‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 66 sur 82 · ÉGLISE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ÉGLISE FRANÇAISE

Au milieu des consolantes réflexions que nous suggérait le détail des témoignages unanimes de respect qui ont accueilli les processions de la Fête-Dieu , vient se mêler une pensée pénible, et comme un souvenir qui nous opprime et nous suffoque. Nous avons eu le triste courage de visiter ce qu'on appelle , comme par dérision, V égUse-calfioliquc-franaiise ; nous avons eu la douleur d'assister presqu'en entier à une sacrilège dérision de nos plus augustes mystères : nous avons entendu, au milieu de Paris , dans un de ses faubourgs les plus populeux, dans une enceinte qu'encombrait une foule attentive et compacte, un malheureux prêtre apostat, prêcher contre la divinité de Jésus-Christ , au miheu de la messe qu'il prétendait célébrer, cependant! nous avons dû prêter nos

oreilles aux plus révoltans blasphèmes, aux plus atroces calomnies, au plus hideux travestissement des vérités que dix-huit siècles d'obéissance et de soumission n'ont pu mettre à l'abri de pareils outrages. — Nous reviendrons, bientôt sans doute , sur cette question toute catholique , nous ajouterons question sociale et de haute moralité. Qu'il nous suffïisede dire aujourd'hui, que peu satisfaite des ravages qu'elle fait dans une population d'autant plus facile à séduire qu'elle est moins éclairée, Y église-française tend encore ailleurs ses embûches : que dans le faubourg Saint-Marceau un temple nouveau s'élève, un presbytère se construit , un grand scandale se prépare ; que des écoles dirigées par des catholiques-français et surveillées par le fondateur de cette misérable secte, appellent et reçoivent des élèves, et que le mal fait ainsi d'autant plus de progrès qu'on s'adresse à un âge et à une classe moins capables d'en prévoir les conséquences et d'en découvrir le secret poison. — Nous devions, dès le premier numéro de la Reloue Catholique, dire bien haut tout ce que nous fait éprouver d'amertume tant d'audace et d'impiété dans les auteurs de cette momerie sacrilège. Nous voulons croire néanmoins que toutes leurs espérances ne seront pas réahsées, et qu'avertie à temps l'autorité prendra des mesures pour mettre un terme à un si coupable abus de la liberté des cultes et de la tolérance de toutes CCS prétendues religions-

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Démonstration du catholicisme , par M. l'abbé Caron , chanoine honoraire d*j4'

miens (1).

M Le protestantisme, le philosophisme et mille autres sectes plus ou moins extravagantes, ayant prodigieusement diminué les vérités parmi les hommes^ le genre humain ne peut demeurer dans l'état où il se trouve. Il s'agite, il est en travail, il a honte de lui-même, et cherche, avec je ne sais quel mouvement convulsif, à remonter contre le torrent des erreurs, après s'y être abaudomié avec l'aveuglejnent systématique de l'orgueil (2). »

Cette pensée, dont plus d'un esprit droit a été préoccupé, a sans doute inspiré M. l'abbé Caron quand il a donné au public, en 1834, le premier volume de sa Démonstration du catholicisme^ dont le deuxième vient de paraître. Le premier volume suscita une assez vive controverse entre l'auteur et deux journaux relicieux qui n'admettaient pas absolument son système : il le développe aujourd'hui et l'offre, après la condamnation de ceux professés par M. de Lamennais et par M. Bautain, comme le seul qu'un catholique puisse adopter désormais. Il consiste à reconnaître tout à la fois, comme motif de certitude, et la raison pri-

(J) 2 frvos volumes in-8». -^ Paris, Périsse frères, 8 , rue du Pot dc-Fçr-St-Sulpiçe; (2) M. de ]\Iwstre, Ph P^fc, tome V't Oiscoiu-s préliminaire.

vée et la raison générale, mais à des proportions très-inégales : l'auteur fonde sur l'autorité de réi^idence la certitude des premiers principes ou vérités nécessitées, et sur Véi'idcnce de tauiorilé la certitude des vérités de l'ordre libre. Ainsi, dit M. Caron , Pascal et M. Bautain nient l'homme, l'humanité , et affirment l'Eglise ; — M. de Lamennais nie l'homme, affirme l'immanité et l'Eglise ; -^ Descartes et ses partisans nient l'humanité et affirment l'homme et l'Eglise ; — j'affirme tout ensemble et l'iiomme et l'humanité et l'Eglise, mais en partant de l'homme pour arriver à l'humanité, et de l'humanité pour m'élever jusqu'à l'Église.

Montrer le chemin qu'il faut suivre entre l'individualisme qui n'a foi qu'au sens privé et les exagérations des droits de l'autorité et du sens commun ; relever le courage de ceux qui tremblaient d'aborder désormais la question de certitude, tel est le but de l'auteur dans l'exposition d'un système qu'il croit à l'abri de toute censure, et qu'il soumet avec une filiale résignation au jugement du Saint-Siège. Les sentimens de M. l'abbé Caron sont une trop sûre garantie de ses intentions pour qu'il soit permis de les révoquer en doute. Mais son ouvrage soulève des questions tellement importantes, d'une discussion tellement subtile et métaphysique, qu'une telle déclaration, quand plus d'une philosophie nouvelle a été récemment condamnée, l'honore aux yeux de ses lecteurs et doit être reçue comme un gage de la pureté de ses motifs.

Mémoires et expériences dans la vie sacerdotale et dans le commerce avec le MONDE, recueillis dans les années 1815-1834, par Alexandre, prince de Hoen-* LOHE (1).

Voici des Mémoires, mais composés avec tant d'abandon, écrits avec tant de simplicité, remplis de tant d'onction et de piété, si opposés à tout ce que la littérature moderne offre de prétentieux romans et de fabuleuses histoires , qu'on se sent ému en les lisant et comme surpris d'un langage dont on a presque perdu le souvenir. — Nos lecteurs savent à quel haut degré de réputation est parvenu l'illustre auteur de ce modeste volume : les guérisons nombreuses attribuées à la puissante intercession de ses prières ont retenti dans le monde entier. On dirait que pour descendre de ce faîte élevé sur lequel il se trouve placé et par la naissance et par les faveurs singulières dont il a plu au ciel de le rendre dépositaire, il a voulu raconter avec la plus touchante naïveté ses impressions, ses pensées, ses réflexions, et jusqu'à son enfance. — L'ouvrage commence par mie biographie de l'auteur : elle est suivie de réflexions sur le temps actuel, sur la religion, sur le soin de se former soi-même, sur le prêtre dans l'esprit de l'Eglise, sur le commerce avec le monde, sur les visites des malades, etc., en un mot sur toutes les principales circonstances de la vie sacerdotale. — Déjà quelques opuscules publiés par le pieux abbé avaient découvert tout ce que son cœur renferme de sentimens d'amour de Dieu et d'ardente charité ; dans ses Mé-

(1) ChezLagny, rue de Seine -St-Germain, 16. — t volume in-S»,

moires, c'est son cœur tout entier qui s'est révélé, sans emphase, nous allions dire sans fard, mais avec une naïveté sur laquelle nous revenons encore parce qu'elle en est le caractère distinctif et qu'elle nous paraît le vrai manteau de la vérité. Il y a d'ailleurs tant d'attraits dans cette franchise de la forme comme de la pensée! et ce double attrait prut être si rarement signalé, que nous en parlons comme d'une circonstance qui doit contribuer à propager et la lecture de l'ouvrage et l'estime pour son auteur. — Nous pouvons du reste en faire nos lecteurs juges par la citation de l'entrevue du prince avec l'empereur Alexandre, circonstance bien mémorable dans la vie du pieux abbé et pour laquelle cependant il ne trouve pas une expression qui ne soit humble et mpdeste } nous allons le laisser raconter lui-même.

« Au mois de septembre 1822 , Sa Majesté l'empereur Alexandre arriva de Kussie à Vienne. Comme ce monarque avait de véritables sentimens d'amitié pour la famille du prince de Schwarzenberg , il témoigna au prince Joseph Schwarzenberg le désir de faire ma connaissance. Ce fut le 21 septembre, à sept heures et demie du soir, que je devais me trouver dans le palais impérial, pour être admis à l'audience <fe Sa Majesté. Ce jour restera pour moi un des plus mémorables de ma vie. Je lui parlai en français ainsi qu'il suit : « Sire, la Pro- >» vidence divine ayant placé votre Majesté au poste le plus éminent, en exi- » géra aussi beaucoup, la responsabilité des princes étant grande devant Dieu. » Il a choisi Votre Majesté comme un instrument pour donner le repos et la » paix aux peuples de l'Europe ; Votre Majesté a répondu de même aux des- » seins de la Providence, d'exalter le triomphe de la croix et de relever par » une volonté efficace la religion de l'humiliation où elle gémissait. Je compte » ce jour, où j'ai le bonheur de témoigner ma profonde vénération à Votre Ma- » jesté, entre les jours les plus heureux de ma vie I Que Dieu vous fortifie de sa » grâce, et que son saint ange vous protègel Voilà ce qui sera dorénavant le su- » jet de mon linmble prière devant Dieu. » — Après une pause pendant laquelle ce souverain me regarda fixement, il se mit à genoux, me demandant ma bénédiction sacerdotale. Il me serait impossible d'exprimer les sentimens dont mon cœur fut pénétré pour lors. Tout ce que je pouvais proférer dans ce moment de la plénitude d'un cœur rempli de foi, furent ces paroles : « Je souffre, » Sire, qu'un si grand monarque s'humilie jusqu'à ce point ; mais ce n'est pas à » moi. Sire, que Votre Majesté témoigne sa vénération, c'est au Seigneur tout » puissant que je sers et qui vous a sauvé , Sire, ainsi que nous tous, par son » sang précieux. Que Dieu donc vous bénisse de la rosée de sa grâce céleste; )) qu'il soit votre bouclier contre tous vos ennemis, votre force dans tous les » combats, qu'il répande son amour dans votre cœur, et que la paix de notre » Seigneur Jésus-Christ soit à jamais avec vous. » — Je ne pouvais en dire davantage, sentant couler mes larmes. Alors Sa Majesté me serra contre son cœur, et mon attendrissement fut extrême. »

^e Directeur^ Rédacteur en chef, Vicomte WALSH.

pAWS. — IMPRIMERIE DE BÉTllUNB Eï PLON , RUE PE YAUGIRARD , 56,

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