‹ L'Écho de la jeune France (volume 2)Chapitre 68 sur 82 · DANS L'INDE · texte numérisé non relu

DANS L'INDE

Un journal anglais (i) donnait, il y a quelques mois, sur l'état actuel des églises catholiques de l'Inde, des détails qui ne peuvent manquer d'intéresser nos lecteurs.

Il y a, sur le continent de l'Inde, quatre vicaires apostoliques qui résident à Pondichéry, à Vérapoly, à Bombay et à Agras ; un préfet de la mission romaine à Népaul ; deux archevêques portugais dont le premier, métropolitain et primat de l'Orient, a son siège à Goa, le second à Cranganore, dans le Malabar ; deux évéques, également portugais, l'un à Cochin, dans le Malabar, et l'autre à Saint-Thomas, à Madras. Ce dernier diocèse comprend dans sa juridiction Calcutta , où demeure un légat de qui dépendent quatorze prêtres, desservant dix églises, savoir : une à Calcutta même, une à Serampore, une à Chinsurrah, une à Bandel, une à Cossimbazar, trois à Chittagang, une à Backergunge, et une à Bowal. Ces prêtres sont, en général, nés dans l'Inde, et y ont été formés à la science et aux vertus ecclésiastiques par des missionnaires européens.

Mangalore, prés du fort Saint-Georges, possède une église qui fut achevée en 1806, et dont la fondation se rattache à une des plus violentes persécutions dirigées contre les catholiques indiens. Hyder-Aly- Khan, père de Tippoo-Sahib, avait, pendant son régne, traité avec beaucoup de ménagement les chrétiens , au nombre de soixante mille au moins, qui avaient, pendant sa vie, érigé plus de vingt églises dans le district deCanaraj il leur conserva même leur rang dans leurs tribus et dans leurs castes, leur garantit la prcpriété de

(0 The guide io hwwkdge.

leurs biens, et leur permit de se livrer en paix à toutes les pratiques de leur culte. Mais, en 1787, son fils Tippoo, dont les cruautés on égalé celles de Dioclétien, se fit donner une liste et une description des maisons occupées par les chrétiens, envoya, sur chaque point, des officiers a la tète de détachemens armés, et leur remit cacheté un ordre dont ils ne devaient prendre connaissance qu'au jour déterminé, après la prière du matin, moment ûxé pour le mettre a exécution. Le résultat de ces mesures fut l'enrôlement forcé , dans un corps d'armée exclusivement composé de catholiques et commandé par des musulmans , de plus de six mille individus de tout âge, dont quatre mille succombèrent dès les premiers jours aux mauvais traitemens dont on les accabla. Les biens de ces malheureux furent confisqués, les églises détruites ou converties en mosquées , et quant à ceux dont les forces physiques triomphèrent des tourmens, leur captivité se prolongea jusqu'à la mort de Tippoo et à la prise de Seringapatam, en 1799. Ils revinrent alors dans leur patrie où les démarches pleines de zèle et d'intelligence d'un prêtre portugais leur obtinrent la restitution de leurs terres ou la cession de leurs propriétés équivalant à celles qu'ils avaient perdues. Vingt mille à peine avaient survécu dans toute la contrée. Ce fut alors qu'on commença à élever cette église de Mangalore pour l'érection de laquelle le gouvernement du fort Saint- Georges avança les fonds nécessaires.

Le traité qui a donné au roi d'Angleterre la possession de l'ile de Bombay, ayant formellement stipulé que les catholiques portugais jouiraient d'une entière liberté dans l'exercice de leur culte, quelques églises furent aussitôt fondées. L'évèque qui y réside avec un vicairegénéral, en a, sous sa juridiction, cinq qui sont desservies par treize prêtres; plus une nouvelle récemment bâtie à Colabba, et deux chapelles. Les deux églises de Surate sont encore de son diocèse. La plus ancienne, qui existe depuis 1624, a joui pendant long-temps d'une rente mensuelle (aujourd'hui abolie) de 126 roupies (i), que lui payait le nabab, en vertu d'un décret de Tempereur Mogol. Les fidèles qui fréquentent ces deux églises sont quelquefois au nombre de plus de cent. Les autres églises catholiques de la présidence de

(I) L.i roupie d'or vaut 38 ir. 72 c, et celle d'aifjeut, dont il est sans doute ici question, 2 fr. i'.' c.

— 33 ^ Bombay sont : celles de Broach et de Baroda, élevées et entretenues par des souscriptions volontaires; celle de Notre-Dame-los-Reme^ dios^ réédifîée en 1832, celles de Poona, de MaKvar, de Vingorla, de Viziadroog, de Butnagherry, bâtie en i832; et celle de Hurrée.

Il y avait encore d'autres établissemens religieux qui n'existent plus maintenant, entr'autres la cathédrale de Saint-Paul, à Hougly. Mais l'Inde possède, en outre, quelques maisons religieuses, dont le plus grand nombre suit la règle de saint Augustin.

On n'ignore pas que les Arméniens, établis au golfe de Perse, se sont ouvert des communications avec l'Inde, par la port de Surate, au commencement du dix-septième siècle. Ils établirent aussi leur commerce par terre, en suivant la route de Gandaliar et de Caboul, pour aller à Delhy, à Luchnow, à Bénarcs, à Patna et au Bengale. Un Arménien d'Ispahan, nommé Goja-Pharioos-Kalender, obtint, le 20 juin 1688, pour lui et pour ses compatriotes catholiques, la liberté de s'établir dans les villes et dans les villages, et d'y observer, sans crainte, les pratiques du culte. La première église fut élevée à Chinsarab, en 1 695 ; plus tard, en 1 7845 une seconde fut bâtie à Calcutta ; mais elle fut détruite en 1^56. Ils ont encore quelques autres églises a Dacca, à INIadras, à Surate et à Bombay : cette dernière est métropolitaine ; l'évèque y réside, mais sa juridiction ne s'étend guère sur plus de quarante prêtres.

Les Grecs, comme les Arméniens, attirés dans l'Inde par le commerce, firent d'abord leur établissement à Calcutta, en i^So. Le premier qui s'y fixa fut Alexios Argyrée, né à Philoppolis. En 1770, comme il accompagnait, en qualité d'interprète arabe, le capitaine Thorn-Hill dans son voyage à Moka, un coup de vent démâta le vaisseau. Au moment où chacun s'attendait à voir le bâtiment sombrer, Argyrée fit vœu de fonder à Calcutta une chapelle pour la congrégation des Grecs, si Dieu le délivrait de ce danger. La tempête ayant cessé presqu'aussitot, le vaisseau gagna Madras où on le radouba , et arriva à la Mecque en 1772. La même année une église catholique -grecque fut fondée à Calcutta, en exécution de ce vœu. Elle a été rebâtie en 1780 et richement dotée par Argyrée et par d'autres fidèles. Les trois prêtres qui la desservent sont sous la juridiction du patriarche de Constantinople.Lcs Grecs ont encore une église à Dacca.

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Le journal nuquel nous eniprunlons ces détaiis, qui sont loin ^an» cloute de donner une idée exacle et complète de l'état du catholicisme dans rinde, paie un juste tribut d'éloges à la compagnie des Indes, pour les secours qu'elle donne depuis long-temps aux catholiques. Ce fut à la recommandation de M. John Gonldsboroug-Ravenshaw, membre de la cour des directeurs, que le gouvernement du fort Saint- Georges avança, en 1806, les fonds destinés à la construction de l'église de Mangalore, dont nous avons parlé plus haut. Elle fournit elle-même, pour l'entretien de l'une des deux églises de Surate, quarante roupies (i) par mois, et trente (2) pour celle de Broach. Après avoir contribué, en i832, à la réédification de l'église de Notre- Dame-los-RemedioSj elle s'est engagée à assurer les honoraires des deux prêtres qui la desservent, et elle a, en outre, fait une partie des frais de la construction de celle de Butnagherry, également

en i832.

Le jugement que porte le the Guide to Knowledge sur les Européens catholiques résidant aux Indes nous parait fort remarquable. « Ils ont, dit ce journal, les mœurs moins relâchées que les Anglais, )) et aussi ils supportent mieux qu'eux les inconvéniens du climat, )) ce qui est dû, sans doute, à ce qu'ils passent leur jeunesse dans » des établissemens ecclésiastiques et qu'ils sont soumis à la surveil- )) lance et aux conseils d'hommes pieux qu'ils apprennent à respecter » et qui les forment à la vertu. Outre les églises, il existe un grand » nombre de missions catholiques dans toute l'Asie ; mais les conver- )) sions n'ont rien eu d'éclatant pendant le siècle dernier. La plupart )) des missionnaires résident toujours dans les mêmes lieux , aimés )) par les Indous à cause de leurs connaissances variées, et respectés de » tous pour leur bonne conduite. »

Ce témoignage, rendu par les protestans eux-mêmes aux missionnaires catholiques , est une des preuves les plus frappantes de tout l'empire que peut acquérir la vertu, même sur des esprits ennemis ou prévenus. Y.

(1) 9G fr. 80 c.

(2) 72 fr. 60 c.

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Luther! Luther! qu'avons-nous fait?

Mklanciiton.

Trois siècles sont passés, depuis que sans rivale L'Église du Messie , immense cathédrale , Enracinait ses pieds dans les veines du sol. Qu'il était beau de voir ses clochers, ses tourelles, Et ses dômes géans, et ses aiguilles frêles

Qui montaient aux cieux dans leur vol !

Qu'il était beau de voir ces superbes rosaces. Couronnes d'Empereurs , qui sur les larges places N'allumaient leurs fleurons qu'aux feux de l'occident, Tandis que les vitraux, où Docteurs et saints Pères Sur leurs manteaux d'azur penchaient leurs fronts sévères, S'embrasaient au soleil levant !

Quand la brume du soir éclipsait les étoiles. Ce temple apparaissait comme une nef sans voiles , Et ses mâts se perdaient dans les vapeurs du ciel. Ses matelots chantaient les cantiques des fêtes, Son pilote voyait au travers des tempe Les Surgir le rivage éternel.

Alors sortant de sa cellule, Un homme fit gronder sa voix.

Faux prophète, il devint l'émule

Des profanateurs de la croix.

Il dit au pontife de Rome :

Malheur à toi!... le Fils de l'Homme

Te livre à ton fatal destm ;

De ton empire qui succombe

Les débris couvriront la tombe

Où tu vas descendre demain.

Ma voix est celle de Dieu même :

S'il m'envoie annoncer ta mort Et guider le peuple qu'il aime Par d'autres sentiers jusqu'au port^ C'est que ta parole fragile.

Transgressant le saint Évangile, Impose d'iniques décrets ; C'est que du pur sang de ton maître, Comme Judas parjure et traître.

Tu trafiques dans ton palais.

Regarde, les princes sans nombre , Naguère à genoux devant toi , Se sont retirés comme une ombre, Et debout ils bravent ta loi.

Vois, tes pâles religieuses Quittent leurs voiles de pleureuses Et laissent croître leurs cheveux.

Tes moines jettent le cilice , Et quand s'élève ton calice , Nul ne prosterne un front pieux.

Et toi, Rome, au joug des esclaves

Sera plié ton large front ;

Tes pieds seront chargés d'entraves,

Tu boiras affront sur affront.

L'enlant rira de tes tortures.

Et les femmes dans tes blessures

Verseront le fiel comme l'eau.

Jusqu'au jour où sur tes collines , Seul, de les superbes ruines Le pâtre éveillera l'écho.

Le moine audacieux qui tenait ce langage.

Dont la voix mugissait semblable au vent d'orage,

Au sifflement impétueux.

Quand la mer, secouant sa crinière de brume, Bondit comme un coursier, et puis blanche d'écu me

Se lève et menace les cieux ;

Ce moine, dont le bras qu'égarait la colère Osait frapper au front l'héritier de saint Pierre,

Vicaire du Christ, Prêtre-Roi ; Celui qui se riait des foudres du saint-siége. Qui voulait d'une main ardente au sacrilège

Briser les tables de la loi ;

O Luther 5 c'était toi... ! Tu parus sur le monde Comme un vautour farouche, et ton aire profonde

Reposait sur de noirs rochers.

De là, ton œil de feu mesurait les abîmes. Et quand la grande mer te jetait des victimes.

Tes cris effrayaient les nochers.

Tu suivais dans son vol la tempête affolée; Si l'Océan dressait sa tête échevelée^

Tu te jouais parmi ses flots.

Pour rendre son essor à ton fougueux génie, Il fallait des autans la sauvage harmonie,

Le tonnerre aux lointains échos ;

11 fallait le bruit sourd du canon de détresse, Les vœux des matelots quand la vague se dresse Puis s'ouvre pour les submerger,

Le cri de la douleur, le chant des funérailles, Et le tambour roulant au matin des batailles Quand les hommes vont s'égorger.

Tu grandissais alors, tu planais sur la terre; Au milieu des éclairs tu portais dans ta serre

Le glaive ardent de Mahomet; Dans le fiel et le sang ton aile était trempée ; Tu frappais à la fois du verbe et de l'épée,

Quand ta colère s'allumait.

Parle : est-il vrai que ton génie

Fut toujours en proie aux remords?

Entendais-tu dans Tinsomnie

A tes côtés rire des morts?

A minuit, l'heure du mystère,

Dans ta cellule solitaire

Voyais-tu paraître Satan ?

Plus terrible que la tempête,

Voilait-il les feux de sa tète

De ses ailes teintes de sang ?

On dit qu'à chaque sacrilège

Tes membres frissonnaient d'horreur.

Tu semblais un homme qu'assiège

Le vent du nord dans sa fureur.

Ainsi qu'un stupide manœuvre,

Tremblant en face de ton œuvre,

Ton marteau glissait de les doigis; |

Et maudissant ton entreprise, ^ t^

Tu ne demandais à l'Église

Qu'une tombe sous une croix.

Tu songeais au vieux monastère Où tu pouvais vivre en repos Jusqu'au jour où du cimetière

L'herbe aurait germé sur tes os ; Et tu passais de longues heures Contemplant ces froides demeures Où l'on vient prier et mourir, Où s'efface toute souillure.

Où toute ame sort blanche et pure Des fontaines du repentir.

Mais bientôt une sombre flamme Ptanimait ton regard éteint ; Tu sentais bouillonner ton ame ; Ton cœur bondissait dans ton sein; Ce levier qui des cathédrales Renversait les tours colossales, Était trop léger pour ton bras ; Tu bouleversais l'Allemagne, Et le globe de Charlemagne Tremblait au seul bruit de tes pas.

Ah! qu'as-tu fait, Luther? — de la raison humaine Dénouant tous les freins, tu fis tomber la chaîne Dont les anneaux bénis l'attachaient à l'autel ; Et tu ne craignis pas d'ébranler l'autel môme! Rome en vain sur ton front fit peser l'anathème : Tu bravas son prêtre éternel !

Eh bien! sors du tombeau, lève ou brise sa pierre ; Pour jouir de ton œuvre arrache le suaire Que le ver du sépulcre a roulé sur tes yeux; Revêts du froid linceul tes membres de squelette, Et, comme si des morts éclatait la trompette, Contemple et la terre et les cieux!

Réponds — ne vois-tu pas sous cette nue ardente Un immense navire en proie à la tourmente Qui brise ses agrès et les sème sur l'eau ?

Tu crois, dans ton orgueil, que les affreux nuages ; Entassés par ton souffle et toujours gros d'orages Vont faire sombrer ce vaisseau!

Non, le flot sous son poids se courbe et s'humilie; Comme une aile d'oiseau sa voile se déplie ; Assuré du triomphe, il vole vers le port. Sa bannière est la croix ; c'est la nef de saint Pierre.

Regarde son nocher c'est un prélre en prière;

Regarde et rentre dans la mort î

Philippe de Toulza.

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