district de Namur. — A minuit, obscurité profonde. —A 5 heures, naissance du jour. — A 5 heures 10 minutes, degré le plus élevé d'ascension ; le baromètre à 20 pouces. —Descendu à 7 heures 1 /2 à Wetsbourg.
Quelque hardi que soit ce voyage , ce n'est pas la première fois qu'il est tenté ; un Français, Blanchard, mari de l'infortunée qui périt en 1819 à Paris, passa la r' Manche le 7 janvier 1785; le ballon lancé de Douvres descendit dans les environs de Calais , après trois heures de traversée ; une pyramide est élevée au lieu de sa chute.
Plus tard le même voyage eut un résultat qui refroidit l'ardeur des plus in- -^ trépides ; le ballon du major Money se creva et tomba dans la mer d'Allemagne, et M. Sadler, parti de Dublin en 1810, fut jeté dans l'Océan. Ces deux aéronautes, t'iong-temps accrochés aux débris de leur appareil et assaillis par des nuées d'oiseaux de mer qui dévorèrent leurs provisions , ne durent la vie qu'à l'arrivée fortuite d'un bâtiment marchand.
Dans la même séance il a été donné communication de quelques observations faites sur les aurores boréales et la hauteur des vagues , par ÎMM. Alexandre Duhamel, de Saint-Pierre et Miquclon.
Le 22 avril 1836, étant par le 46^ 23* de latitude nord, et par 44° de longitude ouest du méridien de Paris, apparut une aurore boréale. On a commencé à la distinguer vers huit heures du soir. Elle a duré à peu près jusqu'au point du jour. Du centre qui se trouvait dans le sud-est, environ 10" au-dessous du zénith, partaient des rayons lumineux vers tous les points de l'horizon, mais principalement vers le sud-est, l'est et le nord-est. Ces rayons, pointus au zénith, alkient en s'clargissant vers l'horizon, mais ne l'atteignaient pas. Les plus
longs s'arrêtaient à environ 12 degrés de ce cercle. Leur couleur changeait du blanc au rouge pâle, avec quelques nuances bleuâtres de temps en temps. Le vent était sud-ouest, le ciel serein et parsemé d'étoiles que Ton apercevait à travers les rayons lumineux de l'aurole boréale. Quelquefois cependant ils étaient assez intenses pour les obscurcir un peu, mais sans les cacher entièrement. La clarté que répandait l'aurore boréale était assez forte pour effacer celle de la lune , qui cependant était dans son plein.
Quelques jours après, on vit une autre aurore boréale à peu près semblable à la première. On n'avait pas pu voir si ces aurores avaient quelque influence sur l'aiguille aimantée.
M. Daniel a transmis également à l'Académie des détails pleins d'intérêt sur divers phénomènes des eaux souterraines dans le midi de la France, et en particulier de la fontaine de Yaucluse. *
L'auteur, par des expériences qu'il rapporte, est amené à conclure : 1" Qu'il y aurait une rivière souterraine au fond du Garagaï, gouffre situé entre les départemens des Bouches-du-Hhône et du Yar ; 2" que la source de Yaucluse communiquerait avec cette rivière, ou mieux, ne serait elle-même queson produit mis au jour ; 3° que la neige est depuis long-temps fondue, quand la fontaine de Yaucluse donne sa plus grande masse d'eau.